Cameroun. Issa Tchiroma Bakary : ni ange ni démon, mais un politicien

SANS DETOUR. Tel un renard, le politicien s’engouffre dans la moindre brèche, exploite la faille la plus subtile et s’insère dans la fissure la plus fine : c’est cela, la ruse politique. Rien à voir avec la perfidie ni la barbarie cynique de l’exécutif abject de Yaoundé. L’engouement que vous observez autour du candidat Issa Tchiroma n’est pas un coup de foudre populaire. Ce n’est pas non plus une prestidigitation envoûtante qui aurait charmé le peuple camerounais. C’est l’expression d’un ras-le-bol collectif, d’une rupture radicale avec le régime de Yaoundé. Dans la logique du « Tout sauf Biya », les Camerounais sont prêts à miser, à raison, sur le diable lui-même. Mais pourquoi Issa Tchiroma, et pas un autre ? Pourquoi lui, alors qu’il était, il y a peu, ministre de Paul Biya, partie prenante de la coalition gouvernementale et véritable laudateur d’un exécutif corrompu et incompétent ? La réponse est simple : il est aujourd’hui le seul candidat à tenir un discours tranchant de rupture. Le plus frontal, le plus incisif contre le régime de Paul Biya. Ses sorties médiatiques sont de plus en plus véhémentes. « Je défendrai ma victoire jusqu’à mon sang si les Camerounais m’accordent la faveur des urnes ». . Dans le contexte actuel, cette phrase résonne plus fort qu’un programme politique, et Tchiroma l’a compris. Il a compris qu’un naufragé est capable de s’accrocher à la queue d’un serpent pour tenter de se sauver. Et cette allégorie colle parfaitement à la situation camerounaise, un prêtre l’a même paraphrasée : « Vaut mieux un diable que Paul Biya. » Issa Tchiroma Bakary a également compris qu’après l’élimination brutale du professeur Maurice Kamto, le peuple du changement était en quête d’un opposant farouche, prêt au sacrifice suprême pour voir tomber le régime en place. Beaucoup considèrent d’ailleurs cette élection comme un prétexte, un casus belli, qui pourrait enclencher un mouvement de contestation populaire à la népalaise. Tchiroma a ajusté son langage, affûté son discours et adapté ses positions pour répondre à cette aspiration. Faut-il lui faire confiance ? Non. Pas plus qu’on ne doit faire confiance à la queue du serpent. Mais dans une telle situation, il représente le meilleur risque, la dernière chance ( même si elle n’est qu’apparente) . Comme le parieur de la dernière heure, il faut fermer les yeux et miser sa dernière pièce. Soit l’on gagne, soit l’on perd tout, même le dernier franc de la veuve. Mais au moins, on aura essayé. Et ne dit-on pas : qui ne risque rien n’a rien ? Moi, je voterai pour Issa Tchiroma Bakary. Par Teddy Patou Journaliste et animateur radio
Revue de presse : L’Afrique dans la presse francophone internationale (mardi 16 au vendredi 19 septembre)

Vendredi 19/09. Africanews : À quelques semaines de l’élection présidentielle, la Côte d’Ivoire s’enfonce dans un climat politique tendu. Le 18 septembre, Laurent Gbagbo a déclaré qu’il ne soutiendrait aucun des cinq candidats en lice. Selon lui, la compétition électorale est biaisée, car les candidatures validées ne reflètent pas le choix des grands partis politiques. RFI : Au Cameroun, c’est la consigne de vote que personne n’attendait. Brenda Biya, l’unique fille du président Paul Biya, appelle, dans une vidéo devenue virale, à ne pas voter pour son père lors de cette élection, affirmant qu’il a fait beaucoup de mal au peuple. RT en Français : Le Burkina Faso s’affirme comme un acteur incontournable de l’or en Afrique de l’Ouest. En 2024, le pays a produit près de 61 tonnes de métal précieux, soit une multiplication par dix de sa production depuis 2008, où elle s’élevait à seulement 5,6 tonnes. TV5Monde : L’Algérie a qualifié vendredi de « trop grossière » une requête du Mali devant la Cour internationale de justice (CIJ), l’accusant d’avoir abattu un drone de son armée au dessus du territoire malien. Euronews : Paris a ordonné à deux diplomates maliens de quitter son territoire d’ici samedi, en représailles à l’arrestation à Bamako, le mois dernier, d’un agent diplomatique français accusé d’espionnage. RFI : Malgré la brouille entre Paris et Bamako, les services de renseignements