
HISTOIRE. Nous africains, avons pris l’habitude de beaucoup ergoter sur la traite des esclaves noirs pratiquée par les nations occidentales via le commerce triangulaire de l’Océan Atlantique. Beaucoup parmi nous ignorent qu’il en existe une autre, encore plus cruelle, notamment la traite des noirs africains par les nations arabo-musulmanes.
La technique de guerre usée par ces dernières était les razzias. Après avoir encerclé un village en pleine nuit, les guetteurs éliminés, un meneur poussait un cri afin que ses complices allument leurs torches. Les villageois surpris dans leur sommeil étaient mis hors d’état de se défendre, les hommes et les femmes âgées massacrées ; le reste était garrotté en vue du futur et long trajet. Ceux qui avaient réussi à s’enfuir étaient pourchassés par les molosses dressés à la chasse à l’homme. Il arrivait que des fugitifs se réfugient dans la savane, à laquelle les trafiquants mettaient le feu pour les débusquer. Les capturés furent acheminés à travers le désert dans des conditions impitoyables. Les adultes mâles « accouplés » à l’aide d’une fourche de bois et retenus par un collier de fer (qui à la longue creusait les chairs) au cours de leur interminable et dur trajet. 20% des captifs périssaient durant le voyage.
Et une fois arrivés à destination du pays des bourreaux, il s’opérait une sélection drastique. Les femmes belles étaient des « bonnes à tout faire » placées dans le harem pour le plaisir sexuel des arabes et les moins belles allaient paitre les troupeaux. Quant aux hommes, ils étaient destinés aux travaux domestiques et agricoles, ou incorporés dans le corps d’armée ou encore affectés à la surveillance des harems.
Le même sort les attendait tous : la castration pour éviter qu’ils se reproduisent. Ils se faisaient entièrement coupés le scrotum ainsi que leurs pénis afin d’éviter qu’ils ne se reproduisent. La castration se pratiquait sans anesthésie, plus de 60% ne survivaient pas à la procédure et étaient laissés pour mort, se vidant de leurs sang. Afin de stopper l’hémorragie, les arabes utilisaient du charbon ardent posé directement sur la plaie nue. Ils devenaient complètement des eunuques.
Selon les historiens, la traite des noirs par les arabes a duré quasi un millénaire, de 650 après J.-C. jusqu’à ce jour. Jusqu’au siècle dernier, bien avant la crise libyenne, on comptabilisait plus de 20 millions de noirs ayant péri suite à ces traitements inhumains. Ils ont disparu sans laisser de traces suite aux castrations dont ils étaient victimes. Ce fut un véritable holocauste, une extermination programmée d’une race ! L’ouvrage très documenté de Tidiane N’diaye (Le génocide voilé : enquête historique) est très instructif sur les crimes innommables des nations arabo-musulmanes sur les noirs africains.
Ces africains noirs captifs furent dispersés dans différentes nations arabo-musulmanes comme en Mésopotamie, l’actuel Irak ou en Perse l’Iran. Ils étaient appelés Zendjs et ce sont eux qui étaient affectés à la construction des villes comme Bagdad et Basra. Conformément à ce que rapporte l’historien Ibn-Khaldum, l’idéologie commune aux nations arabo-musulmanes était la suivante : « les seuls peuples à accepter l’esclavage sont les nègres, en raison d’un degré inférieur d’humanité, leur place étant plus proche du stade animal ». Pour cette raison, les Zendjs étaient considérés comme des sous-hommes par les arabes. C’était pour eux un moyen de leur nier toute dignité humaine pour mieux les asservir et les soumettre au sevrage.
Ce que l’histoire nous cache, c’est que ces captifs africains avaient réussi à organiser trois grandes révoltes contre leurs bourreaux. Dans ce pays les Noirs étaient affectés aux tâches les plus rebutantes. Parqués sur leur lieu de travail dans des conditions misérables, ils percevaient pour toute nourriture quelques poignées de semoule et des dattes. Les Africains laisseront éclater leur haine avec l’objectif de détruire Bagdad, la cité symbole de tous les vices. Armés de simples gourdins ou de houes et formés en petites bandes, ils se soulevèrent dès l’an 689.
D’après l’étude fouillée d’Abdoulaye Mbaye, cette première insurrection se produisit au cours du gouvernement de Khâlid ibn `Abdallah, successeur de Mus`ab ibn al-Zubayr. Les révoltés qui s’étaient organisés avaient réussi par la suite, à se procurer des armes. Ils se fortifièrent dans des camps installés à des endroits inaccessibles. Et à partir de ces différents points, ils lançaient des raids. Un grand nombre d’embuscades et de batailles tournèrent à leur avantage. Ils réussirent par la suite à s’emparer de principales villes du bas Irak et du Khûzistân comme al-Ubulla, Abbâdân, Basra, Wâsit, Djubba, Ahwâz etc. Les troupes abbassides allaient toutefois réussir à réoccuper sans mal, toutes ces villes que les Zendjs avaient prises, pillées puis abandonnées.
Les Zendjs seront finalement vaincus, les prisonniers remis en esclavage ou décapités et leurs cadavres pendus au gibet.
Ceci ne les dissuadera pas de fomenter une seconde révolte mieux organisée. Cette insurrection eut lieu cinq ans plus tard, en 694. Elle semble avoir été plus importante que la première, et surtout mieux préparée. Cette fois, les Zendjs furent rejoints par d’autres Noirs déserteurs des armées du calife, des esclaves gardiens de troupeaux venus du Sud en Inde et aussi d’autres originaires de l’intérieur du continent africain.
