Burundi: la reprise économique se confirme, mais les fragilités persistent

Une embellie portée par les exportations

La situation économique du Burundi s’est nettement améliorée depuis 2025, selon le Fonds monétaire international (FMI). PAGESAFRIK.COM présente une synthèse des principaux constats de l’institution internationale sur l’évolution récente de l’économie du pays, tels qu’exposés dans son rapport au titre des consultations de l’Article IV.

La croissance a été soutenue par un important choc positif sur les termes de l’échange, tandis que l’inflation a fortement baissé. La situation économique du Burundi s’est nettement améliorée depuis 2025. L’envolée des prix du café et de l’or a fait respectivement doubler et tripler la valeur des exportations de ces deux produits. Le secteur extérieur a soutenu la croissance, qui s’est établie à 4,2 %, malgré l’impulsion budgétaire négative au second semestre. Les entrées de devises liées aux exportations ont culminé au second semestre 2025, allégeant les contraintes sur les importations de biens intermédiaires et stimulant ainsi l’activité.

L’inflation recule, mais la pauvreté reste élevée

Après avoir atteint un pic de 45 % (glissement annuel) en avril 2025, l’inflation a reculé au cours du premier semestre 2026, pour s’établir à 8,6 % en avril, son niveau mensuel le plus bas depuis juin 2021, mais elle devrait remonter au cours de l’année. La décélération observée début 2026 résultait d’une impulsion budgétaire réduite couplée à un gel des avances de la BRB au gouvernement depuis la mi-2025 ainsi que de la baisse des prix des produits alimentaires et des produits importés, cette dernière reflétant également une appréciation parallèle du taux de change.

La pauvreté reste un important défi, car 74 % de la population vit avec moins de 3 dollars par jour (PPA 2021) et 85 % de la population active travaille dans l’agriculture de subsistance, souvent caractérisée par l’emploi temporaire. Jusqu’ici, la forte hausse des prix mondiaux des produits de base due à la guerre au Moyen-Orient a eu assez peu d’impact sur l’économie en raison de la faible intégration du Burundi dans le commerce international et de la position dominante de l’agriculture de subsistance.

Déficit extérieur et faibles réserves de change

Les déséquilibres extérieurs demeurent conséquents et le taux de couverture des réserves est faible. Malgré la vive croissance des exportations, le déficit courant est resté élevé en 2025, à 6,6 % du PIB, reflétant la très forte dépendance du Burundi aux produits alimentaires et intermédiaires. Après avoir atteint un pic de 160 % en 2024, la prime du marché parallèle est revenue à 95 % en 2025 sous l’effet conjugué d’entrées de devises plus élevées résultant de l’expansion du commerce de l’or et d’une moindre demande de devises car le financement monétaire du déficit ayant fortement diminué.

Avec une surévaluation du TCER estimée à 72 % du taux de change officiel, la position extérieure est jugée nettement plus fragile que celle que supposent les paramètres fondamentaux et les politiques souhaitables. Les réserves de change s’établissaient à 214 millions de dollars à fin 2025, soit 1,6 mois d’importations.

Les conditions monétaires, après l’assouplissement enregistré en 2025, ont commencé à se tendre en 2026 et l’excès de liquidité à diminuer. Le gel du financement monétaire a freiné la croissance de la masse monétaire et favorisé la désinflation, tandis que le taux directeur réel de la BRB est désormais légèrement positif (contre -23% en moyenne en 2025).

Les réserves excédentaires, qui ont contribué à des taux interbancaires très inférieurs au taux directeur en 2025, ont diminué sous l’effet de la transition du financement monétaire du déficit au financement par le marché et des ventes de devises réalisées par la BRB pour réduire les arriérés extérieurs des banques. Une part importante des réserves excédentaires est constituée de dépôts en devises résultant des opérations d’achat d’or effectuées par la BRB: les banques reçoivent des dépôts en dollars de la BRB qui ne sont pas directement utilisables pour couvrir les retraits, ce qui surestime la liquidité excédentaire.

Le crédit privé recule, le déficit budgétaire se resserre

Le crédit au secteur privé a reculé, passant d’environ 41 % du PIB en 2023 à 35 % en 2025. Les taux prêteurs réels, qui sont restés négatifs tout au long de 2025, ont réduit le rôle du secteur bancaire dans la collecte de l’épargne et le financement de l’investissement productif. Le récent retour à des taux prêteurs positifs devrait peu à peu soutenir une plus forte contribution du crédit à la croissance. Cependant, la transition vers le financement du déficit basé sur le marché, actuellement engagé par le Trésor, pourrait concurrencer le crédit privé pour les ressources bancaires

Un resserrement de la politique budgétaire a été opéré. Le déficit primaire de l’exercice 2024/25 s’est établi à 4,2 % du PIB (déficit global de 5,5 %). Pour l’exercice 2025/26, les services du FMI prévoient un déficit primaire de 2,1 % du PIB (déficit global de 3,4 %), un chiffre légèrement supérieur à celui qui est prévu dans le budget, qui ciblait un rééquilibrage budgétaire ambitieux de 4,4 points de pourcentage du PIB.

Les autorités devaient opérer ce rééquilibrage par une baisse des salaires publics et des subventions en pourcentage du PIB (avec des augmentations salariales inférieures à l’inflation) et une nette diminution des dépenses d’investissement financées sur ressources intérieures et une augmentation des recettes résultant de l’élargissement de la base fiscale par le déploiement de machines de facturation électronique, d’un impôt sur la fortune sur les véhicules à grosse cylindrée et de rendements plus élevés des recettes minières grâce un suivi plus étroit.

Les services du FMI anticipent des dons et autres recettes (de respectivement 3,5 % et 2,4 % du PIB) plus faibles que les projections des autorités, en partie compensés par une hausse des recettes fiscales (de 0,9 % du PIB). L’augmentation des recettes fiscales tient à une dynamique cyclique et structurelle positive de la base contributive résultant du déploiement des machines de facturation électronique et à des recettes douanières plus élevées.

Concernant les dépenses, les services du FMI prévoient que les investissements seront inférieurs de 2,7 % du PIB au budget, cet écart tenant principalement à une baisse des investissements financés sur ressources extérieures. Les projections des services du FMI supposent que l’encours des arriérés de dépenses reste inchangé, car une réduction des arriérés intervenue en début d’année peut être compensée par de nouveaux arriérés.

Dette: les vulnérabilités diminuent légèrement

Les vulnérabilités liées à la dette ont légèrement diminué mais les risques restent élevés. La dette publique, qui ressortait à 53 % du PIB fin 2024 a été ramenée à 42 % fin 2025 à la faveur d’une forte croissance du PIB nominal. La dette intérieure représentait trois quarts de ce montant ; elle est composée à 45 % de prêts de la banque centrale à faible taux d’intérêt.

La dette extérieure (11 % du PIB) est principalement due à des créanciers multilatéraux. En mars 2026, les arriérés de dette extérieure s’élèvent à 33 millions de dollars (0,5 % du PIB), dus à Exim Bank of India, d’autres intermédiaires financiers et à l’Afreximbank).

La dette est jugée viable avec un risque élevé de surendettement extérieur et de surendettement global, reflétant les risques baissiers pesant sur les indicateurs de la dette extérieure et les fortes vulnérabilités liées à la dette intérieure. Le rebasage du PIB qui est en cours abaisserait les ratios dette/PIB, mais il serait sans effet sur la notation du risque extérieur, qui est déterminée par des indicateurs ayant les exportations pour dénominateur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha