Congo. Il est temps de repenser le nom de notre équipe nationale

OPINIONS. La nouvelle défaite des Diables Rouges, l’équipe nationale de la République du Congo, ne constitue pas seulement un revers sportif supplémentaire. Elle vient raviver une interrogation plus profonde, qui dépasse largement les résultats d’un match : que signifie encore le nom que porte notre sélection nationale et correspond-il réellement à notre histoire, à notre identité et à notre imaginaire national ?

Depuis des décennies, et particulièrement dans la mémoire collective qui s’est construite après les grandes heures du football congolais, le nom de « Diables Rouges » s’est progressivement chargé d’une connotation de déception et de contre-performances. À force d’échecs sportifs, ce qui devait être un symbole de fierté nationale est devenu, pour une partie de l’opinion, l’objet de sarcasmes et de questionnements.

Mais au-delà de la superstition sportive, une question fondamentale mérite d’être posée : d’où vient réellement cette appellation et que dit-elle de nous-mêmes ?

Le nom d’une équipe nationale n’est jamais totalement neutre. Dans de nombreux pays, les sélections sportives puisent leurs surnoms dans l’histoire, la faune, les traditions, les figures héroïques ou les imaginaires propres à la nation. Ces appellations deviennent progressivement des marqueurs identitaires, parfois aussi puissants que les emblèmes officiels.

Dès lors, une interrogation légitime se pose au Congo : pourquoi notre équipe nationale porte-t-elle un nom qui ne renvoie pas clairement à un symbole traditionnel, à un animal tutélaire, à une figure historique ou à un élément identifiable de notre patrimoine culturel national ?

Le problème est encore plus intéressant lorsque l’on considère la charge politique que peut revêtir, dans la mémoire congolaise, la couleur rouge.

Le rouge a occupé une place centrale dans l’histoire politique de la République populaire du Congo et dans l’imaginaire du Parti congolais du travail (PCT) durant la période marxiste-léniniste. Dès lors, le qualificatif « rouges », associé à une imagerie de « diables », peut aujourd’hui être perçu par certains comme un héritage symbolique d’une époque politique révolue.

Il ne s’agit pas d’affirmer que le nom des « Diables Rouges » aurait été créé pour représenter le PCT ou son idéologie. Une telle affirmation nécessiterait des preuves historiques précises. Il s’agit plutôt de poser une question de souveraineté symbolique : dans une République qui a connu plusieurs ruptures historiques et politiques, est-il encore pertinent que l’identité de notre sélection nationale soit associée, même indirectement dans l’imaginaire collectif, à des symboles qui peuvent rappeler une période idéologique particulière ?

Cette question mérite d’autant plus d’être posée que le Congo d’aujourd’hui n’est plus le Congo de la période marxiste-léniniste.

Notre nation possède une histoire beaucoup plus ancienne et beaucoup plus riche que celle de ses expériences politiques contemporaines. Elle est héritière de royaumes, de peuples, de traditions, de langues, de cultures et de patrimoines qui existaient bien avant la naissance de l’État moderne.

Pourquoi notre équipe nationale ne puiserait-elle donc pas son identité dans cette profondeur historique ?

LE RENOUVEAU DE LA FECOFOOT : UNE OCCASION HISTORIQUE

L’élection, le 26 septembre 2026, d’Éric Alain Manthot à la présidence de la FECOFOOT, pour un mandat de quatre ans, ouvre précisément une nouvelle séquence dans l’histoire du football congolais. Le nouveau président a placé son élection sous le signe du renouveau du football congolais.

Cette nouvelle gouvernance pourrait être l’occasion de remettre sur la table une question qui dépasse la seule organisation des compétitions, la formation des joueurs ou les résultats de l’équipe nationale : celle de l’identité et des symboles du football congolais.

D’ailleurs, l’idée n’est pas nouvelle. En septembre 2023, le ministre chargé des Sports avait lui-même proposé une réflexion sur un éventuel changement du nom de l’équipe nationale et demandé au mouvement sportif congolais de travailler sur les pistes permettant de redynamiser le sport national.

Il serait donc pertinent que la nouvelle équipe dirigeante de la FECOFOOT transforme cette ancienne proposition en véritable débat national.

Changer le nom de l’équipe nationale ne ferait évidemment pas gagner des matchs. Un nouveau surnom ne remplacera ni la formation des jeunes, ni les infrastructures, ni la professionnalisation de la fédération, ni une politique sportive cohérente.

Mais les symboles comptent.

