Transition énergétique : la clé pour faire face à la crise mondiale de l’énergie et du climat

Les interventions à court terme pour faire face à la crise énergétique actuelle doivent s’accompagner d’une attention soutenue aux objectifs de moyen et long terme de la transition énergétique. La hausse des prix des combustibles fossiles, les préoccupations en matière de sécurité énergétique et l’urgence des changements climatiques soulignent à quel point il est pressant de se tourner au plus vite vers un système énergétique propre, selon les Perspectives pour les transitions énergétiques mondiales 2022. Publiées aujourd’hui par l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) à l’occasion du Dialogue sur la transition énergétique de Berlin, ces Perspectives définissent les domaines et les actions prioritaires qui doivent être mis en œuvre sur la base des technologies disponibles, d’ici à 2030, pour parvenir à l’objectif de zéro émission nette au milieu du siècle. Dressant également un bilan des progrès réalisés à ce jour dans toutes les utilisations de l’énergie, elles montrent clairement que le rythme et l’ampleur de la transition vers les énergies renouvelables sont insuffisants. « La transition énergétique est loin d’être sur la bonne voie, et seule la mise en œuvre d’actions radicales dans les années à venir pourra éviter de réduire, voire d’anéantir, nos chances d’atteindre les objectifs climatiques », a déclaré Francesco La Camera, Directeur général de l’IRENA. « Aujourd’hui, les gouvernements doivent relever plusieurs défis : la sécurité énergétique, la reprise économique et le coût de la facture énergétique pour les ménages et les entreprises. La réponse à ces préoccupations réside en grande partie dans l’accélération de la transition. Mais la mise en place de mesures conformes à l’Accord de Paris et au programme de développement durable relève d’un choix politique. Les investissements dans de nouvelles infrastructures de combustibles fossiles ne feront que perpétuer des pratiques économiquement insoutenables, renforcer les risques existants et accentuer les menaces liées aux changements climatiques. « Il est grand temps d’agir », a ajouté M. La Camera. « Les événements récents démontrent clairement que la hausse du prix des combustibles fossiles peut conduire à la précarité énergétique et à une perte de compétitivité industrielle. 80 % de la population mondiale vit dans des pays qui sont des importateurs nets de combustibles fossiles. Pourtant, tous les pays ont à leur disposition des énergies renouvelables qui leur offrent la possibilité de briser leur dépendance à l’égard des importations et de dissocier leur économie du coût des combustibles fossiles tout en stimulant la croissance économique et la création d’emplois ». Les Perspectives prévoient que les investissements nécessaires seront de 5 700 milliards d’USD par an jusqu’en 2030 et qu’il sera impératif de réorienter 700 milliards d’USD par an des fonds destinés aux combustibles fossiles pour éviter les actifs irrécupérables. Cela dit, investir dans la transition apporterait des avantages socio-économiques et sociaux concrets, en ajoutant 85 millions d’emplois dans les énergies renouvelables et autres technologies accompagnant la transition d’ici 2030 dans le monde entier. Ces gains dépasseraient largement les pertes de 12 millions d’emplois dans les industries liées aux combustibles fossiles. Globalement, les Perspectives indiquent que dans la plupart des pays, les bénéfices de la transition énergétique seraient supérieurs à ceux du statu quo. Les énergies renouvelables devraient augmenter massivement dans tous les secteurs, pour passer des 14 % de l’énergie totale qu’elles représentent aujourd’hui à environ 40 % en 2030. Selon les recommandations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les ajouts annuels mondiaux d’énergies renouvelables devraient tripler d’ici à 2030. Dans le même temps, il faudrait radicalement remplacer l’électricité produite à partir du charbon, éliminer progressivement les actifs liés aux combustibles fossiles et moderniser les infrastructures. Les Perspectives considèrent l’électrification et l’efficacité comme des moteurs clés de la transition énergétique, alimentés par les énergies renouvelables, l’hydrogène et la biomasse durable. La décarbonisation des utilisations finales sera au centre des préoccupations, avec de nombreuses solutions possibles comme l’électrification, l’hydrogène vert et l’utilisation directe des énergies renouvelables. L’électromobilité est considérée comme l’un des principaux piliers du progrès de la transition énergétique qui fera augmenter les ventes de véhicules électriques (VE) jusqu’à atteindre une flotte mondiale de VE vingt fois plus importante qu’aujourd’hui. Cependant, il est nécessaire de compter sur un ensemble complet de politiques transversales et structurelles couvrant toutes les filières technologiques et les objectifs de transition équitable pour atteindre les niveaux de déploiement requis d’ici 2030. Le rehaussement des ambitions des contributions déterminées au niveau national (CDN) et des plans énergétiques nationaux dans le cadre du Pacte de Glasgow pour le climat doit apporter des certitudes et orienter les stratégies d’investissement dans le sens du scénario à 1,5 °C. En particulier, les plus grands consommateurs d’énergie et émetteurs de carbone du G20 et du G7 doivent montrer l’exemple et mettre en œuvre des plans et des investissements ambitieux au niveau national et international. Il leur faudrait contribuer à l’approvisionnement mondial de 65 % d’énergies renouvelables dans la production d’énergie d’ici à 2030. Pour garantir un monde inclusif et égalitaire, le financement, le transfert de connaissances et l’assistance en matière climatique devraient être intensifiés. Enfin, pour permettre une transition rapide qui respecte les objectifs en matière climatique et de développement, un engagement politique est nécessaire en vue de soutenir la coopération internationale au plus haut niveau. La réalisation des Objectifs de développement durable et l’accès universel à l’énergie moderne d’ici 2030 doivent rester les principaux axes d’une transition énergétique juste et inclusive. Un cadre politique global et holistique peut servir à rassembler les pays pour faciliter les flux internationaux de financement, de capacités et de technologies. IRINA
Etat d’urgence énergétique : Une campagne de vulgarisation et de sensibilisation à la transition énergétique au Maroc

A l’occasion de la journée mondiale de l’énergie, célébrée le 22 octobre de chaque année, et dans le cadre de ses missions d’éducation civique, la Fondation Heinrich Böll lance une campagne de vulgarisation et de sensibilisation à la question de l’énergie et la transition énergétique sur le thème ‘Etat d’urgence énergétique’. La campagne inclut 7 capsules, dont la publication sera étalée sur un an. Les trois premières capsules concernent l’énergie de manière générale (sources, usages et transition énergétique) et les quatre autres abordent de manière plus élaborée la question de l’énergie au Maroc. D’une durée de deux minutes chaque capsule, en langue darija, essentiellement véhiculés via les réseaux sociaux, cette série de vidéos a pour but de vulgariser les concepts de base relatif à la thématique de l’énergie en général. Elle vise à expliquer de manière simplifiée et accessible le fonctionnement du secteur de l’énergie au Maroc afin de permettre aux citoyens de saisir l’enjeu de la transition énergétique et de contribuer de manière plus réactive et effective à initier un débat social et citoyen sur la thématique de l’énergie au Maroc. La production de ces capsules s’inscrit donc dans une double volonté de la Fondation, d’abord celle, dans un premier temps, de vulgariser une thématique qui reste encore peu comprise à la fois dans ses composantes que dans ses enjeux, mais également de sensibiliser les citoyens quant à leur rôle dans le processus de transition énergétique. Et c’est précisément l’objectif de la Journée internationale de l’énergie qui vise à nous rappeler à tous l’importance de l’énergie dans notre vie au quotidien et combien il est important, pour l’avenir de nos sociétés, d’assurer une transition réussie vers une production d’énergie plus résiliente et durable. Pour suivre cette campagne de sensibilisation, il est recommandé de consulter les réseaux sociaux de la Fondation Heinrich Böll Rabat : Facebook, Instagram, Youtube et Twitter. Il convient de rappeler que Heinrich-Böll-Stiftung est une fondation Allemande à but non-lucratif affiliée au parti vert qui a pour mission l’éducation civique et politique en Allemagne et ailleurs. Le siège de la fondation est basé à Berlin, et il existe plus de 30 bureaux internationaux à travers le monde. À l’instar de l’écrivain et lauréat du prix Nobel Heinrich Böll, la fondation promeut un développement démocratique et durable, et défend les valeurs des droits humains, de l’égalité entre hommes et femmes et une vision globale de la protection de l’environnement. Le bureau de la Fondation à Rabat a ouvert en 2014. Les trois principaux domaines de travail au Maroc sont: 1) l’écologie et le développement durable, 2) la démocratie et les droits humains, et 3) la migration et la mobilité.
