Congo-Littérature : « La Poésie Congolaise en mouvement » de Noël Kodia-Ramata récemment à Brazzaville  

Congo-Littérature : « La Poésie Congolaise en mouvement » de Noël Kodia-Ramata récemment à Brazzaville  

L’écrivain congolais, Noël Kodia-Ramata, a publié aux éditions L.C en 2022, à Paris en France, un recueil de poèmes intitulé, « La Poésie Congolaise en mouvement », dans lequel il fait figurer une vingtaine de poètes rencontrée à Brazzaville et au niveau de la diaspora. Ces poètes sont réunis au sein de deux organisations d’écrivains, à savoir, le Forum des Gens de Lettres et le Pen Centre Congo Brazzaville. Le désir de voir ses frères toujours réunis lui a fait prendre la décision de les rassembler davantage dans ce livre. Mais Kodia-Ramata a été inspiré par le fait que ces poètes sont sur les traces de leurs aînés, plus précisément, Tchicaya U Tam’Si, Jean Baptiste Tati Loutard et Maxime Ndébéka, sans s’oublier. Dans cette réflexion sur la poésie, l’auteur sort des sentiers battus des anthologies traditionnelles qui ne présentent que des auteurs de l’extérieur sans pour autant donner la possibilité de « pénétrer » leur inspiration et sentiments par le biais de l’analyse de quelques-uns de leurs textes. L’auteur de l’anthologie regroupe des écrivains-poètes qui percent depuis quelques années et qui ont su se mettre sur les traces de leurs aînés. Ils sont donc, Neil Davis Batchi, Eta Hugues, Ghoma Boubanga Serge Eugène, Kihindou Liss, Maha Lee Cassy, Lemra Glad Among, Alima Madina, Makaya Ndzoundou Julien, Malanda Huppert, Matoko Prince Arnie, Mouanda Tristell, Ngolo Awé Virginie, Ngoma Malanda Sauve Gérard, Ngoua Gaëtan, Ntsémou Pierre, Sogni Zaou Florent, Tsibinda Marie Léontine et Poungui Pindy Léopold. Kodia-Ramata embarque ces frères dans les barques de Tati Loutard et de Georges Pompidou qui disent, chacun en ce qui le concerne, pour le premier, que le poète est ce grand oiseau qui bat des ailes pour éventer le réel afin que celui-ci respire mieux aux yeux de l’homme et pour le second, que si l’art des vers me parait le plus difficile, et donc sans doute le premier de tous, c’est parce que le poète prend un risque redoutable : délibérément, il fait profession de prétendre à ce que les autres peuvent n’atteindre que de surcroit.       Dans son avant-propos, Kodia-Ramata affirme que c’est la poésie qui a montré une grande fécondité mais qui a été paradoxalement et est encore loin du regard des amateurs de la littérature. Peut-être, appuie-t-il, à cause de sa spécificité qui découle souvent de sa beauté hermétique. En général, argumente-t-il encore, tout écrivain commence souvent par « griffonner » quelques vers quand il est encore sur le banc du lycée ou de l’université, avant de se faire connait re quelques années par la prose quelques années après, une prose qui est plus près du référentiel, les récits qu’on lui propose s’avère être un miroir que l’on promène le long de son quotidien. Dans l’après-propos en outre, l’auteur évoque un souvenir inoubliable qui lui revient, chaque fois qu’il termine un texte. Un souvenir qui date des années 70 de son passage au lycée Savorgnan de Brazza au moment où il vivait encore dans son Ouenzé natal. Il s’agit d’un devoir de commentaire composé sur un poème de Ronsard dont le texte lui paraissait ambigu à exploiter.      Kodia-Ramata est un écrivain bien installé dans le milieu littéraire. Il est né au Congo Brazzaville avant d’aller chercher un Doctorat en littérature française à l’université de Sorbonne Paris IV en France. Il a publié, entre autres, « l’Anthologie analytique de la nouvelle génération des écrivains congolais » aux éditions Cécile Langlois (LP) à Paris en France. Florent Sogni Zaou 

