Congo-Géopolitique : Encerclement et grisaille en Afrique Centrale, Collinet, Bouya et Oba indexés…( lecture en 5 mins)

PARLONS-EN. Le Congo Brazzaville (CGO) se retrouve contourné par un corridor minier avec l’Angola, débordé diplomatiquement par la République Démocratique du Congo (RDC), dépassé sur ses propres routes commerciales par le Cameroun, et pris en défaut de confiance par son allié dynastique, le Gabon. Les réponses proposées jusqu’ici (Garde présidentielle en partie confiée à un partenaire russe, FMI, endettement) sont dorénavant débordées de tous les côtés. Sassou est au pied du mur avec son voyage de Paris ou il fait la manche auprès de Macron qu’il invite à Brazzaville. Celui de la Turquie, sous couvert des vacances mais en réalité, de check-up et de recherche de fonds, n’a pas donné de résultats espérés. 

Rapports de forces géopolitiques et économiques

Aucun char n’a franchi de frontière, aucune rupture diplomatique n’a été prononcée entre la RDC et le CGO. Les va – t – en guerre qui réclament des réponses militaires sont non seulement stupides, mais également contre-productifs. Le CGO et la RDC disposent d’un « soft power commun » qui empêchera l’escalade : c’est le partage d’une « Civilisation du Fleuve » dont la puissance (mythes communs, croyances, modes de vie, langues…) informe une gémellité incontestable. Elle a permis aux deux pays depuis plus de 200 ans de survivre face à l’étranger hors-fleuve (Arabes avec Tippo-Tip, Compagnies concessionnaires, néo-colonisation…). Les petits esprits doivent cesser l’agitation de 110 millions de personnes face à 6 millions de congolais divisés, avec une milice et non une armée républicaine. Le CGO n’a rien à y gagner, bien au contraire. L’enjeu est l’encerclement du CGO, et il ne se lit pas dans les postures militaires mais dans quatre relations bilatérales qui, chacune à sa manière, contournent, dépassent ou fragilisent le CGO sans jamais le menacer frontalement. Prises séparément, ce sont des nouvelles ordinaires de la diplomatie régionale. Mises bout à bout, elles dessinent un pays de moins en moins central dans les circuits qui structurent son propre voisinage.

L’encerclement en cours 

Au sud, l’Angola, le 26 août, la RDC a signé avec Mota-Engil Africa la concession de l’axe ferroviaire Dilolo-Sakania, pièce maîtresse du corridor de Lobito (1,258 milliard de dollars), trente ans, soutenu par Washington-USA. Ce corridor doit évacuer le cuivre et le cobalt du Copperbelt de la RDC vers l’Atlantique via l’Angola. Le Port autonome de Pointe-Noire vanté  depuis des années comme la porte atlantique naturelle de l’Afrique centrale, n’y figure nulle part. La faute à Jean Jacques Bouya (JJB), mais aussi à Anatole Collinet Makosso (ACM) depuis 6 ans qui n’a rien fait pour redresser la barre. Un flux minier majeur se réoriente à quelques centaines de kilomètres du Congo sans que celui-ci y soit associé. Une honte à laquelle personne ne répond.

À l’est, la RDC elle-même, dont la doctrine s’est durcie ces temps-ci : interdiction d’exporter les concentrés de cuivre et de cobalt, quota 2026 fixé à 96600 tonnes, ambition assumée de passer d’«extracteur » à « transformateur», négocie en parallèle, à Doha, avec le Qatar, les États-Unis, le Togo et l’Union africaine, le cadre de sortie de crise avec l’AFC/M23.

Voilà une diplomatie multilatérale que Brazzaville ne mobilisera jamais à cette échelle tant que Itoua Guy Nestor qui serait, suppôt de Françoise Joly et tombeur de Jean Claude Gakosso, n’accordera pas ses violons avec Serge-Constant Bounda et d’autres. Dans la nuit du 26 au 27 août, des éléments des Forces armées congolaises (FAC) ont été appréhendés à la frontière fluviale des deux pays, avec des morts à la clé. Au nord, le Cameroun capte ce que le Congo n’obtient pas. La Banque mondiale finance à plus d’un milliard de dollars la modernisation du corridor Douala-Bangui, adossée à la nouvelle zone industrielle portuaire de Kribi, lancée en mars. 

