Aleks SAK’S, artiste musicien : « Le village « This is Africa » incarne l’Afrique dans son authenticité »

INTERVIEW. L’artiste musicien-conteur Aleks SAK’S a fait partie des premiers artistes à se poduire sur la scène du village culturel « This is Africa », installé sur la place Rachidi à Casablanca, au grand bonheur des Casablancais qui lui ont réservé un bel accueil. Originaire de la République du Congo, cet animateur socioculturel accompli, enseignant en musique et théâtre, revient pour PAGESAFRIK.COM sur les cinq jours d’émerveillement et d’expansion passé dans cet espace célébrant la richesse et la diversité des cultures africaines, en prélude à la Coupe d’Afrique des Nations de football (CAN) –Maroc 2025.

PAGESAFRIK.COM : Après cinq jours de résidence artistique passés au village « This is Africa » à Casablanca, pouvez-vous nous dire ce que cette expérience a représenté pour vous ?

Aleks SAK’S : Je suis sincèrement reconnaissant d’avoir pu partager mon expérience au sein du village « This is Africa ».

Après cinq jours passés dans cet espace unique, je me sens rempli d’énergies nouvelles et d’inspiration créative. Le village incarne l’Afrique dans son authenticité la plus pure, avec un sens de l’accueil inégalé. Chaque interaction et chaque découverte ont été une expérience enrichissante, qui a nourri mon âme et réchauffé mon cœur.

Cette résidence a été un véritable cadeau, une parenthèse enchantée où l’art et la culture se sont entremêlés pour créer des souvenirs impérissables et ouvrir la voie à de nouvelles idées créatives. Je suis reconnaissant pour cette expérience qui m’a permis de me connecter avec l’essence même de l’Afrique et de trouver une nouvelle source d’inspiration pour mon art.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette expérience au cœur de « This is Africa » ?

Chaque jour passé au village « This is Africa » est une véritable affirmation de la vie, une célébration vibrante de ce que nous sommes en tant qu’individus et de ce que nous sommes capables de créer ensemble. J’ai découvert un espace extraordinaire où chaque note de musique, chaque mouvement de danse, chaque geste artistique est accueilli avec une ouverture d’esprit et un enthousiasme rare et profond. Le concept de la résidence, notamment l’idée de « Sur la route de la coupe » et de célébrer la culture africaine dans toute sa splendeur et sa diversité, a résonné en moi de manière incroyablement forte.

Je me considère comme un artiste qui absorbe et intègre les influences de son environnement, un peu comme un entonnoir qui capte les nuances et les énergies de ce qui m’entoure. Je m’imprègne de tout ce qui est autour de moi, des histoires, des inspirations, et ensuite je filtre et je transforme l’essentiel à travers mes propres expressions artistiques. C’est ainsi que je façonne ma propre essence, en donnant vie à mes idées et à mes émotions à travers la musique, l’écriture et d’autres formes d’expression. Cette résidence a été une expérience incroyablement riche et inspirante pour moi, et je suis reconnaissant pour tout ce que j’ai pu recevoir et apprendre ici.

Le village « This is Africa » est connu pour son énergie vibrante et sa capacité à unir les cultures. Pouvez-vous nous dire comment vous avez vécu cela ?

Casablanca, et le Maroc tout entier, s’est révélé être un hôte merveilleux, vibrant d’une énergie contagieuse qui unit et rassemble. Je me sens chez moi ici, où j’ai appris à discerner la couleur de l’union, cet amalgame fascinant d’oppositions qui forment une harmonie parfaite. Je vois des sourires empreints de la richesse des cultures noires illuminer les visages, invitant à la joie. La musique est le langage universel qui nous porte tous, sans distinction.

Le tam-tam téké fait vibrer le Sénégalais, le mbalax de Dakar fait bouger le Marocain avec une même ferveur. C’est cela, la culture dans sa plus pure expression. Ce village « This is Africa » est une véritable symphonie de cultures, un témoignage vivant de la façon dont les différences peuvent se fondre en une beauté collective. L’amour et la musique n’ont pas de frontières, dit-on. Mais j’ai découvert une frontière très spécifique… que je me réserve de partager lors de nos prochains entretiens. (Rires) Souvenez-vous de cette petite énigme !

