D. Kadima, la CENI et la bêtise légendaire de certains Congolais

LIBRES PROPOS. La RD Congo est un pays très étrange, et sa population l’est tout autant. Tenez. La Commission électorale congolaise (CENI) annule les votes pour 82 candidats en raison de fraudes et d’intimidations lors des élections générales du 20 décembre dernier. Trois ministres du gouvernement central, quatre gouverneurs provinciaux ainsi que des membres du parti au pouvoir (UDPS) et de l’Union sacrée sont concernés. On annonce même dans la foulée d’autres annulations de votes à venir.

À Kinshasa et dans la diaspora, les partisans du régime et certains compatriotes exultent, affirmant à qui veut bien l’entendre que le président de la CENI, Denis Kadima, est un homme droit dont l’intégrité ferait pâlir de jalousie les enfants de Marie, mère du Christ.

En gros, déclarent ces compatriotes, Denis Kadima a montré sa détermination à combattre la fraude et les irrégularités survenues lors de ces élections calamiteuses. À les lire, on se pose la question de savoir si nous avons tous le même cerveau. Le niveau de déraison est tel que le bon sens en sort totalement déstabilisé.

Dans un État normal, Denis Kadima, je le dis et le répète, serait déjà traduit en justice. Aucun pays dans ce monde n’a organisé des élections aussi chaotiques. Non seulement la loi électorale a été violée dans tous les sens, mais les incidents qui ont émaillé le scrutin aux quatre coins de la République sont tellement flagrants qu’on ne peut aucunement se fier aux résultats publiés par la CENI.

Là, on annonce la suspension de certains votes en raison de fraudes et d’intimidations. Mais pas grand monde ne se pose la question de savoir comment des milliers des machines à voter se sont retrouvés dans les maisons des gens, notamment des caciques de l’Union sacrée. Pas plus qu’on ne cherche à comprendre pourquoi la publication des résultats des législatives a été retardée, alors qu’elles ont eu lieu au même moment et avec le même bulletin de vote que la présidentielle. La CENI a-t-elle véritablement enquêté sur les cas litigieux ayant fait l’objet d’invalidation de votes ? Pas sûr, et le fait qu’un homme comme le professeur Sam Bokolombe se soit retrouvé sur la liste de l’ignominie prouve que Denis Kadima et « sa » CENI ne sont tout simplement pas sérieux. En effet, qui peut croire que Bokolombe, dont la probité et la popularité dans son fief de Basankusu ne sont plus à prouver, a triché avec la fameuse machine à voter ?

La vérité est qu’on assiste actuellement à une lutte de positionnement (doublée de règlements de compte) qui ne dit pas son nom au sein de l’Union sacrée, avec la CENI dans le rôle de « liquidateur » en chef. Tous ceux qui suivent les coulisses de la politique politicienne congolaise savaient que certaines têtes allaient tomber indépendamment de leur participation présumée à la fraude. On ne va pas citer les noms pour le moment.

L’UDPS et ses satellites veulent se tailler la part du lion au parlement pour des raisons faciles à comprendre. Le réveil sera brutal pour un grand nombre des caciques de l’Union sacrée provenant du FCC. La plupart d’entre eux n’ont pas réalisé que l’UDPS s’était servie d’eux contre Joseph Kabila, qui doit certainement arborer un sourire sardonique en ce moment même en appréciant le cirque actuel. Maintenant qu’elle est en position de force, elle n’a plus besoin d’eux. En fait, l’UDPS n’a besoin de personne. Aucun allié n’est donc à l’abri de mauvaises surprises dont seuls Kadima et « sa » CENI ont le secret.

Si je me fie à ce que j’entends ici et là, je peux dire que les jours à venir seront riches en rebondissements… avec un risque réel de polarisation dont les conséquences pourraient être dramatiques pour l’avenir de tout le pays. Denis Kadima a ouvert la boîte de Pandore et la refermer ne sera pas chose facile…

Je bois mon lait nsambarisé…

Par Patrick Mbeko

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