COTE D’IVOIRE. Un capitaine ne saute pas à la mer pour prouver qu’il sait nager !

TRIBUNE. Certaines accusations veulent faire office de vérité définitive. Celle que l’on porte contre le Président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, en est l’exemple parfait : on le dit absent, distant, voire en fuite. Ses détracteurs s’efforcent de transformer son éloignement géographique en preuve d’un renoncement politique, d’une démission face aux défis du moment.

Cette lecture est doublement condamnable : fausse, et profondément injuste. Il convient donc de rétablir la vérité, avec calme et rigueur.

Mais rétablir la vérité ne signifie pas ignorer ce que ressentent nos militants. Car derrière ces accusations, il y a aussi une inquiétude légitime, celle de femmes et d’hommes engagés, qui ont besoin de voir et de sentir la présence de leur leader sur le terrain, qui attendent un signe, un geste, une proximité. Cette impatience n’est pas une faiblesse : elle est la preuve d’un attachement sincère au projet du PDCI-RDA et à celui qui en porte aujourd’hui le destin.

Car ce qui est en jeu dans ce débat n’est pas seulement la réputation d’un homme. C’est la compréhension de ce qu’est véritablement le leadership politique et de ce que signifie servir son pays avec responsabilité.

1. UN PROCÈS EN ABSENCE QUI IGNORE LES FAITS

Avant tout argument, rappelons les faits tels qu’ils sont.

Tidjane Thiam n’a pas quitté la Côte d’Ivoire en courant. Il est parti en homme libre, comme il l’était avant d’entrer en politique, comme il l’est aujourd’hui. Il a continué d’exercer ses responsabilités de président du PDCI-RDA depuis l’étranger, en maintenant le contact avec les instances du parti, en s’exprimant publiquement sur les grands enjeux nationaux, en préservant sa capacité d’action et de décision.

Ceux qui présentent son éloignement comme une fuite oublient qu’il a renoncé à l’une des positions les plus prestigieuses de la finance internationale pour rentrer servir son pays. On ne fait pas un tel choix par peur, mais par conviction, parce que l’on croit en quelque chose qui dépasse son propre confort et sa propre sécurité.

Rappelons aussi le contexte institutionnel récent : radiation de la liste électorale pour « perte supposée » de la nationalité ivoirienne, contestation de cette décision par les voies légales, puis exclusion de sa candidature à la présidentielle, dans un contexte électoral dont les conditions ont été largement contestées par de nombreux acteurs politiques et observateurs. Dans une telle configuration, la décision de préserver sa liberté de mouvement et d’action ne relève pas de la lâcheté. Elle s’inscrit dans une logique de discernement politique et de responsabilité personnelle, dans le plein respect des institutions de la République.

2. PRUDENCE ET COURAGE : UNE DISTINCTION QUE LA POLITIQUE EXIGE

Il existe une confusion fréquente, entretenue parfois volontairement, entre la prudence et la peur, entre la stratégie et la fuite. Cette confusion sert ceux qui préfèrent les gestes spectaculaires aux résultats concrets.

La prudence n’est pas l’absence de courage ; elle en est la forme la plus exigeante. Elle suppose de maîtriser ses émotions, de résister à la tentation de l’acte immédiat et visible, de subordonner son ego à la logique de l’efficacité. Un homme imprudent peut être courageux et inutile. Un homme prudent peut paraître retenu et être déterminant.

Nos traditions africaines l’ont toujours su. Chez nous, on ne dit pas qu’un homme est faible parce qu’il prend le temps de préparer son action. On dit qu’il est sage. On dit : « Prendre des précautions ne veut pas dire qu’on a peur. » Le Président Houphouët-Boigny disait : « Quand on porte la responsabilité des hommes, on a la prudence de celui qui sait un peu, on n’a pas l’audace de celui qui ne sait pas. »

Ces paroles ne sont pas des alibis. Ce sont des boussoles transmises par des générations qui avaient compris que la précipitation est l’ennemie de la victoire, et que la patience est l’alliée de ceux qui veulent durer.

3. L’HISTOIRE DES GRANDS LEADERS DONNE TORT AUX IMPATIENTS

L’histoire politique, africaine et mondiale, est traversée par des figures qui ont dû passer par des périodes d’éloignement, de retrait ou de mise à l’écart avant de revenir jouer pleinement leur rôle historique. Dans chaque cas, ce qui a compté n’est pas la durée de l’absence, mais la qualité de la préparation, la fermeté des convictions et la clarté du projet.