malien et français continuaient à se parler, à échanger des informations. Désormais, ce canal est fermé avec des conséquences : par exemple, plus de partages d’écoutes téléphoniques dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. RT en Français : Les ambassadeurs du Mali, du Burkina Faso et du Niger en Russie ont effectué une visite officielle en Crimée, où ils ont rencontré le chef de la République, Sergueï Aksionov. Il s’agit du premier déplacement sur la péninsule des représentants des pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). TV5Monde : Le cyclisme international se réunit au Rwanda pour les Mondiaux 2025 qui se tiennent de ce dimanche 21 au dimanche 28 septembre. Une première sur le continent africain. France 24 : Au moins 75 personnes ont été tuées vendredi 19 septembre dans une attaque de drone des forces paramilitaires sur une mosquée dans un camp de déplacés près d’El-Fasher au Darfour, dans l’ouest du Soudan. Jeudi 18/09. RT Français : L’ex-ministre togolaise des Armées, Marguerite Gnakadé, a été arrêtée le 17 septembre à son domicile de Lomé. Elle a été conduite à la police judiciaire, où elle doit être entendue pour «incitation à la rébellion», selon une source policière. Mercredi 17/09. DW : Alors que la procédure se poursuit pour la destitution de Vital Kamerhe, le président du bureau de l’Assemblée nationale, cette nouvelle crise politique touche le président congolais Félix Tshisekedi, qui semble avoir abandonné son ancien allié. Les deux hommes s’étaient pourtant juré plusieurs fois fidélité. Mardi 16/09. Sputnik : Le Burkina Faso devient l’unique maître de la Nouvelle société sucrière de la Comoé. Les 37 actionnaires minoritaires, détenant 305 actions, ont été contraints de céder leurs parts à l’État en raison de leur « inaction », selon le Conseil des ministres. Adrien Thyg
Le fédéralisme communautaire : une régression de l’idée d’un État-nation camerounais

PARLONS-EN. Le monde s’unifie : les langues se généralisent, les peuples se mélangent sans se perdre. C’est l’évolution naturelle des sociétés : la planète devient de plus en plus un village. Mais au Cameroun, certains programmes politiques semblent vouloir nous maintenir dans des considérations ethniques et géolocalisées. La proposition du candidat Cabral Libii (le fédéralisme communautaire ) illustre parfaitement cette tendance : enfermer les Camerounais dans des sphères identitaires, tribales et sociologiques. Pourtant, nous devons travailler à reléguer les identités communautaires à l’intime pour faire rayonner une identité nationale commune. Ce fédéralisme propose un découpage territorial basé sur les communautés. Il semble oublier que les migrations internes ont profondément modifié le visage de chaque région : des communautés complètement différentes partagent aujourd’hui les mêmes espaces. Il oublie le métissage grandissant qui façonne une population camerounaise de plus en plus « homogène ». Un enfant peut être de père Bassa, de mère Bangangté, avoir une nièce Douala et un cousin Bulu. Où placer cette génération de mélange dans un découpage territorial strictement communautaire ? Les partisans de ce projet affirment qu’il vise à valoriser les identités ethniques. L’intention peut sembler noble, mais la méthode est problématique. Dans un Cameroun uni, il ne s’agit pas d’effacer nos identités, elles sont notre richesse. Il s’agit de les connaître, de les faire connaître, de les partager, de les ouvrir aux autres pour renforcer notre fraternité. C’est cette proximité culturelle qui, associée à notre identité nationale commune fera naître un Cameroun des cœurs, non pas la création de nouvelles frontières. Le fédéralisme communautaire prétend également mettre en valeur les compétences régionales. Mais cette approche pourrait au contraire alimenter frustrations et rivalités hégémoniques. Que se passera-t-il si une région, moins développée économiquement, devient la cible de stigmatisations ? Je suis pour un Cameroun fédéral, mais sur la base de critères géographiques et économiques, et non sur l’ethnicité. Je suis pour un Cameroun qui valorise les identités, mais pas au détriment d’une identité nationale qui fonde la nationalité et la cohésion sociale. Je suis pour un Cameroun qui met en avant les compétences, mais dans une logique nationale, au service du bien commun. Par Teddy Patou Journaliste et animateur radio
