ECONOMIE. Kristalina Georgieva : «Il incombe à chaque pays de mettre ses affaires en ordre»

ECONOMIE. Kristalina Georgieva : «Il incombe à chaque pays de mettre ses affaires en ordre»

Face à des perspectives de croissance faible et d’endettement élevé Les perspectives de l’économie mondiale restent moroses, en dépit de la résilience dont elle a fait preuve face aux chocs qui se sont succédé ces dernières années, selon la Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva. «Nous continuons de faire face à des perspectives de croissance faible et d’endettement élevé», a-t-elle affirmé dans un récent rapport annuel du FMI intitulé «Cap sur la croissance en période d’incertitude». D’après la DG de l’institution financière internationale, «la prévision de croissance mondiale à cinq ans s’établit à environ 3%, bien en deçà de l’expansion moyenne d’après-guerre de 3,7%». Dans ce contexte, Kristalina Georgieva estime que «les pays membres du FMI traversent des difficultés considérables» et qu’«il leur faut notamment préserver la stabilité macroéconomique et financière tout en assurant la viabilité de la dette, remédier aux déséquilibres entre pays et améliorer les perspectives de croissance». Elle prévient cependant que la réalisation de ces objectifs exige des mesures urgentes et de grande envergure. Aussi, s’il revient aux pouvoirs publics d’intervenir en premier lieu au niveau national, la patronne du Fonds soutient qu’il incombe à chaque pays de mettre ses affaires en ordre. La patronne du FMI se dit toutefois confiante quant à la capacité des autorités nationales à «stimuler la productivité et renforcer la croissance intérieure, rétablir les marges de manœuvre budgétaires nécessaires à des investissements indispensables et en prévision de futurs chocs, renforcer la stabilité financière et accroître leur résilience», estimant qu’à l’échelle internationale, les pays doivent rechercher des solutions concertées à leurs défis économiques communs. Dans ce rapport, Kristalina Georgieva rappelle un contexte économique mondial en pleine mutation depuis une année, marqué par de profonds changements: du passage au numérique à l’intelligence artificielle, en passant par les transitions démographiques. Et d’ajouter: «En outre, les politiques économiques connaissent des transformations majeures de nature à reconfigurer les échanges commerciaux et les flux de capitaux au niveau mondial». Quoi qu’il en soit, «le FMI continuera de soutenir ses pays membres»,  s’adaptera, si nécessaire, pour aider les pays à traverser cette période difficile et à remédier aux déséquilibres dont ils pâtissent, a-t-elle assuré. Dans son rapport, le Fonds affirme que le contexte actuel exige clarté, détermination et coordination. «Si l’économie mondiale a fait preuve d’une remarquable résilience ces cinq dernières années, les tensions commerciales se sont fortement accentuées depuis la publication du précédent Rapport annuel, et l’incertitude entourant les politiques économiques s’est accrue», fait-il remarquer. De l’avis des experts du FMI, les autorités sont en butte à un durcissement des conditions financières et à un surcroît de volatilité sur les marchés, et les chocs survenus ces dernières années ont épuisé leurs marges de manœuvre. En conséquence, les décideurs doivent rapidement s’atteler à trois priorités essentielles.L’institution estime qu’ils doivent en premier apaiser les tensions commerciales et corriger les déséquilibres qui y contribuent. Elle les invite à «faire respecter des règles équitables, d’éviter de mettre en œuvre des politiques génératrices de distorsions pour s’arroger un avantage concurrentiel, et de s’abstenir de prendre des mesures de nature à entraver les échanges commerciaux». La deuxième priorité consiste à agir collectivement pour préserver la stabilité économique et financière, en mettant leurs propres affaires en ordre en procédant de manière réaliste à des plans d’ajustement crédibles. Quant au troisième axe prioritaire, il «consiste à accélérer les réformes propices à la croissance, afin de rehausser la productivité et le potentiel de production», a indiqué le Fonds. L’institution appelle les pays à privilégier les politiques intérieures et les réformes structurelles des marchés du travail, des biens et des produits financiers, tout en continuant à faire preuve de rigueur sur le plan réglementaire. Alain Bouithy

États-Unis : la croissance freine, pénalisée par l’incertitude et les chocs tarifaires

États-Unis : la croissance freine, pénalisée par l’incertitude et les chocs tarifaires

