Cameroun. Issa Tchiroma Bakary, le choix à contre coeur

LIBRES PROPOS. Je réponds ici à mon ami qui dit ne pas comprendre mon soutien à l’ancien ministre démissionnaire. Je l’ai déjà expliqué plusieurs fois, mais je le redis. Oui, je comprends les suspicions dont il fait l’objet. D’ailleurs, je les partage. Mais cela reste des suspicions, des hypothèses à probabilité équitable.

Est-il le cheval de Troie du régime de Paul Biya, chargé de distraire l’opposition ? Est-il en mission ? Est-il sincère ? Pense-t-il vraiment défendre sa victoire le soir des résultats ?

Honnêtement, qui peut répondre à toutes ces questions ? Personne, sauf ceux qui prétendent lire dans les boules de cristal.

Alors, que devons-nous faire face à ce dilemme cornélien ?

Pour ma part, je choisis le pari de Pascal.

Si, au soir des résultats, nous nous sommes trompés, nous aurons au moins poursuivi jusqu’au bout notre engagement pour le changement, dans la paix et par les urnes.

Et si nous avons raison, nous célébrerons ensemble l’alternance tant souhaitée.

Mais pourquoi Issa Tchiroma et pas un autre ?

Avouons-le : il est le seul qui ose être frontal avec le régime de Yaoundé.

Sa véhémence, sa verticalité dans le discours comptent aujourd’hui plus qu’un programme de gouvernance. Dans l’échelle de nos urgences, le départ de Paul Biya est la priorité absolue.

De vous à moi, qui nous offre une meilleure alternative dans le contexte actuel ?

Bello ? Il dit faire confiance aux institutions, pourtant inféodées au régime, et n’a ni la force ni l’envie de se battre contre l’injustice.

Cabral ? Sa veste est trop précieuse pour qu’il la mouille pour nous. Son strapontin à l’Assemblée nationale reste sa chasse gardée qu’il veut conserver à tout prix.

Qui, parmi ces opposants, affiche la moindre volonté de résistance, sinon Tchiroma ?

Et si, au lieu de nous focaliser uniquement sur Tchiroma, nous regardions sa base : ces filles et fils du Nord qui multiplient les actions coup de poing contre le RDPC.

Ce vent de changement qui souffle là-bas peut être le point de bascule.

Il faut bien comprendre que le virage que nous apprêtons à prendre débouche sur une pente abrupte.

Si nous le négocions mal, nous finirons au fond du gouffre, condamnés à 7 années supplémentaires d’immobilisme.

Tchiroma est, pour moi, le candidat du désespoir après l’éviction du professeur Maurice Kamto. Il est ce « diable » dont parlait le prêtre, mais que je préfère affronter plutôt que de rester spectateur.

Si, au soir des résultats, il nous trahit, j’assumerai sans honte mon choix, car je l’aurai fait en toute lucidité, sur la base des arguments que j’évoque ici.

Mais je m’en voudrais de ne pas avoir tenté ce pari.

Je vote Issa Tchiroma Bakary.

Par Teddy Patou

Journaliste et animateur radio

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