Les transformations structurelles n’ont pas atteint le niveau escompté (Maroc)

Les transformations structurelles n’ont pas atteint le niveau escompté (Maroc)

C’est un fait désormais établi et qu’il va falloir prendre en compte dans l’élaboration des politiques publiques et des stratégies de développement à venir : les transformations structurelles réalisées ces dix années tardent à produire leurs effets. Déployées au niveau sectoriel depuis le début de cette décennie, « elles n’ont pas encore atteint le niveau escompté », a estimé le directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et, par ailleurs, président de CDG Invest, Abdellatif Zaghnoun. « Dans sa quête d’émergence, le Maroc s’est engagé dans une large et profonde réflexion qui a pour objectif de mettre en œuvre la vision d’un Maroc inclusif, intégré, émergent et prospère », a-t-il rappelé lors d’une conférence tenue vendredi 24 janvier dernier à Rabat et animée par des experts et décideurs aussi bien marocains qu’étrangers. C’est ainsi que, depuis le début de la décennie 2000 et sous la conduite de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le pays « a initié et poursuivi la mise en œuvre de chantiers de réformes structurelles et volontaristes », a-t-il relevé.Ces réformes « visent à moderniser les secteurs traditionnels notamment, agricole et touristique tout en encourageant l’essor des nouvelles filières exportatrices telles que l’automobile, l’aéronautique ou encore l’offshoring », a-t-il fait savoir lors de cette rencontre qui traitait des enjeux de la transformation structurelle de l’économie marocaine. Cependant, a constaté le patron du groupe CDG, s’il est aujourd’hui admis que les chantiers de réforme et les stratégies sectorielles initiées au cours de cette décennie ont permis au Maroc de réaliser de réels progrès économiques et sociaux, tout porte à croire qu’«ils ne lui ont pas encore permis de converger vers les meilleures économies à revenu intermédiaire, en termes de niveaux de vie » alors que l’effort d’investissement est l’un des plus élevé du monde, avec un FBCF supérieur à 30%. Citant des données statistiques du ministère de l’Economie, des Finances, de la Réformes de l’administration datant de 2018, le DG de la CDG a noté que « la composition du Produit intérieur brut est demeurée marquée par l’importante domination du secteur des services à 57%, suivie du secteur industriel à près de 29% et enfin du secteur agricole à 14% ». Après analyse, il apparait que « le secteur tertiaire a connu une croissance supérieure à celle du secteur industriel » durant cette même période et que sa contribution au PIB est ressortie en moyenne « près de deux fois et demi supérieure à celle du secteur industriel ». Pour Abdellatif Zaghnoun, tout semble indiquer que la transformation structurelle de l’économie marocaine tend à « contourner » le secteur secondaire en passant d’une économie à prédominance agricole vers une économie de services. Selon lui, « c’est un schéma de changement structurel différent de celui, souvent cité en modèle, de la transformation impulsée par le secteur manufacturier rencontré en Asie du Sud-Est ». Ainsi, a-t-il fait remarquer, des transformations au niveau du tissu industriel marocain s’opèrent, donnant lieu à des rythmes d’évolution différenciés qui se distinguent par un repli de la part des secteurs traditionnels en faveur des nouveaux métiers mondiaux, à plus fort potentiel de création de valeur. Pour lui, il ne fait aucun doute que « cette nouvelle configuration a ouvert de grandes opportunités en matière d’insertion dans les chaînes de valeur mondiales et lui a permis de consolider ses exportations hors phosphates».L’occasion pour le directeur général de rappeler la forte contribution de son Groupe à la régénération du tissu industriel marocain à travers l’innovation et la créativité. Abdellatif Zaghnoun fait notamment allusion à l’initiative de la CDG « 212 Founders dédiée à l’accompagnement des start-up innovantes, ou à travers l’encouragement des entreprises marocaines, notamment les PME, à intégrer l’écosystème industriel national, ou encore à travers un engagement auprès d’entreprises ou d’industriels internationaux – à l’instar de ce qu’on a fait avec Renault à Tanger et Peugeot à Kénitra ». Quoi qu’il en soit, un débat a été engagé au Maroc sur l’efficience de son effort d’investissement et sur le faible effet d’entrainement du secteur privé sur l’économie, après avoir noté ces dernières années « la décélération des performances en matière de croissance et son faible contenu en emplois ». Qu’importe, selon lui, l’économie peine à « amorcer des changements structurels de grande ampleur qui soient à même de générer des gains de productivité et d’enclencher, de manière irréversible, le processus de convergence économique ». Cette réalité exige « d’entamer une véritable transformation structurelle de notre économie afin d’augmenter son taux de croissance en droite ligne avec les objectifs d’émergence et de convergence et d’améliorer la qualité de cette croissance en termes d’inclusion et de durabilité ». Ceci d’autant plus qu’en dépit de son important potentiel en matière de diversification productive et de transformation structurelle de ses activités économiques, « le Maroc n’est pas encore arrivé à en tirer le meilleur parti en termes de maximisation de d’utilisation des facteurs de production », a-t-il soutenu. Si les liens entre l’effort d’investissement et les gains de productivité paraissent on ne peut plus faibles aux yeux des institutions internationales, les opinions se rejoignent pour dire que « l’accélération du processus de convergence nécessite une réelle dynamique d’accroissement de la productivité et de transformations structurelles », a-t-il dit. Aussi, malgré les perturbations de l’environnement international, le DG de la CDG s’est réjoui du fait que « l’économie marocaine fait preuve de résilience en continuant à progresser ». Il a cependant déploré que cela se fasse « sans atteindre le niveau souhaité ou prévu », craignant que le modèle de développement actuel s’essouffle sans « un accroissement sensible du rendement de l’investissement et de la productivité ». A noter que cette conférence, organisée à l’initiative de l’Institut CDG, visait à « comprendre les incohérences qui résident entre l’intensité capitalistique, caractéristique majeure de l’économie marocaine et la faiblesse des gains de productivité et des créations d’emplois », a indiqué le DG de ladite Caisse. Elle visait également à mesurer la soutenabilité d’un développement fondé sur les

