Smart Grids : des réseaux électriques intelligents pour un avenir durable

Repenser la production et la consommation d’électricité à l’ère des Smart Grids : une urgence pour le Maroc et l’Afrique La transition énergétique mondiale impose une redéfinition profonde de nos systèmes de production et de consommation d’électricité. Pendant des décennies, l’architecture énergétique reposait sur un modèle centralisé : de grandes centrales – souvent alimentées par des énergies fossiles comme le charbon, le gaz ou le nucléaire – généraient l’électricité, acheminée ensuite sur de longues distances jusqu’aux consommateurs. Ce modèle a largement contribué au développement industriel et social, mais il atteint aujourd’hui ses limites, tant sur le plan environnemental qu’économique et technologique. Le Maroc, à l’image de plusieurs pays africains, a pris le virage de la transition énergétique. Avec une stratégie nationale ambitieuse visant à porter la part des énergies renouvelables à plus de 50 % du mix électrique, le pays multiplie les projets innovants. Toutefois, pour que cette transition soit pleinement efficace, elle doit s’accompagner d’une modernisation profonde des infrastructures électriques. Par ailleurs, l’évolution des usages – véhicules électriques, équipements connectés, climatisation, télétravail – et l’émergence d’un consommateur plus engagé, qui souhaite produire, stocker et gérer sa propre énergie, rendent le modèle traditionnel obsolète. Il devient donc impératif de rendre nos réseaux plus flexibles, plus interactifs, capables de gérer en temps réel la production décentralisée et la variabilité de la demande. C’est dans ce contexte que les Smart Grids, ou réseaux électriques intelligents, apparaissent comme une réponse stratégique. En combinant les technologies de l’information, les capteurs, l’intelligence artificielle et l’automatisation, les Smart Grids permettent une gestion plus efficace, plus durable et plus résiliente de l’énergie. Pour le Maroc et pour l’Afrique, les Smart Grids ne sont pas seulement une innovation technique : ils représentent une opportunité stratégique pour construire un avenir énergétique plus équitable, plus fiable et respectueux de l’environnement. Qu’est-ce qu’un Smart Grid ? Les Smart Grids, ou réseaux électriques intelligents, représentent une évolution majeure dans la manière de produire, distribuer et consommer l’électricité. Contrairement aux réseaux traditionnels – souvent linéaires, centralisés et peu réactifs – les Smart Grids s’appuient sur des technologies numériques avancées pour rendre le système énergétique plus efficace, flexible, résilient et durable. Ces réseaux de nouvelle génération intègrent des dispositifs comme des capteurs intelligents, des compteurs communicants, des objets connectés (Internet des objets – IoT), ainsi que des algorithmes d’analyse prédictive. L’ensemble permet une collecte en temps réel de données sur la production, la consommation, l’état du réseau et les comportements utilisateurs. Mais surtout, les Smart Grids rendent possible une communication bidirectionnelle : l’électricité circule du producteur vers le consommateur, tandis que les données circulent en sens inverse, permettant des ajustements dynamiques à tous les niveaux du réseau. Cette intelligence intégrée se traduit par plusieurs bénéfices concrets : – Une gestion en temps réel de l’équilibre offre-demande, qui limite les pertes et évite les surcharges ; – Une détection rapide des pannes, pour une meilleure fiabilité et continuité de service ; – Une intégration facilitée des énergies renouvelables, souvent intermittentes comme le solaire et l’éolien ; – Une implication active du consommateur, qui devient « prosommateur » : à la fois producteur et consommateur d’énergie. Exemple concret : la maison connectée dans un Smart Grid Imaginons une maison équipée de panneaux solaires, d’une batterie domestique, d’un véhicule électrique et d’un compteur intelligent. Dans un environnement Smart Grid, cette maison peut produire sa propre électricité, stocker le surplus ou le réinjecter dans le réseau. Le compteur intelligent permet de suivre en temps réel la consommation via une application mobile, d’adapter les usages selon le prix de l’énergie, et de recharger la voiture aux heures creuses. Cette maison ne subit plus le système énergétique : elle y participe activement. Les trois piliers fondamentaux du fonctionnement du réseau intelligent : Capteurs et compteurs intelligents Ils mesurent en continu les flux d’énergie (production, consommation, pertes, anomalies, etc.), fournissant une image claire et immédiate de l’état du réseau. Par exemple, si une région produit plus qu’elle ne consomme, le système peut temporairement stocker l’excédent ou le redistribuer ailleurs.2. Les infrastructures de communication Des réseaux de communication fiables, tels que la fibre optique, la 4G/5G, le Wi-Fi, ou même le courant porteur (transmission via des lignes électriques), sont