Revue de presse: L’Afrique dans la presse internationale

Mercredi 17/09. Le Monde Afrique : Le premier ministre, Ousmane Sonko, a annoncé le lancement de « titres patriotes et citoyens » auprès des Sénégalais établis à l’étranger. Objectif : financer une partie de son « plan de redressement » destiné à rééquilibrer les comptes du pays. RT en français : La Cour d’assises de Paris a ouvert le 16 septembre le procès en appel de Sosthène Munyemana, ancien gynécologue rwandais condamné en 2023 à 24 ans de réclusion pour génocide et crimes contre l’humanité. Jeune Afrique : Accusé par Bangui d’avoir été l’un des relais de la communication de l’ex-chef rebelle Armel Sayo, le cyberactiviste centrafricain, interpellé à Cotonou, fait l’objet d’une demande d’extradition. Pour l’heure, sans succès. TV5monde : Cela fait cinq ans que les Guinéens n’ont pas voté. Dimanche 21 septembre, c’est donc le grand retour aux urnes pour les 6.7 millions d’électeurs du pays. L’objet du scrutin: un référendum. Pour ou contre le projet de Constitution proposé par les autorités militaires au pouvoir? Sputnik : Les cryptos peuvent se superposer aux multiples monnaies nationales, a déclaré à Sputnik Afrique Yamb Ntimba, économiste, écrivain et philosophe camerounais, commentant la croissance de plus de 50% des transactions en cryptomonnaies en Afrique subsaharienne au cours de l’année financière 2024. Mardi 16/09. La Libre Afrique : Avec la chute annoncée dans les tout prochains jours de Vital Kamerhe et d’une partie de son bureau (le premier vice-président, Jean-Claude Tshilumbayi, et le 2e vice-président, Christophe Mboso, sont épargnés par la motion), c’est la musique du changement de la Constitution pour permettre à Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir après 2028 qui revient dans toutes les têtes. France 24 : En Côte d’Ivoire, où la moitié de la population a moins de 30 ans, le chômage des jeunes reste deux fois supérieur à la moyenne nationale. Malgré les efforts du gouvernement, l’accès à un emploi décent demeure un défi pour les jeunes ivoiriens. RT en français : En RDC, les rebelles de l’AFC/M23 sont accusés de traitements inhumains, d’actes de torture et d’humiliation qui auraient été commis à l’encontre de militaires congolais, selon le témoignage d’un sergent évadé de captivité. Le Monde Afrique : Cinq personnes rapatriées au Nigeria et en Gambie, où elles sont parfois menacées de persécutions ou de torture, accusent Washington d’avoir téléguidé leur retour illégal via Accra. Jeune Afrique : Les ministres de la Justice des trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) se sont réunis ce mardi pour discuter des modalités d’un retrait coordonné de la Cour pénale internationale, qu’ils souhaitent remplacer par une Cour pénale sahélienne. Lundi 15/09. France 24 : Au Cameroun, Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre de Paul Biya a été désigné par le Front du changement 2025, comme candidat « consensuel » d’une partie de l’opposition. Une désignation qui est pourtant loin de faire l’unanimité. RT en français : La Foire commerciale intra-africaine (IATF 2025), dans sa 4ᵉ édition organisée à Alger du 4 au 10 septembre, « a été un plein succès, reconnu par toutes les institutions continentales associées à son organisation, et salué par l’ensemble des participants : exposants, opérateurs économiques et visiteurs », selon le chef de la diplomatie algérienne, Ahmed Attaf. Adrien Thyg
La Fondation ASAF Cameroun d’Eran Moas récompense les lauréats de son concours d’écriture

