
LIVRES. Mourir se mérite-t-il ? de Ferréol Gassackys s’énonce, de prime abord, comme une réflexion philosophique sur notre rapport à la mort, mais aussi sur notre compréhension des contours de la vie. L’énonciation du titre sous la forme d’une interrogation prouve l’ouverture du sujet abordé, en invitant le lecteur à réfléchir, à son tour, sur la complexité de la mort, perçue à la fois comme une tragédie, l’achèvement d’une existence ou l’accomplissement d’un destin.
Publié en janvier 2026aux éditions Les 3 colonnes, cet essai de Ferréol Gassackys compte 68 pages et s’articule autour de plusieurs sous-points, parmi lesquels : « Brèves histoires du monde », « croquer la vie à pleine bouche », « l’écriture, ce sacré exutoire », « N’ayons pas peur de nous lancer, dansons ! », « Se rassurer en toutes circonstances », « Les bienheureux », « Dire non et s’opposer à la méchanceté gratuite », « L’aigle », « Plaisirs et souvenirs d’ici et d’ailleurs » et « la mort ». La question principale de la mort qui sous-tend l’œuvre nous amène à comprendre l’importance de vivre pleinement sa vie, en profitant de ses merveilles et tous les plaisirs qu’elle nous offre, avant de basculer de l’autre côté du deuil. La thèse défendue ici par Ferréol Gassackys consiste à valoriser l’existence humaine, à apprécier la vie à travers les arts, les voyages, la culture, la beauté, etc. Apprécier la vie, c’est profiter de ses merveilles, c’est « croquer la vie à pleine bouche » selon l’expression de l’auteur, tout en se gardant des excès et des abus. C’est aussi jouir des plaisirs de la vie, sans en devenir esclave, tout en résistant à l’inacceptable.
Ferréol Gassackys valorise, avec lucidité, la beauté de la vie. Il célèbre la volupté à partir d’une expérience personnelle, mais aussi à travers des parcours et des réflexions des philosophes, des écrivains et penseurs qui, à différentes époques, ont apprécié le caractère sublime de l’existence. L’appréciation de la vie suppose toutefois la pratique du bon sens face aux dérives, aux absurdités existentielles, à l’abandon et à la fatalité. Autrement dit, il est question de jouir de la vie tout en ayant conscience de ses limites.
Au-delà du caractère inéluctable de la mort, il semble donc essentiel de vivre pleinement sa vie, dans la joie, la quiétude, le partage, l’amour et l’espérance. L’auteur s’appuie ainsi sur quelques figures historiques, artistiques et intellectuelles qui ont célébré la vie. C’est le cas de Doc Gynéco, Bernard Tapie, Julio Iglesias, Lutumba Simaro qui ont chanté la beauté de la vie, sans oublier le « paradis artificiel » proposé par Charle Baudelaire comme moyen de transcender le réel ;aussi bien les réflexions de Jean d’Omersson, Leibniz, Kankan Moussa, Anatole France, Marc Aurèle, Andrei Ostap, Jean Giono, Jean-Paul Sartre, Jean Cocteau, Jean-Marie Gustave Le Clezio, dans l’édification de la beauté et la nécessité de se délecter des plaisirs de la vie.
L’écriture fait partie intégrante de ces grands moments d’émerveillement et de questionnement sur la vie. Elle apparait comme un moyen de dépassement de soi, de consolation, de purgation et de libération intérieure. Ferréol Gassackys considère l’écriture comme un exutoire et constitue « un excellent moyen de transmission, et par ailleurs, qui permet de mettre de l’ordre dans ses idées et d’évacuer une révolte interne » (p.26). L’écriture à ceci de particulier qu’elle sert de thérapie et participe à l’éducation et la formation de l’individu.
L’écriture est, au même titre que la danse et la musique, des expressions artistiques et culturelles qui définissent notre existence au monde. Elles sont des sources inépuisables de bonheur, d’émerveillement et d’évasion.
L’expression culturelle facilite l’ouverture d’esprit. En s’ouvrant à l’autre à travers la culture, l’homme se met tout simplement au service de l’humanisme. Car la culture traverse les frontières et favorise la cohésion sociale. Elle nous permet ainsi de savourer la vie, mais aussi de prendre conscience du destin humain.
Vivre pleinement sa vie, c’est aussi construire en soi des valeurs de générosité et du partage. En parlant des « bienheureux », Ferréol Gassackys montre à quel point exister c’est accepter l’autre et vouloir inévitablement de son bonheur. La beauté de la vie, voire le bonheur qu’elle est censée procurer, n’a de sens qu’en la satisfaction commune et partagée. C’est ce qui amène l’auteur à évoquer le plaisir que lui procure la présence des autres, la jouissance de ses moments de convivialité et d’heureux échanges avec les siens.
En définitive, cet essai de Ferréol Gassackys renforce sa quête de l’universel et son attachement aux questions existentielles. Ses multiples interrogations sur la vie l’amènent à avoir un regard de philosophe, en proposant des sujets impressionnants sur la pensée humaine. Cet ouvrage cesse d’être le lieu d’une simple méditation personnelle pour devenir finalement une invitation pressente à la pensée universelle.
Rosin LOEMBA
Ecrivain et critique littéraire
rosinloemba@gmail.com
Ecrivain et critique littéraire.



