Crise sécuritaire dans l’Est de la RDC : une mission parlementaire africaine à Kinshasa pour s’imprégner de la situation

Une délégation des parlementaires africains séjourne à Kinshasa depuis le début de cette semaine pour une mission d’information visant à s’imprégner de la situation de la guerre dans le Nord-Kivu et dans l’Ituri. Cette délégation d’information du Parlement panafricain a bouclé la première phase de sa mission, mercredi 4 décembre, par des consultations à Kinshasa avec des députés de la majorité, de l’opposition mais aussi le réseau des organisations de la société civile. Cette mission se rendra ce jeudi à Goma pour palper la situation sécuritaire dans cette partie du pays. La délégation des députés de l’opposition, conduite par le député national Christian Mwando, a été reçue en premier. Elle a confirmé à la mission d’information du Parlement panafricain l’agression de la RDC par le Rwanda. « S’agissant du premier point, l’opposition politique a confirmé à cette délégation l’agression de la RDC, dans sa partie Est, par le Rwanda et ses supplétifs du M23. L’opposition politique a, à cette occasion, insisté sur la nécessité de la cohésion nationale », a indiqué Christian Mwando. La rencontre avec la majorité parlementaire, conduite par le député Crispin Mbindule, s’est déroulée à huis-clos. Le député national Eliezer Ntambwe qui en dévoile les grandes lignes fait remarquer que « la question des FDLR est un faux argumentaire brandi par le Rwanda ». Pour lui, les députés de la majorité maîtrisent le dossier et ont pu retracer, à l’intention de leurs paires africains, l’historique de ce conflit, tout en relevant la dimension de l’exploitation minière. La question des ADF Nalu, qui sont sur le sol congolais, considérés comme des terroristes et sont des ressortissants de plusieurs pays, a-t-il renchéri. Le réseau international Net Word for social protection right a été aussi reçu par la mission des parlementaires panafricains. Ce réseau compte plus d’une centaine d’organisations de la société civile. Il plaide pour la fin de la souffrance des congolais. Aisée Atum Kassuniin, son représentant, explique : « Cette rencontre est une opportunité de parler avec la délégation du PAP et de les interpeller sur leur silence. Il est temps que l’Afrique mutualise les efforts, pour le rétablissement de la paix ». Cette délégation des parlementaires africains sera reçue ce jeudi par le président du l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, avant de s’envoler pour Goma où elle pourra se rendre compte des réalités de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est du pays. Radio Okapi
Le Président Felix Tshisekedi réclame des sanctions ciblées contre le Rwanda pour mettre fin à la crise sécuritaire à l’Est de la Rdc

Dans son discours à la tribune de la 79 ème Assemblée générale des Nations-Unies, le Président de la République Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a consacré un chapitre important à la situation sécuritaire préoccupante dans l’Est de la RDC. Le Chef de l’État a appelé à des sanctions contre l’agresseur rwandais. « La résurgence du groupe terroriste M23, soutenu par le Rwanda, a provoqué une crise humanitaire sans précédent, avec près de 7 millions de déplacés internes… Nous appelons la communauté internationale à condamner fermement ces actes et à imposer des sanctions ciblées contre le Rwanda pour son rôle déstabilisateur. », a dit le Président Tshisekedi du haut de la tribune des Nations-Unies. Au sujet de la protection des ressources naturelles de la RDC, le chef de l’Etat a dit: « Il est essentiel de renforcer la traçabilité des minerais stratégiques, indispensables aux équipements technologiques, afin d’assurer une exploitation responsable et durable de nos ressources. » Au sujet de la feuille de route de Luanda le président Félix Antoine Tshisekedi a déclaré que : « La RDC est résolument engagée dans la mise en œuvre de la feuille de route adoptée dans le cadre du processus de Luanda, que je soutiens fermement, qui promeut un dialogue de haut niveau visant à restaurer la confiance entre la RDC et le Rwanda, tout en minimisant le risque que la crise sécuritaire actuelle ne dégénère en conflit régional”. « Riche en biodiversité et en ressources naturelles, la RDC se positionne comme un acteur clé dans la lutte contre le changement climatique”, a dit le Chef de l’État réaffirmant le rôle de premier plan que la RDC entend jouer.