Ces hommes et ces femmes n’ont pas été jugés par l’histoire sur leur simple présence géographique à un moment donné, mais sur la solidité de leur vision, la cohérence de leur engagement et la pertinence de leur action quand le moment est venu. La grandeur ne se mesure pas à l’impatience ; elle se mesure à la constance.

Dans le cas de la Côte d’Ivoire, cette prudence stratégique peut se lire à travers des choix concrets : privilégier la négociation politique plutôt que la confrontation permanente, rechercher des compromis institutionnels qui renforcent la stabilité du pays, défendre des réformes économiques qui améliorent réellement la vie des populations au lieu de céder aux effets d’annonce.

Les Ivoiriens ont besoin d’un climat politique apaisé et d’un dialogue sincère entre les acteurs. Dans un environnement africain de plus en plus concurrentiel, marqué par des mutations économiques, géopolitiques et technologiques rapides, notre pays ne peut se permettre ni fractures inutiles ni aventures improvisées. Il lui faut des dirigeants capables d’écouter, de rassembler, de stabiliser et de projeter la Côte d’Ivoire dans la durée.

Concrètement, cela signifie pour notre pays :

– Faire de l’éducation, de la formation professionnelle et de l’emploi des jeunes la priorité absolue de l’action publique, en orientant les ressources vers les compétences d’avenir, l’adéquation formation‑emploi et l’appui massif à l’entrepreneuriat des jeunes.

– Accélérer la modernisation des infrastructures stratégiques (énergie fiable et compétitive, réseau routier et ferroviaire performant, connectivité numérique de qualité), afin de soutenir une économie diversifiée, créatrice d’emplois et moins vulnérable aux chocs extérieurs.

– Instaurer un climat des affaires réellement transparent et prévisible, fondé sur la sécurité juridique, la lutte contre la corruption, la promotion de champions nationaux et l’attraction d’investissements privés orientés vers la transformation locale, la valeur ajoutée et l’innovation.

– Consolider les institutions républicaines et l’État de droit, en garantissant l’indépendance de la justice, la neutralité des organes chargés des élections et le respect effectif des droits et libertés, afin que l’alternance et la compétition politique se jouent exclusivement dans le cadre des règles démocratiques.

Tidjane Thiam appartient à cette catégorie d’hommes qui choisissent de servir à long terme plutôt que de paraître à court terme. Ivoirien, profondément attaché à son pays, il dispose de compétences techniques, économiques et stratégiques à la hauteur des défis qui se posent aujourd’hui aux États africains, dans un environnement international hautement compétitif. Il incarne ce que tout État recherche lorsqu’il veut consolider ses acquis, renforcer ses institutions et préparer son avenir : la capacité à comprendre le monde tel qu’il est, à défendre les intérêts nationaux et à inscrire l’action publique dans le temps long.

Cette distinction entre le paraître et l’être, entre la posture et la substance, est au cœur de ce que le PDCI-RDA propose pour la Côte d’Ivoire.

4. L’IMAGE DU CAPITAINE : TENIR LA BARRE, PAS SAUTER À LA MER

L’image du capitaine est, en politique, l’une des plus justes. Le capitaine d’un navire n’a pas pour mission de démontrer sa bravoure personnelle, il a pour mission de conduire son équipage à destination.

Un capitaine qui saute à la mer pour prouver qu’il sait nager abandonne son navire, expose son équipage et compromet la traversée. Ce n’est pas du courage, c’est de l’inconscience. Le vrai courage du capitaine, c’est de rester à son poste quand la mer est forte, de lire la tempête avec lucidité, de maintenir le cap quand tout incite à la déviation, et de conduire son navire à bon port avec tous ses hommes à bord.

Tidjane Thiam est ce capitaine. Il sait où il veut conduire la Côte d’Ivoire. Il connaît les écueils. Il maîtrise la carte. Et il préserve la capacité de tenir la barre le moment venu, sans s’être exposé inutilement, sans avoir compromis sa liberté d’action, en évitant de se placer dans des situations qui pourraient limiter sa capacité à porter pleinement son projet.

Ceux qui lui reprochent de ne pas « sauter à la mer » confondent le spectacle avec l’efficacité. Ce sont souvent les mêmes qui applaudissent les gestes héroïques à court terme et découvrent, trop tard, que le navire a coulé faute de capitaine.