IN MEMORIAM

IN MEMORIAM

8 juillet 2020 à l’Espace Culturel Zao de Bacongo à Brazzaville, le Forum des Gens de Lettres, sous la direction de son président Jessy Loemba, a rendu un hommage littéraire aux illustres écrivains Sylvain Bemba et Jean Baptiste Tati Loutard  qui nous avaient  quittés respectivement le 8 juillet 1995 et le 4 juillet 2009. Ont intervenu à cette occasion les écrivains Willy Gom, Huppert Malanda, Rosin Loemba et Noël Kodia-Ramata. Ci-après notre communication sur le dernier roman intitulé Le Masque de chacal de Tati Loutard publié trois ans avant sa disparition. Deuxième roman de J.B. Tati Loutard après Le Récit de la mort, Le Masque de chacal publié à Présence africaine en 2006, apparaît comme un autre pan de la réalité sociopolitique du Congo esquissé déjà dans les précédentes proses narratives. Et il n’est pas étonnant de voir Dozock rimer avec Touazock du Récit de la mort. De la prose loutardienne, on remarque que ce sont les personnages du terroir qui sont partout omniprésents dans toutes les histoires qui nous sont rapportées. Même s’ils ont pris de l’âge, des Chroniques congolaises au Masque du chacal.  Le Masque de chacal est un récit qui confirme le roman-réalité congolais qui nous rappelle les récits de Tati Loutard. S’il y a un prosateur dont l’inspiration baigne toujours dans les réalités de son terroir, c’est bien Tati Loutard. Il habite le Congo comme le Congo l’habite. Trois spécificités se remarquent dans ce roman : la vraisemblance, le bestiaire et la touche poétique de l’auteur. 1. Vraisemblance dans le récit Le Masque de chacal, contrairement aux autres récits de l’auteur qui s’éparpillent dans plusieurs villes congolaises tels Pointe Noire, Dolisie, soutient des aventures qui se déroulent à Brazzaville que l’auteur nous présente avec une nette objectivité sur fond de connaissances géographiques et sociologiques approfondies. Cette ville de Brazzaville qu’il nous présente, dégage encore les effluves des années 90 : « Ce jour-là, Dozock était resté tard dans le bureau. Il avait écrit un article sur les leçons à tirer de la guerre de juin 1997. Il s’était interrogé sur les raisons profondes qui avaient poussé des Congolais à prendre les armes contre eux-mêmes » (p.71). L’auteur élabore son histoire avec les ingrédients qu’il ramasse autour de lui car faisant partie de son quotidien, des ingrédients dont il a eu à vivre les manifestations physiques et morales. Tout se passe dans Brazzaville qu’il connaît comme le fond de sa poche. Ainsi, les lieux comme la Tour Nambemba et la Cathédrale Sacré-Cœur (p.8), Poto-Poto et le port de Yoro (p.9), l’église Saint Esprit p.(74), le rond-point de Poto-Poto (p.82), la Cathédrale et l’Hôtel de ville (p.91), le Cimetière du Centre-ville dans le quartier de la Maison d’Arrêt non loin du complexe d’habitation de ce que fut la compagnie aérienne Air Afrique (p.114)… sont des réalités géographiques qui appartiennent bel et bien à la capitale du Congo. Et le Congolais lambda peut « suivre » les personnages du roman à travers la ville de « Brazzaville-fiction » qui fait écho à « Brazzaville-réalité ». Mais dans ce vraisemblable de l’univers diégétique, se révèle, en dehors de la situation géographique, quelques réalités sociales et sociétales des Congolais dans Le Masque du chacal. Comme dans la plupart de ses récits, Tati Loutard se définit à certains moments comme le secrétaire de la société congolaise dont il semble bien connaître les us et coutumes. Les confrontations interethniques, la vie on ne peut plus énigmatique des hommes politiques, la démocratie naissante au niveau de la presse qui se voudrait libre, voilà quelques aspects réels de la société qui se dévoilent dans ce roman. Celui-ci ne puise ni dans le passé, ni dans ses souvenirs lointains, mais dans le présent des événements qui sont encore frais dans sa mémoire. Aussi l’attitude de Dozock vis-à-vis de sa femme quand celle-ci devient la secrétaire du maire entre dans le normatif de l’inquiétude de l’homme qui craint d’être cocufié. Surtout que les dirigeants politiques ne respectent pas les femmes des autres : « Quand Dozock la vit [Mouna sa femme] quitter la maison pour se rendre au travail, son visage s’assombrit (…) Que lui voulait le maire ? Ces gens de la classe politique ont l’argent et les honneurs. Ils ont maîtresses, épouses, enfants » (p.42). Comme dans la plupart des récits de l’auteur, la mort devient une obsession qui rappelle la réalité congolaise dans la façon de gérer ce phénomène. Dans Le masque de chacal, elle apparaît à travers le personnage de la mère de Mouna. Et le décès de cette dernière dévoile au lecteur l’attitude du beau-fils devant la mort de sa belle-mère. Comme tout Congolais, Dozock s’y implique moralement et matériellement comme le demande la tradition : « Il devait consentir des sacrifices financiers pour améliorer son image auprès de ses beaux-parents (…) Il s’endetterait même lourdement pour être à la hauteur des obsèques et une sépulture susceptible de lui attirer la sympathie » (pp.123-124). Quand on se réfère aux autres récits de l’auteur après la lecture du roman, on constate qu’il y a trace d’intertextualité aux niveaux social et géographique des éléments rapportés presque dans toute sa prose. Aussi, on pourrait aussi définir Le Masque de chacal comme une « chronique congolaise ». 2. La part du bestiaire dans Le Masque de chacal Souvent fondé sue le réalisme congolais et surtout sur le thème de la mort, le récit de Tati Loutard, après un tour dans le surnaturel dans Fantasmagories, donne une place remarquable au bestiaire. Le chacal dont le masque rappelle au héros le temps passé avec son oncle, révèle une réalité congolaise : la complicité qui existe ente le neveu et l’oncle, surtout si ce dernier n’a pas eu d’enfants dans sa vie : «  Tout se mélangeait dans sa tête, comme au temps légendaires où les hommes et les bêtes ont des rôles et des actions interchangeables, à l’infini. Ce chacal, c’était l’esprit de son oncle qui devait chaque fois lui rappeler le commerce intellectuel et spirituel qu’ils avaient entretenu tous les deux, du vivant de cet homme qui avait semé