Le corridor concurrent Pointe-Noire-Brazzaville-Ouesso-Bangui-N’Djamena, censé desservir les mêmes marchés enclavés, en est encore, à la même date, au stade des études. La faute unique est celle de Pierre Oba (nous y consacrerons un dossier entier à partir de la semaine prochaine). La route Yaoundé-Brazzaville, achevée depuis 2021, sert surtout à acheminer les denrées alimentaires au Congo et le bois pillé vers le port de Douala. À l’ouest, le Gabon, où la proximité est la plus intime et la défiance la plus tenace. Le petit-fils de M. Sassou a épousé, fin juillet à Libreville, une descendante de la famille Otto-Bongo du CGO !!! Une union entre deux congolais ne peut être célébrée comme le symbole d’un lien entre les deux pays. Trois mois plus tôt, pourtant, l’arrestation d’un opposant gabonais à Brazzaville, le jour même où Brice Oligui Nguema atterrissait pour l’investiture de M. Sassou, avait glacé l’accueil que lui réservait son hôte. Le dossier de l’opposition gabonaise que Jean-Dominique Okemba gérait en sa qualité de secrétaire général du Conseil national de sécurité jusqu’à récemment, lui a été retiré, privant Brazzaville d’un des rares leviers d’influence qu’elle exerçait encore sur son voisin le plus proche, au moment  où ce voisin en aurait le plus besoin.

CGO prête le flanc pour un changement de régime

Ce que ces quatre dossiers ont en commun dépasse la seule géographie. Dans chacun, un acteur extérieur (Washington sur Lobito, la Banque mondiale sur Douala, le format Doha sur l’Est congolais) investit du capital, de la légitimité ou de la médiation là où Brazzaville n’apparaît pas. La réponse congolaise à cet effacement progressif n’a pas été institutionnelle. Depuis plus d’un an, la protection rapprochée de M. Sassou est en partie assurée par des éléments d’Africa Corps, le groupe paramilitaire russe lié aux renseignements militaires de Moscou, intégré à la sécurité présidentielle. En mai, Sassou a préféré Moscou au sommet Afrique-France qu’il fréquente pourtant d’ordinaire ; il devrait rejoindre Paris le 8 septembre, pour un sommet sur l’espace, pendant lequel des sources nous affirment que Macron abordera la recomposition de son influence régionale. Pour éviter des ratés, M. Sassou ne devrait plus se pencher seulement sur le clan, ses pseudo Francs-maçons et christian Yoka (point focal) qui venait de quitter Paris, mais, de toutes les intelligences fussent-elles Kongo ou Chrétiens. Un pays qui perd du terrain dans ses corridors, sa diplomatie multilatérale et la confiance de ses voisins les plus proches ne le compense pas en armant sa garde présidentielle d’un partenaire étranger. Il ne fait que déplacer, du terrain régional vers l’intérieur du palais, le même pari sur les hommes plutôt que sur les institutions qui se fragilisent déjà. Nous l’avons démontré concernant le renseignement congolais et les forces armées. L’encerclement, en somme, tient moins à la géographie qu’à ce que le CGO refuse, année après année, d’ institutionnaliser. Dans cette imbroglio, les pseudo réfugiés politiques qui partent à Brazzaville via Kinshasa, prendraient moins de risques en repoussant leur voyages. Le FMI et l’endettement seraient la pire de solution de sortie de crise. Réduire les budgets de toutes les institutions et de hauts fonctionnaires à 40% tout en nommant les cadres en fonction de leur compétences et non des clans et rapatrier les fonds, seront les meilleurs choix. (A suivre).

Ghys Fortune BEMBA DOMBE

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