L’état de siège dans l’est de la RD Congo ne doit pas servir de prétexte pour commettre des abus

TRIBUNE. L’état de siège a été instauré hier dans deux provinces de l’est de la République démocratique du Congo secouées par des conflits, pour « mettre rapidement fin à l’insécurité qui décime quotidiennement nos compatriotes », selon les mots du porte-parole du gouvernement. Cela signifie que l’armée a désormais remplacé les autorités civiles dans le Nord Kivu et l’Ituri, pour une période initiale de 30 jours. En vertu des ordonnances proclamant l’état de siège, les autorités militaires sont habilitées à perquisitionner les domiciles de jour et de nuit, à interdire des publications et des réunions considérées comme portant atteinte à l’ordre public, à interdire la circulation des personnes et à interpeller quiconque pour perturbation de l’ordre public. Les civils seront poursuivis devant des tribunaux militaires, ce qui est contraire aux normes régionales. En dépit des assurances du porte-parole de l’armée que les droits humains et le droit humanitaire international seront respectés, un tel régime militaire met en péril un large éventail de droits. Le profil des nouveaux gouverneurs militaires de ces deux provinces ne peut qu’accroître les inquiétudes au sujet des droits humains et de la protection des civils. Le gouverneur du Nord Kivu, le lieutenant-général Constant Ndima, alias « Effacer le tableau », a été surnommé ainsi lorsqu’il était commandant au sein de la rébellion du Mouvement pour la libération du Congo (MLC). En 2002, il aurait dirigé l’opération « Effacer le tableau » en Ituri, durant laquelle de graves exactions ont été commises. En Ituri, le lieutenant-général Johnny Luboya, ancien chef des renseignements militaires au sein du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), rébellion soutenue par le Rwanda, pourrait, de par sa position de commandement, être tenu responsable de meurtres, de viols et d’autres exactions commises par ses forces, selon une note interne des Nations Unies que Human Rights Watch a pu consulter. Les deux principales opérations militaires lancées dans les provinces du Nord Kivu et de l’Ituri depuis que le président Félix Tshisekedi est entré en fonction en 2019 n’ont jusque-là pas tenu compte des complexités multiples qui se superposent dans ces régions. Loin du but escompté, les violences se sont depuis intensifiées et le nombre de déplacés internes a atteint un niveau record. L’impunité généralisée pour les exactions commises tant par les groupes rebelles que par les forces nationales continue d’alimenter les conflits. Dans ce contexte, l’administration Tshisekedi devrait adopter une approche globale fixant comme priorités de rendre justice pour les crimes graves, de procéder à un réel assainissement des forces de sécurité et de mettre en place un système efficace de démobilisation des ex-combattants. En fin de compte, elle devrait veiller à ce que l’état de siège ne donne pas à l’armée plus de latitude pour commettre des abus. Thomas Fessy Chercheur principal pour la RD Congo
Pour mieux cerner les contours de l’état de siège en RDC

TRIBUNE. L’état de siège décrété par les deux ordonnances présidentielles du Chef de l’Etat le 3 mai 2021 suscite des réactions diverses et cache difficilement le dessous de cartes derrière cette décision nommant des gouverneurs militaires au Nord-Kivu et à l’Ituri. Johnny Luboya Nkashama, nommé gouverneur militaire du Nord-Kivu, est un ancien commandant de la 13e région militaire de l’Equateur avant d’être nommé patron de la première zone de défense incluant entre autres la province de Kinshasa. Cet officier a un passé sulfureux qui montre qu’il a été un ancien de la rébellion du RCD Goma et un officier réputé très proche de James Kabarebe et de Gabriel Amisi. C’est en somme un homme de main de Kabila et un très proche du Rwanda, ce pays accusé de semer la violence dans cette partie de la province et d’être derrière plusieurs groupes armés écumant dans la région. Le général Constant Ndima Kongba, le tout nouveau gouverneur militaire d’Ituri est également un ancien rebelle issu de la rébellion du MLC de Jean-Pierre Bemba considéré comme proche de l’Ouganda. D’abord commandant de la 3e zone de défense couvrant les deux Kivu, le Maniema et la Tsopo, il était jusque-là le Chef d’état-major général adjoint chargé de l’administration et de la logistique. Selon le rapport UN S/2003/674 du 2 juillet 2003, c’est sous le commandement du colonel Constant Ndima que sera confiée l’Opération « Effacez le Tableau » initiée par le MLC de Bemba et qui laissera des souvenirs terrifiants en Ituri car caractérisée par des massacres, des viols et des actes de cannibalisme visant notamment les pygmées et les Nande. Le dénominateur commun entre ces deux gouverneurs est d’avoir des liens historiques très étroits avec des puissances qui travaillent depuis deux decennies contre la paix en Rd Congo : l’un pro-Rwanda, l’autre pro-Ouganda. Le Rwanda et l’Ouganda oeuvrant au Congo comme des sous-traitants et des fidèles gendarmes de la puissance américaine qui a créé l’AFDL en 1997 et sous la barbe de laquelle se déroule le génocide des congolais qui dure maintenant depuis 24 ans. Tout en soutenant nos vaillants combattants au front, nous aurions tout de même tort de faire AVEUGLEMENT confiance à ces deux gouverneurs. Accordons-leur momentanément le bénéfice du doute et donnons-leur « sous le sceau de la réserve » un crédit exceptionnel dans un temps bien déterminé. L’état de siège ayant une durée constitutionnelle de trente jours, les deux gouverneurs militaires et l’autorité qui les a nommés seront jugés à leurs actes. Pendant le gouvernorat militaire et dans la période qui suivra l’état de siège. Par Germain Nzinga
Congo : le chef de l’Etat proclame l’«état de siège», suscitant des questions parmi la population

Au Congo, le chef de l’Etat a proclamé le 30 avril dernier l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Une décision motivée par la présence de dizaines de groupes armés actifs dans l’Est de la RDC, rapporte RT France