Littérature congolaise : une semaine de méditation

Littérature congolaise : une semaine de méditation

IN MEMORIAM : 6 février 2018 – 6 février 2019 : Jamais le Forum des Gens de Lettres n’oubliera son premier président Ernest Bompoma Ikele qui a eu à publier ses trois œuvres (un recueil de nouvelles et deux romans) chez l’Harmattan (1) à Paris. .      « Un mort dont on ne parle pas en bien est un mort complet. Tel n’est pas le cas d’un politique, d’un savant, d’un artiste, d’un écrivain ». Plongée dans Le Compte à rebours, un récit profondément prophétique écrit avec une plume incisive et alerte qui s’est cassée en face d’un destin prometteur. Hélas ! Voici un roman qui réveille la conscience du lecteur par un texte qui présente un héros extraordinaire : le jeune infirmier Zambo. Et certains mots choisis par l’auteur sont comme des balles de kalachnikov qui « tuent » tout au passage. Le politique avec ses déviations sociales, l’homme de la nouvelle Eglise, deux personnages-types auxquels vient se greffer la « réalité » de la mort sur terre et dans l’au-delà que l’on découvre à travers le destin du héros. Venu en ville pour ses études qui le conduisent au métier d’infirmier, le jeune Zambo découvre les vicissitudes de la ville qui se dressent devant lui, Cefa, une jungle pleine de contradictions sociales. Divisée en deux grandes parties fondées sur l’ethnicité, la ville de Cefa interpelle le héros qui n’accepte pas cette opposition nord-sud que lui semble imposer sa famille. Aussi, réalise-t-il le tribalisme dans le milieu du travail et se fait violence pour apprendre la langue des « autres » afin de combattre la ségrégation ethnique qu’il considère comme un mal pour le développement d’un pays. Dans Cefa qui peut rappeler certaines villes de l’Afrique centrale par sa structure sociopolitique, le héros va lutter contre les vices de la société entretenus par le politique et l’apôtre. Et quelle ne sera pas la joie du héros quand il vit dans la nouvelle ville de Bomengo construite à la suite d’un soulèvement populaire qui va emporter le maire de Cefa. Et dans la clausule du roman, le héros savoure la mise en oeuvre de ses idées « progressistes » qui couvaient en lui : « Bomengo, un paradis (…) qui donnait un sens à la vie qui n’était pas soumise aux tortures que [Cefa] nous imposait. Bomengo avait tué le règne des policiers rapaces. On circulait (…), on fréquentait et on se partageait les idées » (p.151) Zambo, un homme révolté Du village en ville, le héros passe de la naïveté à la révolte. Parfois incompris par ses propres parents, il est obligé de se faire violence pour s’imposer dans la société où la tradition, le tribalisme et la mauvaise gouvernance occupent une grande place. Zambo s’insurge contre l’homme politique qui est à l’origine de la géopolitique pessimiste du pays accentuée par la création des partis sur des bases ethniques : « cette situation honteuse [l’intégrisme crée par l’égoïsme de l’homme] fut [le clou] enfoncé par les hommes politiques, de véritables rapaces insatiables qui créent des micro-partis politiques ethniques » (p.112). La ville de Cefa est présentée d’une façon négative parle jeune Zambo. Ce dernier ne peut rester insensible à la mauvaisegérance de celle-ci par les décideurs politiques. Une villeabandonnée à la merci des étrangers qui la détruisent avec lacomplicité des hommes politiques cupides et sans foi : «Des pétitions de tous genres furent déposées. Elles exigeaient généralement l’amélioration des conditions de vie, particulièrement celles liées au transport, à l’eau, à l’électricité, l’alimentation et l’école » (p.149). Aussi, à travers ce tableau sombre quenous décrit l’auteur avec un langage pointu, acerbe et direct, laville de Cefa dénote l’incurie des dirigeants africains, incapables d’assurer le bien-être de leurs populations. Ici, « elles, les populations ne vivaient plus que le désenchantement d’un pouvoir qui passait le plus clair de son temps à faire les éloges 96 d’une politique qui s’était soldée cruellement par un échec cuisant » (p.145). Et cette société dont l’auteur dénonce lesmanquements des acteurs politiques nous révèle la face sombrede la religion. Les églises de réveil : l’opium du peuple S’il est un sujet que l’auteur développe avec passion, c’est l’activité des pasteurs évangéliques. Ces derniers profitent de la naïveté d’une partie de la population pour l’exploiter à fond. Mais jamais le héros ne tombera dans le piège de ces églises de réveil qui ont déjà séduit ses cousins Fila et Charles. Des pasteurs venus de l’autre rive du fleuve vont s’imposer spirituellement dans la ville. Aussi, la grande classe sociale, composée par des ministres, des généraux de l’armée, des commerçants, va tomber dans le piège de ces gourous qui vont exploiter leurs adeptes : « Malgré la grande cagnotte [qu’il avait reçue], l’homme de Dieu [demandait] aux fidèles de continuer d’apporter les offrandes » (p.84). Mais quand ces pasteurs escrocs sont arrêtés à la frontière avec des sacs remplis d’argent,ils sont libérés avec la complicité de certaines autorités de la police du pays sur laquelle l’auteur tire à boulets rouges : « Lapolice fonctionnait comme un corps qui n’avait pas de réglementation» (p.148). Et nous ne sommes pas surpris quand « ayant des soutiens au sommet de la montagne, un ordre[était] donné à la police de relaxer l’apôtre et le laisser passer avec l’argent » (p.90). Mais cette ville gangrenée par tous les maux et vices (délinquance juvénile et sénile, prostitution, tribalisme entretenus par les politiques) écrira, contre toute attente, une nouvelle page de son destin. Suite à un soulèvement populaire, le maire de la ville est chassé de son trône pour incompétence. Son remplaçant, aidé par le héros, sera à l’origine de l’érection d’une nouvelle ville, Bomengo qui va effacer moult maux et malaises de Cefa. La mort sur terre et dans l’au-delà La mort dans Le compte à rebours se découvre sous un angle double qui donne une autre dimension au roman. Le héros se confronte à la mort de son oncle grand-père enterré avec tous les honneurs. Aussi, se confronte-t-il à la réalité des us et coutumes de son pays

