Congo-Brazzaville : l’énigme des 815 disparus de la DGSP et les zones d’ombre de l’Opération Zéro Kuluna

PARLONSS-EN. La DGSP aurait été infiltrée par des éléments divers : des mercenaires étrangers (notamment tchadiens, centrafricains et rwandais) chargés d’exécutions extrajudiciaires pour terroriser la population, des individus assimilés à des marabouts pratiquant des rituels macabres, et des personnes soupçonnées de trafic d’organes humains, profitant du chaos et de la disparition des corps. Après l’affaire tragique et toujours non élucidée des disparus du Beach, un nouveau dossier de disparitions massives vient raviver les blessures de la mémoire collective congolaise. Une fois encore, ce sont des familles plongées dans l’angoisse, une société condamnée au silence et un État qui refuse de rendre des comptes. Cette fois-ci, c’est Maître Maurice Massengo Tiasse, avocat bien connu, qui, à travers une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, révèle l’existence de 815 personnes portées disparues dans les geôles de la Direction Générale de la Sécurité Présidentielle (DGSP). Ces révélations posent une question centrale, troublante et inévitable : que s’est-il réellement passé lors de l’Opération Zéro Kuluna, vaste campagne de lutte contre le banditisme urbain menée par la DGSP et officiellement présentée comme une action de sécurisation des populations ? L’Opération Zéro Kuluna : de la lutte contre l’insécurité à la violence systémique Dès l’entrée en scène de la DGSP dans cette opération, de nombreux témoignages concordants ont fait état d’une brutalité extrême : arrestations arbitraires, détentions sans procédure judiciaire, humiliations publiques et, plus grave encore, exécutions sommaires. Ce qui devait être une opération de sécurité s’est rapidement transformé en machine de peur, opérant en dehors de tout cadre légal clair. Le choix même de confier une mission de police urbaine à une unité historiquement conçue pour la protection du régime interroge profondément. Lorsque la sécurité du citoyen est confiée à un appareil de coercition politique, la dérive devient presque inévitable. Infiltrations au sein de la DGSP : rumeurs persistantes et signaux alarmants Très vite, dans certains cercles politiques, militaires et civils, des rumeurs persistantes ont circulé, évoquant une grave infiltration au sein même de la DGSP. Ces rumeurs décrivaient l’existence de plusieurs catégories d’éléments opérant au sein de cette structure : des agents accomplissant normalement leur mission ; des éléments chargés de procéder à des exécutions extrajudiciaires de Congolais, dans le but de terroriser la population et de dissuader toute forme de contestation sociale ou politique ; ces éléments auraient été, selon plusieurs sources concordantes, des mercenaires étrangers — notamment tchadiens, centrafricains et rwandais — ce qui expliquerait l’obligation qui leur aurait été faite de porter des cagoules afin de masquer leur identité et leur origine. des individus assimilés à des marabouts, chargés de recueillir le sang des victimes et de mutiler certains corps à des fins rituelles ; et des individus soupçonnés d’appartenir à des réseaux de trafic d’organes humains, profitant du chaos, de l’opacité et de la disparition des corps. Nous imaginons qu’en demandant clairement au général Serge Oboa, Directeur général de la Sécurité présidentielle, d’exposer ses agents — sûrement infiltrés — qui ont commis des abus au cours de cette opération, et demande des sanctions. Cela aidera à atténuer sa responsabilité dans cette sale affaire, qui est extrêmement grave. Sassou n’a jamais protégé quelqu’un de toute sa vie.»”, le professeur Marion Michel Madzimba Ehouango avait lui aussi eu vent de ces infiltrations. Le fait que ces informations circulaient bien au-delà des milieux populaires démontre qu’il ne s’agissait pas de simples élucubrations, mais de signaux d’alerte ignorés. Et comment ne pas accorder du crédit à ces allégations lorsque circule une vidéo montrant un élément de la DGSP à Mindouli, dans le département du Pool, une hache attachée à la ceinture, se vantant d’avoir écrasé la tête d’un homme qu’il présente comme un “ninja” de Ntumi ? Or, à l’examen des images, la victime apparaît proprement vêtue, sans aucun élément permettant de l’identifier comme un bandit armé. Cette scène soulève une interrogation fondamentale : depuis quand la hache, outil du bûcheron, est-elle devenue une arme militaire ou de