Création d’un fonds mondial pour une exploitation minière adaptée à l’action climatique

En appui à la transition énergétique, la Banque mondiale (BM) a annoncé récemment la création d’un fonds mondial destiné à financer une exploitation minière adaptée à l’action climatique et durable. La création de ce mécanisme procède directement d’un rapport de la Banque mondiale, intitulé «The Growing Role of Minerals and Metals for a Low-Carbon Future», qui concluait qu’un avenir décarboné serait beaucoup plus vorace en minéraux qu’anticipé dans un scénario de maintien du statu quo, a indiqué l’institution de Breton Woods. Aussi, si l’évolution de la demande de minéraux et de métaux, notamment lithium, graphite et nickel, ouvre de réelles perspectives pour les pays en développement riches en ressources, la BM soutient qu’elle s’accompagne aussi de nouveaux défis. C’est ainsi qu’elle a estimé que «sans pratiques d’extraction respectueuses du climat, les effets négatifs de cette activité iront croissant, au détriment des communautés vulnérables et de l’environnement». D’un montant de 50 millions de dollars couvrant une période de cinq ans, ce fonds privilégiera les activités s’articulant autour de quatre axes centraux : atténuation du changement climatique ; adaptation au changement climatique; réduction des conséquences matérielles et création de débouchés pour contribuer à la décarbonisation et la réduction des impacts tout au long de la chaîne de valeur des minéraux. Selon la Banque, les projets éligibles devront soutenir l’intégration des énergies renouvelables dans les opérations minières; favoriser l’utilisation stratégique des données géologiques afin de repérer les sites associés aux «minerais stratégiques» ; pratiquer une exploitation minière respectueuse des forêts et recycler les minéraux. Comme l’a indiqué Riccardo Puliti, directeur principal et chef du pôle Energie et industries extractives à la Banque mondiale, l’institution bancaire internationale «soutient une transition décarbonée dès lors que l’activité minière respecte le climat et s’appuie sur des filières durables et propres. Ainsi, le fonds contribuera à introduire des pratiques durables d’extraction et de transformation des minéraux et des métaux entrant dans les technologies utilisées pour les énergies propres, comme l’éolien, le solaire ou les batteries destinées au stockage d’énergie et aux véhicules électriques, a-t-elle expliqué. Dans un communiqué publié sur son site web, la Banque internationale a ajouté que le nouveau mécanisme s’attachera à aider les pays en développement riches en ressources à profiter pleinement d’une hausse de la demande de produits miniers tout en veillant à ce que la gestion du secteur de l’extraction minimise l’empreinte environnementale et climatique. Concrètement, «le fonds fiduciaire multidonateurs va accompagner les pays en développement et les économies émergentes pour la mise en œuvre de stratégies et de pratiques durables et responsables dans l’ensemble de la filière», souligne-t-elle précisant que le gouvernement allemand et les entreprises privées Rio Tinto et Anglo American font partie de ses partenaires. Il est aussi question d’aider, par ailleurs, « les gouvernements à installer un cadre politique, réglementaire et juridique solide pour promouvoir une exploitation minière adaptée à l’action climatique et créer les conditions propices à des investissements privés », précise-t-on. Pour Riccardo Puliti, il ne fait aucun doute que «les pays en développement ont un rôle décisif à jouer dans cette transition, en exploitant les minéraux stratégiques sans nuire aux communautés, aux écosystèmes ni à l’environnement». Ainsi, grâce à ce fonds, «les pays dotés de minéraux stratégiques disposent ainsi d’une occasion idéale pour profiter de la transition mondiale vers les énergies propres », a-t-il soutenu. Alain Bouithy
Conséquences géopolitiques de la transition énergétique induite par les énergies renouvelables

