Faut-il s’attendre à un changement au Cameroun avec Issa Tchiroma Bakary ?

PRESIDENTIELLE DU 12. La réponse est : oui ! Au moins sur la forme. Ça fait du bien de sortir de plus de quatre décennies de gestion chaotique. Ça fait du bien de voir un autre visage. C’est psychologiquement apaisant. Y a-t-il un risque que nous sortions d’une dictature pour une autre ? La réponse est : oui, peut-être. Convenons-en : il est malheureusement très difficile de le savoir à l’avance. Mais nous pouvons être proactifs. Dès la première prise de parole d’Issa Tchiroma Bakary, nous devons faire deux choses essentielles : 1. Réorganiser d’urgence la société civile camerounaise pour qu’elle redevienne un véritable contrepoids. Il est impératif de renforcer son influence afin qu’elle puisse surveiller l’action de l’État et réagir au moindre dérapage. 2. Fragiliser le parti au pouvoir à l’Assemblée nationale. Nous devons œuvrer pour un équilibre des forces, voire une majorité absolue de l’opposition, afin d’éviter toute concentration ou centralisation excessive du pouvoir entre les mains du président de la République. Ces deux actions suffiraient à rétablir un rapport de forces plus sain, garant d’une gouvernance plus démocratique et plus inclusive. Mais ça, c’est pour le jour d’après. Pour l’instant, allons voter pour Issa Tchiroma Bakary. Le bulletin jaune. Par Teddy Patou Journaliste et animateur radio
Cameroun. Issa Tchiroma Bakary, le choix à contre coeur

LIBRES PROPOS. Je réponds ici à mon ami qui dit ne pas comprendre mon soutien à l’ancien ministre démissionnaire. Je l’ai déjà expliqué plusieurs fois, mais je le redis. Oui, je comprends les suspicions dont il fait l’objet. D’ailleurs, je les partage. Mais cela reste des suspicions, des hypothèses à probabilité équitable. Est-il le cheval de Troie du régime de Paul Biya, chargé de distraire l’opposition ? Est-il en mission ? Est-il sincère ? Pense-t-il vraiment défendre sa victoire le soir des résultats ? Honnêtement, qui peut répondre à toutes ces questions ? Personne, sauf ceux qui prétendent lire dans les boules de cristal. Alors, que devons-nous faire face à ce dilemme cornélien ? Pour ma part, je choisis le pari de Pascal. Si, au soir des résultats, nous nous sommes trompés, nous aurons au moins poursuivi jusqu’au bout notre engagement pour le changement, dans la paix et par les urnes. Et si nous avons raison, nous célébrerons ensemble l’alternance tant souhaitée. Mais pourquoi Issa Tchiroma et pas un autre ? Avouons-le : il est le seul qui ose être frontal avec le régime de Yaoundé. Sa véhémence, sa verticalité dans le discours comptent aujourd’hui plus qu’un programme de gouvernance. Dans l’échelle de nos urgences, le départ de Paul Biya est la priorité absolue. De vous à moi, qui nous offre une meilleure alternative dans le contexte actuel ? Bello ? Il dit faire confiance aux institutions, pourtant inféodées au régime, et n’a ni la force ni l’envie de se battre contre l’injustice. Cabral ? Sa veste est trop précieuse pour qu’il la mouille pour nous. Son strapontin à l’Assemblée nationale reste sa chasse gardée qu’il veut conserver à tout prix. Qui, parmi ces opposants, affiche la moindre volonté de résistance, sinon Tchiroma ? Et si, au lieu de nous focaliser uniquement sur Tchiroma, nous regardions sa base : ces filles et fils du Nord qui multiplient les actions coup de poing contre le RDPC. Ce vent de changement qui souffle là-bas peut être le point de bascule. Il faut bien comprendre que le virage que nous apprêtons à prendre débouche sur une pente abrupte. Si nous le négocions mal, nous finirons au fond du gouffre, condamnés à 7 années supplémentaires d’immobilisme. Tchiroma est, pour moi, le candidat du désespoir après l’éviction du professeur Maurice Kamto. Il est ce « diable » dont parlait le prêtre, mais que je préfère affronter plutôt que de rester spectateur. Si, au soir des résultats, il nous trahit, j’assumerai sans honte mon choix, car je l’aurai fait en toute lucidité, sur la base des arguments que j’évoque ici. Mais je m’en voudrais de ne pas avoir tenté ce pari. Je vote Issa Tchiroma Bakary. Par Teddy Patou Journaliste et animateur radio
Cameroun. Issa Tchiroma Bakary : ni ange ni démon, mais un politicien

SANS DETOUR. Tel un renard, le politicien s’engouffre dans la moindre brèche, exploite la faille la plus subtile et s’insère dans la fissure la plus fine : c’est cela, la ruse politique. Rien à voir avec la perfidie ni la barbarie cynique de l’exécutif abject de Yaoundé. L’engouement que vous observez autour du candidat Issa Tchiroma n’est pas un coup de foudre populaire. Ce n’est pas non plus une prestidigitation envoûtante qui aurait charmé le peuple camerounais. C’est l’expression d’un ras-le-bol collectif, d’une rupture radicale avec le régime de Yaoundé. Dans la logique du « Tout sauf Biya », les Camerounais sont prêts à miser, à raison, sur le diable lui-même. Mais pourquoi Issa Tchiroma, et pas un autre ? Pourquoi lui, alors qu’il était, il y a peu, ministre de Paul Biya, partie prenante de la coalition gouvernementale et véritable laudateur d’un exécutif corrompu et incompétent ? La réponse est simple : il est aujourd’hui le seul candidat à tenir un discours tranchant de rupture. Le plus frontal, le plus incisif contre le régime de Paul Biya. Ses sorties médiatiques sont de plus en plus véhémentes. « Je défendrai ma victoire jusqu’à mon sang si les Camerounais m’accordent la faveur des urnes ». . Dans le contexte actuel, cette phrase résonne plus fort qu’un programme politique, et Tchiroma l’a compris. Il a compris qu’un naufragé est capable de s’accrocher à la queue d’un serpent pour tenter de se sauver. Et cette allégorie colle parfaitement à la situation camerounaise, un prêtre l’a même paraphrasée : « Vaut mieux un diable que Paul Biya. » Issa Tchiroma Bakary a également compris qu’après l’élimination brutale du professeur Maurice Kamto, le peuple du changement était en quête d’un opposant farouche, prêt au sacrifice suprême pour voir tomber le régime en place. Beaucoup considèrent d’ailleurs cette élection comme un prétexte, un casus belli, qui pourrait enclencher un mouvement de contestation populaire à la népalaise. Tchiroma a ajusté son langage, affûté son discours et adapté ses positions pour répondre à cette aspiration. Faut-il lui faire confiance ? Non. Pas plus qu’on ne doit faire confiance à la queue du serpent. Mais dans une telle situation, il représente le meilleur risque, la dernière chance ( même si elle n’est qu’apparente) . Comme le parieur de la dernière heure, il faut fermer les yeux et miser sa dernière pièce. Soit l’on gagne, soit l’on perd tout, même le dernier franc de la veuve. Mais au moins, on aura essayé. Et ne dit-on pas : qui ne risque rien n’a rien ? Moi, je voterai pour Issa Tchiroma Bakary. Par Teddy Patou Journaliste et animateur radio