essentiels pour la circulation des données entre les équipements et les centres de pilotage. Ces interactions garantissent une coordination dynamique entre les différents acteurs du réseau. L’intelligence artificielle et les algorithmes prédictifs Des systèmes intelligents capables d’anticiper la demande, d’optimiser le flux d’énergie ou même de gérer automatiquement les pannes analysent les données collectées. Par exemple, si la demande est élevée à 18 heures, l’IA peut arrêter certaines opérations industrielles ou programmer la recharge nocturne des véhicules électriques. Dans un contexte où la demande énergétique augmente rapidement et où les ressources doivent être gérées avec parcimonie, les Smart Grids représentent une opportunité unique pour les pays africains. Le Maroc est particulièrement concerné en raison de ses vastes projets d’énergie renouvelable et de son objectif d’incorporer plus de 50 % de son énergie provenant de sources domestiques.Les Smart Grids peuvent accompagner cette transition en garantissant un réseau plus stable, plus intelligent, et surtout plus inclusif, dans lequel chaque citoyen peut devenir acteur de la transition énergétique. Pourquoi les Smart Grids sont essentiels pour la planète… et pour l’avenir énergétique du Maroc Les Smart Grids jouent un rôle central dans la réussite de la transition énergétique à l’échelle mondiale. En intégrant des technologies numériques avancées dans les réseaux électriques, ils permettent une meilleure intégration des énergies renouvelables, même lorsque leur production est variable. Ainsi, le système peut ajuster en temps réel l’offre et la demande, en tenant compte de la disponibilité du soleil ou du vent – des ressources abondantes au Maroc mais naturellement intermittentes. Au-delà de cette capacité d’adaptation, les Smart Grids favorisent une production d’énergie plus locale. En limitant le transport de l’électricité sur de longues distances, ils contribuent à réduire les pertes énergétiques, améliorant ainsi l’efficacité globale du système. De plus, ils encouragent une consommation plus intelligente : les utilisateurs peuvent
La transition énergétique juste en Afrique : Les leçons de l’Afrique du Sud et du Sénégal

TRIBUNE. Des « Just Energy Transition Partnerships » (JETP) ont été mis en place ces dernières années pour apporter un soutien financier aux pays en développement dans leur transition vers l’abandon des combustibles fossiles. En 2021, lors de la26e Conférence des parties sur le changement climatique (COP26), l’Afrique du Sud est devenue la première nation à signer un tel accord. Le Sénégal et l’International Partners Group (IGP) ont signé un JETP en juin 2023. J’ai déjà dit que la meilleure façon pour les pays occidentaux, et le monde développé dans son ensemble, d’aider l’Afrique à sortir des combustibles fossiles est l’investissement et la collaboration, et non la condescendance. C’est précisément ce que les programmes JETP cherchent à faire : aider les économies émergentes dépendantes du charbon à abandonner les combustibles fossiles tout en laissant une marge de manœuvre pour traiter les conséquences sociales qui en découlent. Il s’agit là d’un investissement, d’une collaboration et, surtout, d’un respect de la réalité, à savoir que l’Afrique ne peut avancer qu’à son propre rythme dans ce domaine. Nous interdire arbitrairement d’utiliser nos ressources naturelles ne fera que plus de mal que de bien. Jusqu’à présent, l’Afrique du Sud et le Sénégal sont les seuls pays africains à avoir accepté un JETP, l’Afrique du Sud ayant conclu un accord pour un montant de 8,5 milliards de dollars, tandis que le Sénégal en a obtenu un pour un montant de 2,7 milliards de dollars. La manière dont l’Afrique du Sud et le Sénégal entendent tirer parti de ces accords diffère toutefois radicalement, tout comme leur situation en matière de production d’électricité. L’Afrique du Sud : Tiraillée entre les priorités Le charbon continue de dominer le portefeuille énergétique de l’Afrique du Sud, avec plus de 80 % de la production d’électricité du pays. En raison de problèmes chroniques de load-shedding et de pénurie d’énergie, le pays est aujourd’hui tiraillé entre deux priorités : assurer la sécurité énergétique et adhérer à ses plans de décarbonisation. Les pannes générales d’électricité frappent le pays depuis 2008, mais elles se sont intensifiées ces dernières années et ont effectivement paralysé l’économie sud-africaine, qui n’a même pas dépassé 1 % de croissance annuelle du produit intérieur brut (PIB) au cours de la dernière décennie. Le parc charbonnier vieillissant du pays est confronté à d’importants problèmes de maintenance qui ont conduit à la mise hors service de plusieurs des plus grandes unités charbonnières du pays en 2023. Cette année-là, le pays a également connu le pire délestage auquel il ait été confronté, plus de deux fois supérieur à celui de 2022, entraînant des pénuries d’énergie pendant 335 jours sur