
Le Réseau des Médias Africains pour la Promotion de la Santé et de l’Environnement (REMAPSEN) a tenu, le 4 juin 2026, un webinaire sous le thème : « Nouvelle géopolitique sanitaire et mondiale, quels enjeux pour l’Afrique ».
Destiné à renforcer les connaissances des journalistes membres du réseau, cet événement a bénéficié des interventions de Mme Stéphanie Tchiombiano (Maîtresse de conférences associée au Département de Science Politique de l’Université Paris 1-Panthéon Sorbonne) et de Mme Ida Rose Ndione (Directrice Régionale des Programmes d’Amref Health Africa pour l’Afrique de l’Ouest).
Lors de son intervention, Mme Stéphanie Tchiombiano, spécialiste de la santé mondiale, a dressé un tableau préoccupant de la situation internationale, marqué par la fragilisation du multilatéralisme et le désengagement des États-Unis.
L’universitaire a d’abord rappelé l’explosion à venir des besoins sanitaires mondiaux, portée par le boom démographique africain : d’ici 2030, le continent abritera près de 37 % de la population mondiale, contre 18 % aujourd’hui. À ce défi s’ajoutent les impératifs d’adaptation au changement climatique et les crises humanitaires potentielles. Or, cette pression démographique survient alors que l’architecture sanitaire mondiale, traditionnellement structurée autour de l’OMS et de grands mécanismes de financement comme le Fonds mondial, Gavi ou Unitaid, vacille.
Mme Tchiombiano a pointé du doigt les secousses géopolitiques récentes, notamment la décision des États-Unis de quitter l’OMS, entraînant un effet domino avec le départ de l’Argentine et des menaces d’autres pays. Ce retrait a non seulement affaibli le budget de l’OMS et de l’alliance Gavi, mais il s’est cristallisé en septembre 2025 avec le lancement de la stratégie américaine « America First ». Ce changement de doctrine a provoqué le gel de plus de 90 % des financements de l’USAID et la suspension de nombreux appuis bilatéraux.
Face à cette reconfiguration, l’experte identifie quatre défis majeurs pour les États africains : la représentation sur la scène internationale, l’accès aux produits médicaux, le financement, et, au final, l’enjeu crucial de la souveraineté sanitaire.
Le fardeau financier des ménages africains
Prenant le relais, Mme Ida Rose Ndione, Directrice Régionale des Programmes d’Amref Health Africa pour l’Afrique de l’Ouest, a recentré le débat sur la réalité économique des patients. Elle a révélé que la prise en charge de la santé en Afrique repose à plus de 50 % sur les dépenses directes des ménages, tandis que les pouvoirs publics ne contribuent qu’à hauteur de 21 %, et les partenaires extérieurs à 24 %.
Tout en saluant les initiatives endogènes émergentes dans plusieurs pays, Mme Ndione a réaffirmé que le déploiement effectif de la Couverture Sanitaire Universelle (CSU) reste la solution idoine pour soulager les populations et garantir l’équité d’accès aux soins.
Wilfrid Lawilla D.