Les Européens pigiés et ridiculisés par les Américains

Les Européens pigiés et ridiculisés par les Américains

LIBRES PROPOS. L’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis est venue sonner le glas des ambitions de puissance de l’Europe. La guerre en Ukraine, combinée à l’utilisation des droits de douane comme instruments de coercition, a considérablement fragilisé le continent européen. Le monde entier a désormais pris conscience de la vulnérabilité de l’Union européenne, longtemps persuadée que l’OTAN assurerait sa protection en cas de conflit majeur face à la Russie ou à la Chine. Dès son retour à la Maison-Blanche, le président américain Donald Trump n’a laissé aucune place à l’ambiguïté dans ses relations avec l’Europe et l’OTAN. Il a affirmé sans détour que les pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord devaient porter leurs dépenses militaires à 5 % de leur PIB. « Ils peuvent tous se le permettre », a-t-il assuré, ajoutant : « Ils devraient être à 5 %, pas à 2 %. » Face à ces exigences, les Européens n’ont guère d’autre choix que d’obtempérer. Donald Trump entend pousser encore plus loin sa stratégie de contrainte, notamment par le levier des droits de douane. Parallèlement, la guerre en Ukraine, qui s’éternise depuis désormais quatre ans, a rappelé aux Européens que la paix n’est plus acquise sur le continent. Elle a mis en lumière de profondes faiblesses militaires et énergétiques. L’architecture de sécurité fondée sur l’OTAN s’est fissurée, et la prétendue solidarité transatlantique apparaît désormais comme un leurre. La crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine a agi comme un révélateur brutal des vulnérabilités structurelles du modèle énergétique européen : dépendance excessive aux importations de combustibles fossiles, insuffisante intégration des réseaux, incohérences fiscales et tarification inadaptée. Elle a entraîné une flambée sans précédent des prix du gaz et de l’électricité, frappant durement les ménages comme les entreprises européennes, tout en exposant l’incapacité de l’Union à sécuriser durablement son approvisionnement énergétique. L’Allemagne est le premier pays à en payer le prix fort. Le sabotage des gazoducs Nord Stream 1 et 2, reliant la Russie à l’Allemagne sous la mer Baltique, a profondément fragilisé une économie largement dépendante du gaz russe. La mise hors service de ces infrastructures a provoqué une hausse spectaculaire des prix du gaz naturel en Europe. Privée brutalement de cette ressource stratégique, l’Allemagne s’est retrouvée confrontée à une explosion des coûts énergétiques, affectant la compétitivité globale de son industrie. Première puissance économique européenne, Berlin voit aujourd’hui son moteur économique s’essouffler. Un autre pays durement touché par les conséquences du conflit est la Finlande, depuis son adhésion à l’OTAN et l’abandon de sa neutralité historique. Le pays affiche désormais le deuxième taux de chômage le plus élevé d’Europe et a connu deux années consécutives de récession, en 2023 et 2024, notamment en raison de l’arrêt brutal de ses échanges commerciaux avec la Russie. La Finlande, étroitement dépendante des importations russes de pétrole, de gaz, de charbon, d’électricité, de bois, de métaux et de produits chimiques, est aujourd’hui enlisé dans une stagnation économique persistante. L’Union européenne surveille de près l’évolution de la situation, en raison des risques croissants d’inégalités sociales. Le gaz fossile américain pèse désormais lourdement dans les importations françaises. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la France a accueilli 177 méthaniers de gaz naturel liquéfié en provenance des États-Unis, représentant 25 % de ses importations et pouvant couvrir jusqu’à 37 % de la consommation nationale. Or, ce gaz « made in USA » est composé à 87 % de gaz de schiste. Derrière ces cargos traversant l’Atlantique se cache une dépendance énergétique préoccupante, qui enferme la France dans la consommation d’énergies fossiles et la conduit droit dans une impasse écologique, en totale contradiction avec le discours officiel affiché. Avant l’éclatement du conflit, le gaz russe représentait encore 45 % de l’approvisionnement européen. Pour s’en affranchir, l’Europe s’est précipitamment tournée vers les États-Unis, allant jusqu’à contractualiser massivement des importations de gaz naturel liquéfié. Sur le plan militaire, l’Europe accuse un retard flagrant face aux États-Unis et à la Russie. La guerre en Ukraine a servi d’électrochoc. Après plus de trois décennies de désarmement au nom des supposés « dividendes de la paix » post-guerre froide, les budgets militaires européens repartent à la hausse, accompagnés d’annonces de commandes de chars, d’avions de combat et de missiles. Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les dépenses militaires européennes ont bondi de 17 % en 2024, atteignant 693 milliards de dollars. Tous les pays de l’Union européenne, à l’exception de Malte, ont augmenté leurs budgets de défense. L’Allemagne, longtemps en retrait, a enregistré une hausse spectaculaire de 28 %, atteignant 88,5 milliards de dollars, devenant ainsi le quatrième investisseur militaire mondial — un scénario inimaginable il y a encore quelques années. La Pologne consacre désormais la plus grande part de son PIB à la défense : 4,2 % aujourd’hui, contre 2 % en 2021, illustrant un effort militaire colossal. In fine, la Russie a démontré sa capacité à discipliner l’Occident par le bombardement de l’Ukraine à l’aide du missile Orechnik. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France ont dénoncé cette attaque, qualifiée d’« escalade inacceptable ». Ce sont les caractéristiques mêmes de ce missile qui inquiètent les Occidentaux. L’Orechnik est un missile balistique hypersonique à capacité duale, pouvant emporter une charge conventionnelle ou nucléaire. Il atteint une vitesse estimée à 13 000 km/h, rendant son interception extrêmement complexe. Sa trajectoire le propulse hors de l’atmosphère avant une retombée rapide, ses ogives pouvant viser des cibles distinctes. La déclaration du président Emmanuel Macron, prononcée le 15 janvier 2026 à la base aérienne 125 d’Istres-le-Tubé, est sans équivoque : « Cette initiative, dite ELSA, prend tout son sens après le tir, pour la deuxième fois, du missile de très longue portée ORECHNIK par la Russie. Ce message est clair : nous sommes à portée de ces tirs. Si nous voulons rester crédibles, nous, Européens, et en particulier la France, devons nous saisir de ces nouvelles capacités qui changeront la donne à court terme et renforceront notre dissuasion nucléaire. » L’Europe