l’année. Ce délestage a entraîné une forte augmentation de la demande de panneaux solaires et de batteries, mais Eskom (la compagnie d’électricité sud-africaine) a dû plutôt donner la priorité à la sécurité énergétique, en prolongeant sa dépendance aux centrales à charbon et en ralentissant leur mise hors service. À leur crédit, Eskom a apporté des améliorations significatives à la maintenance et à la réparation de leurs centrales à charbon grâce à une stratégie de relance lancée début 2023, et ils n’ont pas subi d’autre épisode de load-shedding depuis le 26 mars 2024. Néanmoins, la décision de prolonger leur dépendance au charbon est en contradiction avec le JETP de l’Afrique du Sud. Elle a également conduit le gouvernement sud-africain à chercher à renégocier les accords de financement liés à sa transition vers des sources d’énergie plus propres, pour un montant de quelque 2,6 milliards d’USD sur les 8,5 milliards d’USD initialement convenus. Avant tout, l’Afrique du Sud a besoin d’une solution qui garantisse sa sécurité énergétique tout en lui permettant de respecter ses engagements dans le cadre du JETP, d’autant plus que sa demande de pointe devrait atteindre 38 gigawatts (GW) d’ici à 2030, soit 6 GW de plus que le pic actuel. Et même si 13,6 GW de nouvelles centrales électriques devraient être mises en service d’ici 2027, avec plus de la moitié de l’énergie solaire photovoltaïque et 25 % de l’énergie éolienne terrestre, le charbon devrait encore répondre aux deux tiers de la demande quotidienne. Les actifs de stockage de batteries attribués par le programme sud-africain d’achat de producteurs indépendants d’électricité pour le stockage de l’énergie (BESIPPP) contribueront également à cette nouvelle capacité. La production d’énergie renouvelable en Afrique du Sud devrait également passer de près de 14,1 % actuellement à près de 29 % d’ici à 2030. Je tiens à être très clair sur ce point : La croissance des énergies renouvelables en Afrique du Sud est louable, et la décision d’Eskom de donner la priorité à la sécurité énergétique via le charbon lorsqu’une solution alternative n’était pas immédiatement disponible était compréhensible et pragmatique. Mais les énergies renouvelables du pays ne progressent pas assez vite pour compenser le vieillissement de son parc de centrales au charbon, et aucune campagne de maintenance d’urgence ne peut garantir que des problèmes similaires ne conduiront pas à une nouvelle crise de load-shedding. Si l’on n’y remédie pas, on s’expose au risque de pénurie lorsque le parc de charbon sera inévitablement fermé à la fin de sa durée de vie. La production d’électricité à partir du gaz est donc l’option la plus prudente à laquelle l’Afrique du Sud doit donner la priorité pendant qu’elle continue à travailler à l’expansion de ses sources d’énergie renouvelables. La flexibilité offerte par la conversion du gaz à l’électricité permettra de répondre à la demande lorsque le parc de centrales au charbon ne pourra plus fournir l’électricité de base de l’Afrique du Sud, ne lui laissant que sa centrale nucléaire de Koeberg et des ressources solaires et hydroélectriques actuellement limitées pour combler les lacunes. Non seulement le gaz naturel est une source d’énergie plus rentable et plus efficace que le charbon, mais il est également relativement peu coûteux de moderniser une ancienne centrale au charbon avec des turbines à gaz, ce qui permet à l’Afrique du Sud d’éliminer progressivement le charbon tout en économisant de l’argent qui serait autrement dépensé pour construire des
Les compagnies des pays en développement mal armées pour répondre à la demande croissante d’énergie

Pour garantir une énergie propre et accessible à tous, il est crucial de disposer d’entreprises d’électricité solides, affirme la Banque mondiale dans un nouveau rapport. Cependant, seules 40 % d’entre elles sont financièrement viables dans les pays en développement. Seules 40% sont en mesure de couvrir leurs charges d’exploitation et le service de la dette, selon la Banque mondiale En effet, selon le document, qui examine les performances de plus de 180 compagnies d’électricité dans plus de 90 pays, « la majorité des compagnies d’électricité des pays en développement sont mal armées pour répondre à la demande croissante d’électricité et injecter plus d’énergie renouvelable dans les réseaux ». Seules 40 % d’entre elles sont en mesure de couvrir leurs charges d’exploitation et le service de la dette, note l’institution financière internationale. Elle estime ainsi que les faiblesses relevées dans son rapport sont de nature à compromettre « la réalisation des objectifs mondiaux de transition énergétique visant à fournir à tous une électricité propre, fiable et abordable ». Des difficultés particulièrement aiguës dans les pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur Dans son rapport intitulé «The Critical Link : Empowering Utilities for the Energy Transition » (Le lien essentiel : Donner aux compagnies d’électricité les moyens d’assurer la transition énergétique), la Banque mondiale explique que « les difficultés sont particulièrement aiguës dans les pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur, où les coûts élevés, les tarifs bas, les pertes de transport et de distribution, l’inefficacité du recouvrement et les carences de la planification entretiennent des cercles vicieux de sous-performance, qui viennent grever les budgets publics tout en privant de nombreux usagers d’un approvisionnement électrique fiable ». L’autre point abordé dans ce rapport est que ces difficultés financières et opérationnelles dissuadent également les investisseurs, empêchant de nombreuses compagnies de lever des capitaux privés à un coût abordable et freinant les investissements nécessaires à la modernisation et à la mise à niveau des réseaux électriques. Les auteurs dudit rapport préviennent, en outre, que le coup d’accélérateur en faveur de l’intégration d’un volume croissant d’énergies renouvelables intermittentes, conjugué à l’urgence de fournir de l’électricité aux quelque 700 millions de personnes qui en sont encore dépourvues, mettra encore plus à rude épreuve la viabilité financière et les capacités techniques de compagnies d’électricité déjà fragiles. Donner aux compagnies d’électricité les moyens de réussir Comme le souligne Guangzhe Chen, vice-président de la Banque mondiale pour les infrastructures, il est important de noter qu’«en leur qualité de gestionnaires des réseaux électriques, les compagnies d’électricité seront au cœur des efforts visant à décarboner les sources d’énergie et à garantir l’acheminement d’une électricité plus fiable, condition essentielle pour propulser les économies en avant, créer des emplois et améliorer les conditions de vie de millions de personnes ». Pour lui, cela montre bien que « les décideurs publics, les organismes de régulation et les bailleurs de fonds du développement doivent se mobiliser pour donner aux compagnies d’électricité les moyens de réussir, en assurant des politiques déterminées et des financements de plus long terme qui permettront de concrétiser la promesse d’une énergie propre et accessible pour tous ». De l’avis de l’institution, il incombe aux pouvoirs publics de mettre en place un environnement favorable et des règles de passation des marchés transparentes qui réduisent les risques pour les investisseurs et simplifient le développement des infrastructures. Elle estime que la viabilité des compagnies d’électricité est à ce prix. Pour leur part, les organismes de régulation doivent veiller à ce qu’elles « puissent raisonnablement recouvrer leurs coûts dans le cadre des tarifs définis et encourager les investissements dans des réseaux efficaces et résilients », estime, en outre, la Banque mondiale soutenant que même dans des pays dotés de politiques et de réglementations solides, ces compagnies doivent améliorer leurs systèmes de facturation et de comptage, et adopter de meilleures pratiques commerciales et de nouvelles technologies afin de gagner la confiance des usagers et des investisseurs. Afin de compenser le coût élevé de la transition pour les compagnies d’électricité, et compte tenu de la pénurie de financements publics, le rapport exhorte les bailleurs de fonds du développement à apporter des capitaux concessionnels et à fournir des instruments d’atténuation des risques pour les investisseurs privés. Alain Bouithy
Le Bénin peut créer des opportunités pour une transition énergétique juste et une croissance verte inclusive

Si la forte croissance de la dernière décennie a permis au Bénin de réduire la pauvreté, les gains de développement du pays se trouvent menacés par l’impact des chocs climatiques, selon les conclusions du nouveau rapport national sur le climat et le développement du pays (CCDR), publié aujourd’hui (jeudi 7 décembre, Dnr). Des actions ambitieuses sont nécessaires à la promotion d’une croissance durable et inclusive, tirant profit des opportunités pour une meilleure gestion des forêts et des terres, des infrastructures urbaines résilientes ainsi qu’une transition énergétique permettant d’atteindre l’accès universel à l’électricité. Le Bénin affiche des taux d’émissions de gaz à effet de serre parmi les plus bas au monde, cependant le pays reste l’un des plus vulnérables au changement climatique, se plaçant 152e sur 181 pays au classement de la vulnérabilité extrême au climat. Les inondations sont de plus en plus sévères et posent des défis importants face à l’insuffisance de l’approvisionnement en eau, de l’assainissement, et des systèmes de collecte des déchets. En plus de la déforestation croissante, les 125 kilomètres de littoral du pays souffrent d’une érosion côtière sévère, qui devrait empirer si rien n’est fait. « L’enjeu soulevé par le rapport est de trouver comment concilier développement et défis liés au changement climatique afin de protéger les pauvres et les plus vulnérables, » souligne Nathalie Picarelli économiste senior à la Banque mondiale et auteure principale du rapport. « Notre rapport estime qu’entre un demi-million et jusqu’à 1 million de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté d’ici 2050 si aucune mesure d’adaptation n’est prise. » La vulnérabilité du Bénin au changement climatique est due en partie à une structure économique dépendante de l’agriculture et de l’emploi informel. Cependant, il y a lieu d’être optimiste si le pays s’oriente rapidement vers un développement économique résilient, en concentrant ses investissements et ses politiques sur l’adaptation aux risques liés au changement climatique. « Le Bénin a accompli d’importants progrès dans certaines zones de son littoral pour s’attaquer à l’érosion côtière, mais il reste encore du travail à accomplir car le pays enregistre l’un des taux d’érosion côtière les plus élevés du Golfe de Guinée, » rappelle Manuela Ravina da Silva, spécialiste de l’environnement à la Banque mondiale et co-auteure du rapport. « Il est également nécessaire d’investir davantage dans les mesures d’atténuation, notamment l’énergie renouvelable, d’étendre l’accès à l’électricité pour la population et de s’attaquer à la déforestation par le biais de systèmes d’occupation des sols durables. Les objectifs de reforestations du pays doivent aussi être atteints d’ici 2030. » L’adaptation au changement climatique exige un modèle de croissance résilient. Le gouvernement et le secteur privé doivent être mieux préparés à affronter le changement climatique — le développement d’institutions et de structures de gouvernance adaptées jouera un rôle crucial. Si tous les secteurs doivent devenir plus résilients, cette transformation s’avère particulièrement urgente pour l’agriculture et l’occupation des sols, l’aménagement urbain et les infrastructures de réseau, ainsi que le développement humain (éducation, santé). « Le programme de développement du Bénin est très ambitieux. Affronter le défi du changement climatique est nécessaire pour parvenir à une croissance inclusive. Les besoins de financement sont importants et exigeront une action coordonnée, des solutions de financement innovantes et une implication soutenue du secteur privé. Le rapport CCDR constitue un appel à l’action pour toutes les parties prenantes du développement au Bénin, » conclut Nestor Coffi, responsable des opérations de la Banque mondiale au Bénin.
Hydrocarbures: la transition énergétique en débat à la 5e réunion des directeurs généraux de l’APPO

CONGO. La question de la transition énergétique a été au cœur des discussions lors de la 5ème réunion des Directeurs généraux des sociétés nationales d’hydrocarbures de l’Organisation des Producteurs de Pétrole Africains (APPO), tenue le 16 novembre 2023, à Brazzaville sous la direction de la Société Nationale des Pétroles du Congo. La transition énergétique comme solution alternative aux énergies fossiles a animé les débats au cours de la 5ème réunion des Directeurs généraux des sociétés nationales d’hydrocarbures de l’Organisation des Producteurs de Pétrole Africains (APPO). Cette réunion a permis aux membres de cette plateforme d’avoir de discussions constructives et de collaborations stratégiques dans le but d’encourager la coopération, de partager des idées et d’explorer des solutions innovantes pour relever les défis et saisir les opportunités dans le secteur de l’énergie. Cette 5ème rencontre de l’APPO a permis aux directeurs généraux des sociétés pétrolières d’Afrique et collaborateurs de se pencher sur la place des énergies fossiles dans le développement économique des pays, mais tout en répondant aux défis mondiaux de la lutte contre le changement climatique. Pour le ministre Bruno Jean Richard Itoua, Ministre des Hydrocarbures qui a ouvert les travaux, « cette réunion témoigne de l’importance du secteur des hydrocarbures pour le développement de nos nations face aux défis économique, environnemental et technologique auxquels sont confrontés nos pays ». Au cours de rencontre, les membres ont acté la création du comité d’experts des sociétés nationales d’hydrocarbures des pays membres de l’APPO qui aura pour objectif, d’assurer le suivi de la mise en œuvre des décisions prises. Ce comité se chargea également d’élaborer l’ordre du jour et le rapport de la réunion du forum des PDG de l’APPO. Le directeur général de la Société Nationale du Pétrole du Congo (SNPC), et président de la 5ème réunion, Raoul Maixent Ominga, a exprimé son optimisme sur les résultats découlant de ladite rencontre et a appelé au renforcement de la collaboration sud-sud en déclarant : « Nous sommes honorés d’accueillir cette éminente assemblée et les discussions productives qui façonneront sans aucun doute l’avenir de l’industrie de l’énergie en Afrique. Les accords signés avec la Sonatrach et SONIDEP marquent des étapes importantes dans notre engagement en faveur de la collaboration régionale et du développement durable ». Des accords