maintien de l’ordre ? Rumeurs ou réalités occultées ? Pendant longtemps, ces récits ont été relégués au rang de fantasmes. Pourtant, l’histoire politique du Congo invite à la prudence face à ce déni. Lors de la Conférence nationale souveraine, des accusations similaires avaient déjà été formulées contre Denis Sassou Nguesso, sans jamais donner lieu à des poursuites judiciaires sérieuses. Des témoignages évoquaient qu’il se serait livré à des pratiques extrêmes, allant jusqu’à boire du sang humain, s’en servir pour des ablutions rituelles et manifester une attirance troublante pour la chair humaine. La révélation précise et chiffrée de Maître Maurice Massengo Tiasse, évoquant la disparition de 815 personnes, change radicalement la nature du débat. Il ne s’agit plus de soupçons vagues, mais d’allégations graves et circonstanciées. Responsabilité du commandement : le silence du général Serge Oboa Une question demeure, centrale et lourde de sens : le général Serge Oboa, alors à la tête de la DGSP, était-il informé de ces dérives, ou avait-il perdu le contrôle de certains éléments opérant sous son autorité ? Comment ne pas accorder du crédit à ces soupçons lorsque l’Opération Zéro Kuluna s’est progressivement transformée en une opération de contrôle systématique des bus, visant à identifier de jeunes passagers sur la seule base de tatouages visibles sur leurs corps ? Comment ne pas s’interroger lorsque les maisons de parents de supposés “kulunas” sont saccagées et incendiées, lorsque des jeunes sont enlevés, puis portés disparus sans la moindre procédure judiciaire ? Et surtout, pourquoi le général Serge Oboa a-t-il, lors de la cérémonie de port des galons, interdit aux mères éplorées, à la recherche de leurs enfants disparus, d’exprimer leur douleur dans les lieux publics, pourtant légalement autorisés pour les manifestations ? De quoi avait-il peur ? Quelles vérités ces mères pouvaient-elles révéler en pleurant et en manifestant publiquement, au point qu’il faille les reléguer au silence et à l’invisibilité ? L’éternelle question de l’impunité : Sassou Nguesso encore hors d’atteinte ? Une question s’impose alors, brutale mais légitime : Si, pour l’affaire des disparus du Beach, pour le génocide du
Congo : une crise de trésorerie, de légitimité étatique dans un bain de violences ( lecture en 5minutes )

PARLONS-EN. L’année 2026 s’ouvre sous les auspices de la confusion du gouvernement Makosso. La conjugaison de faits récurrents, absence de liquidités totales de l’État, crispation armée et gigantesque crise sociale, risque de tout emporter. Il y a quelque temps, nous prédisions que les ministres Yoka, Bouya, Sassou, Mabiala, Mboulou et Collinet sont condamnés par le vent de l’histoire. Rien ne sera plus comme avant. Le 15 janvier 2026, nous parlions de la rencontre entre le ministère de l’intérieur et les hommes de Ntumi qui accoucherait d’une souris. Le petit Serges Oboa nous l’a confirmé par sa distraction devant les vrais problèmes économiques et financiers. Sa doctrine de Bandenbekämpfung et les tirs des mortiers qui n’ont touché aucun Ninja ce 16 janvier de 4-8h00, ont fait flop! Faire la guerre dans le Pool sans renseignements précis dans un contexte financier tendu relève d’une démarche schizophrénique. La recherche des criminels et rétablir l’autorité de l’État est une chose. Mais, terroriser la population, ridiculise les institutions et refroidit les investisseurs à s’intéresser au Congo. Un choc régional qui devient national à force d’inanités gouvernementales Le sommet extraordinaire convoqué ce 22 janvier 2026 à Brazzaville par la CEMAC constitue un signal institutionnel implacable : les mécanismes ordinaires de stabilisation macroéconomique sont jugés insuffisants face à un choc imminent de liquidités externes. La détérioration rapide des réserves de change, la hausse des remboursements extérieurs et l’absence de programmes actifs avec le FMI pour la plupart des États membres placent la sous-région dans une situation plus grave que celle de 2016.En effet, la BEAC est confrontée à l’érosion des réserves (–1 300 Md fcfa en six mois), pour une politique monétaire restrictive aux fins de défendre la parité du franc fcfa en relevant ses taux directeurs. Le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) est passé ainsi de 4,50 % à 4,75 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal a été porté à 6,25 %. Il s’agit des niveaux les plus élevés enregistrés par l’institution