Pour mieux cerner les contours de l’état de siège en RDC

TRIBUNE. L’état de siège décrété par les deux ordonnances présidentielles du Chef de l’Etat le 3 mai 2021 suscite des réactions diverses et cache difficilement le dessous de cartes derrière cette décision nommant des gouverneurs militaires au Nord-Kivu et à l’Ituri.

Johnny Luboya Nkashama, nommé gouverneur militaire du Nord-Kivu, est un ancien commandant de la 13e région militaire de l’Equateur avant d’être nommé patron de la première zone de défense incluant entre autres la province de Kinshasa. Cet officier a un passé sulfureux qui montre qu’il a été un ancien de la rébellion du RCD Goma et un officier réputé très proche de James Kabarebe et de Gabriel Amisi. C’est en somme un homme de main de Kabila et un très proche du Rwanda, ce pays accusé de semer la violence dans cette partie de la province et d’être derrière plusieurs groupes armés écumant dans la région.

Le général Constant Ndima Kongba, le tout nouveau gouverneur militaire d’Ituri est également un ancien rebelle issu de la rébellion du MLC de Jean-Pierre Bemba considéré comme proche de l’Ouganda. D’abord commandant de la 3e zone de défense couvrant les deux Kivu, le Maniema et la Tsopo, il était jusque-là le Chef d’état-major général adjoint chargé de l’administration et de la logistique.

Selon le rapport UN S/2003/674 du 2 juillet 2003, c’est sous le commandement du colonel Constant Ndima que sera confiée l’Opération « Effacez le Tableau » initiée par le MLC de Bemba et qui laissera des souvenirs terrifiants en Ituri car caractérisée par des massacres, des viols et des actes de cannibalisme visant notamment les pygmées et les Nande.

Le dénominateur commun entre ces deux gouverneurs est d’avoir des liens historiques très étroits avec des puissances qui travaillent depuis deux decennies contre la paix en Rd Congo : l’un pro-Rwanda, l’autre pro-Ouganda. Le Rwanda et l’Ouganda oeuvrant au Congo comme des sous-traitants et des fidèles gendarmes de la puissance américaine qui a créé l’AFDL en 1997 et sous la barbe de laquelle se déroule le génocide des congolais qui dure maintenant depuis 24 ans.

Tout en soutenant nos vaillants combattants au front, nous aurions tout de même tort de faire AVEUGLEMENT confiance à ces deux gouverneurs. Accordons-leur momentanément le bénéfice du doute et donnons-leur « sous le sceau de la réserve » un crédit exceptionnel dans un temps bien déterminé. L’état de siège ayant une durée constitutionnelle de trente jours, les deux gouverneurs militaires et l’autorité qui les a nommés seront jugés à leurs actes. Pendant le gouvernorat militaire et dans la période qui suivra l’état de siège.

Par Germain Nzinga

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