
Selon la dernière note d’information sur les migrations et le développement publiée aujourd’hui (mardi 13, DNR) par la Banque mondiale, les remises migratoires à destination des pays à revenu faible et intermédiaire devraient s’accroître de 1,4 % pour s’établir à 656 milliards de dollars en 2023, dans la perspective probable d’un ralentissement de l’activité économique dans les pays d’origine de ces fonds qui limitera les possibilités d’emploi et de progression salariale chez les travailleurs migrants.
Le nouveau rapport fait également état d’une révision à la hausse des envois de fonds enregistrés en 2022, qui ont augmenté de 8 % pour atteindre 647 milliards de dollars. En cette période d’après-COVID, qui se caractérise par un ralentissement de la croissance économique et une contraction des investissements directs étrangers, les envois de fonds des travailleurs à l’étranger revêtent une importance accrue pour les pays et les ménages ; ils sont en effet une source de financement extérieur résiliente, en particulier dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire qui ont accumulé de lourdes dettes extérieures.
« Les envois de fonds des travailleurs migrants complètent dans une très large mesure les transferts monétaires de l’État et revêtent une importance cruciale pour les ménages durant les périodes difficiles, explique Michal Rutkowski, directeur du pôle mondial d’expertise en Protection sociale et emploi de la Banque mondiale. À travers ses travaux d’analyse et ses opérations dans le domaine migratoire, la Banque mondiale s’attache à faciliter les transferts d’argent et à en réduire le coût. »
En 2022, ces envois de fonds ont bénéficié du niveau élevé des cours du pétrole dans les pays membres du Conseil de coopération du Golfe, qui a entraîné une augmentation des revenus des migrants, des importants transferts de fonds de la Fédération de Russie à des pays d’Asie centrale, et de la robustesse du marché du travail aux États-Unis et dans les économies avancées où vont travailler les migrants. Au niveau des régions de destination, les remises migratoires ont augmenté de 0,7 % en Asie de l’Est et Pacifique, de 19 % en Europe et Asie centrale, de 11,3 % en Amérique latine-Caraïbes, de 12,2 % en Asie du Sud et de 6,1 % en Afrique subsaharienne. Elles ont diminué de 3,8 % dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.
Les cinq principaux bénéficiaires de ces envois de fonds étaient, en 2022, l’Inde (111 milliards de dollars), le Mexique (61 milliards de dollars), la Chine (51 milliards de dollars), les Philippines (38 milliards de dollars) et le Pakistan (30 milliards de dollars).
Les pays dans lesquels le poids des remises migratoires en pourcentage du PIB est particulièrement élevé — signe de l’importance de la contribution de ces fonds au financement des déficits du compte courant et des finances publiques — sont le Tadjikistan (51 % du PIB), les Tonga (44 %), le Liban (36 %), le Samoa (34 %) et la République kirghize (31 %).
« Les envois de fonds des travailleurs migrants sont devenus une bouée de sauvetage pour de nombreux pays en difficulté durant la pandémie, et seront encore plus nécessaires au cours des périodes à venir, fait observer Dilip Ratha, principal auteur du rapport et directeur de KNOMAD. Nous collaborons plus étroitement avec les pays d’origine et avec les pays bénéficiaires dans le but d’améliorer les données et de tirer parti des envois de fonds pour mobiliser des capitaux du secteur privé grâce à l’émission d’“obligations diaspora” et au rehaussement des notes souveraines. »
À l’échelle mondiale, le coût du transfert de 200 dollars était, en moyenne, de 6,2 % au quatrième trimestre de 2022, soit légèrement plus que les 6 % enregistrés un an auparavant, et plus du double de la cible de 3 % fixée par les Objectifs de développement durable, selon la base de données de la Banque mondiale sur le coût des transferts d’argent dans le monde.
Les banques sont les intermédiaires les plus coûteux (11,8 % en moyenne), suivis par les bureaux de poste (6,3 %), les opérateurs de transfert de fonds (5,4 %) et les opérateurs de services mobiles (4,5 %). Bien que ces derniers offrent les services les moins onéreux, ils ne traitent que moins de 1 % du volume total des transactions.