Ukraine: la Chine ne lâchera pas la Russie au profit de l’Occident

TRIBUNE. La position de la Chine dans le conflit ukrainien fait l’objet de nombreuses supputations en Occident. Soutient-elle sans réserve la Russie ou non ? Est-elle dans une posture délicate ou pas, elle qui traite également avec l’Ukraine et les Occidentaux ? Va-t-elle aider la Russie à surmonter les sanctions occidentales ou pas ?

Autant d’interrogations qui ne cessent de turlupiner l’esprit des responsables occidentaux, suscitant des analyses et pronostics en tout genre. Il y a quelques jours, les États-Unis ont jugé « profondément préoccupante » la position « d’alignement de la Chine avec la Russie » face à la guerre en Ukraine.

Aujourd’hui même (18 mars, dnr), Joe Biden s’est entretenu avec le président Xi Jinping, le pressant de prendre ses distances de Vladimir Poutine. Dans les médias, plusieurs experts ont expliqué que la Chine, en bon partisan de la non-ingérence et du respect de la souveraineté des États, ne voit pas d’un bon œil l’intervention de la Russie en Ukraine. D’autres, à l’instar de Pascal Boniface de l’IRIS, ont fait remarquer que Pékin allait sûrement tirer profit des sanctions au détriment de Moscou. Mais qu’en est-il réellement ?

Quoi qu’on dise de la posture chinoise, deux mots résument assez bien la position de l’Empire du Milieu face au conflit en Ukraine : soutien indéfectible… à la Russie bien entendu. L’argument selon lequel Pékin serait inconfortable dans cette affaire en raison de son attachement aux principes de souveraineté et de non-ingérence dans les affaires intérieures des États souverains mérite d’être relativisé. Pour cela, il faut comprendre ce que signifie « non-ingérence » aux yeux des Chinois.

Oui, la Chine a fait du respect de la souveraineté des États et du principe de non-ingérence des éléments essentiels de sa politique étrangère. Son attachement à ces principes, qui est en partie idéologique, tire sa substance de son histoire. Ses expériences passées en matière d’impérialisme occidental et japonais font qu’elle n’est pas à l’aise avec les interventions menées par l’Occident au nom des droits de l’Homme et de la démocratie. Le politologue chinois Chen Zheng explique que « l’une des principales caractéristiques de la politique étrangère de Pékin est la sensibilité persistante de ses dirigeants aux troubles intérieurs causés par des “forces étrangères hostiles”», en l’occurrence les Occidentaux. La suspicion des dirigeants chinois à l’égard des complots et velléités de déstabilisation ourdis par l’Occident s’est davantage renforcée après les événements de la Place (en 1989), qui avaient conduit les pays occidentaux à exercer de fortes pressions et à imposer des sanctions contre la Chine.

Depuis, le Parti communiste chinois est devenu très sensible à la notion de souveraineté et voit d’un très mauvais œil toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures d’un État souverain. Or ce qui se passe en Ukraine est bien différent, aux yeux des dirigeants chinois. En effet, vu de Pékin, la Fédération de Russie ne s’ingère ni ne déstabilise l’Ukraine, mais se défend plutôt contre l’OTAN qui utilise ce pays pour déstabiliser la fédération russe. C’est cette nuance que ne semblent pas comprendre la plupart des responsables et experts occidentaux. Pas plus tard que ce matin, le porte-parole de la diplomatie chinoise Zhao Lijian a déclaré que pour la Chine, les États-Unis et l’OTAN sont « responsables de la crise » qui déchire l’Ukraine. C’est dire…

Il ne faut donc pas s’attendre à ce que la Chine s’aligne sur les positions occidentales dans le dossier ukrainien. Mieux, l’Empire du Milieu, à l’instar de la Russie, se prépare depuis des années à croiser le fer avec les États-Unis, le grand patron de l’Alliance atlantique qui ne tient pas à ce que son hégémonie soit contestée. Dans cette optique, Pékin ne peut se permettre de se mettre à dos un allié de taille comme Moscou. Il ne peut non plus se permettre de se ranger du côté de ceux qui tiennent à tout prix à bloquer son ascension, quitte à le déstabiliser un jour en servant du proxy taïwanais après avoir échoué à le fragiliser de l’intérieur en servant d’un groupe de militants à Hong Kong.

Si la Russie a renforcé l’OTAN comme l’affirment certains experts occidentaux (une assertion qui mérite aussi d’être relativisée), la posture agressive des États-Unis et de ses valets européens ne fait que renforcer l’axe Chine-Russie. C’est un Nouveau Monde qui est en train de se mettre en place devant nous…

Par Patrick Mbeko

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *