
Benguérir a accueilli récemment la présélection marocaine des «Nouveaux Boss», le premier concours panafricain dédié aux entrepreneurs, lancé sur TV5MONDE en 2025. Bouchra Réjani, sa productrice et CEO de Wemake Productions, revient sur cette deuxième saison.
Libé/PAGESAFRIK : L’émission «Les Nouveaux Boss» est à sa deuxième saison. Avant qu’on en parle, pouvez-vous nous faire un bref bilan de la première édition?
Bouchra Réjani : Le bilan de la première saison se résume à quelques chiffres : 34% de PDA (part d’audience) en Afrique francophone. Selon une étude réalisée notamment par les équipes de TV5Monde, 120 millions de vidéos ont été vues. Une étude Ipsos sur la qualité du programme indique que plus de 83% des personnes interrogées l’ont trouvé utile, innovant et attachant. Plus d’un tiers de l’audience est également constitué de personnes âgées de 18 à 35 ans. Enfin, un peu plus de 3 millions d’euros ont été levés par sept de nos entrepreneurs, à différentes étapes de leur parcours. Nous sommes donc très satisfaits de ce bilan.
Organiser un tel projet demande d’importants moyens. Comment avez-vous organisé sa préparation et sa production? Quels ont été les principaux défis à relever?
On met déjà entre trois et quatre mois pour affiner le casting. En parallèle, les équipes éditoriales travaillent sur les angles que nous allons mettre en avant et sur les parcours des candidats. La logistique est assez énorme puisqu’on se trimballe avec près de 500 kg de matériel.
Nous avons une grande mixité dans nos équipes. Nous travaillons avec des équipes, évidemment, du continent, avec de grands talents, notamment des cadreurs et des techniciens. Nous avons aussi nos équipes qu’on ramène de Paris.
Vous êtes la productrice de ce projet. Qu’est-ce que vous y avez trouvé d’intéressant au point de s’y coller ?
C’est très personnel. D’abord, toute l’histoire a commencé lorsque Kim Younes, la PDG de TV5Monde, m’a passé un coup de fil en me disant qu’elle cherchait à mettre en lumière la dynamique de la jeunesse africaine, notamment sur le plan entrepreneurial.
Donc, nous sommes arrivés avec plusieurs idées, dont celle des «Nouveaux Boss» qu’elle a validée.
Là, le point de format, comme on dit dans le jargon technique, c’est qu’on y a intégré l’élément de la Station. La Station est le lieu d’accélération pour développer les compétences qui pourraient leur manquer. En tout cas, on vient leur donner de la force, avec les mentors, les intervenants s’y trouvant dans différents domaines, qui vont de la finance au personal branding, en passant par l’art oratoire. On a intégré cette année l’IA. C’est une dimension qui interpelle évidemment le monde entier, en particulier les entrepreneurs. Donc, on a aussi intégré un atelier, une master class dédiée à l’IA pour cette année.
Qu’est-ce qui justifiait la présence de l’équipe au Maroc ?
Nous avons tourné l’émission à Benguérir, à l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P).
On a fait le choix de tourner aussi au Maroc, qui est une terre d’entrepreneurs, un pays au dynamisme reconnu sur le continent. Yassine Laghzioui, un de nos quatre mentors, est marocain et est à la tête du Venture Capital d’UM6P Ventures.
Quelles sont les nouveautés de ce programme ?
Pour les nouveautés, on a élargi un peu le spectre des domaines que nous avions couverts. Donc, on a encore plus de STEM, on a de l’IA. Et ça vient rejoindre, justement, les enseignements que nous avons dispensés à la Station autour de la gestion de l’IA au bénéfice des entreprises. Comment la maîtriser, comment ne pas en avoir peur et comment pouvoir en tirer tous les bénéfices. Parce que, comme tout le monde le sait, il y a quand même beaucoup d’angoisse liée à l’IA dans les métiers.
L’autre nouveauté, c’est que nous avons renforcé l’équipe du jury, puisqu’on va accueillir un quatrième membre, pour cette année notamment, afin de démultiplier les chances de nos dix finalistes de pouvoir lever les fonds dont ils ont besoin pour accélérer leur croissance.
Après Cotonou (Bénin), Benguérir (Maroc) et Kinshasa (RDC), le périple se poursuit à Abidjan… Un petit mot là-dessus ?
Le gouvernement de la Côte d’Ivoire va nous accueillir de nouveau pour la Station et la grande finale qui se déroulera à Abidjan le 10 octobre prochain.
Qu’est-ce qu’espériez-vous que cette émission apporte au-delà de ce que vous aviez envisagé à sa conception ?
Tout d’abord, je suis tellement heureuse d’être dans notre continent parce que j’en rêve depuis mes huit ans. Mon père me parlait déjà d’Afrique, mais c’était très vague, je ne comprenais pas vraiment. Mon cœur bat en Afrique, et être ici et mettre en lumière cette jeunesse, ce dynamisme et cet optimisme qu’il partage avec le monde est pour moi déjà une grande satisfaction.
J’espère que la saison 2 sera tout aussi bonne, en tout cas qu’elle connaîtra tout autant de succès que la première. Je souhaite surtout que tous nos candidats qui nous font confiance puissent repartir avec quelque chose, parce que ce sont des entrepreneurs qui ont besoin qu’on les respecte et qu’on fasse preuve de bienveillance à leur égard. Il n’y a pas vraiment de perdants. A’Salfo (chanteur ivoirien du groupe Magic System) l’a d’ailleurs dit dans son témoignage : il faut que chacun des entrepreneurs qui nous font confiance reparte avec quelque chose. Cela peut être un accompagnement, le fait d’avoir été repéré ou, évidemment, de l’argent pour son projet. Mais il faut que chacun en bénéficie.
Et notre seul enjeu, c’est que les «Nouveaux Boss» puissent servir de pont entre les entrepreneurs et les investisseurs. Voilà notre ambition.
Propos recueillis par Alain Bouithy
Fondateur du site Pagesafrik.