Pourriez-vous nous parler de vos projets à venir, notamment de ce conte fascinant sur « La Genèse de la Rumba », et adresser un mot au public congolais, particulièrement celui de Brazzaville que vous n’avez pas revu depuis plusieurs années ?

Absolument ! La Rumba est un héritage vivant qui continue de m’inspirer. « La Genèse de la Rumba » est un conte que je compte publier prochainement, qui retrace l’histoire de cette musique née de la souffrance et de la joie, portée par le corps et l’âme. C’est une odyssée poignante qui nous emmène du nombril sacré des femmes Kongo aux champs de canne où les cris de douleur des esclaves se sont mués en chants de résilience.

Cette Rumba, inscrite à l’UNESCO en 2021, est bien plus qu’un genre musical ; c’est le souffle d’une mémoire collective, un cri de vitalité et d’authenticité. Mes projets s’inscrivent dans la continuité de cette Rumba intemporelle, avec l’objectif de créer de nouvelles œuvres qui reflètent les défis et les espoirs de notre temps, toujours avec cette dimension poétique et narrative qui donne tout son sens à ma musique.

Je souhaite poursuivre cette exploration des métissages musicaux, où les racines africaines dialoguent avec le jazz, le funk et le reggae. Mon groupe, composé de musiciens de différentes origines, est la preuve vivante que la solidarité existe et qu’elle n’exclut pas les divergences de compréhension. C’est cela, la culture de la cohabitation à l’étranger.

À mon cher public congolais, et particulièrement à celui de Brazzaville, je tiens à dire que mon cœur est toujours lié à cette terre d’où jaillit la Rumba. Je garde un souvenir vibrant de nos rencontres passées et j’ai hâte de pouvoir partager avec vous la joie de cette musique qui nous unit. Je vous invite à découvrir ma reprise de « Parafifi-Félicité » :

L’Amour Éternel Revisité par une Nouvelle Voix, un classique intemporel de la rumba congolaise qui célèbre l’amour inconditionnel et la vulnérabilité assumée.

Cette œuvre est un rappel poignant de la capacité de l’amour à dépasser les limites et à nous transporter vers des émotions inouïes. C’est un lieu où l’amour prend corps, suscitant des rencontres et des dialogues enrichissants, à l’image de la sagesse africaine qui affirme : « Si tu veux aller vite, marche seul. Si tu veux aller loin, marchons ensemble.”

Pour conclure cet entretien, où vous voyez-vous dans 10 ans ? Et quel est votre mot de la fin?

(Rires) Je me vois avant tout comme un artiste toujours en mouvement, toujours en quête. Je souhaite que ma musique et mes histoires continuent de voyager, de toucher un public encore plus large, et de créer des ponts entre les continents. Je me vois peut-être à la tête de projets collaboratifs encore plus ambitieux, des résidences comme celle-ci, mais aussi des tournées internationales qui porteraient le message de l’unité et de la richesse des cultures africaines.

Je m’imagine menant une vie paisible, entouré de joie de vivre, quelque part dans un oasis calme, au bord de la Méditerranée. Je souhaite continuer à être cet « entonnoir » que j’évoquais, capable de capter les vibrations du monde pour les transformer en œuvres qui nourrissent l’âme. Et quand cette source viendra à s’épuiser, je partirai, sans oublier que j’adore découvrir et voyager. Alors, peut-être me retrouverai-je sur l’île de Gorée au Sénégal, avec ma guitare, mon journal et mes petits-enfants, profitant d’une sagesse acquise.

Mon mot de la fin, c’est d’abord la reconnaissance à votre magazine, qui redore le blason des artistes et fait la promotion des grands entre les lignes des grands. Et j’ai un slogan qui me garde en marche : « Espérer ». Je demande à l’humain de croire en lui et à l’homme d’apprendre à croire.

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Une réponse

  1. Savourant de lire un tel artiste, j’aime l’écouter, l’entendre conter, son mirage de mot est rare et vertigineux ….mon artiste star…

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