Ils participent à la manière dont une nation se raconte, se représente et se projette. Ils peuvent contribuer à renforcer le sentiment d’appartenance et à transmettre une mémoire collective aux générations futures.

SORTIR DES SYMBOLES DU PASSÉ POUR INVENTER CEUX DE LA NATION

La question ne devrait donc pas être : « Comment changer un nom qui porte malheur ? »

Elle devrait être beaucoup plus ambitieuse :

« Quel nom voulons-nous donner à l’équipe qui représente le Congo dans le monde ? »

C’est une nuance fondamentale.

Il ne s’agit pas de rechercher un bouc émissaire aux mauvais résultats, encore moins de croire qu’un changement de surnom suffirait à transformer les performances sportives.

Il s’agit de savoir si le symbole choisi pour représenter la nation correspond encore à l’histoire, à la culture et à l’ambition du Congo contemporain.

Et pourquoi ne pas imaginer un processus véritablement national ?

Historiens, anthropologues, linguistes, spécialistes du patrimoine, écrivains, artistes, sportifs, anciens internationaux, supporters et surtout jeunes Congolais pourraient être invités à réfléchir ensemble à plusieurs symboles susceptibles d’incarner la sélection nationale.

Un concours national pourrait être organisé. Les propositions pourraient être documentées, débattues puis soumises à une consultation populaire.

Ainsi, un changement éventuel ne serait ni une décision administrative improvisée, ni une réaction aux moqueries venues de Kinshasa, ni une conséquence émotionnelle d’une nouvelle défaite.

Il deviendrait un acte collectif de réappropriation symbolique.

AU-DELÀ DE LA RIVALITÉ ENTRE LES DEUX CONGO

C’est dans ce contexte que les provocations récentes venues de l’autre rive du fleuve Congo prennent une dimension particulière.

Lorsqu’une influenceuse de Kinshasa, Niky Maserati, s’est moquée des Congolais de Brazzaville après une nouvelle contre-performance de leur sélection, elle s’inscrivait vraisemblablement dans cette culture de confrontation permanente qui oppose, sur les réseaux sociaux, les deux rives du fleuve Congo.

Le phénomène pourrait être réduit à un simple épisode de la guerre des clochers entre Kinshasa et Brazzaville.

Ce serait pourtant passer à côté de l’essentiel.

Car derrière les clashs numériques, les provocations et les rivalités parfois puériles des réseaux sociaux, une question sérieuse a été indirectement posée : quels symboles voulons-nous donner à notre nation et quelle représentation voulons-nous projeter de nous-mêmes ?

Une provocation venue de l’extérieur peut parfois révéler une interrogation que nous n’avons pas suffisamment osé poser de l’intérieur.

Et cette interrogation n’est ni une affaire de TikTok, ni une querelle entre Congolais des deux rives.

Elle touche à la construction de notre identité nationale.

POUR UNE NOUVELLE SOUVERAINETÉ SYMBOLIQUE

Le Congo doit désormais réfléchir à la manière dont il veut se présenter au monde.

Nous ne pouvons pas nous contenter d’hériter éternellement de symboles dont l’origine, la signification ou la pertinence contemporaine ne font pas l’objet d’un véritable débat national.

Le football est l’un des rares espaces où, pendant quatre-vingt-dix minutes, toutes les composantes du pays peuvent se retrouver derrière un même maillot, un même drapeau et un même symbole.

C’est précisément pour cette raison que le symbole doit être suffisamment fort pour rassembler.

Le changement de nom des « Diables Rouges » ne doit donc pas être envisagé comme une superstition, mais comme une réflexion sur notre souveraineté symbolique.

La nouvelle direction de la FECOFOOT dispose aujourd’hui d’une occasion historique pour ouvrir ce chantier.

Non pas pour effacer l’histoire.

Mais pour l’assumer, lau documenter et, lorsque cela est nécessaire, choisir les symboles qui correspondent au Congo que nous voulons construire.

Car notre histoire ne commence pas avec une idéologie politique.

Elle ne commence pas non plus avec un surnom sportif.

Elle est beaucoup plus ancienne.

Et peut-être est-il temps que notre équipe nationale porte enfin un nom qui raconte véritablement qui nous sommes.

La question n’est donc plus seulement : pourquoi nos « Diables Rouges » perdent-ils ?

« Une défaite peut être accidentelle ; une succession de défaites devient une question nationale. »

« Quand la défaite devient une habitude, il ne suffit plus de changer les joueurs : il faut avoir le courage d’interroger les symboles. »

Fait à Paris, le 28 Septembre 2026

Evrard NANGHO,

Le Patriote Engagé

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