
OPINION. Mercredi 3 mai 2006, il est 12:30 quand on vient de finir la prière avec le pape Benoît XVI à l’audience générale sur la place Saint Pierre. En route vers le métro, je me décide de faire un crochet dans une boutique des objets religieux lorsque je tombe nez à nez avec le pasteur Kutinu Fernando en train d’acheter les ornements épiscopaux au Vatican.
J’alerte discrètement le vendeur pour l’informer qu’il n’a pas affaire avec un évêque catholique mais avec le premier responsable de la Mission Mondiale Message de vie » devenue « l’Armée de la Victoire », une église de réveil qui a pignon sur rue dans la ville de Kinshasa en République Démocratique du Congo.
Le vendeur me rassure aussitôt qu’il avait déjà clairement posé la question à l’acheteur qui lui a dit qu’il achetait pour un cadeau à offrir à une connaissance catholique.
Une semaine plus tard, soit le dimanche 14 mai 2006, que vois-je à la télévision ? Le même fondateur de l’Armée de la victoire organisant une prière géante au stade des martyrs, drapé des habits épiscopaux catholiques (mitre, croix pectorale et chasuble rouge) tout en étant affublé du titre de l’archevêque (archibishop)
Et fort malheureusement , Fernando Kutinu n’est pas le seul dans ce registre. Tout récemment encore, l’on a assisté à une autre parade de responsables des églises de réveil ordonnant évêques hommes et femmes avec des ornements catholiques.
De toute évidence ça sent le roussi. D’où ces questions lancinantes sans réponse :
– Ces catholiques qui sont en ligne de mire des attaques verbales violentes des pasteurs des églises de réveil, comment m’expliquer que les mêmes personnes critiquées du matin au soir soient source de mimétisme par leurs propres détracteurs ?
– Que veut bien cacher cet engouement aux insignes catholiques ? Y a-t-il anguille sous roche et laquelle alors? Que veut bien cacher cette confusion délibérément entretenue ?
– Que dit la hiérarchie catholique devant les abus répétés et inacceptables des insignes strictement catholiques ? Quelle position officielle prend-elle? Que prévoit le droit canon pour la protection de ce qui fait l’identité extérieure de l’église catholique ?
À mon humble avis, on aura commis un tort impardonnable de rester indifférent face à cette crise mimétique toujours plus diffuse et de refuser d’en tirer les conséquences à moyen et à long terme…
Par Germain Nzinga