Crise sécuritaire dans l’Est de la Rdc : Les Présidents Félix Tshisekedi Et Joao Lourenco appellent au respect du cessez-le-feu

Ce lundi à la Cité de l’Union africaine, le Président Félix Tshisekedi a eu un tête-à-tête de 40 minutes avec son homologue angolais João Lourenço, médiateur de l’Union africaine pour le retour de la paix dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), en visite de travail à Kinshasa. Le Processus de Luanda ainsi que le cessez-le-feu décidé par la RDC et le Rwanda lors de la réunion ministérielle du 30 juillet dernier étaient au centre de leurs échanges. A l’issue de cette rencontre, les deux Chefs d’Etat ont présidé une séance de travail élargie à leurs proches collaborateurs, avant l’animation d’un point de presse conjoint par les ministres des Affaires étrangères des deux pays. « Les Présidents Félix Tshisekedi et João Lourenço ont salué l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 4 aout dernier et ont exprimé leur attachement ferme à ce que cela soit respecté », a déclaré Mme Thérèse Kayikwamba, ministre des Affaires étrangères de la RDC. « Le Président Félix Tshisekedi a réitéré la pleine disponibilité du gouvernement congolais à participer à toutes les prochaines étapes du Processus de Luanda sous les auspices du médiateur João Lourenço », a-t-elle rajouté. Selon la ministre congolaise des Affaires étrangères, « nous sommes dans une dynamique encourageante dans laquelle le cessez-le-feu est largement observé. Nous maintenons cette dynamique positive parce que nous réitérons que le cessez-le-feu va créer les conditions propices pour que nous puissions nous attaquer aux problèmes de fond. » En ce qui concerne le monitoring de ce cessez-le-feu, le ministre angolais des Affaires étrangères Téte António a précisé qu’il y a un mécanisme de vérification ad hoc mis en place et qui sera renforcé pour qu’il soit mieux outillé afin de remplir correctement sa mission.
Rabat : Célébration à la cathédrale Saint-Pierre de la Journée commémorative du Genocost à l’Est de la RDC

Une messe a été célébrée, vendredi 2 août, à la Cathédrale Saint-Pierre X de Rabat (Maroc), en hommage aux victimes des massacres commis à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Organisée à l’occasion de la première journée commémorative du GENOCOST (génocide commis à des fins économiques), cette messe a réuni la communauté congolaise au Maroc sous la haute autorité de Son Excellence M. Henri Mangaya Mondowa, Ambassadeur de la République démocratique du Congo au Royaume du Maroc. Tous de noir vêtus, en signe de deuil, les Congolais résidant au Royaume du Maroc ont répondu présent à l’appel des autorités diplomatiques pour condamner le GENOCIDE perpétré contre leurs compatriotes à l’est de la RDC et dire leur solidarité avec les millions de victimes de guerre qui continue de sévir dans cette partie du pays. « Nous saluons de la décision prise par le gouvernement pour dénoncer le génocide et les crimes de guerre contre nos compatriotes », a déclaré à cette occasion Blaise Kizamba, un des responsables de la communauté congolaise. « C’est aussi un moment pour nous d’attirer l’attention de toute la communauté internationale, des pays frères et amis, épris de paix sur les atrocités et crimes que vivent nos populations de l’Est et sur l’impérieuse nécessité de ramener la paix dans le pays et de garantir l’intangibilité de nos frontières », a-t-il asséné. « La commémoration du GENOCOST est une occasion pour nous de se souvenir de nos victimes et de rendre hommage à leur mémoire », a pour sa part indiqué Stéphane M’boma, président l’association DICOMA (Diaspora congolaise du Maroc). Pour rappel, depuis trois décennies, la République Démocratique du Congo, dans sa partie Est, est le théâtre de conflits armés, des pillages de ressources naturelles et d’autres atrocités commises par des groupes armés soutenus par des forces étrangères, qui ont couté la vie à plus de 12 millions de Congolais. Des violences qui laissent dernière elles des familles déchirées et des communautés brisées sous le regard indifférent du monde entier. C’est pour marquer son opposition à cette tuerie que le peuple congolais dans sa majorité a décidé de faire du 02 août de chaque année une journée officielle de commémoration du GENOCOST, permettant ainsi aux Congolais de se retrouver autour d’un idéal commun et faire face à ces atrocités qu’ils endurent depuis 30 ans. Fredrich Gunther Mbemba
RDC : Le paradoxe des sanctions américaines…

