
INSECURITE. « La violence disproportionnée de la DGSP n’est pas une démonstration de force, c’est l’aveu d’un État faible, incapable d’assumer sa propre faillite éducative et sociale », dénonce Tchitemb’u Li Tchikayi Tchiloang’u, observateur et activiste politique, dans une lettre ouverte au directeur général de la Sécurité présidentielle, dont nous publions une copie ci-dessous.
« Lettre ouverte au Général Oboa et à ceux qui confondent maintien de l’ordre et barbarie d’État
Général Oboa.
Patron de la tristement célèbre DGSP, je m’adresse directement à vous, et à travers vous, à tous ceux qui croient encore que la force des armes suffit à écraser un peuple en quête de dignité.
Depuis la diaspora, nous voyons vos hommes s’acharner sur une partie de la jeunesse congolaise, humiliée, frappée, parfois abattue en pleine rue, comme si leur humanité n’avait aucune valeur. On nous dit : « Ce sont des hors-la-loi. » Soit. Mais, Général, même hors-la-loi, ces jeunes demeurent les fils et les filles du Congo. Leur délinquance n’est pas tombée du ciel : Elle est aussi le fruit d’un échec collectif, et d’abord celui du gouvernement.
Car avant d’être des bébés noirs, ces jeunes furent des enfants sans école digne de ce nom, des adolescents sans formation, des étudiants abandonnés faute d’opportunités, des citoyens ignorés par un État qui les a laissés dans la misère et le désespoir. La pauvreté endémique, le chômage massif, l’absence de politique culturelle et éducative cohérente, tout cela a nourri cette violence que vous prétendez combattre aujourd’hui uniquement par la matraque et la balle.
Personne ne nie la nécessité de traquer ces délinquants qui terrorisent nos quartiers. Oui, ils doivent être arrêtés, jugés et condamnés. Mais un État responsable ne se venge pas de sa propre faillite en massacrant ses enfants. Un État digne n’agit pas dans l’émotion ni dans la barbarie , il combat le crime avec justice et fermeté, mais dans le respect des droits humains et de la dignité de chaque citoyen. L’armée républicaine n’est pas une machine de répression, mais une institution de protection, d’encadrement et de réinsertion.
L’Histoire vous le rappelle, en Haïti, les tontons macoutes croyaient leurs armes éternelles. Ils ont pourtant été balayés par un peuple lassé de vivre sous la peur. Croyez-vous, Général, que les Congolais resteront indéfiniment soumis, contraints d’applaudir leurs bourreaux ? Un peuple peut se taire par peur, mais il n’oublie jamais. Et quand il se lève, aucune garde prétendument « républicaine » ne peut arrêter la marée de la liberté.
Vous avez aujourd’hui un choix historique ; être républicain, fidèle à la Nation et respectueux du droit, ou rester l’exécutant d’un régime qui vous utilise et qui, demain, vous abandonnera comme un fusil usé. Vaut-il mieux être le défenseur d’un clan ou l’homme respecté d’une République ?
La violence disproportionnée de la DGSP n’est pas une démonstration de force, c’est l’aveu d’un État faible, incapable d’assumer sa propre faillite éducative et sociale. Car, en vérité, la racine de ce problème est politique, un pouvoir qui a sacrifié sa jeunesse sur l’autel du clientélisme, de la corruption et de l’indifférence.
Depuis la diaspora, nous refusons le silence. Nous refusons l’oubli. Nous refusons que la barbarie devienne la norme, surtout à la veille d’une élection que l’on cherche à verrouiller par la peur.
Peuple congolais, cessons d’applaudir nos bourreaux. Retrouvons notre voix. Car un peuple qui se tait légitime sa propre oppression, mais un peuple qui s’éveille devient irrésistible.
Général Oboa, souvenez-vous : Mieux vaut être républicain que complice d’un régime condamné.
Tchitemb’u Li Tchikayi Tchiloang’u
Observateur & Activiste politique«