L’économie américaine a progressé de 3% en rythme annualisé au deuxième trimestre 2025 (après -0,5% au premier, selon la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) relevant du ministère marocain de l’Économie et des Finances. « Le commerce extérieur a contribué pour 5 points à la croissance grâce à la chute des importations (-30% après +38%), tandis que les stocks l’ont amputée de 3,2 points. La consommation des ménages a accéléré (1,4% après 0,5%) et les dépenses publiques ont rebondi (0,4% après -0,6%), alors que l’investissement fixe a ralenti (0,4% après 7,6%) », indique la DEPF dans sa note de conjoncture du mois d’août 2025 (N°342). Citant le FMI, la DEPF rappelle que le PIB américain devrait croître de 1,9% en 2025 et de 2% en 2026, après une solide expansion de 2,8% en 2024 portée par la consommation et un marché du travail dynamique. Les tensions commerciales et géopolitiques sapent la confiance des ménages, des entreprises et des investisseurs. Face à une inflation persistante, la Fed maintient des taux élevés. L’aggravation des déficits publics et une dette fédérale record soulignent la persistance des défis budgétaires, poursuit-t-elle. D’après la note, les données à haute fréquence restent contrastées. L’indice PMI flash composite (55,4 en août après 55,1 en juillet) signale la plus forte expansion de l’année, portée par un rebond du secteur manufacturier (53,3 après 49,8), malgré une légère modération des services (55,4 après 55,7). En ce qui concerne les ventes de détail, elles ont marqué une reprise (+0,5% en juillet après +0,9% en juin). Néanmoins, la confiance des ménages (indice Michigan) a reculé en août (58,6 après 61,7 en juillet), sur fond de craintes accrues d’inflation. Quant au marché de l’emploi, il montre des signes de ralentissement. « Le taux de chômage a rebondi à4,2% en juillet, après 4,1% en juin. L’économie n’a créé que 73k postes nets en juillet, bien en dessous des attentes (110k). Les chiffres de mai et juin ont été fortement révisés à la baisse (-258k au total) », peut-on lire. La DEPF précise que les gains d’emplois se sont concentrés dans la santé (+55k) et l’assistance sociale (+18k), tandis que les autres secteurs ont peu évolué. L’emploi fédéral a continué de reculer (-12k, -84k depuis janvier). Quant à l’inflation globale, elle est restée stable à 2,7% en juillet, tandis que l’inflation sous-jacente a accéléré à 3,1%, son plus haut taux en cinq mois (après 2,9% en juin). Dans ce contexte, la Fed a maintenu ses taux à 4,25%-4,5% en juillet, pour la 5ème fois consécutive,restant prudente face aux risques tarifaires et géopolitiques. Le « dot plot » prévoit deux baissesd’ici fin 2025, tandis que les marchés en anticipent 2 à 3, la première dès septembre. Selon la Fed,toute révision dépendra des données à venir, des perspectives et des risques. Martin Kam avec DEPF

Des perspectives de croissance modérée pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord en 2025, malgré un climat d’incertitude

Des perspectives de croissance modérée pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord en 2025, malgré un climat d’incertitude

Selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur la situation économique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, intitulé Changer de vitesse : le secteur privé comme moteur de la croissance dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, la région devrait enregistrer une croissance modeste de 1,9 % en 2024, suivie d’une progression modérée à 2,6 % en 2025. Ces perspectives restent soumises à une grande incertitude en raison de l’évolution rapide de l’environnement mondial. La croissance observée dans les pays exportateurs de pétrole s’explique par la levée progressive des restrictions sur la production. Dans les pays importateurs, le rebond attendu devrait être soutenu par une reprise de la consommation, portée par le ralentissement de l’inflation, ainsi que par de meilleures performances du secteur agricole dans certaines économies. Les prévisions restent néanmoins assombries par un niveau élevé d’incertitude, alimentée par les conflits en cours, les chocs climatiques extrêmes, les fluctuations des marchés pétroliers et l’évolution de la conjoncture politique mondiale. Cette incertitude est aggravée par l’impact potentiel des dynamiques commerciales volatiles sur la croissance et l’inflation à l’échelle mondiale. Le rapport souligne par ailleurs que les conflits risquent de compromettre des décennies de progrès économique, avec des effets durables sur le développement. Le rapport examine le rôle central du secteur privé dans la relance de la croissance, la création d’emplois et la stimulation de l’innovation. L’absence d’un secteur privé dynamique freine la croissance dans la région MENA. Le rapport souligne le manque de dynamisme du secteur privé dans la région MENA. La croissance de la productivité du travail a diminué dans de nombreux pays, tandis que les niveaux d’investissement et d’innovation des entreprises restent faibles. Les marchés sont peu marqués par l’entrée ou la sortie de nouvelles entreprises. Un écart important subsiste également entre un petit secteur formel et un large secteur informel, avec des niveaux de productivité très disparates. Par ailleurs, la participation des femmes dans le secteur privé demeure limitée. « La région continue de sous-utiliser son capital humain, les femmes étant largement exclues du marché du travail. Les entreprises ont tout à gagner à promouvoir les femmes à des postes de direction, car elles ont tendance à recruter davantage de femmes à leur tour, explique Ousmane Dione, vice-président de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Réduire les inégalités entre les sexes en matière d’emploi pourrait permettre d’augmenter le revenu par habitant d’environ 50 % dans une économie type de la région MENA. » Les gouvernements et les entreprises ont des rôles complémentaires à jouer pour favoriser le développement d’un secteur privé plus dynamique. Les autorités publiques peuvent stimuler les performances du secteur privé en renforçant la concurrence sur les marchés, en améliorant l’environnement des affaires et en investissant dans la collecte et l’accessibilité des données. « Un secteur privé performant est essentiel pour promouvoir une croissance durable et la prospérité dans la région, souligne Roberta Gatti, économiste en chef de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Pour concrétiser ce potentiel, les gouvernements doivent pleinement assumer leur rôle de garants de marchés concurrentiels. » De leur côté, les entreprises peuvent renforcer leurs capacités en adoptant de meilleures pratiques de gestion. La mobilisation du potentiel inexploité des entrepreneures et des travailleuses pourrait constituer un moteur important de croissance. Le rapport souligne qu’un avenir plus prometteur est à portée de main pour le secteur privé de la région MENA, à condition que les gouvernements redéfinissent leur rôle et que les entreprises investissent dans les talents et les mobilisent de manière plus efficace. BM

Etats-Unis : amélioration des perspectives de croissance pour 2023

Etats-Unis : amélioration des perspectives de croissance pour 2023

Le PIB américain a enregistré une croissance solide au deuxième semestre 2022 (3,2% au T3 et 2,7% au T4, en rythme annualisé), grâce à la résilience des dépenses de consommation et la hausse des stocks, malgré la chute de l’investissement résidentiel. Les perspectives se sont améliorées pour 2023, indique la Direction des études et des prévisions financières relevant du ministère marocain de l’Economie et des Finances dans sa note de conjoncture du mois en cours. « L’OCDE prévoit désormais une hausse du PIB de 1,5% contre 0,5% initialement en novembre. En 2024, la croissance devrait ralentir à 0,9%, freinée par les effets décalés du resserrement monétaire », souligne l’organisme public. Les derniers indicateurs montrent des évolutions mitigées début 2023. L’indice PMI1 composite (50,1 en février après 46,8 en janvier) signale un niveau globalement stable de l’activité du secteur privé, après sept mois consécutifs de contraction. La reprise de l’activité des services (50,6 après 46,8) contraste, toutefois, avec le repli persistant du secteur manufacturier (47,3 après 46,9). Les ventes de détails ont reculé en février (-0,4% après +3,2% en janvier), dans un contexte d’inflation persistante. Le marché d’emploi reste tendu, avec des créations d’emplois encore robustes. L’économie américaine a créé 311 000 emplois nets en février après 504 000 en janvier et un cumul de 4,8 millions en 2022. Toutefois, le taux de chômage est repassé à 3,6% en février après avoir reculé à 3,4% en janvier, son plus bas niveau depuis 1969. Le salaire horaire moyen marque sa faible croissance en un an (+0,2% en février après +0,3% en janvier). Après avoir atteint un pic en juin 2022, l’inflation s’est atténuée graduellement, passant à 6% en février, son plus bas niveau depuis septembre 2021. Dans ce contexte, la Fed poursuit le resserrement monétaire à un rythme ralenti. Elle a relevé ses taux directeurs de 25 pb à 4,50%-4,75% début février, au plus haut niveau depuis 2007, portant le cumul à 450 pb depuis mars 2022. Toutefois, la Fed pourrait faire une pause, pour soulager les tensions financières, déclenchées par la faillite de la banque SVB.