Russie/USA. Opération diviser pour régner

Russie/USA. Opération diviser pour régner

TRIBUNE. « J’ai une idée. Proposer à la Russie l’adhésion à l’OTAN. Bien sûr, en échange de cette incitation positive, Trump devra obtenir de Poutine tout ce qu’il souhaite concernant la cessation des hostilités, la coopération économique et les différends territoriaux. » voilà en substance cette étrange proposition émise par un des stratèges américains, celle d’admettre la Russie dans l’OTAN. Quoique cette proposition du républicain Matt Gaetz d’inviter la Russie à rejoindre l’OTAN soit une vieille idée déjà évoquée au comité sénatorial par la secrétaire d’État Albright, ainsi qu’aux articles de McFaul (2006) et Charles Chen (2010) dans Foreign Affairs, le contexte géopolitique actuel dans lequel se refait cette proposition insinue des calculs géostratégiques bien ciblés. Dans le tableau de plus en plus visible de la division monde entre deux blocs OTAN et BRICS et après l’échec militaire de Trump en Iran et son échec des menaces de sanctions économiques sur l’Inde, la Russie est redevenue aux yeux des yankees comme un facteur clé pour espérer diviser et affaiblir le BRICS, ce nouveau bloc international à même de mettre en péril la domination de l’OTAN depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Par ailleurs dans la bataille de conquête hégémonique mondiale entre les USA et la Chine, en voulant ouvrir largement la porte de l’OTAN à la Russie, c’est en réalité la Chine que les américains veulent déposséder d’un allié majeur dans son ambition de domination du monde. Cette proposition émise par un “républicain “ (même famille politique que le président Trump) donne matière à réflexion et lève un pan de voile sur les « câlins » diplomatiques de Trump vis-à-vis de Poutine soit dans leur rencontre à Alaska soit dans ses discours flatteurs en faveur de Poutine devant ses partenaires otaniens venus le voir à Washington. Seul couac à cet ambitieux projet : Vladimir Poutine n’est pas né de la dernière pluie et aura du mal à faire foi à une puissance impériale qui a voulu systématiquement dépecer son territoire national par une guerre par proxy ukrainien. Par Germain Nzinga

Après l’Ukraine, est-ce le tour de la RD Congo ?