La Fondation ASAF Cameroun a célébré le talent et la créativité de jeunes écrivains lors de la cérémonie de remise des prix du concours national d’écriture, qui s’est tenue le 13 septembre à Douala. Lauréats, familles et passionnés de littérature se sont réunis pour mettre en lumière l’imagination des jeunes participants. Lancé début août par la Fondation ASAF Cameroun, créée par Eran Moas, le concours a rencontré un vif succès avec plus de 150 participants venant de tout le pays, représentant différentes classes sociales et régions, y compris le Nord et le NOSO, en plus des grandes villes et capitales. Fidèle à sa mission de placer l’éducation au cœur de ses actions, la fondation s’engage à renforcer l’accès à l’école et à promouvoir l’égalité filles-garçons. La scolarisation des filles au secondaire reste faible, avec seulement 43 % d’entre elles inscrites selon l’UNESCO. À travers ce concours, la fondation offre aux jeunes un véritable espace d’expression et de développement, ouvert à tous, sans distinction de milieu ou de région. Ambassadrice d’honneur du concours et lauréate du Prix Goncourt des Lycéens 2020, Djaili Amal Amadou a lu les textes des participants et récompensé les plus remarquables. Reconnue pour une écriture qui inspire et soutient les enfants issus de milieux défavorisés, elle anime depuis deux ans des ateliers d’écriture dans les bibliothèques de quartier, favorisant la créativité et l’expression personnelle. Lors de la cérémonie, elle a salué des textes riches de sensibilité et d’imaginaire.Afin d’assurer une représentativité équilibrée et de mettre en valeur la diversité des talents, les gagnants ont été répartis en trois catégories d’âge.8-10 ans : Amina Aïda Tikire (8 ans), Samuel Providence Akim (9 ans), Abigail Ngebi Tanwie (10 ans).11-13 ans : Gloriane Abigail Wabon Boh (13 ans), Mansour Hamadou (12 ans), Grâce Stéphanie Winidy Haman (13 ans).14-16 ans : Adora Tiangueu Emako (15 ans), Noëlla Grâce Delemouele (14 ans), Ashmen Paam (16 ans). Un prix spécial a également été décerné à Christelle Bime (15 ans) pour la qualité de son écrit.Les lauréats ont reçu des sacs, tablettes, fournitures scolaires et autres lots pratiques destinés à les accompagner dans leur réussite académique. Tous les participants, qu’ils aient pu être présents à la cérémonie ou non, recevront un cartable et un certificat de participation, valorisant leur créativité et leur engagement. « Avec ce concours, nous avons voulu montrer aux jeunes qu’écrire n’est pas seulement un exercice scolaire, mais aussi une façon de s’exprimer, de prendre confiance et de se projeter. C’est une fierté de voir leur enthousiasme. », a déclaré Eran Moas, fondateur de la fondation ASAF Cameroun. De son côté, Djaili Amal Amadou a rappelé que « L’écriture, c’est le pouvoir des mots. Elle permet de transformer, de libérer et d’inspirer. ». Au-delà du concours, la Fondation ASAF Cameroun poursuit son engagement en faveur de l’accès à la culture et de la promotion de la lecture. Elle appuie le travail des bibliothèques communautaires Djaili Amal Amadou en leur fournissant livres et manuels, permettant ainsi aux jeunes de continuer à créer, apprendre et rêver tout au long de l’année. Avec cette initiative, la fondation réaffirme sa conviction : chaque mot peut être une force de changement. En donnant la parole à la jeunesse, ASAF Cameroun entend créer un espace où les idées circulent, se confrontent et se renforcent, en incluant tous les jeunes du pays, quelles que soient leur région ou leur origine sociale. Ce concours n’est qu’une étape d’un engagement plus vaste : renforcer la confiance des jeunes dans leur capacité à écrire leur propre histoire, tout en leur offrant des outils concrets pour réussir. L’ambition est claire : faire de la lecture et de l’écriture des leviers de réussite scolaire, personnelle et citoyenne.L’édition 2026 est déjà en préparation, avec l’objectif de toucher encore davantage de jeunes à travers le Cameroun et d’élargir l’accès aux ateliers d’écriture dans les bibliothèques communautaires. À propos de la fondation ASAF CamerounFondée en 2016 par Eran Moas, la Fondation ASAF Cameroun est une organisation à but non lucratif engagée dans la promotion du développement social et humain au Cameroun. Elle œuvre notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et dans la protection de la faune.À travers ses programmes et partenariats, la Fondation ASAF Cameroun vise à renforcer les capacités locales, soutenir des initiatives durables et encourager l’innovation sociale. Elle place l’humain et la solidarité au cœur de toutes ses actions afin de contribuer à un avenir plus équitable et prospère pour tous.