Une action climatique qui protège la population et l’agriculture peut renforcer les perspectives de croissance à long terme du Congo

Une action climatique qui protège la population et l’agriculture peut renforcer les perspectives de croissance à long terme du Congo

En protégeant sa population et le secteur vital de l’agriculture contre les effets du changement climatique, le Congo favorisera la construction d’une économie durable, résiliente et inclusive. C’est l’un des messages clés de la dernière édition du Rapport de suivi de la situation économique et financière de la République du Congo publiée par la Banque mondiale et intitulée Impacts du changement climatique, adaptation et opportunités. Comme le souligne le rapport, le Congo subit déjà les répercussions de la crise climatique : températures moyennes plus élevées, précipitations plus irrégulières, inondations plus fréquentes ou encore incidence accrue des maladies liées à la chaleur et des maladies infectieuses. Ces phénomènes entraînent une hausse des coûts des soins de santé, une baisse de la productivité du travail et une dégradation des terres arables. L’économie congolaise a renoué avec la croissance en 2022, après plusieurs années de contraction. Toutefois, pour instaurer une croissance durable, le pays doit s’adapter aux réalités du changement climatique et prendre des mesures d’adaptation clés visant à en réduire l’impact sur le secteur agricole — une source de revenus capitale pour les pauvres et les femmes — ainsi que sur la productivité du travail.  « Il est essentiel que le Congo intègre des actions climatiques efficaces dans sa trajectoire de développement et mette l’accent sur l’agriculture pour assurer sa sécurité alimentaire et sa diversification économique, explique Korotoumou Ouattara, représentante résidente de la Banque mondiale pour la République du Congo. La Banque mondiale est déterminée à soutenir les efforts du gouvernement pour protéger la population et l’économie congolaises contre les dérèglements du climat et autres chocs externes. » Alors que le Congo fait partie des pays les plus vulnérables au changement climatique dans le monde, le rapport recommande d’agir en priorité dans les quatre domaines suivants : Le rapport préconise par ailleurs des mesures urgentes à mettre en œuvre à court terme. Pour sortir du surendettement et maintenir la viabilité de la dette à long terme, les autorités congolaises devront continuer à améliorer la mobilisation des recettes intérieures, ainsi que la gestion et la transparence de la dette. Dans le contexte de la flambée des prix des denrées alimentaires déclenchée par les perturbations des chaînes mondiales d’approvisionnement et exacerbée par la guerre en Ukraine, le gouvernement devra aussi s’attacher à protéger les plus vulnérables, tout en mettant en place des mesures visant à réduire progressivement la dépendance du pays à l’égard des importations de produits alimentaires. Alors que l’intensification de la guerre en Ukraine et ses répercussions, ainsi que l’instabilité de la production pétrolière, représentent des risques importants pour la reprise économique du Congo, le pays doit impérativement mener des réformes en vue de diversifier son économie. « L’économie congolaise ne s’est pas encore remise des effets de la série de chocs concomitants qui ont débuté en 2014. Des actions stratégiques urgentes visant à stabiliser l’économie à court terme, combinées à des investissements pro-climat à long terme, peuvent aider à limiter les perturbations économiques causées par ces chocs », affirme Vincent Belinga, auteur principal du rapport.