5. L’ABSENCE N’EST PAS LE SILENCE : UN LEADER QUI CONTINUE D’AGIR

Il faut dissiper une autre confusion : celle qui assimile la distance géographique à l’inaction politique.

Depuis l’étranger, Tidjane Thiam n’a pas cessé d’exister politiquement. Il a maintenu vivant le projet du PDCI-RDA. Il a préservé l’unité du parti autour d’un leadership clair et d’une orientation assumée. Il a continué de porter la parole de l’alternance dans les espaces où elle peut être entendue, débattue et soutenue, tout en entretenant les réseaux, nationaux et internationaux, qui seront nécessaires au moment de l’action.

La politique ne se réduit pas aux seuls gestes visibles sur le sol national. Elle se construit aussi dans les coulisses, dans les alliances, dans les préparations silencieuses qui rendent possible ce qui paraît impossible. Un homme qui travaille dans l’ombre pour préparer la lumière est plus utile qu’un homme qui s’agite dans la lumière sans préparer l’avenir.

Quand nous parlons de dialogue et d’apaisement, il ne s’agit pas de mots creux. Il s’agit, par exemple, de promouvoir des cadres de concertation réguliers entre pouvoir et opposition, d’associer davantage les forces politiques et sociales aux grandes décisions nationales, et de favoriser des mécanismes indépendants de prévention et de gestion des crises électorales. Un tel esprit de dialogue n’affaiblit pas l’État ; il le renforce, parce qu’il réduit la tentation de la violence et ouvre des voies pacifiques de résolution des désaccords.

C’est cette forme d’engagement, moins spectaculaire mais plus solide, que Tidjane Thiam a choisie. Et c’est ce choix que ses partisans doivent assumer et expliquer, non pas avec gêne, mais avec la fierté de ceux qui ont compris ce que « préparer » veut dire.

EN GUISE DE CONCLUSION : L’HEURE VIENDRA

À ceux qui s’impatientent, à ceux qui doutent, à ceux qui interprètent l’éloignement comme un abandon, je veux dire ceci, simplement et sereinement :

Le combat de Tidjane Thiam pour la Côte d’Ivoire n’est pas suspendu. Il est en cours. Il se conduit avec la méthode de celui qui veut gagner durablement, et non avec la précipitation de celui qui veut paraître rapidement.

Les Ivoiriens qui ont placé leur confiance dans le PDCI-RDA et dans son président n’ont pas été abandonnés. Ils ont un leader qui préserve sa liberté d’action pour mieux les servir le moment venu. Un leader qui ne prend pas à la légère les enjeux liés à sa propre sécurité et à celle de ceux qui lui font confiance. Un leader qui a choisi la stratégie du temps long plutôt que la tactique de l’instant.

Car le PDCI-RDA n’est pas un parti comme les autres. Il est le parti fondateur de la Côte d’Ivoire moderne, et son identité demeure une force pour notre pays, mais aussi pour toute une sous-région en quête de paix, de stabilité et d’un progrès partagé. C’est de cette histoire et de cette responsabilité que Tidjane Thiam est aujourd’hui le dépositaire.

Dans une Côte d’Ivoire qui a besoin de dialogue, d’apaisement et de stabilité pour consolider les acquis économiques et institutionnels, la présence d’un profil comme celui de Tidjane Thiam n’est pas un luxe : c’est une chance. Car un tel profil se mesure à sa capacité à transformer les acquis macroéconomiques en progrès visibles pour les ménages, à faire reculer le chômage des jeunes, à réduire les inégalités entre régions et à garantir que la croissance ne se paie pas au prix de la cohésion nationale. C’est à ce type de résultats concrets que se reconnaît un leadership qui prépare l’avenir.

Je n’ai aucun doute : au moment approprié, Tidjane Thiam rentrera dans son pays la tête haute, en homme libre, au service de la Côte d’Ivoire. Non pas en fonction des circonstances du moment , mais parce qu’il aura préparé les conditions de son retour avec la même méthode et la même détermination qui ont toujours caractérisé son action.

L’histoire ne retient pas ceux qui ont fait beaucoup de bruit. Elle retient ceux qui ont obtenu des résultats. Et les résultats, pour Tidjane Thiam, ne sont pas derrière lui. Ils sont devant.

Hamed Koffi Zarour

Cadre militant du PDCI-RDA

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