Après l’Ukraine, est-ce le tour de la RD Congo ?

TRIBUNE. Dans une de mes précédentes publications du mois passé, je vous disais qu’une quelconque défaite de l’OTAN en Ukraine signera le déclin de l’hégémonie occidentale qui a duré deux millénaires depuis les conquêtes d’Alexandre le Grand jusqu’à l’hégémonie de l’empire américain et de ses satellites. Et cela aura des conséquences incalculables pour les équilibres géopolitiques du monde et pour l’environnement sécuritaire en Afrique en général et en RDC en particulier. 1. Les effets collatéraux de la défaite de l’OTAN en Ukraine. La victoire de Trump a entraîné de soi la déflagration de l’OTAN avec une politique de rapprochement avec Poutine et d’abandon de l’Europe qui est désormais privé du bouclier militaire américain. En attendant d’en avoir un dans quatre ans avec la fin du deuxième et dernier mandat de Trump ou encore dans une décennie avec la reconstruction d’une Europe de la Défense, l’heure est au réalisme. L’Union européenne a posé deux actes qui ne seront pas sans conséquences sur la RDC. Primo la rencontre de membres de l’UE à Bruxelles hier vendredi a levé l’option de renouer avec la Russie et d’acheter le pétrole et le gaz russes en vue de juguler la crise énergétique européenne. En sourdine, la défaite des européens implique une perte considérable de deux pays riches en matières premières ( l’Ukraine et la Russie) dont ils ont voulu s’emparer pour s’assurer une bonne réserve minière en faveur de leur industrie technologique. Cette défaite les oblige d’ouvrir ailleurs de nouveaux fronts militaires dans d’autres pays qui présentent ce profil de richesse minière. Et la guerre du Rwanda et de la RDC nous indique vers où se déplace l’épicentre de cette violence internationale. Dans un post précédent, je vous expliquais que le second mandat de Trump sera un mandat va-t’en-guerre surtout vis-à-vis des pays qui offrent des opportunités capables de satisfaire ses nouveaux alliés de Hign Tech. La boulimie états-unienne en matières premières et la volonté affichée de l’UE de se reconstruire sur le plan technologique et militaire demandent une grande disponibilisation des minerais dits rares et qui sont en abondance au Sahel et en République Démocratique du Congo qu’ils considèrent comme un no man’s land, une terra nullius où tout simplement leur chasse gardée. 2. Des signes annonciateurs de la guerre L’on observe des faits non négligeables depuis la prise de Goma la semaine dernière. D’abord d’un côté la gué-guerre entre le gouvernement sud-africain qui a décidé de renforcer ses effectifs en RDC puis hier soir le président angolais qui a annoncé vouloir s’en prendre au Rwanda pour le déloger des territoires congolais qu’il occupe. D’autrefois part, il y a l’entrée dans la danse de l’état hébreu qui a promis de combattre au côté du Rwanda et de l’Union européenne qui a ouvertement promis de renforcer son aide militaire au Rwanda dans son éventuel combat contre l’Afrique du Sud sur le territoire congolais. La réunion de l’EAC à Nairobi et le sommet extraordinaire de la SADC hier 31 janvier à Harare s’inscrivent dans cette logique guerrière. Les choses évoluent très vite et il importe de ne pas nous laisser manipuler. Ouvrez bien les yeux : ni l’Afrique du Sud ni l’Angola ne nous donnent la certitude qu’ils combattent pour nous. Le premier détient de gros intérêts économiques chez nous à l’instar des puissances otaniennes et le deuxième est affilié à l’administration américaine et joue le rôle d’une seconde marionette américaine à l’instar de Paul Kagame. Mais l’élément déclencheur de l’Afrique du Sud et pour lequel lui en veut à mort l’OTAN est double : le fait d’avoir pris fait et cause pour la Palestine contre Israël soutenu par les forces otaniennes jusqu’au point de traîner l’état hébreu devant les juridictions internationales. Le second c’est son adhésion au BRICS qui est une organisation internationale en confrontation directe contre les intérêts otaniens. Battre l’Afrique du Sud en RDC devient une priorité pour faire taire toute velléité d’émancipation d’autres pays africains et remettre tout le monde au rang de soumission. 3. Et ces éléments de convergence très troublants Pour me résumer, la défaite de l’OTAN en Ukraine, le besoin des minerais rares de l’OTAN pour maintenir son hégémonie technologique et la volonté de plier les derniers alliés de la RDC convergent à l’éventualité d’une translation du foyer de guerre de l’Ukraine vers le territoire congolais. En ce sens les déclarations du président burundais dans la vidéo ci-dessous sont prémonitoires d’une guerre de grande envergure qui impliquera beaucoup de puissances étrangères et qui pourra mettre un terme à l’existence du Congo en tant que nation. Sachez que cette guerre imminente en RDC risque d’être la dernière chance de l’auto-affirmation de l’influence de l’Occident sur l’échiquier international et constitue par là une question de vie ou de mort pour l’hégémonie occidentale. Elle sera très atroce et très meurtrière. Le peuple congolais en paiera le prix très fort et risque de subir ce qu’a subi le peuple ukrainien, à savoir la perte quasi complète de l’intégralité de son territoire, de son autodétermination et de sa souveraineté. À ce propos, l’on observe malheureusement que des signes avant-coureurs de la grande guerre à venir en RDC sont les mêmes qu’en Ukraine . Comme en Ukraine avant le déclenchement de la guerre en 2022, des gros contrats ont été signés, des alliances ont été conclues par des puissances étrangères avec le Rwanda. Comme l’Ukraine livrée aux multinationales occidentales, la RDC a été elle aussi déjà dépecée et vendue aux potentats comme le souligne Al Gore dans son brillant ouvrage “ Le Futur” et par conséquent plusieurs portions du territoire n’appartiennent plus à la RDC, des parcs ne nous appartiennent plus, des réserves forestières, des lacs ne sont plus sous la souveraineté de l’État congolais. Il y a des territoires, des concessions minières, des régions minières qui ne nous appartiennent plus. Bref la guerre qui a commencé à l’Est du Congo peut être comprise comme la phase finale d’une planification bien huilée. Une autre ressemblance et, non de moindre, regarde Volodymyr Zelensky et Félix