Les perspectives de croissance s’assombrissent pour l’Afrique

Les perspectives de croissance s’assombrissent pour l’Afrique

Les récentes projections de la Banque mondiale pour l’Afrique subsaharienne s’assombrissent. L’analyse des dernières données de l’institution financière internationale montre que la croissance s’est ralentie cette année, après un rebond de 4,2 % en 2021. Dans ses nouvelles prévisions, il ressort que la croissance en Afrique subsaharienne devrait atteindre 3,7% en 2022 et 3,8% en 2023. Les experts de l’institution de Betton Woods attribuent ce ralentissement aux tensions intérieures sur les prix en partie dues aux perturbations de l’approvisionnement consécutives à la guerre en Ukraine. Ce qui, expliquent-ils, réduit l’accessibilité financière des denrées alimentaires et les revenus réels, en particulier dans les pays à faible revenu. La crainte est que «le ralentissement de la croissance régionale pourrait aussi amplifier les pertes de revenu par habitant entraînées par la pandémie», a relevé la Banque mondiale dans son rapport sur les perspectives économiques mondiales publiées mardi dernier. Pour l’institution basée à Washington, aux Etats-Unis, les tendances récentes   montrent que l’Afrique subsaharienne restera la seule région émergente et en développement où les revenus par habitant ne retrouveront pas leur niveau de 2019, même en 2023. Après analyse des données, il ressort en effet que «l’année prochaine, dans environ 45% des économies de la région et dans la moitié de ses pays fragiles et touchés par des conflits, le revenu par habitant devrait rester inférieur aux niveaux constatés avant la pandémie», a indiqué la Banque mondiale dans son rapport. Selon la même source, «le renchérissement des factures d’importation de denrées alimentaires et de carburant pourrait en outre réduire à néant les récents progrès réalisés dans la lutte contre la pauvreté dans la région, en particulier dans les pays où les populations vulnérables sont nombreuses (République démocratique du Congo, Nigeria) et dans ceux qui sont fortement dépendants des importations de produits alimentaires (Bénin, Comores, Gambie, Mozambique). Evoquant les risques pesant sur ces prévisions, l’institution financière a estimé que ceux-ci sont essentiellement orientés à la baisse. Mais qu’«une perturbation prolongée du commerce mondial des céréales et des engrais à la suite de la guerre en Ukraine dégraderait considérablement l’accessibilité financière et la disponibilité des aliments de base dans toute la région». La Banque mondiale a, en outre, prévenu que «l’insécurité et la violence pourraient également assombrir les perspectives de croissance, en particulier dans les pays à faible revenu, tandis que l’augmentation rapide du coût de la vie risque d’envenimer les troubles sociaux». A cela, il faut ajouter qu’«un ralentissement plus rapide que prévu de l’économie mondiale, qui pourrait être provoqué par l’accélération du durcissement des politiques monétaires dans les économies avancées et la résurgence de la COVID-19 dans le monde, nuirait à de nombreux pays exportateurs de produits de base d’Afrique subsaharienne». Explications : le resserrement significatif des conditions financières dans les économies émergentes et en développement augmenterait les coûts d’emprunt, donc le risque de surendettement. Déjà limitée par les niveaux élevés de la dette publique, «la marge de manœuvre budgétaire pourrait encore se réduire si les pressions sur les dépenses visant à limiter l’impact de la hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants continuent de s’intensifier», a poursuivi l’institution. Avant de conclure : la persistance de l’inflation intérieure pourrait accélérer le durcissement de la politique monétaire et accroître les risques de stagflation dans la région. A titre de rappel, la croissance dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) devrait s’accélérer pour atteindre 5,3% en 2022 avant de ralentir à 3,6% en 2023. Alain Bouithy