Tensions à la frontière Centrafrique-Cameroun

À la frontière entre la Centrafrique et le Cameroun, les localités de Béloko et Cantonnier font face à une situation préoccupante. Malgré les engagements pris lors de la sixième commission mixte transfrontalière entre les deux pays, en juin 2024 à Bangui, les autorités locales dénoncent la poursuite de l’occupation d’une partie du territoire centrafricain par des forces camerounaises. Depuis plusieurs mois, des responsables communautaires et villageois alertent sur les tensions récurrentes nées de cette occupation. À Koundé-Sabal, un village situé dans la zone concernée, le chef Daniel Sodea témoigne d’un incident survenu récemment : « Les agents des eaux et forêts de Baboua étaient venus interdire l’exploitation de la forêt. Après leur départ, des militaires camerounais sont arrivés. Ils ont tiré à balles réelles sur la population. Cinq coups de feu. Plusieurs jeunes ont été emmenés de force à Bertoua, où ils ont été emprisonnés. L’un d’eux est gravement malade. Nous demandons que le gouvernement agisse », déclare-t-il. Des accords sans effet sur le terrain Du côté de Cantonnier, les autorités locales déplorent l’inefficacité des mesures décidées lors de la commission transfrontalière. Raphaël Soka, chef de canton, cite notamment le retrait par des militaires camerounais de trois mâts de drapeau récemment installés dans plusieurs villages frontaliers : « Quatre mâts avaient été érigés à Simon, Sabal, Koundé-Petel et Gassol. Trois ont été enlevés par les militaires camerounais. Grâce à l’intervention du commissaire de Béloko et du commandant de brigade de Koundé, un seul drapeau a pu être récupéré. Les deux autres sont toujours entre les mains des soldats camerounais », regrette-t-il. Face à ces intrusions, les forces de défense et de sécurité centrafricaines ont mis en place un poste de contrôle avancé à Petit Koundé-Sabal. Un dispositif qui vise à freiner l’expansion de l’occupation, mais qui reste symbolique, selon plusieurs habitants. Malgré les efforts diplomatiques de Bangui, la situation sur le terrain reste figée. Les populations locales appellent à une intervention plus ferme des autorités centrales pour résoudre ce conflit frontalier qui, selon elles, menace la cohésion communautaire et l’intégrité territoriale du pays. Pas encore de réaction officielle du côté du Cameroun. Radio Ndeke Luka
CAMEROUN : la photocratie

HAUT-ET-FORT. La photocratie, ou gouvernance par la photo, est un néologisme crée par les Camerounais pour décrire l’invisibilité de leur président. Complètement effacé de la vie publique, Paul Biya (bientôt centenaire) se montre rarement. Chaque apparition devient un événement célébré par ses partisans. Depuis janvier, il n’a été vu que trois fois. Enfin… deux fois et demi pour être précis. Lors de la fête de l’unité, il fut brièvement aperçu, filmé de loin, comme pour cacher une sénilité pourtant évidente. Paul Biya a toujours été distant du peuple camerounais, non pas seulement à cause de son âge, mais sans doute par manque d’amour. En quarante-trois ans, il n’a jamais visité toutes les dix régions du pays. Peut-être refuse-t-il d’exposer ses yeux et sa conscience à la misère hideuse qu’il a contribué à créer ? En revanche, mon président adore la Suisse. Jusqu’à récemment, il passait les trois quarts de l’année à l’hôtel Intercontinental de Genève, dont il a finalement été chassé par des activistes camerounais. Il aime aussi la France, où il se vante d’être le “meilleur élève”. Là-bas, il rend compte, pendant que son peuple attend en vain des comptes. Le mépris de Paul Biya est tel qu’il fait recevoir les chefs traditionnels par de simples supplétifs du palais. Mais il trouve encore la force de rencontrer l’ambassadeur de France en fin de mission au Cameroun. Une rencontre mise en scène, filmée à bonne distance, pour éviter de zoomer sur un visage marqué par les outrages du temps. Mon président semble dégoûté de ses citoyens. On dirait que nous le répugnons. Même dans les moments de deuil national, il reste absent. En 2020, lors du massacre de Ngarbuh, où une trentaine de civils dont des femmes enceintes et des enfants furent exécutés, le Cameroun attendait son président aux côtés des familles. Il s’est contenté d’un communiqué tardif et de quelques billets de banque. Il fit de même lors de la catastrophe de Dschang, qui fit vingt morts. Son mépris n’épargne personne, pas même la presse. En plus de quatre décennies, on peut compter sur les doigts d’une main le nombre d’interviews accordées aux médias locaux. Inutile de comparer avec les médias français. La distance entre Paul Biya et le peuple qu’il gouverne est abyssale, presque divine, disent certains de ses partisans. Pour eux, il est Dieu, et ils sont ses créatures. Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur, l’a même affirmé en mondovision. Plus absurde encore : une thèse de doctorat sur le silence de Paul Biya a été validée dans une université camerounaise. Pas étonnant que nos institutions académiques soient reléguées en bas du classement mondial. En vérité, l’échec de Paul Biya n’est pas seulement celui de l’incompétence et de la cupidité. C’est surtout celui d’un homme qui n’a jamais aimé le peuple camerounais. Teddy Patou Journaliste et animateur radio
Cameroun. Je suis Bamiléké et fier de l’être

HAUT-ET-FORT. Loin d’être un repli identitaire, cette affirmation est un rappel de mes origines. Un rappel essentiel, surtout en ces temps qui courent. Oui, il y a un problème Bamiléké au Cameroun. Une fixation malsaine pèse sur ce peuple des hautes montagnes de l’Ouest. Une obsession héritée de la colonisation. On se souvient tous de cette phrase tristement célèbre de Jean-Marie Lamberton, officier français des années 60, qui qualifiait les Bamiléké de « caillou dans la chaussure du Cameroun ». Cette bamiphobie a été reprise et entretenue par le régime néocolonialiste d’Ahidjo, puis par celui de Paul Biya. Elle n’a pas seulement été un outil politique : elle est devenue une construction sociologique et culturelle. Le Bamiléké a été décrit comme un envahisseur, un roublard. Dans le Cameroun où nous avons grandi, certains allaient jusqu’à parodier une chanson en la transformant en : « si tu es Bami, c’est que Dieu t’a maudit ». Les insultes et assimilations animales ont suivi : « le porc », « le Bosniaque ». Ceci dans un pays qui prétend pourtant lutter contre le tribalisme. Cette bamiphobie se fait encore plus violente en politique. Ils aiment les Bamiléké bouffons (Jean de Dieu Momo), malléables, obéissants, exactement comme le colon aimait son « nègre de maison ». Mais le Bamiléké intelligent, influent, cohérent, objectif devient un obstacle. C’est ce que subit le professeur Maurice Kamto. On ne lui reproche pas son programme ni ses idées, mais simplement d’être Bamiléké. Dans ce pays, un ressortissant du Nord peut soutenir Bello ou Tchirouma sans être traité de tribaliste. Un Bassa peut appuyer Cabral Libii sans être accusé de communautarisme. Mais qu’un Bamiléké soutienne Kamto, et immédiatement il est stigmatisé. Oui, il y a un problème Bamiléké au Cameroun. Certains rétorquent en citant quelques Bamiléké présents au gouvernement. Mais Juvénal Habyarimana aussi avait quelques Tutsis dans son gouvernement : cela n’a pas empêché le génocide. Pourquoi cette bamiphobie s’est-elle exacerbée aujourd’hui ? Parce qu’une nouvelle génération de Bamiléké a émergé : fière, le torse bombé, les épaules droites et le regard ferme. Une génération qui a réussi à se débarrasser d’un complexe longtemps entretenu. Elle ose en politique, elle excelle dans les domaines les plus pointus. Elle a conscience de ses forces et de sa contribution à l’histoire du Cameroun indépendant, une contribution souvent payée au prix du sang de ses aïeux. Cette affirmation de soi scandalise les architectes de la bamiphobie. Elle les rend violents, au point de crucifier tout un pays simplement pour atteindre le Bamiléké. Nous devons continuer d’éduquer nos enfants à l’estime de soi, à l’amour de soi dans le respect des autres, à la justice et à l’équité. Nous devons les ancrer dans leur culture et leur identité, tout en leur rappelant qu’ils appartiennent à une nation diverse et hétérogène. Cette bamiphobie disparaîtra le jour où ceux qui l’entretiennent comprendront qu’ils n’ont pas d’autre choix que de faire avec nous. Par Teddy Patou Journaliste et animateur radio