de coopération signés entre les sociétés membres La réunion de Brazzaville a été une opportunité pour certaines sociétés à signer plusieurs accords importants : la SNPC et la Sonatrach (Algérie) ont signés trois protocoles d’accord dont deux portants sur la formation et l’optimisation du capital humain. Le troisième a été conclu avec la SONIDEP (Niger) et couvre des domaines clés de coopération, à savoir, l’exploration et la production et le partage des pratiques industrielles et opérationnelles.D’autres accords ont été conclus entre la Sonatrach (Algérie) et la SNH-B (Benin) ; entre la Sonatrach (Algérie) et la Cohydro (RDC) ; et enfin entre la Sonatrach (Algérie) et la GNPC (Ghana). « La signature de ces accords renforce l’engagement en faveur de la collaboration régionale et de la poursuite d’initiatives mutuellement bénéfiques et l’essor des solutions sud-sud », a déclaré un participant. Le forum des directeurs des institutions de formation Les membres se sont planchés aussi sur les résultats du tout premier forum des directeurs des institutions de formation qui s’est tenu en Algérie en juin 2023. Ce forum a pour objectif de renforcer la coopération et la collaboration des pays membres en termes de formation et de développement d’expertise en identifiant et mettant en œuvre les bonnes pratiques. Le forum inaugural a permis aux membres d’identifier les principaux défis à adresser, notamment, l’optimisation des ressources, la formation digitale, la formation spécialisée, la disparité des contenus dans les programmes de formation. Renforcer la coopération pour la transition énergétique En rapport avec la transition énergétique, le ministre des hydrocarbures du Congo, Bruno Jean Richard Itoua, a déclaré que « l’Afrique n’est pas en marge de cette transformation, elle est même au cœur de cette option ». Pour sa part, le Dr. Sultan Al Jaber, président de la COP28, envoyé spécial des Émirats Arabes Unis pour le changement climatique et ministre de l’industrie et des technologies avancées, a intervenu dans un message vidéo. Il a appelé les membres de l’APPO a renforcé la coopération accrue en matière de transition énergétique et à l’adoption de la charte du pétrole et du gaz pour la décarbonisation. Les membres de l’APPO ont discuté de l’opportunité de signer la charte, concluant sur une recommandation générale d’adhésion.A noter que la Guinée Equatoriale sous l’égide de la GEPETROL abritera la 6ème réunion des Directeurs Généraux des Sociétés Nationales d’Hydrocarbures membres de l’APPO, en septembre 2024. Quid sur l’APPO L’Organisation africaine des producteurs de pétrole (APPO) (anciennement appelée Association des producteurs africains de pétrole, APPA) a été créée le 27 janvier 1987 à Lagos, en République fédérale du Nigeria, pour servir de plateforme-forme de coopération et d’harmonisation des efforts, de collaboration, partage de connaissances et d’expertise entre les pays africains producteurs de pétrole et en utilisant les hydrocarbures comme catalyseur de la sécurité énergétique, du développement durable et de la diversification économique en Afrique. Wilfrid Lawilla D.
Transition énergétique: Le Maroc et la BERD unissent leurs forces pour accélérer la décarbonation

Dans un Mémorandum d’entente, signé à Marrakech le 11 octobre 2023, par Mme Leila Benali, Ministre de la Transition énergétique et du Développement durable et Mme Nandita Parshad, Directrice générale des Infrastructures Durables à la BERD, la Banque et le MTEDD ont convenu d’approfondir leur coopération pour aider à faire progresser la transition énergétique verte au Maroc. La coopération visera à accélérer le déploiement des énergies renouvelables, à renforcer le réseau électrique, à déployer des solutions d’efficacité énergétique dans tous les secteurs et à développer un marché de l’électricité ouvert et fonctionnel. Dans le cadre de ce Mémorandum d’entente, la BERD et le MTEDD ont convenu de soutenir l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) dans ses efforts de décarbonation et de renforcer la résilience de l’ONEE, notamment en accélérant la digitalisation de l’entreprise et à travers la mise en œuvre de la loi 48-15 relative à la régulation du marché de l’électricité. La portée de la coopération couvrira un certain nombre de domaines d’intérêt stratégique commun à long terme, notamment la mise en œuvre d’une trajectoire neutre en carbone et l’élimination progressive des actifs fossiles au cours des prochaines décennies. Le Maroc est reconnu comme étant un pays qui dispose d’une des stratégies les plus ambitieuses de la région en matière de développement des énergies renouvelables et de nouvelles technologies vertes pionnières. Depuis plus d’une décennie, la BERD soutient la décarbonation du secteur énergétique marocain et sa transition énergétique verte à travers des initiatives de financement direct et indirect et de dialogue politique, faisant aujourd’hui de la BERD l’institution financière internationale