Présentation du livre Une peur morbide de Jessy E. Loemba

Présentation du livre Une peur morbide de Jessy E. Loemba

Samedi 15 décembre 2018 a été présenté au Ministère de la Culture et des Arts, Une peur morbide (1), un ensemble de textes hors du commun, un ouvrage sorti des sentiers battus pour lecteur habitué à découvrir en général des recueils de nouvelles se fondant sur plus d’une dizaine de textes. Plongée dans ce livre où l’auteur, par la multiplication des personnages et la mise en cause du suspense, casse la dynamique de la nouvelle traditionnelle. Se révèle dans ces textes un regard scriptural averti d’un écrivain à la recherche d’une nouvelle forme de l’écriture tout en ne s’échappant à sa mission de « moraliser » la société. Une société de jeunes en déliquescence : le héros face à la mort Les personnages de cet ouvrage sont presque jeunes et se confrontent aux réalités de leur société où parfois la mort serait une fatalité du destin, comme on le constate dans le texte éponyme. Le héros de ce récit, de surcroit africain, ne comprend pas l’attitude de l’Occidental qui minimise la mort quand il voyage par avion : « Je crois que nous ne sommes pas bien compris (…). J’ai simplement dit (…) que la mort ne vient pas du ciel. Chez nous, en Occident, c’est un principe avéré qu’un avion qui décolle doit forcément atterrir » (pp.19-20). Et le récit d’avancer avec le thème de la mort : nous le constatons à travers le personnage de M. Roblot qui conçoit la mort comme une omniprésence chez l’homme : des univers tels l’hôpital, l’eau, les airs sont synonymes d’une éventuelle mort. Il rappelle quelques péripéties tragiques comme l’accident du Titanic (p.21), l’épouvantable tragédie ferroviaire de Mvoungouti au Congo (p.21) ainsi que les tristes souvenirs de la catastrophe du DC 10 de la compagnie multinationale UTA (p.23). Mais la jeunesse apparait aussi dans certains paramètres sociaux et sociétaux dans « Cour commun » et « Une vanité » où la majorité des jeunes sont confrontés à certaines réalités de leur pays. « Cour commune » nous fait découvrir Petit-Mago, enfant de la rue, passionné du ballon rond, et qui serait un bon footballeur. Il échoue dans ses études avant d’être au service des politiques : il devient un enfant-soldat pendant la guerre qui embrase la capitale. Aussi, devient-il un voyou pendant cette guerre civile : « Le port de l’uniforme associé à celui de la kalach lui avait donné l’illusion qu’il pouvait tout (…). C’est ainsi qu’il devint pilleur et voleur à la fois… » (p.30). Ses relations sont désagréables avec ses collègues du camp militaire tel Ondongo. Et dans ce récit, se développe l’isotopie de la présence militaire : Petit-Mago est lieutenant après ses études dans « une école de formation d’officiers précédée d’un passage en école préparatoire » (p.33). Ondongo est un ex-combattant recruté dans l’armée et nommé ensuite caporal-chef à titre exceptionnel : il a contribué à la chute de l’ancien régime. L’homme retrouvé mort dans un hôtel suite à des ébats sexuels est un officier de l’armée : « Richard-Dorian (…) s’était