depuis au moins 2017. Ce choix, rationnel au niveau régional, transfère la contrainte sur les trésoreries publiques nationales, en particulier celles structurellement dépendantes du refinancement domestique et de la rente pétrolière, comme le Congo. Une architecture budgétaire du Congo trompeuse : excédent comptable, déficit de caisse Le PLF 2026 du Congo (projet toujours pas adopté à ce jour !) affiche un solde budgétaire global excédentaire, mais ce signal est économiquement secondaire. L’indicateur décisif est le solde primaire hors pétrole fortement négatif, révélant une incapacité structurelle à financer les dépenses courantes sans recettes extractives. Cette fragilité devient critique au premier trimestre (PT) 2026 car l’État ne fait pas face à un problème de trajectoire annuelle, mais à un mur de trésorerie immédiat : une dette intérieure en OTA/BTA estimée à 800 Md fcfa, dont 17 % exigibles dès le PT 2026 (selon nos estimations), soit environ 136 Md fcfa, conséquence directe de défauts et reports successifs en fin 2025 ; à cela s’ajoutent des engagements extérieurs auprès des bailleurs estimés à 355 Md fcfa par an, soit près de 90 Md fcfa en équivalent PT. Ainsi, plus de 220 Md fcfa de pressions financières pèsent sur les trois premiers mois de 2026, avant même toute tentative de normalisation sociale ou d’investissement public. À cette contrainte financière s’ajoute une défaillance sociale systémique : retards de salaires et de transferts sociaux de 5 à 9 mois (CHU, CFCO, UMNG, Parlement Administration de la présidence et de la primature, etc.), des cotisations sociales jamais reversées, des pensions de retraite impayées depuis plus de trois ans. Ces phénomènes traduisent une rupture de la fonction redistributive minimale de l’État. Au PT 2026, cette situation a trois effets cumulatifs : Ghys Fortuné BEMBA DOMBE
Congo. Tchitemb’u Li Tchikayi Tchiloang’u au général Serge Oboa : « un État digne n’agit pas dans l’émotion ni dans la barbarie »

INSECURITE. « La violence disproportionnée de la DGSP n’est pas une démonstration de force, c’est l’aveu d’un État faible, incapable d’assumer sa propre faillite éducative et sociale », dénonce Tchitemb’u Li Tchikayi Tchiloang’u, observateur et activiste politique, dans une lettre ouverte au directeur général de la Sécurité présidentielle, dont nous publions une copie ci-dessous. « Lettre ouverte au Général Oboa et à ceux qui confondent maintien de l’ordre et barbarie d’État Général Oboa. Patron de la tristement célèbre DGSP, je m’adresse directement à vous, et à travers vous, à tous ceux qui croient encore que la force des armes suffit à écraser un peuple en quête de dignité. Depuis la diaspora, nous voyons vos hommes s’acharner sur une partie de la jeunesse congolaise, humiliée, frappée, parfois abattue en pleine rue, comme si leur humanité n’avait aucune valeur. On nous dit : « Ce sont des hors-la-loi. » Soit. Mais, Général, même hors-la-loi, ces jeunes demeurent les fils et les filles du Congo. Leur délinquance n’est pas tombée du ciel : Elle est aussi le fruit d’un échec collectif, et d’abord celui du gouvernement. Car avant d’être des bébés noirs, ces jeunes furent des enfants sans école digne de ce nom, des adolescents sans formation, des étudiants abandonnés faute d’opportunités, des citoyens ignorés par un État qui les a laissés dans la misère et le désespoir. La pauvreté endémique, le chômage massif, l’absence de politique culturelle et éducative cohérente, tout cela a nourri cette violence que vous prétendez combattre aujourd’hui uniquement par la matraque et la balle. Personne ne nie la nécessité de traquer ces délinquants qui terrorisent nos quartiers. Oui, ils doivent être arrêtés, jugés et condamnés. Mais un État responsable ne se venge pas de sa propre faillite en massacrant ses enfants. Un État digne n’agit pas dans l’émotion ni dans la barbarie , il combat le crime avec justice et fermeté, mais dans le respect des droits humains et de la dignité de chaque citoyen. L’armée républicaine n’est pas une machine de répression, mais une institution de protection, d’encadrement et de réinsertion. L’Histoire vous le rappelle, en Haïti, les tontons macoutes croyaient leurs armes éternelles. Ils ont pourtant été balayés par un peuple lassé de vivre sous la peur. Croyez-vous, Général, que les Congolais resteront indéfiniment soumis, contraints d’applaudir leurs bourreaux ? Un peuple peut se taire par peur, mais il n’oublie jamais. Et quand