Ukraine, Syrie et Georgie : Le triple revers de l’OTAN et la marche vers un nouveau monde…

Ukraine, Syrie et Georgie : Le triple revers de l’OTAN et la marche vers un nouveau monde…

TRIBUNE. Beaucoup de dépêches annoncent ce matin la débâcle de Salomé Zourabichvli, l’ex-diplomate française devenue “miraculeusement” présidente de la Géorgie et qui est vomie par le peuple géorgien. Avec la prestation de serment il y a 4 jours de Mikheïl Kavelachvili, le nouveau président de la Géorgie, lors d’une courte cérémonie au Parlement, la page de la proeuropéenne Salomé Zourabichvili est tournée même si elle conteste la légitimité du nouveau président. Elle a tout de même eu la décence de quitter le palais présidentiel. La chute de l’ex-présidente de la Géorgie installée par des manœuvres des puissances occidentales pour contenir la Russie est un en soi un grand signe de temps. Pourquoi? Parce que le meilleur regard de ce qui arrive en Géorgie doit être holistique, notamment en l’inscrivant dans un angle plus vaste de ce qui se déroule en Ukraine et en Syrie. Malgré le tout dernier financement par Joe Biden en faveur de l’armée ukrainienne à hauteur de 2,5 milliards de $, les bombardements russes de ces derniers jours sont en train d’accélérer de façon inexorable l’effondrement du régime de Zelensky qui est en voie d’être lâché et par l’armée ukrainienne visiblement affaiblie, décimée et démotivé, et par ses partenaires occidentaux qui ne croient plus à une possible victoire ukrainienne et pousse plutôt Zelensky à la table de négociation. En Syrie par contre le nouvel homme fort Al-Charaa, à peine installé au pouvoir par l’OTAN, est en train de désorienter ce dernier en prenant des choix politiques complètement inattendus, en l’occurrence cette grave décision de maintenir les bases militaires russes sur le sol syrien et ce, au grand dam de forces otaniennes qui avec la chute d’Al Assad, croyaient avoir réussi à défenestrer Poutine du flanc méditerranéen. Revers de l’OTAN en Ukraine où le plan de destabilisation de la Russie est en voie d’échouer. Échec de l’OTAN en Géorgie où sa lieutenante installée là-bas a été chassée par des révoltes populaires. Échec en gestation en Syrie où l’homme de main pro-occidental, semble jouer au petit malin en se retournant contre ses anciens maîtres. Triple échec de l’OTAN qui ressemble au printemps de l’Afghanistan qui a mis en déroute les forces soviétiques. Ne perdons pas de vue que la déconfiture de l’URSS en Afghanistan signait en même temps la fin de l’hégémonie soviétique et la chute du Mur de Berlin avec les conséquences que l’on sait sur l’effondrement de l’empire soviétique et sur la perte de ses zones d’influence. Mutatis mutandi, si ces trois échecs otaniens venaient à se confirmer, je crains que l’Occident ne soit plus le même comme avant. Un nouveau rapport de forces internationales est en train de se dessiner lentement mais sûrement et le centre de commandement du monde est en passe de connaître une grande bascule. Le processus géopolitique qu’on est en train de vivre est dix fois plus puissant que ce qu’on a vécu avec la disparition de l’URSS en 1989, sa désagrégation territoriale et la bascule du monde vers un unilateralisme dont seuls les USA détenaient le monopole. La dynamique en face de nous avec la chute de l’Ukraine et de ses succédanés va plus loin qu’un simple affrontement militaire. Il signe la fin d’un monde occidentalocentrique tel qu’il a existé depuis la domination de la Grèce antique d’Alexandre le Grand jusqu’à ce jour. Ce bloc hégémonique durant deux millénaires et demi va de plus en plus s’asphyxier sous le poids de la dette interne, de chômage, de paupérisation des classes moyennes et de déficit de ressources énergétiques. Tous ces facteurs vont l’enfoncer dans une lente agonie qui le rendra incapable d’imposer sa volonté au reste du monde. C’est donc une mort non point comme disparition physique mais plutôt en terme d’identité et d’influence géostratégique et géopolitique sur le reste du monde. Ce triple échec dû à la succession d’erreurs d’analyse et de calcul de l’élite politique occidentale cache un autre secret : celui d’accélérer ces grands bouleversements d’un nouveau monde avec non plus un mais plusieurs centres de pouvoir et l’avènement désormais inévitable d’un monde multipolaire. En ces premiers jours de la nouvelle année 2025, il revient au continent africain et aux congolais de la RD Congo de se donner un nouveau regard sur la marche actuelle du monde et de chercher à reconfigurer leur logiciel gouvernemental pour ne plus se prendre pour d’éternels esclaves d’un système qui est en train de disparaître. Germain Nzinga