Maroc. Des perspectives de croissance prometteuses pour l’économie nationale

Maroc. Des perspectives de croissance prometteuses pour l’économie nationale

La Direction des études et des prévisions financières (DEPF) en est certaine : l’économie nationale devrait bénéficier cette année « du retour graduel de l’optimisme sur fond de déploiement accéléré du vaccin contre la Covid-19 et de l’opérationnalisation du plan de relance économique, confortée par les prémices d’une bonne campagne agricole ». Mais si l’année 2021 s’annonce prometteuse sur fond d’une bonne campagne agricole et du déploiement accéléré du vaccin contre la Covid-19, la DEPF constate tout de même que cela n’a pas été le cas pour l’année écoulée. Il faut dire qu’en 2020, l’économie nationale n’a pas échappé aux retombées négatives de la crise sanitaire et économique actuelle exacerbées par la sécheresse. Comme le relève la DEPF dans sa note de conjoncture du mois de février 2021 (N°288), « cette situation devrait se traduire en conséquence, pour la première fois depuis l’année 1997, par une forte récession en 2020, pâtissant de la forte contraction enregistrée au deuxième trimestre et que le redressement graduel de l’activité observé à partir du troisième trimestre n’a pas pu contenir ». La même source précise que « cette évolution incorpore un recul de la valeur ajoutée agricole, conjugué à un retrait de la valeur ajoutée non agricole, particulièrement au niveau du secteur touristique, de certaines branches du secteur industriel, du BTP, du commerce et du transport, alors que d’autres activités ont fait preuve de résilience, en l’occurrence l’industrie extractive, agroalimentaire et chimique et para-chimique ». D’après ce département relevant du ministère de l’Economie, des Finances et de la Réforme de l’administration, sur le plan de la demande intérieure, la consommation des ménages aurait accusé un retrait en 2020 », en raison des effets négatifs de la sécheresse sur les revenus des ménages ruraux. Une situation fragilisée davantage par l’impact néfaste de la pandémie sur le marché du travail qui a accusé une perte de 432 mille postes d’emploi en 2020, relève-t-il. Malgré cela, la DEPF affirme que « cette contreperformance a été atténuée par la vigueur des transferts des MRE et par le soutien monétaire de l’Etat au profit des ménages vulnérables ». En phase avec le recul des importations des biens d’équipement et des crédits à l’équipement, les données statistiques laissent apparaître que l’investissement se serait inscrit en baisse au terme de l’année écoulée. Après analyse de l’évolution des échanges extérieurs au titre de l’année 2020, il ressort que ceux-ci « ont été marqués par un allègement du déficit commercial de 23% et par une amélioration du taux de couverture de 4,5 points, recouvrant un recul des exportations moins prononcé que celui des importations ».Précisons que cette évolution s’effectue dans un contexte de reprise progressive de plusieurs branches d’activités exportatrices à partir notamment du troisième trimestre de l’année dernière. A noter que l’exécution de la loi de Finances rectificative au terme de l’année 2020 s’est soldée par des plus-values au niveau des recettes et des économies au niveau des dépenses, selon les économistes de la DEPF. Cette situation s’est traduite par un déficit budgétaire de 7,6% du PIB, en ligne avec les prévisions de la LFR, précise-t-on de même source. Dans sa note de conjoncture, la DEPF relève qu’« à fin janvier 2021, la situation des finances publiques a dégagé un excédent budgétaire de 2,6 milliards de dirhams après un déficit de 2,1 milliards l’année précédente ». S’agissant du financement de l’économie, il est fait état d’un léger ralentissement du rythme de croissance des crédits bancaires à fin 2020 à +4,5%. Selon la note, il s’agit particulièrement des crédits accordés au secteur non financier qui se sont élevés à +3,9% après +5,5%. Soulignons enfin que les indices boursiers MASI & MADEX « poursuivent, à fin janvier 2021, leur ascension entamée depuis le quatrième trimestre 2020 ». Alain Bouithy

Perspectives prometteuses pour l’économie nationale en 2020 (Maroc)

Perspectives prometteuses pour l’économie nationale en 2020 (Maroc)

