Quand l’opposition congolaise devient son propre obstacle
HAUT-ET-FORT. Au Congo-Brazzaville, dix-huit partis de la majorité présidentielle se sont récemment réunis pour réaffirmer leur soutien total au président Denis Sassou Nguesso. Cette mobilisation, à la fois massive et sans équivoque, confirme que le chef de l’État incarnera, une nouvelle fois, la candidature unique de sa famille politique à l’élection présidentielle de mars 2026.
Face à cette démonstration d’unité, l’opposition congolaise peine à parler d’une seule voix. Plusieurs figures annoncent déjà leur intention de se présenter, sans concertation, sans stratégie commune, et sans vision collective. Une dispersion qui, au lieu de représenter la diversité démocratique, illustre une faiblesse structurelle et un manque de maturité politique.
Aujourd’hui, le principal argument de l’opposition congolaise, c’est  » Denis Sassou Nguesso doit partir  » . Au-delà de critiques souvent virulentes, cette opposition peine à proposer une véritable alternative. Elle est incapable de se rassembler pour porter un programme commun, ni de désigner un leader unique autour duquel fédérer l’espoir populaire.
Il est donc crucial de rappeler que la lutte menée par l’opposition congolaises ne doit pas être une lutte contre un homme. Ce n’est pas une bataille personnelle pour faire partir le président Denis Sassou Nguesso car rien ne garantit qu’après lui, la démocratie s’installera d’elle-même. Ce que les partisans de l’opposition exigent c’est bien plus fondamental : l’instauration de la démocratie, de la justice, de la transparence, de l’alternance pacifique, de la liberté de la presse, de la responsabilité politique, de la cohésion sociale et de l’inclusion de la diaspora. Et cette exigence vaut pour tous, majorité comme opposition.
Or, au lieu d’incarner cette exigence démocratique, une partie de l’opposition s’enferme dans des comportements contraires aux principes qu’elle revendique. Dernier exemple en date : un opposant, Mr Clément Mierassa, probablement en quête de légitimité, n’a pas hésité à poser un genou à terre pour demander pardon, s’imaginant ainsi s’imposer comme candidat naturel au nom de son âge ou de son statut. Cette genouflexion, loin d’être un acte d’unité, est un symbole de soumission. Elle dénature le débat démocratique. Elle montre combien l’opposition peut se perdre dans le théâtre politique au lieu de construire un avenir commun.
Il faut que cela change. Et cela passe par l’organisation de primaires ouvertes au sein de l’opposition. Ces primaires doivent reposer sur une méthode claire et rigoureuse :
1- Création d’un comité d’organisation indépendant, composé de membres de la société civile, de la diaspora, d’intellectuels, d’experts électoraux et de représentants de chaque candidat déclaré.
2- Élaboration d’une charte démocratique, engageant chaque participant à respecter les résultats des primaires et à soutenir le vainqueur.
3- Débats publics et campagnes internes, afin que les Congolais puissent évaluer les candidats sur la base de leur programme, de leur capacité à rassembler, et de leur engagement pour l’intérêt général.
4- Vote transparent et inclusif, organisé à Brazzaville, dans d’autres grandes villes du pays, et dans les communautés de la diaspora (Europe, Amérique du Nord, Afrique centrale…), grâce à des mécanismes adaptés.
5- Proclamation d’un candidat unique, qui portera le projet collectif de l’opposition et qui pourra, avec légitimité, affronter le candidat de la majorité présidentielle.
C’est ce processus qui donnera du sens à l’alternance. C’est cette démarche qui prouvera que l’opposition est capable de faire mieux que ce qu’elle dénonce. Refuser d’organiser ces primaires, c’est refuser le jeu démocratique. C’est trahir les attentes des Congolais. C’est un abus de confiance.
L’opposition congolaise doit rompre avec les vieilles méthodes. Elle doit sortir de la critique permanente pour entrer dans la proposition constructive. Elle doit démontrer, non par les mots mais par les actes, qu’elle est prête à gouverner autrement. Sinon, elle perd toute légitimité à critiquer ceux qui, eux, ont su préserver l’unité de leur camp et présenter un candidat unique.
Il est temps que les grands intellectuels de l’opposition congolaise se penchent avec responsabilité sur la crise qui mine leur camp, afin d’ouvrir, ensemble, un chemin digne des exigences démocratiques que portent les opposants congolais.
Louis Modeste  ZOUBABELA

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