Géopolitique : retour de l’Afrique à la Guerre froide…

Géopolitique : retour de l’Afrique à la Guerre froide…

TRIBUNE. Pour invraisemblable que cela paraisse, le continent africain est en train de faire progressivement marche en arrière et d’être divisé en deux blocs comme cela fut le cas dans la période post-guerre mondiale. Le ton a été donné dans la région du Sahel où le modèle du Mali, du Burkina Faso et du Niger se conjugue désormais avec des bouleversements inattendus d’alliances stratégiques passant du camp de l’ex-colonisateur et donc de l’Otan sous l’influence russe qui a dépêché les forces Wagner et surtout positionné des satellites qui empêchent les satellites américains de voir ce qui se passe dans le Sahel. La Russie a aidé ses partenaires africains à verrouiller leur espace aérien et à rendre aveugles et inefficaces les dispositifs satellitaires américains dans la sous-région. De toute évidence, cette situation n’est pas à négliger car sans les renseignements, la première puissance mondiale perd automatiquement son hégémonie dans une bonne partie de l’Afrique. C’est dans ce contexte de bataille hégémonique en Afrique qu’il faut comprendre la portée de la récente tournée d’Antony Blinken, le Secrétaire d’Etat américain, à travers plusieurs pays africains pour contrer cette montée en puissance de la Russie en Afrique. Le plan américain consiste à forger des alliances stratégiques et militaires avec des pays-clé pour contrer cette influence russe. En observant bien les pays africains visités tout récemment par Blinken, on est loin de croire aux bonnes intentions du secrétaire d’état américain qui déclare être sur tous les fronts pour « renforcer leurs sociétés et lutter contre l’expansion de la menace terroriste que l’on observe au Sahel ». En réalité sa stratégie consiste à ériger un rideau de fer autour de la zone d’influence russe avec des partenariats clé du Golfe de Guinée tel le Cap Vert pour contrôler le trafic maritime dans l’océan atlantique ou encore avec la Côte-d’Ivoire, le Nigeria, le Ghana, le Togo etc. pour limiter sinon contenir l’extension de l’influence russe dans les trois pays. Et pour ce faire, le gouvernement statunisien n’y va pas de main morte. Il a mis du paquet en dollar : « Nous mettons le paquet sur l’Afrique. Car Notre avenir est lié, notre prospérité est liée, et les voix venues d’Afrique modèlent, animent et mènent de plus en plus le débat dans le monde », a dit Blinken au début de ses entretiens au Cap-Vert. Sans qu’on ne le voie venir, la fracture de l’Afrique entre deux camps (celui des alliés américains et celui pro-russe) devient une réalité irréfutable. Et dans un tel contexte géopolitique, toute position de neutralité est soupçonnée par les Yankee d’être une connivence avec leur ennemi dans cette logique de « quiconque n’est pas avec nous est contre nous ». Tout non alignement paraît à leurs yeux comme un signe évident de traîtrise. Une logique du reste manichéenne qui force tous les pays africains à renoncer à leur propre souveraineté pour se ranger dans un camp contre un autre. Il est intéressant de braquer les phares sur la situation atypique de la RDC dans un tel contexte. Que représente la RDC dans la tête des yankees? Que pensent-ils de ce pays, de son peuple et de ses terres? Dans quel camp veulent-ils le voir se tenir et sous quelles conditions ? Depuis la conférence de Berlin, la position américaine et celle de ses alliés occidentaux sur le Congo reste la même : c’est la « Terra Nullius », c’est-à-dire le territoire de personnes, surtout pas des congolais. Dans leur tête, le Congo leur appartient à eux, c’est leur propriété conquise depuis un certain 26 février 1885 et qu’ils avaient qualifiée faussement d’« État indépendant du Congo ». Indépendant? Une épithète à ne pas confondre avec une quelconque souveraineté. Trois fois non!!! Indépendant puisque : une terre sans propriétaire spécifique car appartenant à tous les puissants ayant participé à la conférence de Berlin. Depuis l’instauration de la politique unilatérale américaine dans le monde en 1990, les yankees se considèrent comme le véritable propriétaire du Congo, le Maitre absolu de ce vaste territoire dont ils sous-traitent l’exploitation via le Rwanda et les bras armés tels les M23 et les ADF. C’est principalement pour cette raison que Blinken traite la question du Congo avec différents pays africains sans jamais daigner tenir compte de l’avis ni des ses officiels ni de son peuple. En observant la tournée de Blinken en Angola et de ses missi dominici en Afrique du Sud, en Namibie, au Zimbabwe et en Tanzanie pour stopper le soutien de la SADC à la RDC dans sa défense contre les attaques rwandaises, le Congo sans être pourtant pro-russe semble subir le même traitement que les trois pays du Sahel: il voit s’ériger tout autour de ses frontières, un rideau de fer pour son asphyxie sécuritaire et pour une redistribution de ses ressources. Ceci dit, ce riche et vaste pays ne pourra jamais continuer croire naviguer librement entre deux camps aux intérêts diamétralement opposés et espérer tirer son épingle du jeu politique. « Nul ne peut pas servir deux maîtres » disent Écritures. Car, poursuit-il, « ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. » Mutatis mutandi, pour appliquer cette sagesse biblique sur la situation de la RDC, demandons-nous une fois : “ ce pays au cœur de l’Afrique jouit-il réellement de la liberté souveraine d’aimer ou d’être aimé par qui il veut ?”, car on le voit bien : le Congo, et son peuple, est haï de tous. Hier comme aujourd’hui, il est toujours déjà haï et, paradoxalement, par ceux-là mêmes qu’il a eu le grand tort de considérer comme ses alliés stratégiques et ses fidèles partenaires. Sans clarification de son nouveau positionnement diplomatique et de sa nouvelle politique de défense dans cette nouvelle fracture géopolitique de l’Afrique en train de naître sous nos yeux, le Congo-Kinshasa ira inévitablement de mal en pis et mourra d’hibernation dans cette impitoyable nouvelle guerre froide qui vient de commencer. La RD Congo est obligée de définir sa ligne stratégique, en tant qu’Etat,

