RD Congo. Les coulisses des négociations de Doha
1. Monsieur Vincent Biruta, ministre de l’Intérieur du Rwanda, et monsieur Jacquemain Shabani, ministre de l’intérieur de la RDC, viennent d’arriver à Doha. Ils ont été conviés par le médiateur qatari lors des négociations entre la délégation du gouvernement congolais et celle de Corneille Nangaa (opposition armée AFC/M23). Tout va se dérouler en présence de la Commission de l’Union Africaine, le Togo ainsi que certains américains ont également reçu une invitation.
2. D’après les fuites provenant d’un congolais faisant partie de la délégation de Doha, la principale revendication de M23/AFC c’est d’obtenir de gérer le Kivu pendant 8 ans.
3. Puis voilà Museveni qui entre dans la danse. Après avoir permis au M23 d’utiliser l’Ouganda comme base arrière pour attaquer la RDC en juin 2022, le président Yoweri Museveni continue d’intriguer. Non seulement il a doublé le nombre de soldats ougandais déployés en territoire congolais — passant de 3.000 à 6.000 hommes — mais il vient désormais de franchir un nouveau cap. Kampala a décidé de rouvrir sa frontière avec la RDC dans la cité de Bunagana. Une zone actuellement contrôlée par les rebelles du M23.
4. Cette décision a été immédiatement saluée par Bertrand Bisimwa, le chef politique du mouvement, qui commence même à parler de cette région comme du « Congo-Oriental ». Une nouvelle dénomination qui fait craindre
QUE CONCLURE???
1. Le premier constat est que la délégation de M23/AFC à Doha ( Qatar) est conduite non par un rebelle congolais mais plutôt par le Ministre rwandais de l’Intérieur Vincent Biruta qui traitera face à face avec son collègue de la République démocratique du Congo par Jacquemain Shabani. C’est désormais clair : Nanga, Bisimwa et Kabila sont au service du pays représenté par le ministre de l’intérieur. Aucun d’eux n’apparaît au dernier round des négociations et les choses deviennent plus claires.
2. Vu l’identité rwandaise de l’officiel qui conduit la délégation rwandaise et son statut du membre de gouvernement rwandais, on peut logiquement cogiter que les revendications du M23/AFC sont celles du gouvernement rwandais. En clair, à Doha, Kigali réclame un contrôle exclusif sur le Nord-Kivu et le Sud-Kivu via le M23-AFC – Congo Inter.
3. HUIT ANS n’est qu’une durée factice. En 2033, ils inventeront de nouveaux motifs en vue de perpétuer le contrôle de cette partie orientale de la RDC. Eux travaillent dans la durée et à travers une guerre d’usure, ils veulent pousser les congolais, de guerre lasse, à accepter l’inacceptable, à savoir la partition effective du pays.
4. Talking and fighting! Négocier et combattre, c’est la stratégie de guerre des agresseurs de la RDC tel que décrit par Pierre Péan dans son célèbre essai “Carnages. Guerres secrètes des grandes puissances en Afrique ». Ils vous entraînent dans des négociations stériles à Doha et à Washington, ils vous font miroiter des promesses mirobolantes de sécurité tout en déployant au même moment, des dizaines de milliers rwandais et ougandais aux frontières congolaises ou carrément sur le territoire congolais. La vérité est qu’eux obéissent à un agenda caché , qui étape par étape, met en œuvre le plan Rwando-américain.
5. Les congolais parlent des rwandais et des ougandais mais peu très peu ont réfléchi sur le rôle clef d’un quatrième acteur nommé le Qatar qui est un allié stratégique et partenaire économique privilégié du Rwanda et un protectorat des États-Unis. En réfléchissant bien, l’on comprend de mieux en mieux la stratégie de négociation de Trump consistant à traiter à Washington un accord bilatéral entre deux états RDC -Rwanda et à utiliser Doha comme un POUVOIR CACHE-SEXE visant justement à intégrer les M23/AFC dans l’accord en voie de signature et obtenir en leur faveur soit l’intégration dans l’armée congolaise pour mieux l’infiltrer et l’affaiblir soit la sous-traitance dans la balkanisation totale, durant 8 ans, du Nord et Sud-Kivu.
6. Outre la plainte judiciaire portée à Bruxelles contre la famille présidentielle accusée de piller les ressources congolaises ( N.B.même accusation congolaise contre l’agresseur Rwandais), retenez que 80 sénateurs américains se sont mobilisés avant-hier pour exiger de nouvelles conditionnalités côté congolais en termes de lutte contre la corruption et de respect du délai de mandat présidentiel et ce, avant la signature proprement dite de l’Accord. Tout ceci doit se comprendre comme un étau de plus en plus resserré autour du Congo de Lumumba contraint de négocier sous pression et en position de faiblesse.
Par Germain Nzinga

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