Les leaders politiques et les chefs d’entreprise du monde entier ont décrit les importants enjeux géopolitiques liés à la transformation énergétique induite par le développement rapide des énergies renouvelables. La Commission mondiale chargée d’examiner la géopolitique de la transformation de l’énergie a indiqué dans un nouveau rapport présenté récemment, lors de l’Assemblée de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), que les conséquences géopolitiques et socio-économiques associées à l’ère des nouvelles énergies pourraient être aussi profondes que celles engendrées il y a deux siècles par le passage de la biomasse aux énergies fossiles. Nous pourrions notamment assister à des changements dans la position relative des États, à l’émergence de nouveaux leaders énergétiques et à une diversification des acteurs dans le secteur de l’énergie, à une modification des équilibres commerciaux et à l’émergence de nouvelles alliances, a relevé ledit rapport. Le rapport de la Commission «Un monde nouveau» laisse entendre que la transformation énergétique influera sur la manière dont les États gèrent actuellement les énergies. À l’inverse des énergies fossiles, les énergies renouvelables sont disponibles sous une forme ou une autre dans la plupart des zones géographiques. Selon la Commission, cette abondance permettra de renforcer la sécurité énergétique et de favoriser une plus grande indépendance énergétique dans la plupart des États. Parallèlement, au fur et à mesure que les pays exploiteront les énergies renouvelables et intégreront leurs réseaux électriques à ceux des pays voisins, de nouveaux rapports d’interdépendance et de modèles commerciaux émergeront. Dans un communiqué, la Commission a indiqué que la présente analyse démontre que les conflits liés au pétrole et au gaz diminueront, tout comme l’importance stratégique de certains points chauds maritimes. D’après elle, la transformation énergétique donnera également naissance à de nouveaux leaders énergétiques et les importants investissements consentis dans les technologies d’exploitation des énergies renouvelables accroîtront l’influence de certains pays. La Chine, par exemple, actuellement en tête de la course aux énergies propres, a amélioré sa position géopolitique en devenant le plus important producteur, exportateur et installateur de panneaux solaires, d’éoliennes, de batteries et de véhicules électriques au monde. Les exportateurs d’énergies fossiles pourraient assister à une diminution de leur rayonnement et de leur influence à l’échelle mondiale, sauf s’ils adaptent leur économie à l’aune des nouvelles énergies. Ainsi que l’a déclaré le président de la Commission, Olafur Grimsson, ancien président de l’Islande, «le présent rapport constitue la première analyse détaillée consacrée aux conséquences géopolitiques de la transition énergétique induite par les énergies renouvelables. Ce rapport représente une étape importante visant à améliorer notre compréhension du problème». «La révolution des énergies renouvelables permet de renforcer le leadership mondial de la Chine, de réduire l’influence des exportateurs d’énergies fossiles et d’apporter l’indépendance énergétique à nombre de pays dans le monde entier», a-t-il soutenu assurant qu’un avenir géopolitique fascinant s’annonce pour certains pays d’Asie, d’Afrique, d’Europe et des Amériques. Et d’ajouter: « la transformation énergétique entraîne d’importants changements dans la répartition du pouvoir.» Pour sa part, Adnan Z. Amin, directeur général de l’, a affirmé: «la transformation de l’énergie mondiale induite par les énergies renouvelables peut permettre de réduire les tensions géopolitiques actuelles liées à l’énergie, et elle favorisera la coopération entre les États ». A l’entendre, « cette transformation peut également permettre de réduire les enjeux sociaux, économiques et environnementaux qui figurent généralement parmi les principales causes d’instabilité et de conflit géopolitique». «De manière générale, la transformation de l’énergie mondiale présente à la fois des opportunités et des défis», poursuit-il. Et d’ajouter que «les avantages l’emporteront sur les inconvénients mais seulement à la condition que des mesures et stratégies adéquates soient mises en place. Il est essentiel que les leaders et les responsables politiques anticipent ces changements et qu’ils soient capables de gérer et de naviguer dans le nouvel environnement