CNUCED et FAO appellent à poursuivre les transformations structurelles des PVD

CNUCED et FAO appellent à poursuivre les transformations structurelles des PVD

Les pays en développement tributaires des produits de base doivent davantage diversifier leur économie, selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). A moins de changer certaines politiques, ils devraient accuser un certain retard par rapport aux pays affichant des économies plus diversifiées, ont prévenu la CNUCED et la FAO. S’ils ne confirment pas leur engagement de changer d’orientation, les pays dépendants des produits de base « risquent, d’ici à 2030, d’être distancés sur le plan économique et social par des pays dont l’économie est plus diversifiée », a soutenu le rapport sur « Les produits de base et le développement 2017 ». Selon les recommandations de ce document, il est impératif que les pays en développement tributaires des produits de base poursuivent leur transformation structurelle en vue d’améliorer leurs perspectives sociales et économiques, de réduire la pauvreté, d’assurer la sécurité alimentaire et d’atteindre l’ensemble des ODD. En effet, « la transformation structurelle devrait conduire à la bonne mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, dont les Objectifs de développement durable (ODD) sont l’élément fondamental », a estimé la FAO. A noter qu’en appui à celles-ci, le rapport a examiné les politiques menées par plusieurs pays et leurs effets socio-économiques respectifs. Les études de cas a porté sur divers produits de base et leurs pays producteurs, notamment « le soja en Argentine et au Brésil, le riz au Bangladesh, les diamants au Botswana et en Sierra Leone, le coton au Burkina Faso, le café et les bananes au Costa Rica, le cacao au Ghana, le nickel en Indonésie, le sorgho au Mali, le pétrole au Nigeria et le cuivre en Zambie », précise-t-on sur le site web de la FAO. Dans une note relative à ce document, la FAO a rappelé que l’envolée des prix des produits de base enregistrée entre 2003 et 2011 a tiré vers le haut les recettes d’exportation et, de manière générale, le taux de croissance économique de nombreux pays en développement tributaires des produits de base. Elle a toutefois fait remarquer que cette tendance « s’est soit ralentie soit inversée depuis que les prix mondiaux se sont stabilisés à un niveau inférieur ». «La nécessité d’investir dans le capital humain et la protection sociale et d’adopter des politiques de redistribution a ainsi été mise en lumière, sachant qu’une forte croissance économique mondiale à elle seule ne se traduit pas nécessairement par une réduction de la pauvreté et des progrès en matière de sécurité alimentaire », a-t-elle poursuivi. En ce qui concerne les mesures à même de favoriser une croissance inclusive ces quinze prochaines années, le rapport recommande la diversification économique, le développement des liens entre le secteur des produits de base et le reste de l’économie. Le rapport prône aussi « l’adoption de politiques de dépenses anticycliques visant à mettre en place des fonds de stabilisation des recettes tirées des produits de base dans les phases d’envolée des prix en vue de les utiliser dans les phases de contraction, la création de valeur ajoutée dans le secteur des produits de base et la réalisation d’investissements dans la protection sociale, la santé et l’éducation ». Par ailleurs, la CNUCED et la FAO ont estimé que ces pays auront besoin « d’une marge d’action plus large pour trouver la bonne combinaison de mesures qui soit adaptée à leur situation économique et favorise leur développement économique durable dans un contexte de mondialisation croissante ».