Russie. Les trois pièges stratégiques de Vladimir Poutine

Russie. Les trois pièges stratégiques de Vladimir Poutine

TRIBUNE. Pendant que l’actualité du week-end dernier bruissait autour de la chute programmée de Vladimir Poutine et de son régime grâce à la rébellion du groupe paramilitaire Wagner, les choses ne sont pas passées comme annoncées par la presse internationale et deux jours après, une analyse plus serrée nous fait comprendre que la prise de la ville de Rostov et la fameuse marche de Wagner vers Moscou constituent plutôt une stratégie militaire de Poutine consistant à tendre des guet-apens à ses adversaires. 1. Premier piège: Révéler les deux poids deux mesures du camp otanien L’on se souviendra qu’à la veille de la signature des accords de Minsk, le régiment Azov avait été déclaré par le gouvernement américain comme un groupe terroriste et il était retenu que l’aide américaine donnée à l’Ukraine ne devrait pas s’étendre à ce groupe. Tout cela c’est désormais du passé. La brigade Azov a été réhabilitée et retirée de la liste des organisations terroristes. Ce changement inédit de règles transgresse les lois de justice internationale et sera entériné par un autre événement. L’on revivra en effet le même scénario avec le groupe Wagner. Lundi 13 décembre 2021, tous les 27 ministres des affaires étrangères de l’UE, réunis à Bruxelles, levaient un train de sanction contre Wagner, cette société privée, qui a recours principalement à d’anciens militaires russes, et accusée des violations des droits humains et des opérations clandestines menées au bénéfice du Kremlin. Dans le Journal officiel de l’Union européenne on pouvait lire la condamnation du Groupe Wagner accuse d’avoir « recruté, formé et envoyé des agents militaires privés dans des zones de conflit du monde entier afin d’alimenter la violence, de piller les ressources naturelles et d’intimider les civils en violation du droit international, notamment du droit international des droits humains » Lorsque ce même groupe paramilitaire a annoncé être passé à l’offensive pour prendre le contrôle du cœur du pouvoir militaire de Moscou, les mêmes signataires de ces sanctions ont subitement fait volte-face. Prigojine était brusquement devenu un sauveur des peuples slaves. Des dépêches fusaient de partout, qui pour louer la bravoure et l’héroïsme de Prougijine, qui pour réfléchir déjà sur l’ère post-Poutine. C’est dans ce contexte que nous avons observé la requalification du groupe passé du mouvement terroriste avec la tête de son chef mise à prix à un mouvement révolutionnaire capable de sauver le peuple russe. Certains médias parlaient déjà de la possibilité de lever les sanctions contre Wagner et contre son chef Prigojine. En l’espace de quelques heures, l’ennemi public juré de l’Occident est passé au statut d’un sauveur et d’un héros. Poutine qui est à la manœuvre de ce montage militaire jubile d’avoir mis à nu les contradictions internes de la justice internationale dont les sentences sur les susnommés coupables sont strictement liées aux intérêts privés d’un bloc. Le chef du Kremlin a tendu un piège pour maître en relief ces deux poids deux mesures qui rongent la crédibilité même de la justice internationale. Désormais l’opinion internationale (du moins dans sa partie avertie) regardera deux fois avant de suivre la CPI dans son obsession à poursuivre Poutine devant les juridictions internationales. 2. Deuxième piège : Leurrer l’ennemi par la méthode « maskirovka » Toujours à propos de cette rébellion qui a parcouru de centaines de kilomètres sans résistance et sans coup férir, on aura remarqué que juste un jour après l’ouverture de l’enquête criminelle par Moscou contre Evgueni Prigojine pour « appel à l’insurrection armée », ladite enquête a été subitement abandonnée et l’annonce en a été faite par le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Même le ministère de la défense paraît considérer l’épisode comme clos. Sur ses réseaux sociaux, samedi soir, le ministère publiait une photo proclamant « cohésion et unité ». Et une autre curiosité non de moindre, le pays où Prigojine part en exil avec tout son état-major n’est rien d’autre qu’un État vassal de la Russie où cette dernière a transféré quelques-unes de ses têtes nucléaires il y a deux mois. Indubitablement la prétendue révolution de Wagner s’inscrit clairement dans la stratégie militaire russe appelée « La maskirovka (traduit du russe : маскировка) pour vouloir dire littéralement : camouflage en français. La maskirovka se veut une puissante arme utilisée dans l’art de la désinformation militaire. Elle implique un comportement de dissimulation en matière militaire. Elle comprend l’art du camouflage à l’échelon individuel jusqu’au niveau stratégique tel que l’Armée rouge s’en était illustrée durant la seconde guerre mondiale dans les grandes batailles de Rjev-Vyazma, de Stalingrad, de Koursk et de l’opération Bagration. L’Encyclopédie militaire soviétique de 1944 en donne de détails plus précis sur « les procédés russes pour tromper l’ennemi comprennent la dissimulation, l’utilisation de leurres ou de faux équipements, les fausses manoeuvres militaires, le déni et la désinformation. » La première apparition publique ce lundi matin, depuis les incidents, du ministre russe de La Défense, Serguei Choigou, en visite d’inspection des troupes en Ukraine vise à projeter un sentiment d’ordre dans l’armée russe et comme pour dire :”circulez, tout est revenu à l’ordre ». Pour me faire bref, ce qui est arrivé le week-end dernier est l’illustration claire de la stratégie russe maskirovka, visant à manipuler les « faits », à brouiller la perception de la situation militaire et politique en place pour influencer les médias et l’opinion du monde entier, afin d’atteindre ou de faciliter l’atteinte des objectifs tactiques, stratégiques, nationaux et internationaux. Et à ce propos, l’attention de tout analyste sérieux doit être tournée moins vers ce qui s’est passé que vers lesdits objectifs stratégiques et tactiques auxquels cette simple mascarade militaire est destinée. 3. Troisième piège : Sortir les loups du bosquet La maskirovka mise en application le week-end dernier n’est pas qu’une simple opération de camouflage. Elle se veut aussi celle de debuscage. Elle fait donc partie du nombre de stratagèmes de bataille offensive comme le pratique l’art de guerre chinois dans son 13e stratagème (battre l’herbe pour réveiller le serpent) et son 15 e stratagème (amener le tigre à