géopolitique.» D’après la Commission, les pays qui dépendent fortement des importations d’énergies fossiles pourraient grandement améliorer leur balance commerciale et réduire les risques associés à la fragilité des voies d’approvisionnement énergétique et à la volatilité des prix du carburant en augmentant la part des énergies renouvelables sur leur marché national. Comme l’énergie est au cœur du développement humain, les énergies renouvelables peuvent permettre d’assurer un accès universel à l’énergie, de créer des emplois, d’alimenter une croissance économique durable, d’améliorer la sécurité alimentaire et de l’eau, et d’accroître la durabilité, la résistance au changement climatique et l’équité. Précisons que le présent rapport a été présenté par la Commission lors de la neuvième assemblée de l’IRENA, en présence de ministres et de responsables politiques de haut rang issus de plus de 150 pays. Avec IRENA
Première Journée maroco-allemande de l’énergie: réussir la transition énergétique ensemble

« La transition énergétique est à la fois une obligation et une opportunité pour notre développement économique et durable, respectueux de l’environnement et de la population », tel a été le constat du Ministre de l’Energie, des Mines et du Développement durable, Aziz Rabbah. A noter qu’en raison de son déplacement en Afrique, il a été représenté par Nezha El Ouafi, Secrétaire d’Etat chargée du Développement durable, qui a présidé, avec l’Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne Götz Schmidt-Bremme, la première Journée Maroco-Allemande de l’Energie, tenue le 28 septembre à Rabat. « Nos objectifs en énergies durables, efficacité énergétique et notre grand engagement dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre font de nous un des pays les plus ambitieux en Afrique, comme l’Allemagne en Europe. C’est ce qui rend nécessaire ce Partenariat Energétique. Cette journée a permis aux acteurs publics et privés des deux pays d’échanger sur les éléments clés, les leviers politiques et les effets économiques d’une telle transition », ajoute le Ministre. L’Ambassadeur allemand, de son côté, a qualifié le Maroc de « leader de la transition énergétique en Afrique et partenaire stratégique pour l’Allemagne pour démontrer, à l’échelle internationale, la faisabilité et les grands avantages de la transition énergétique pour les sociétés, les économies et le climat de nos pays ». Les trois panels thématiques ont approfondi les questions clés d’une transition énergétique : Comment la planifier sur le long terme, comment répondre aux défis de la transition en faisant bénéficier l’économie nationale, et comment faire de la transition énergétique un projet de la société dans son ensemble ? Les intervenants représentant les ministères de l’énergie des deux pays, les opérateurs du secteur ainsi que des agences internationales, des think tanks, des représentants de l’industrie et de la société civile, se sont accordés autour de quatre piliers pour réussir la transition énergétique : l’efficacité énergétique, le remplacement des sources d’énergies fossiles par des sources principalement renouvelables, l’introduction de la flexibilité dans le système électrique, ainsi que l’intégration des secteurs de l’industrie, du bâtiment et du transport à travers notamment leur électrification. « L’articulation de ces éléments dans une vision à long terme est indispensable pour créer des conditions stables pour les investissements à venir », insiste Martin Schöpe, Chef de division de la coopération internationale en matière de politique Energétique au sein du ministère allemand de l’Energie. Selon Abderrahim El Hafidi, Secrétaire Général du Ministère de l’Energie, des Mines et du Développement Durable, « le Maroc a déjà avancé à pas de géant dans la transition énergétique avec ses objectifs ambitieux pour 2030, et a engagé la réflexion sur la période post-2030 ». Cette réflexion s’opère avec l’appui de la coopération technique allemande GIZ dans le cadre du Partenariat Energétique. « Le but est de définir, sur la base de scénarios énergétiques, les trajectoires possibles pour l’évolution du mix énergétique marocain à l’horizon 2050. Afin de renforcer