la plus active en faveur des investissements verts dans le secteur privé marocain. Madame Leila Benali, Ministre de la Transition Energétique et du Développement Durable a déclaré : « Nous sommes très heureux d’annoncer aujourd’hui ce partenariat avec notre partenaire de longue date, la BERD, qui intervient à un moment crucial de notre relation avec nos partenaires européens, avec la signature du partenariat vert par le Maroc. Cela est d’autant plus important compte tenu de l’ambitieux programme d’investissement lancé par l’ONEE et de sa transformation. Ce protocole d’accord soutiendra un élément clé de notre stratégie : renforcer les réseaux et assurer un financement durable à long terme dans des systèmes énergétiques agiles et robustes. ». Madame Nandita Parshad, Directrice Générale du Groupe Infrastructures Durables à la BERD, a déclaré : « Face à l’urgence climatique, le Maroc a été à l’avant-garde de l’effort climatique du continent et prends désormais de nouvelles mesures pour mettre le pays sur une voie durable aussi bien en matière d’adaptation et d’atténuation des effets du changement climatique ». Et d’ajouter: « Aujourd’hui, en signant ce Protocole d’Accord, nous renforçons une coopération déjà dynamique en matière de transition énergétique. Nous saluons l’engagement du Ministère en faveur de la décarbonation du secteur de l’électricité».
Economies Africaines: Macky Sall hausse le ton

SENEGAL. Le président de l’unité africaine Macky Sall a présidé, ce samedi, la conférence économique de Dakar. Dans son discours, il fait plaider les pays africains en soutenant qu’il leur faut rendre justice sur des sujets concernant la transition énergétique et les exploitations des ressources naturelles. L’Afrique est le continent le moins développé et le moins avancé de la planète. La situation économique progresse mais pose la question, dans un contexte de forte croissance de sa démographie, de sa capacité à faire face à la progression du chômage de masse et du sous-emploi. Certaines agences ont eu à faire des notations pour faire un classement de certains pays africains, ce que conteste le président de l’unité africaine, monsieur Macky Sall. A l’en croire, ces derniers n’ont pas eu l’agrément de certaines autorités africaines. C’est sur ces entrefaites qu’il a plaidé pour les pays africains de mettre en place une entité qui saura les évaluer en toute neutralité. Pour Macky Sall, » des études ont montré qu’au moins 20% des critères de notation des pays africains relèvent de facteurs plutôt subjectifs, d’ordre culturel ou linguistique, donc de facteurs sans lien avec les paramètres qui jaugent de la stabilité d’une économie ». Et de poursuivre: « Je pense qu’il faut qu’on nous rende justice sur des sujets comme la transition énergétique, sur l’exploitation des ressources naturelles de l’Afrique qui comme on l’a dit n’est pas un contributeur essentiel dans le réchauffement climatique puisqu’étant un continent sous-industrialisé ». Pour dire vrai, le continent est riche en ressources naturelles, mais celles-ci sont exportées le plus souvent non transformées via des contrats mal négociés et peu profitables aux Africains. » Les économies africaines souffrent face aux règles et normes de la gouvernance économique » a déclaré le président Macky Sall . Il pense notamment aux règles qui pénalisent l’accès des pays africains aux sources de financement du développement. « Nos économies sont à la fois, sous-financées et mal-financées. C’est quand même énorme » fait-il constater dans son discours. Mapote Gaye
Transition énergétique : la clé pour faire face à la crise mondiale de l’énergie et du climat

Les interventions à court terme pour faire face à la crise énergétique actuelle doivent s’accompagner d’une attention soutenue aux objectifs de moyen et long terme de la transition énergétique. La hausse des prix des combustibles fossiles, les préoccupations en matière de sécurité énergétique et l’urgence des changements climatiques soulignent à quel point il est pressant de se tourner au plus vite vers un système énergétique propre, selon les Perspectives pour les transitions énergétiques mondiales 2022. Publiées aujourd’hui par l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) à l’occasion du Dialogue sur la transition énergétique de Berlin, ces Perspectives définissent les domaines et les actions prioritaires qui doivent être mis en œuvre sur la base des technologies disponibles, d’ici à 2030, pour parvenir à l’objectif de zéro émission nette au milieu du siècle. Dressant également un bilan des progrès réalisés à ce jour dans toutes les utilisations de l’énergie, elles montrent clairement que le rythme et l’ampleur de la transition vers les énergies renouvelables sont insuffisants. « La transition énergétique est loin d’être sur la bonne voie, et seule la mise en œuvre d’actions radicales dans les années à venir pourra éviter de réduire, voire d’anéantir, nos chances d’atteindre les objectifs