Le Centre marocain de conjoncture (CMC) a rendu publiques, jeudi dernier, ses principales conclusions sur la dynamique conjoncturelle en cours, à trois mois de la fin de l’exercice 2019, et ses perspectives de croissance pour l’année 2020. Sur la foi des différents indicateurs et des indices précurseurs avancés, il ressort que « les performances de l’économie nationale s’annoncent prometteuses pour l’année 2020», a-t-il été souligné lors d’un point de presse tenu à Casablanca, relevant que la performance de l’exercice prochain devrait remettre le curseur au bon endroit et permettre ainsi une relance vigoureuse de l’économie au cours de cette troisième décennie du millénaire. En effet, malgré les hypothèses moyennement bonnes retenues aussi bien pour l’environnement international que pour les principaux déterminants de l’économie nationale, «nous projetons un taux de croissance de 4,6% au titre de l’exercice 2020 contre 2,6% pour l’exercice en cours», a indiqué le directeur général du CMC, Ahmed Laaboudi. « Les signes précurseurs observés laissent présager un certain relâchement des tensions économiques et financières favorables à cette orientation soutenue », ont tour à tour soutenu Ahmed Laaboudi et M’Hammed Tahraoui (membre du CMC), à l’occasion de la présentation du rapport annuel dudit Centre (« Maroc Perspectives »), intitulé « 2020, année de rattrapage? ». Après une année 2019 relativement sèche où le secteur agricole a été affecté à travers la céréaliculture, le CMC a estimé que l’économie nationale devrait, avec toutes les précautions d’usage, enregistrer un bond notable l’année prochaine. Et le CMC de préciser que son scénario exploratoire se base sur une donne d’hypothèses moyennes, un relèvement de la production agricole et sur un prolongement suffisamment dynamique des tendances des autres secteurs. Quoi qu’il en soit, la croissance de 2020 dépendrait pour beaucoup de la campagne agricole prochaine dont les résultats seraient, selon toute probabilité, bien meilleure que ceux de la campagne qui vient de s’écouler, a affirmé le Centre, ajoutant que la campagne céréalière 2020 /2021 serait moyenne et déboucherait sur une évolution en volume de 10% de la valeur ajoutée agricole en 2020. Concernant les activités du secteur manufacturier, il ressort des premières projections du CMC qu’elles poursuivraient une trajectoire ascendante pour 2020. En effet, la valeur ajoutée en volume des industries manufacturières afficherait une progression de 3,4%; l’industrie extractive consoliderait les acquis réalisés durant les trois dernières années avec un taux de croissance de 5,5% ; le secteur du BTP trouverait le sentier de la croissance, sa valeur ajoutée évoluerait de 3%, a souligné M’Hammed Tahraoui. Pour leur part, les ventes de ciment et les crédits à l’immobilier attesteraient cette bonne orientation et le secteur tertiaire devrait enregistrer un taux de croissance global de 3,9%, a-t-il poursuivi relevant que le secteur tertiaire devrait enregistrer un taux de croissance global de 3%. Après avoir subi une érosion au cours de 2019, « la consommation des ménages devrait connaître un nivellement substantiel pour compenser la perte de pouvoir d’achat essuyée cette année », a-t-il estimé. Au chapitre emploi, le CMC parle d’une détente relative du marché du travail consécutive au relèvement attendu de la production agricole et à la reprise que connaîtrait le secteur du BTP. Ainsi, et à la faveur des recrutements que le secteur public pourrait effectuer, le taux de chômage devrait fléchir de 0,3 point par rapport à celui de l’exercice en cours ». A propos des prévisions de croissance pour l’année 2019, Tarik El Malki, membre du comité scientifique du CMC, a estimé qu’«elles sont modestes pour ne pas dire faibles. On prévoit 2,6% de croissance pour cette année. Ce qui nous interpelle, dans la mesure où pour véritablement pérenniser son développement économique le Maroc a besoin d’arriver à des taux de croissance de 6% à 7%. La mauvaise année agricole a donc engendré un taux de croissance assez modeste ». S’agissant du scénario de rattrape fixant le taux de croissance pour l’année 2020 à 4,6%, il a estimé que « ce n’est pas un exploit en soi dans la mesure où ce taux intervient après un 2,6%. Ce qui pose un certain nombre de questions de fond, notamment concernant le niveau de l’investissement par rapport au PIB, qui se situe autour de 30%, mais n’impacte pas réellement la croissance sur le plan quantitatif ou quantitatif», a-t-il commenté, notant que le chômage reste même alarmant, malgré les indicateurs donnés par le Haut-commissariat au plan (HCP). Soulignons que l’objectif de cette rencontre était de présenter le bulletin spécial publié à l’instar de chaque année par le CMC qui consiste à exposer les prévisions de croissance pour l’année en cours et le cadrage pour l’année suivante. Ainsi que l’a fait remarquer Tarik El Malki, « pour cette année, cet exercice intervient dans un contexte particulier marqué par la réflexion nationale autour du nouveau modèle de développement dans ses multiples dimensions institutionnelle, économique et politique, financière, sociale et culturelle », notant que S.M le Roi a appelé dernièrement de ses vœux à la refonte du modèle qui a prévalu ces trente dernières années. A ce propos, a-t-il rappelé, le Centre a déjà élaboré un certain nombre de scénarii, à l’issue d’un bulletin spécial publié il y a une année où on proposait des voies d’émergence sur la base d’un certain nombre de scénarii de croissance. « L’hypothèse de base était que le modèle économique orienté vers la demande intérieure était arrivé à saturation et la meilleure preuve, c’est que le taux de croissance moyen de ces dix dernières années n’a pas dépassé les 3,5% de croissance par an », a-t-il rappelé. A noter que sur le plan international, le CMC est persuadé que les réunions et les négociations qui se sont succédé ces derniers temps augurent d’un armistice partiel de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine et qu’elles «dégagent aussi des soupçons d’un dénouement favorable au problème du Brexit ». Il prévient toutefois que « des zones d’ombre persistent (encore) et pourraient parasiter la trajectoire des performances prévues voire inverser la vapeur de cette heureuse tendance ». Allusion aux situations assez chaudes