Les gagnants et les perdants de la guerre en Ukraine

Les gagnants et les perdants de la guerre en Ukraine

ANALYSE. S’il est encore trop tôt pour le dire, une chose semble certaine en tout cas : le projet occidental (américano-européen) de provoquer l’effondrement de la Fédération de Russie a totalement échoué. L’un des enseignements majeurs que l’on peut d’ores et déjà tirer de ce conflit est que l’Occident a surestimé sa puissance et son influence face à une Russie, dont l’économie et l’influence ont souvent été sous-estimées par certains experts et économistes occidentaux. En effet, le conflit en Ukraine a étalé au grand jour la force de l’économie russe, sa résilience face aux sanctions massives imposées par un Occident, de plus en plus incapable de supporter les conséquences de ses propres actions. Il y a quelques jours, la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, a déclaré que le meilleur moyen de répondre aux difficultés de l’économie mondiale est de mettre fin à la guerre en Ukraine. Autrement dit, la Russie est véritablement une grande puissance et toute poursuite de la guerre contre elle par Ukraine interposée continuera à avoir de graves répercussions sur l’économie mondiale, avec un risque non négligeable pour l’hégémonie politique et économique occidentale, qui est déjà bien secouée par les évènements des derniers mois. Ce n’est donc pas un hasard si tout le monde commence à parler de négociations de paix avec la Russie aux États-Unis et en Europe. Je suis persuadé que les Américains et les Russes ont déjà entamé des négociations secrètes à un très haut niveau pour régler la question. Les perdants dans l’histoire : l’Ukraine, qui est totalement démilitarisée et a perdu une partie de son territoire, et l’Europe, assujettie plus que jamais aux intérêts américains. Les gagnants : la Russie, qui va certainement obtenir des garanties de sécurité des États-Unis, en plus d’avoir mis la main sur une partie de l’«Ukraine utile »; et les États-Unis, qui ont réussi à couper l’Europe (et particulièrement l’Allemagne) de la Russie, en plus d’assujettir l’Union européenne aux humeurs des intérêts états-uniens. Par Patrick Mbeko