le Ministère à ce sujet un « Centre d’Analyse et de Prospective Energétique » sera créé en son sein avec le soutien de la partie allemande ». En avril 2016, le Maroc et l’Allemagne s’étaient mis d’accord pour « œuvrer ensemble vers un avenir durable et essentiellement renouvelable à l’horizon 2050 ». Quant aux effets économiques de la transition énergétique, les intervenants des deux pays se sont accordés sur l’importance d’introduire de la flexibilité dans le système électrique pour faire face à la variabilité des sources d’énergies renouvelables. Ils ont aussi hissé les bénéfices escomptés comme l’indépendance accrue vis-à-vis des énergies fossiles et une meilleure compétitivité de l’industrie nationale. Autre effet positif : la création d’emplois. « En Allemagne, l’industrie des énergies renouvelables emploie aujourd’hui 370.000 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 19 milliards d’Euro. », explique Johanna Cludius, du think tank Öko-Institut qui a participé à la Journée. « Nous estimons qu’avec la continuation de la transition énergétique et l’atteinte des objectifs climatiques, 500.000 emplois additionnels seront créés d’ici 2050 et le PIB augmentera de 4,4% ». Au Maroc, l’ouverture prévue le 11 octobre 2017 de l’usine de pales de Siemens Gamesa Renewable Energy à Tanger qui créera 700 emplois directs, démontre le potentiel économique du renouvelable. Mais ce sont aussi les nombreuses petites installations qui stimulent la création d’emplois : « En Allemagne, à peu près 50% des unités d’énergie verte appartiennent aux citoyens. Nous estimons qu’au Maroc, environ 11.000 emplois pourront être créés dans le segment résidentiel à horizon 2030, grâce à la prochaine ouverture du réseau basse tension et l’introduction de petites installations photovoltaïques » explique Christoph Urbschat, Directeur général du cabinet ECLAREON, qui a réalisé l’étude respective pour le compte de la Coopération allemande GIZ. En effet, la transition énergétique se joue à toutes les échelles, et c’est ce qui a été mis en avant, des grands projets à ceux réalisés au niveau local. Mohamed Sefiani, Président de la commune Chefchaouen, a présenté ses projets réalisés lors de la Journée : « Nous nous engageons depuis plusieurs années à faire de notre commune une commune phare de la transition énergétique. Pour ce faire, nous collaborons avec des villes allemandes ». Chefchaouen a équipé la piscine municipale et la bibliothèque avec des panneaux photovoltaïque, a introduit des lampes à basse consommation pour l’éclairage publique, et teste actuellement de nouveaux concepts de mobilité électrique. « Pour faire avancer ces projets, nous devons impliquer nos citoyens à travers la sensibilisation et leur participation dans la prise de décisions », juge-t-il. La Journée, organisée par le Secrétariat du Partenariat Energétique Maroco-Allemand PAREMA, sous la tutelle du Ministère de l’Energie, des Mines et du Développement durable (MEMDD) et du Ministère fédéral de l’Economie et de l’Energie de la République fédérale d’Allemagne (BMWi), a accueilli plus de 350 représentants marocains et allemands. Les organisateurs annoncent qu’ils feront de cette première expérience réussie un événement annuel, afin de mettre le point sur les avancées et continuer, ensemble, à faire progresser la transition énergétique globale. Avec CP
Les défis de la transition énergétique au Maroc

«La question écologique n’est pas le seul enjeu de la transition énergétique; les questions économiques et celles liées à la sécurité d’approvisionnement, dans un contexte de hausse prévue de la consommation, sont également importantes», a souligné le Centre marocain de conjoncture (CMC) dans sa dernière publication mensuelle «Maroc Conjoncture» n° 283. Dans ce spécial, consacré à l’environnement et au changement climatique, le CMC estime qu’il va falloir cependant maîtriser plusieurs défis d’ordre technique, économique et social pour réussir la transition énergique. D’autant plus qu’aujourd’hui, la fourniture d’énergie repose essentiellement sur les combustibles fossiles qui représentent un peu plus de 80% de l’énergie primaire consommée dans le monde et font subir une pression croissante