perdu dans les excitants (…). La pauvre dame qui s’était pourtant présentée au rendez-vous à l’heure convenue, n’avait fait que constater les dégâts : le cœur de l’officier avait subitement arrêté de battre alors même qu’il venait à peine de se mettre en tenue d’Adam » (p.42). La présence militaire revient aussi dans « Une vanité » à travers la correspondance entre l’ancien et son bleu marqué par son échec au cours de sa formation à l’étranger : « (…) j’ai failli à ma mission. J’ai échoué sur la dernière marche à l’école du commissariat » (p.54). Se dégage dans leurs échanges épistolaires la problématique du destin de l’homme : « Notre vie n’a pas toujours été ce que nous aurions aimé qu’elle fut. Notre destin est quelquefois hors de portés de nos espérances » (p.64). La jeunesse apparait particulièrement dans le dernier texte avec d’autres paramètres sociaux et sociétaux. Bual bua fua : une autre façon d’écrire la nouvelle Ce récit se détache des trois autres par sa longueur un peu plus consistante. C’est l’histoire d’un personnage énigmatique qu’est Machiti. Plusieurs thématiques tournent au tour de ce dernier qui évolue dans une société dont les vices sont décriés par l’auteur. Et le refrain « Bual bua fua », (instance linguistique congolaise que l’auteur traduit (note p.71) par « Le pays est à terre ; le pays est livré au chaos. Tout est sens dessus sens dessous ») justifie ce pessimisme qui définit le récit. L’oncle Makaya-Makaya, adepte de la tradition, s’oppose à sa sœur Mbi-Fani qui a regagné son homme en ville, ne respectant pas les principes élémentaires du mariage traditionnel. Il sépare sa sœur de son homme et adopte son neveu. A travers le portrait des amis de Machiti, sont mis à nu certains vices de la société congolaise dénoncés par l’auteur. Georges s’inquiète du métissage dans nos sociétés : « Pas étonnant que certains enfants issus du métissage (…) soient plongés dans une quête infinie d’identité » (p.100). Avec Rodrigue, ce sont les gouvernants qui sont décriés pour leur mauvaise gestion de la cité puisque « les gens sont nommés ministres à vie et bénéficient d’une prime à la médiocrité » (P.102). Richard, de son côté, vit « dans un pays où les gens n’ont aucune culture de livre » (p.106). « Bual bua fua », un texte qui nous plonge dans certaines tristes réalités d’une société que les politiques tireraient par le bas. Une peur morbide : une intertextualité avérée Une spécificité dans ce recueil de nouvelles : l’intertextualité qui est agréablement développée dans le texte éponyme. On remarque dans son coulé narratif des titres de certains ouvrages sans pour autant en tâcher la littéralité de la diégèse. Cette technique de découvrir un livre dans un autre livre pousse le lecteur à être concomitamment en face de deux ou plusieurs récits : « Lacara dans Les Balançoires ne fantasmait-elle pas à la vue des aéronefs qu’elle apercevait au décollage comme

CULTURE : Le Forum des Gens de Lettres : Pour la promotion de la littérature congolaise

CULTURE : Le Forum des Gens de Lettres : Pour la promotion de la littérature congolaise