il se lève, aucune garde prétendument « républicaine » ne peut arrêter la marée de la liberté. Vous avez aujourd’hui un choix historique ; être républicain, fidèle à la Nation et respectueux du droit, ou rester l’exécutant d’un régime qui vous utilise et qui, demain, vous abandonnera comme un fusil usé. Vaut-il mieux être le défenseur d’un clan ou l’homme respecté d’une République ? La violence disproportionnée de la DGSP n’est pas une démonstration de force, c’est l’aveu d’un État faible, incapable d’assumer sa propre faillite éducative et sociale. Car, en vérité, la racine de ce problème est politique, un pouvoir qui a sacrifié sa jeunesse sur l’autel du clientélisme, de la corruption et de l’indifférence. Depuis la diaspora, nous refusons le silence. Nous refusons l’oubli. Nous refusons que la barbarie devienne la norme, surtout à la veille d’une élection que l’on cherche à verrouiller par la peur. Peuple congolais, cessons d’applaudir nos bourreaux. Retrouvons notre voix. Car un peuple qui se tait légitime sa propre oppression, mais un peuple qui s’éveille devient irrésistible. Général Oboa, souvenez-vous : Mieux vaut être républicain que complice d’un régime condamné. Tchitemb’u Li Tchikayi Tchiloang’u Observateur & Activiste politique«
Congo. Rodric Steeve Mpassy : il faut examiner à la racine le phénomène des violences attribuées aux « bébés noirs »

POINT DE VUE. Les « bébés noirs » seraient une création du régime de Brazzaville, instrumentalisée dès 2016 pour instaurer la peur et maintenir la population dans le chaos, accuse Rodric Steeve Mpassy, acteur de la société civile congolaise, dans un message publié sur les réseaux sociaux et reproduit ci-dessous. « L’opération menée par le général Serge Oboa n’a aucun sens. Elle ne répond pas à l’intérêt général des Congolais mais sert uniquement les intérêts du régime de Brazzaville. Il est important que nos compatriotes comprennent la finalité de cette « fameuse opération », dirigée par un général resté fidèle à Denis Sassou Nguesso depuis plus de 30 ans. Rappelons-le : la DGSP n’est pas l’armée congolaise, ni la police, encore moins la gendarmerie. C’est avant tout une garde présidentielle. Une milice privée de Dénis SASSOU Ngeusso qui protège ses intérêts. Face à une situation de cette ampleur, nous devons éviter de réagir par émotion. Il faut plutôt faire appel à notre intelligence collective et à la Constitution congolaise, notamment ses articles 8 et 9 : Article 8 : La personne humaine est sacrée et a droit à la vie. L’État a l’obligation de la respecter et de la protéger. Article 9 : La liberté de la personne humaine est inviolable. Nul ne peut être arbitrairement accusé, arrêté ou détenu. Tout prévenu est présumé innocent jusqu’à ce qu’un procès équitable ait établi sa culpabilité. Je ne cautionne pas les violences attribuées aux « bébés noirs », mais il faut examiner ce phénomène à la racine. C’est d’abord un problème sociologique et éducatif. Lorsque Denis Sassou Nguesso a sciemment détruit l’école congolaise, à quoi pouvait-il s’attendre ? Ces « bébés noirs » sont une création du régime lui-même, instrumentalisée dès 2016 pour instaurer la peur et maintenir la population dans le chaos. La police, dirigée par l’incompétent Obami Itou, avait été présentée comme la « solution finale » à ce fléau. Mais pourquoi alors ne pas mobiliser l’armée nationale, plutôt que de livrer des jeunes en pâture à la DGSP ? Exposer publiquement la jeunesse, l’humilier et la brutaliser ne résout rien. Au contraire, cela crée des traumatismes profonds. La jeunesse congolaise n’est pas un problème : elle est une richesse et un atout pour l’avenir du pays. À chaque fois que Denis Sassou Nguesso invente une « solution », ce sont les innocents qui en paient le prix. En 2016, lors des violences attribuées aux « Ninjas », ce sont les jeunes des quartiers sud de Brazzaville qui ont subi la répression. En 2024, avec l’« Opération Coup de Poing », ce sont encore des innocents qui ont souffert, comme l’ont documenté plusieurs organisations de défense des droits humains. Malgré ces bavures, les « bébés noirs » continuent de semer la terreur. Si une telle opération devait exister, elle devrait être conduite dans le respect strict des droits humains. Mais chaque fois que Sassou Nguesso met en place une « solution », il sème surtout la désolation, incapable de résoudre les problèmes qu’il a lui-même créés. Rodric Steeve Mpassy Acteur de la société civile congolaise«