sur l’environnement. A noter que la demande en énergie au Maroc croît au rythme de 6 à 8% par an. Cette hausse serait essentiellement attribuable au développement socio-économique et à la généralisation de l’électrification rurale qui dépasse actuellement 99,2%, explique le CMC. Le CMC rappelle, par ailleurs, que le pays reste faiblement pourvu en ressources énergétiques primaires et est très fortement dépendant des importations d’énergie qui représentaient 96% de sa consommation énergétique en 2012 (charbon, pétrole et produits pétroliers des marchés mondiaux, gaz d’Algérie et électricité importée). Selon les analystes du CMC, la facture énergétique a enregistré un taux de croissance annuel de 18,8% en moyenne depuis 2002, atteignant 107 milliards de dirhams en 2012. Par ailleurs, « la part des produits énergétiques dans les importations a atteint son niveau maximal en 2012 (27,6%) reflétant essentiellement la hausse des prix des produits énergétiques et l’accroissement de la demande », indiquent-ils. Dans ce contexte, le CMC note que les sources renouvelables sont devenues des éléments indispensables à la réussite de cette transition énergétique et «doivent être accompagnées de décisions politiques». D’autant qu’en plus de proposer une solution efficace en faveur de l’environnement, «elles permettent de faire des économies sur les importations d’énergie, de dépenser les fonds à l’intérieur de l’économie nationale plutôt que pour l’importation de combustibles étrangers, générant des retombées économiques et sociales favorables», note-t-il. Pour rappel, c’est dans ce même contexte que le Maroc s’est doté d’une stratégie énergétique ambitieuse faisant la part belle aux énergies renouvelables. Lancée en 2009, celle-ci entend porter « la contribution des énergies renouvelables dans la production électrique à 42% à l’horizon 2020, dont 14% provenant du solaire, 14% de l’éolien et 14% de l’hydraulique, et 52% en 2030 », précise le CMC. Des orientations énoncées dans cette stratégie, il ressort que « l’éolien qui pesait 10% en 2015 représentera 15% en 2020 et 20% en 2030. Pour ce qui est du solaire qui détient une part de 2% en 2015, il devra passer à 14% en 2020, puis 20% en 2030. La part de l’énergie hydroélectrique, quant à elle, s’inscrira en baisse passant de 22% en 2015, à 12% en 2030 », souligne la publication. Notons que l’investissement global dans le secteur énergétique entre 2016 et 2030 est estimé à 40 milliards de dollars dont 30 milliards pour les projets de production électrique de sources renouvelables. Et qu’un nouveau dispositif juridique accompagne cette stratégie : la loi n° 13-09 sur les énergies renouvelables libéralise la production d’électricité à partir des sources renouvelables qui n’est plus le monopole de l’ONEE; la loi N°58-15 ouvre aux producteurs d’électricité produite à partir de sources d’énergies renouvelables la possibilité de raccordement aux réseaux électriques urbains et ruraux de basse tension alors que la loi N° 48-15 institue un régulateur national de l’électricité. Evoquant la question de l’énergie solaire, le CMC indique que « le Maroc se caractérise par un niveau de solarisation de plus de 2300kwh/m2/an, ce qui représente 30% de plus que les meilleurs sites d’Europe et rend le pays particulièrement propice à la production d’énergie solaire ». Pour rappel, la stratégie solaire marocaine vise à atteindre une capacité de 2000MW en 2020 grâce au développement d’équipements thermiques CSP et photovoltaïques dans cinq zones différentes couvrant une totalité de 10.000 ha. A terme, souligne le CMC, ces installations auront une production de 4500GWh (18% de la production nationale actuelle). Sur les défis à relever, le CMC observe que l’architecture institutionnelle adoptée au Maroc demeure très concentrée, ce qui lui a valu les critiques de plusieurs acteurs qui réclament une décentralisation des compétences énergétiques pour reproduire le succès allemand. Plus ouvert, le modèle allemand inclut plus facilement les initiatives participatives et renforce la participation des communautés et des villes. Qu’à cela ne tienne, le CMC assure que le potentiel de création d’emplois de l’économie verte est énorme.