Les insurgés infligèrent dans un premier temps, une lourde défaite à l’armée du calife venue de Bagdad, avant d’être battus. Les armées arabes furent néanmoins obligées de s’y prendre à deux fois pour les écraser.
Quant à la troisième révolte des Zendjs, elle est la plus connue et la plus importante. Elle secoua très fortement le bas Irak et le Khûzistân, causant des dégâts matériels énormes et des centaines de milliers de morts voire plus de deux millions selon certaines sources. C’est le 7 septembre 869, que sous les ordres d’un chef noir charismatique, Ali Ben Mohammed surnommé « Sâhib al-Zandj » qui veut dire le « Maître des Zendjs » que les Africains se soulevèrent.
L’homme était d’origines assez obscures ¬ mais avait visiblement pu approcher les classes dirigeantes de son époque. Il était également un poète talentueux, instruit, versé dans les sciences occultes et socialement engagé dans des actions d’aide auprès des enfants. Il leur apprenait à lire et à se familiariser avec des matières comme la grammaire et l’astronomie. Ali Ben Mohammed avait déjà fomenté plusieurs soulèvements dans d’autres régions du pays, avant de réussir, à la tête des Zendjs, la plus grande insurrection d’esclaves de l’histoire du monde musulman.
Cette révolte avait fini par devenir populaire. Les Zendjs réussirent à gagner la sympathie de nombreux paysans libres et même de pèlerins de passage.
Après s’être affranchis, ils organisèrent un embryon d’État avec une administration et des tribunaux. Dans cette nouvelle entité autonome, ils appliquaient la loi du talion aux Arabes vaincus et aux soldats turcs, qui étaient réduits en esclavage et objet de trafic. Les Zendjs attaqueront par surprise et feront tomber Basra, sur trois fronts, le vendredi 7 septembre 871 à l’heure de la prière. Ils fixèrent ensuite leur capitale dans la ville proche d’Al-Muhtara, siège de leur commandement militaire et administratif.
Solidement installés, ils frappèrent leur propre monnaie, organisèrent leur État tout en essayant, de nouer des relations diplomatiques avec d’autres mouvements contemporains comme ceux des Karmates de Hamdân Karmat, et des Saffârides de Ya`kûb ibn al-Layth. Les Zendjs tiendront pendant près de 14 ans, avant d’être écrasés en 883, par une coalition de troupes envoyées par les califes locaux.
Cette petite page d’histoire nous ouvre les yeux sur les causes profondes et historiques de nombreuses maltraitances que subissent les africains noirs ayant choisi de vivre dans les pays arabo-musulmans soit ceux d’Afrique du Nord (Libye, Algérie etc.), soit en Asie (Koweit, Qatar, Arabie Saoudite etc.) où les noirs qui y vont pour chercher du travail sont séquestrés comme des bêtes de somme et livrés sur le marché de vente comme n’importe quel objet matériel en plein 21e siècle. Et leur gouvernement et les victimes elles-mêmes s’accommodent scandaleusement de cette situation inacceptable qui continue à chosifier l’homme noir jusqu’en ce 3e millénaire.
Dans le sillage de l’histoire des cruautés des nations arabo-musulmanes, force est de souligner les grands dommages subis par le Congo depuis sa naissance de la part de la Tanzanie d’où sont sortis deux sujets qui marqueront le destin du pays. A partir de 1884, Tippo Tip grâce à la cruauté inouïe de ses razzias sur les congolais qu’il portera par l’océan indien vers l’Iran et les pays du Golfe, prendra le contrôle de tout l’Est du pays. De la province orientale, son œuvre dévastatrice s’étendra jusqu’aux confins de Maniema et de Sankuru. Lorsque Léopold II prendra le contrôle de l’État Indépendant du Congo à la Conférence de Berlin, il nommera ce tanzanien comme le premier gouverneur de Stanleys Falls( l’actuelle province orientale) de 1887 à 1891.
Un deuxième sujet venu de la Tanzanie entrera à son tour en 1996 sur le territoire congolais, caché parmi les colonnes des soldats de l’AFDL. Il montera petit à petit en puissance jusqu’à atteindre le sommet de l’état, provoquant au passage la mort des millions de congolais, mettant en place un système impitoyable dont les viols des femmes et la misère du peuple sont la principale règle de gouvernance et plaçant ainsi le peuple congolais parmi les plus pauvres de monde. Et encore de nos jours, ce monsieur refuse qu’on parle de lui au passé, ayant réussi a déjouer le piège électoral du 30 décembre 2018 pour continuer à garder, grâce à la complicité des congolais haut placés, la main basse sur le fonctionnement de TOUTES les institutions du pays.
Contrairement aux congolais et beaucoup d’autres africains d’aujourd’hui qui ont choisi de vivre dans la servitude volontaire, nos aïeux, eux au moins, ont eu, dès le 8e siècle de notre ère, le grand mérite de comprendre que ce n’est jamais par les jérémiades qu’on fait sortir un peuple de l’oppression et du servage mais plutôt par le renversement de rapports de forces face à son adversaire. Que chaque africain noir revalorise l’anniversaire de cette date mémorable du 7 septembre 869 et se souvienne qu’un groupe des noirs bien organisés au IXe siècle de notre ère avait refusé mordicus de rester soumis éternellement. Ils avaient organisé méthodiquement une grande Révolte et ont vaincu l’ennemi sur sa propre terre. Que nous manque-t-il donc pour réitérer l’exploit…?
Par Germain Nzinga