climatiques », a déclaré Francesco La Camera, Directeur général de l’IRENA. « Aujourd’hui, les gouvernements doivent relever plusieurs défis : la sécurité énergétique, la reprise économique et le coût de la facture énergétique pour les ménages et les entreprises. La réponse à ces préoccupations réside en grande partie dans l’accélération de la transition. Mais la mise en place de mesures conformes à l’Accord de Paris et au programme de développement durable relève d’un choix politique. Les investissements dans de nouvelles infrastructures de combustibles fossiles ne feront que perpétuer des pratiques économiquement insoutenables, renforcer les risques existants et accentuer les menaces liées aux changements climatiques. « Il est grand temps d’agir », a ajouté M. La Camera. « Les événements récents démontrent clairement que la hausse du prix des combustibles fossiles peut conduire à la précarité énergétique et à une perte de compétitivité industrielle. 80 % de la population mondiale vit dans des pays qui sont des importateurs nets de combustibles fossiles. Pourtant, tous les pays ont à leur disposition des énergies renouvelables qui leur offrent la possibilité de briser leur dépendance à l’égard des importations et de dissocier leur économie du coût des combustibles fossiles tout en stimulant la croissance économique et la création d’emplois ». Les Perspectives prévoient que les investissements nécessaires seront de 5 700 milliards d’USD par an jusqu’en 2030 et qu’il sera impératif de réorienter 700 milliards d’USD par an des fonds destinés aux combustibles fossiles pour éviter les actifs irrécupérables. Cela dit, investir dans la transition apporterait des avantages socio-économiques et sociaux concrets, en ajoutant 85 millions d’emplois dans les énergies renouvelables et autres technologies accompagnant la transition d’ici 2030 dans le monde entier. Ces gains dépasseraient largement les pertes de 12 millions d’emplois dans les industries liées aux combustibles fossiles. Globalement, les Perspectives indiquent que dans la plupart des pays, les bénéfices de la transition énergétique seraient supérieurs à ceux du statu quo. Les énergies renouvelables devraient augmenter massivement dans tous les secteurs, pour passer des 14 % de l’énergie totale qu’elles représentent aujourd’hui à environ 40 % en 2030. Selon les recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les ajouts annuels mondiaux d’énergies renouvelables devraient tripler d’ici à 2030. Dans le même temps, il faudrait radicalement remplacer l’électricité produite à partir du charbon, éliminer progressivement les actifs liés aux combustibles fossiles et moderniser les infrastructures. Les Perspectives considèrent l’électrification et l’efficacité comme des moteurs clés de la transition énergétique, alimentés par les énergies renouvelables, l’hydrogène et la biomasse durable. La décarbonisation des utilisations finales sera au centre des préoccupations, avec de nombreuses solutions possibles comme l’électrification, l’hydrogène vert et l’utilisation directe des énergies renouvelables. L’électromobilité est considérée comme l’un des principaux piliers du progrès de la transition énergétique qui fera augmenter les ventes de véhicules électriques (VE) jusqu’à atteindre une flotte mondiale de VE vingt fois plus importante qu’aujourd’hui. Cependant, il est nécessaire de compter sur un ensemble complet de politiques transversales et structurelles couvrant toutes les filières technologiques et les objectifs de transition équitable pour atteindre les niveaux de déploiement requis d’ici 2030. Le rehaussement des ambitions des contributions déterminées au niveau national (CDN) et des plans énergétiques nationaux dans le cadre du Pacte de Glasgow pour le climat doit apporter des certitudes et orienter les stratégies d’investissement dans le sens du scénario à 1,5 °C. En particulier, les plus grands consommateurs d’énergie et émetteurs de carbone du G20 et du G7 doivent montrer l’exemple et mettre en œuvre des plans et des investissements ambitieux au niveau national et international. Il leur faudrait contribuer à l’approvisionnement mondial de 65 % d’énergies renouvelables dans la production d’énergie d’ici à 2030. Pour garantir un monde inclusif et égalitaire, le financement, le transfert de connaissances et l’assistance en matière climatique devraient être intensifiés. Enfin, pour permettre une transition rapide qui respecte les objectifs en matière climatique et de développement, un engagement politique est nécessaire en vue de soutenir la coopération internationale au plus haut niveau. La réalisation des Objectifs de développement durable et l’accès universel à l’énergie moderne d’ici 2030 doivent rester les principaux axes d’une transition énergétique juste et inclusive. Un cadre politique global et holistique peut servir à rassembler les pays pour faciliter les flux internationaux de financement, de capacités et de technologies. IRINA