
PARLONS-EN. Nommé ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation dans le gouvernement chargé d’accélérer la marche du Congo vers le développement, le général Jean Olessongo Ondaye avait placé son entrée en fonction sous le signe de la rupture avec les dysfonctionnements administratifs, de la rigueur, de la discipline et de l’efficacité du service public.
Le mardi 5 mai 2026, à Brazzaville, lors de la cérémonie de passation de service avec son prédécesseur, Raymond Zéphirin Mboulou, qui aura dirigé ce département pendant près de treize années, le nouveau ministre avait clairement affiché ses ambitions.
Parmi ses priorités, une promesse avait particulièrement retenu l’attention des citoyens : mettre fin à la perception du passeport comme un document réservé à une minorité ou assimilé à un produit de luxe.
Le ministre déclarait alors vouloir « travailler à ce que le passeport cesse d’être perçu comme un document de luxe ».
Une déclaration forte. Une déclaration attendue. Mais surtout, une déclaration qui engageait désormais l’action gouvernementale.
PLUS DE 100 JOURS APRÈS, LE CONTRASTE EST SAISISSANT
Plus de cent jours après sa prise de fonctions, une question demeure : qu’est-ce qui a concrètement changé pour le citoyen congolais confronté à l’administration pour obtenir son passeport ?
Sur le terrain, les difficultés dénoncées depuis des années persistent : délais, lourdeurs administratives, multiplicité des démarches, manque de lisibilité des procédures et sentiment d’opacité dans certaines étapes du processus.
Le problème dépasse d’ailleurs largement la seule délivrance du passeport.
Il concerne l’ensemble de la chaîne administrative qui permet à un citoyen d’établir son identité et de démontrer sa nationalité : actes de naissance, jugements supplétifs, certificats de nationalité, pièces d’identité et, finalement, passeport.
Autrement dit, vouloir réformer le passeport sans réformer l’écosystème administratif qui le précède revient à traiter le symptôme sans s’attaquer à l’ensemble du problème.
LE PASSEPORT N’EST QUE LA PARTIE VISIBLE D’UNE CRISE ADMINISTRATIVE PLUS PROFONDE
La question centrale est donc celle de la modernisation et de la sécurisation de l’état civil et de l’identité nationale.
Tant que les procédures demeureront fragmentées entre différentes administrations, tant que les bases de données ne seront pas suffisamment interconnectées et tant que la traçabilité des documents restera perfectible, les mêmes difficultés continueront de se reproduire.
La réforme devrait donc commencer beaucoup plus en amont : dans les mairies, dans les services d’état civil, dans les juridictions compétentes pour les jugements supplétifs, dans les services chargés de la nationalité et, enfin, dans les structures responsables de l’immigration et de la délivrance des documents de voyage.
C’est toute la chaîne qu’il faut auditer, sécuriser, numériser et rendre traçable.
L’ENJEU EST AUSSI ÉCONOMIQUE
Derrière la question du passeport se trouve une autre problématique : celle de la performance de l’administration publique.
Chaque démarche inutile, chaque déplacement supplémentaire, chaque délai injustifié et chaque procédure opaque représente un coût pour le citoyen et, plus largement, pour l’économie nationale.
Un État moderne ne doit pas seulement produire des textes et des procédures. Il doit produire un service public accessible, prévisible, rapide et contrôlable.
La réforme administrative doit donc s’accompagner d’une véritable culture du résultat : délais officiellement affichés, paiement exclusivement traçable, reçus systématiques, mécanismes de réclamation, contrôle interne renforcé et publication régulière des indicateurs de performance.
La question des recettes générées par les services liés à l’immigration et à la délivrance des passeports mérite également davantage de transparence.
Combien de demandes sont enregistrées ? Combien de passeports sont effectivement délivrés ? Quels montants sont encaissés ? Selon quelles procédures ? Et comment ces recettes sont-elles retracées dans les comptes publics ?
Ce sont des questions légitimes de gouvernance, de transparence budgétaire et de redevabilité publique.
LA SÉCURITÉ DE L’IDENTITÉ NATIONALE EST UN IMPÉRATIF
L’autre volet, tout aussi stratégique, concerne la fiabilité des documents d’identité et la protection de la nationalité congolaise.
Des allégations circulent régulièrement sur l’obtention frauduleuse de documents congolais par des personnes qui ne rempliraient pas les conditions légales requises.
Ces accusations ne peuvent toutefois pas être traitées comme des faits établis sans enquêtes, audits et éléments de preuve.
Mais leur seule persistance suffit à poser une question fondamentale : le système actuel permet-il de garantir avec une sécurité suffisante l’authenticité des documents délivrés par l’État ?
La réponse doit être apportée par des mécanismes institutionnels : contrôle croisé des données, sécurisation biométrique, interconnexion des fichiers administratifs, audits réguliers, sanctions en cas de fraude et traçabilité complète de chaque dossier.
L’objectif doit être double : faciliter la vie du citoyen honnête et rendre beaucoup plus difficile la fraude documentaire.
DE LA COMMUNICATION À L’ACTION
Le général Olessongo Ondaye avait annoncé la couleur dès son arrivée : travail, rigueur et discipline.
Ces principes ne peuvent cependant rester des slogans administratifs.
Ils doivent désormais se traduire par des résultats mesurables.
Un ministre de l’Intérieur ne peut être jugé uniquement sur la force de ses déclarations à sa prise de fonctions. Il doit également être évalué sur la capacité de son administration à transformer concrètement le quotidien des citoyens.
Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas le nombre de discours prononcés sur la réforme du passeport, mais le nombre de Congolais qui pourront effectivement obtenir leurs documents dans des délais raisonnables, selon des procédures claires, à un coût transparent et sans intermédiaire.
2027 APPROCHE : LE TEMPS DES RÉSULTATS
À l’approche des élections législatives et locales de 2027, l’enjeu devient encore plus stratégique.
L’administration territoriale, l’état civil, l’identification des citoyens et la délivrance des documents administratifs constituent des infrastructures essentielles de l’État.
Il ne suffit donc plus d’annoncer la fin du désordre.
Il faut désormais démontrer que la réforme est réellement engagée.
Le général Jean Olessongo Ondaye dispose encore de la possibilité de transformer sa déclaration de mai 2026 en véritable programme de modernisation administrative : audit de la chaîne documentaire, digitalisation des procédures, transparence financière, lutte contre les fraudes, responsabilisation des agents, amélioration des délais et évaluation publique des résultats.
Le chantier est immense.
Mais le constat est simple : le passeport n’est pas un luxe. Le service public non plus.
Le citoyen congolais ne demande pas un privilège. Il demande que l’État remplisse efficacement sa mission.
Après les promesses, place désormais aux résultats.
« En politique, la promesse engage la parole ; sa réalisation engage la crédibilité. Après les annonces, ce sont les résultats qui jugent l’action publique. »
« Gouverner, ce n’est pas seulement prendre des engagements devant le peuple ; c’est avoir la capacité et la volonté de les tenir. »
Fait à Paris, ke 28 septembre 2026
Evrard NANGHO
Le Patriote Engagé
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