TRIBUNE. « L’AFC perpétue l’instabilité politique et un conflit meurtrier en exacerbant une crise humanitaire dans l’est de la RDC. Les États-Unis s’engagent à tenir pour responsables ceux qui menacent la paix, la sécurité ou la stabilité de la RDC » annonce un communiqué du Département du Trésor américain. Ça parait si beau et si encourageant pour le pouvoir de Kinshasa et pour de nombreux internautes qui jubilent en prenant ces sanctions comme une victoire diplomatique mais moi personnellement je n’en suis pas convaincu. Pourquoi ? Toutes les analyses menées par de meilleurs spécialistes du conflit de la région des grands lacs tombent d’accord sur deux vérités de base. La première est que toutes ces rebellions de M23, AFC et Twiraneho etc. sont des simples prête-noms de l’armée patriotique rwandaise aux différents mouvements rebelles. Ces derniers sont armés, financés et téléguidés directement à partir de Kigali. La preuve? À chaque pourparler de paix de Luanda, Nairobi et tout dernièrement à Zanzibar ou à Kampala, ce n’est point Bertrand Bisimwa ni Corneille Nangaa qui se présentent autour de la table de négociation avec la RDC mais bel et bien les officiels du gouvernement rwandais. Bref, condamner M23 ou AFC qui sont des simples marionnettes ou des minables laquais aux ordres de Kigali, ça ressemble à s’attaquer aux lieutenants et aux exécutants sans vouloir toucher à leurs commanditaires qui sont connus de tous, notamment Paul Kagame et ses comparses qui tuent et opèrent des massacres de masse en RDC sans que le Département d’Etat américain ne lève le petit doigt. La deuxième vérité est plus douloureuse à accepter. Lorsque le département américain du Trésor a annoncé jeudi 25 juillet une série de sanctions visant une coalition de groupes rebelles congolais, il n’a pas été difficile de comprendre leur volonté de manipuler la vérité historique et de faire croire à l’opinion internationale que la guerre qui se déroule en RDC est un conflit congolo-congolais. Nous sommes en face d’une guerre de mots et d’une manipulation des faits qui vise à masquer la vérité profonde de cette guerre devenue pourtant une guerre INTERNATIONALE dans laquelle sont impliqués plusieurs pays et puissances occidentales. Le détail important qui a échappé aux yeux du citoyen lambda, c’est le fait que ces sanctions ne sont prononcées ni par le département d’état américain ni par la Maison Blanche mais bien par le Département du TRÉSOR américain dont la principale mission dans ses relations extérieures, est de diriger la politique économique et l’évolution de la situation économique nationale et internationale en élaborant des mesures nécessaires pour faire face aux événements touchant les marchés financiers. Ces sanctions sont à percevoir comme une proclamation de STATU QUO de la politique de prédation instaurée en RDC depuis 1996 via des pays sous-traitants dans la région des grands lacs. Déjà des chercheurs de renom notamment Honoré Ngbanda, Charles Onana, Pierre Péan et Patrick Mbeko nous ont éclairé la lanterne sur la guerre du Congo qui se veut un arbre qui cache la forêt. Quelle forêt? Il s’agit de la nébuleuse militaro-politique derrière le Rwanda dont les leviers de commande sont actionnés à partir de Washington. Le pyromane peut-il espérer éteindre le feu? Le coupable peut-il s’arroger le privilège d’être juge et partie? Je me le demande sincèrement… Mon avis est que ces sanctions sont un enfumage, un scénario par lequel Pilate se lave les mains pourtant ses ablutions politiques ne suffiront pas pour dissuader la condamnation à mort d’un peuple innocent. Ni la récente trêve humanitaire décidée unilatéralement par qui l’on sait, ni les soi-disant sanctions contre les petits fretins ne pourront améliorer le climat sécuritaire au Congo-Kinshasa. Rien de bon et d’efficace n’en sortira. Laissons cela aux rêveurs impénitents. Prenons-nous en charge nous congolaises et congolais pour pouvoir inventer résolument d’autres voies de pacification et de sécurisation de notre territoire national… Qu’on se le tienne pour dit! Par Germain Nzinga
L’est de la RDC est « au bord de la catastrophe », préviennent l’ONU et ses partenaires

Vingt hauts responsables d’agences des Nations Unies et d’organisations partenaires ont lancé mardi un cri d’alarme sur l’escalade du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) qui entraîne des niveaux records de violence sexiste, de déplacements et de faim et menace de pousser le pays « au bord de la catastrophe » sans une action internationale urgente. Des décennies de conflit et l’urgence humanitaire qui en résulte ont déjà épuisé et traumatisé des millions de civils congolais. Rien qu’au cours des derniers mois, plus de 700.000 personnes ont été contraintes de fuir leur foyer, portant le nombre total de personnes déplacées à un niveau record de 7,2 millions. Ecart entre besoins et ressources « Il est essentiel de veiller à ce qu’une aide suffisante parvienne rapidement et sans entrave aux civils dans le besoin. Mais le Plan de réponse humanitaire de cette année est terriblement sous-financé, avec seulement 16% des 2,6 milliards de dollars demandés ayant été reçus. L’écart entre des besoins en augmentation rapide et des ressources suffisantes signifie que des millions de personnes se retrouvent sans le soutien vital dont elles ont besoin », préviennent les hauts responsables dans cet appel conjoint. Parmi les signataires, il y a Martin Griffiths, Coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Janti Soeripto, présidente et directrice générale de Save the Children, Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Catherine Russell, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Cindy