
LIBRES PROPOS. Dans notre pays, une étrange catégorie d’intellectuels célèbrent le peuple uniquement lorsqu’il vote dans le sens qu’ils souhaitent. Dès que les urnes produisent une majorité qui leur échappe, ils découvrent soudainement les vertus du “consensus”, du “dialogue inclusif” et des grandes messes républicaines interminables.
La récente sortie d’Alioune Tine sur les lois électorales illustre parfaitement cette contradiction. Selon lui, même avec une majorité parlementaire légitime, l’Assemblée nationale ne devrait pas décider seule sur ces questions sensibles. Il faudrait nécessairement passer par le dialogue national ou le consensus des acteurs politiques.
L’argument paraît séduisant sur le plan moral. Mais il pose une question fondamentale :
À quoi sert alors une Assemblée nationale élue par le peuple ?
Notre démocratie repose sur un principe simple : le peuple délègue sa souveraineté à des représentants élus pour voter les lois en son nom. C’est précisément cela, la démocratie représentative.
On peut critiquer politiquement une loi. On peut contester son opportunité. On peut dénoncer une méthode.
Mais considérer qu’une majorité issue des urnes devient illégitime dès qu’elle utilise sa majorité parlementaire revient à fragiliser le principe même du suffrage universel.
Le plus ironique dans cette posture, c’est que beaucoup de voix qui réclament aujourd’hui davantage de “forme” et de “consensus” étaient nettement moins exigeantes lorsque Macky Sall utilisait lui aussi sa majorité pour faire adopter des textes controversés.
La démocratie ne peut pas fonctionner selon les humeurs politiques du moment.
Soit l’Assemblée nationale représente le peuple, soit elle ne représente rien.
Le peuple sénégalais a voté. Le peuple a donné une majorité. Et jusqu’aux prochaines législatives, cette majorité demeure l’expression légitime de la volonté populaire, qu’on l’approuve ou non.
La démocratie ne consiste pas à accepter uniquement les résultats qui nous arrangent.
Elle consiste aussi à respecter le verdict des urnes lorsqu’il nous dérange.
Par Malick BA
Journaliste