Nous voici presque six mois en séjour au pays en train de travailler sur la promotion de la jeune génération des écrivains congolais au sein du Forum des Gens de Lettres, ONG créée en 2013 et reconnue par le Ministère de l’Intérieur une année après. Il est présidé par l’écrivain Ernest Bompoma Ikele. La littérature congolaise s’avère florissante et prolifique et cela se remarque par le Forum des Gens de Lettres qui essaie, tant bien que mal, à travers la présentation des nouveaux ouvrages par le biais du Ministère de la Culture et des Arts. Beaucoup de présentations d’auteurs avec leurs les ouvrages sous la houlette du Forum. Le professeur Ernest Kiamba a présenté son essai intitulé Politique de l’Education : Formation des compétences et construction de l’Etat en république du Congo le 31 septembre 2017 dans l’auditorium de la Préfecture de Brazzaville. Votre serviteur a eu à présenter son dernier roman Au-delà des maux ou Du sang et des larmes des uns et des autres le 5 août 2017 dans la salle de conférence du ministère de la Culture et des Arts. Jean Nzoussi a eu à inviter le Forum à Sibiti pour la présentation de son recueil de nouvelles intitulé Aurores publié par les éditions Les Lettres Mouchetées cette année et analysé brillamment par l’écrivain Florent Soni Zaou, événement qui a eu lieu le 9 septembre 2017. Aux présentations des ouvrages des auteurs pour leur promotion, s’est ajoutée au sein du Forum une innovation introduite dans le programme du Forum par son communicateur, l’écrivain Jessy Loemba : les cafés littéraires. Jusqu’au moment où nous mettons sous presse, quatre cafés littéraires ont été organisés : le 21 octobre 2017, l’écrivain Ernest Bompoma est mis en valeur avec son texte éponyme extrait de son recueil de nouvelles intitulé Le chaos. Le 28 novembre 2017, le café littéraire s’est fondé sur Le silence de la tombe de l’écrivaine Virginie Awe. A propos de cette dernière, il sied de rappeler qu’elle a été présente à Massengo à l’occasion de la cérémonie de l’attribution de nom de certains écrivains aux salles de classe de l’école Joseph Perfection où elle a offert 200 livres. Deux autres cafés littéraires ont été organisés respectivement le 7 novembre 2017 sur l’œuvre du poète Glad Amog et Lemra intitulé L’Oreiller des lamentations à l’occasion de la journée de l’écrivain africain, ouvrage analysé par le poète Huppert Malanda et sur Le triomphe de Magalie, premier roman publié de la plus jeune écrivaine Calissa Ikama à l’occasion du 10è anniversaire de sa mort le 11 novembre 2017. Ce livre a été analysé par le poète Ourbano Makita. Au cours de ces manifestations littéraires, s’est remarquée l’absence notoire des écrivaines de la place, excepté la nouvelle étoile du Forum, Virginie Awe dont nous avons senti la présence à toutes les manifestations auxquelles nous avons assisté. Même au cours du café littéraire organisé pour l’œuvre de cette dernière, un constat amère : aucune présence d’écrivaine. Triste réalité pour une phratrie qui doit se consolider alors que sous d’autres cieux, comme au salon du livre de Paris, on voit comment les écrivaines congolaises se serrent les coudes pour la visibilité de leurs œuvres. Le contact permanent de Virginie Awe avec ses collègues écrivains lui a permis de « philosopher » sur sa première œuvre publiée. Aussi ces contacts permanents l’ont poussée à mettre en chantier son prochain « bébé » pour affirmer sa fonction d’écrivaine, passant du statut d’écrivante au celui d’écrivaine. On la voit déjà sur les pas de ses aînées telles Marie-Louise Abia, Emilie Flore Faignond, Marie Léontine Tshibinda, Natasha Pemba, Alphoncine Nielenga Bouya, Liss Kihindou, Huguette Massanga pour ne citer que ces quelques figures rayonnantes de notre littérature féminine car la liste est longue. Le Forum des Gens de Lettres, un patrimoine que la nouvelle génération d’écrivains congolais doit conserver pour la promotion des œuvres de ces derniers, à l’image de ce que nous avons dans l’Hexagone avec la Société des Gens de Lettres. Aux jeunes écrivains de prendre conscience de leur outil de promotion littéraire qui semble être négligé au pays mais qui suscite une grande admiration au niveau de la diaspora. Noël Kodia-Ramata