McCain, Directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (PAM), et Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon ces hauts responsables, ce manque de ressources aggrave la crise en obligeant les organisations humanitaires à réduire leur aide, les femmes et les filles payant un prix extrêmement élevé. Violence sexiste « Le manque de protection et de sécurité dans les camps de déplacés surpeuplés signifie que de nombreuses personnes sont obligées d’échanger des relations sexuelles pour survivre et subvenir aux besoins de leur famille. Lorsqu’elles s’aventurent dehors pour aller chercher du bois de chauffage, de l’eau ou pour travailler, elles sont également exposées à des niveaux effroyables de violence sexuelle », écrivent-ils. Les cas enregistrés de violence sexiste ont augmenté entre 2022 et 2023. La stigmatisation et la peur des représailles empêchent de nombreuses survivantes de se manifester. Outre la violence sexuelle, les enfants sont également exposés à d’autres menaces, notamment aux enlèvements, aux meurtres, aux mutilations et au recrutement par des groupes armés. En outre, plus de 25 millions de personnes – un quart de la population – continuent d’être confrontées à des niveaux d’insécurité alimentaire de crise ou d’urgence en RDC, un pays confronté à l’une des plus grandes crises alimentaires au monde. Le choléra et la rougeole se propagent également rapidement alors que le secteur de la santé continue de se détériorer. Pour mettre fin à l’escalade de la crise humanitaire en RDC, l’ONU et ses partenaires estiment qu’il faut s’attaquer à ses causes profondes : le conflit, l’exploitation des ressources naturelles, les flux financiers illicites, les inégalités entre les sexes et les déficits de développement. « Nous devons intensifier notre soutien au peuple congolais, notamment aux femmes et aux filles qui subissent le plus gros de ce conflit, alors qu’elles s’efforcent de reconstruire leur vie et leurs moyens de subsistance et de rentrer chez elles. La communauté internationale doit mobiliser des ressources supplémentaires pour la réponse humanitaire et le soutien aux organisations de la société civile – ainsi que la volonté politique de mettre fin une fois pour toutes à la violence », concluent les hauts responsables dans leur appel. Accélération de la détérioration de la situation humanitaire S’exprimant lors d’une conférence de presse à Genève, le Coordinateur humanitaire des Nations Unies pour la RDC, Bruno Lemarquis, a également lancé un cri d’alarme concernant la « nature dramatique » de la crise dans l’est de la RDC. « La situation humanitaire à l’est de la République démocratique du Congo s’est vraiment détériorée depuis une année, avec une accélération de la détérioration depuis ces derniers mois du fait de la dégradation de la situation sécuritaire… principalement due à la résurgence, il y a deux ans, du mouvement M23 au Nord-Kivu. C’est également dû à l’activisme d’autres groupes armés et à d’autres poches d’insécurité dans d’autres endroits de ce pays immense », a-t-il expliqué aux journalistes. Il a noté que la ville de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, est maintenant complètement encerclée, et que le M23 continue d’avancer vers le nord du Nord-Kivu et mais aussi vers le Sud-Kivu. Il a mentionné un autre groupe armé, les ADF, « très actif en ce moment et qui crée énormément de dégâts ». « C’est un groupe extrêmement violent qui à sa base en Ouganda et qui a prêté allégeance à l’État islamique et qui fait énormément de dégâts au nord du Nord-Kivu et au sud de l’Ituri », a-t-il souligné. Selon le Coordinateur humanitaire, cette crise du M23 a des conséquences directes et des conséquences indirectes multiples. La conséquence directe la plus visible, ce sont des déplacements massifs de populations des territoires qui sont occupés par le M23. Les conséquences indirectes, ce sont notamment des déplacements de populations vers la province du Sud-Kivu, une province qui est déjà sous tension. La 2e conséquence indirecte est le vide sécuritaire créé par la crise du M23 dans la province de l’Ituri du fait du déplacement de troupes par le gouvernement congolais pour combattre ce groupe armé. « La 3e conséquence indirecte, c’est la trajectoire de développement de la République démocratique du Congo puisque du fait de cette crise à l’Est, il y a énormément d’énergie, d’attention et de ressources qui sont investies sur cette crise », a ajouté M. Lemarquis, citant notamment les dépenses militaires de la RDC qui ont doublé en 2023 par rapport à 2022. Selon lui, la RDC reste un théâtre d’opérations parmi les plus dangereux au monde pour les
Les femmes déplacées dans l’est de la RDC paient un lourd tribut en matière de violences sexuelles
REPORTAGE. A l’ombre de la guerre infligée par les rebelles armés dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les femmes déplacées paient un lourd tribut en matière de violences sexuelles, tentant de survivre au milieu de la spirale des tensions qui ne montre quasiment aucun signe d’apaisement pour le moment. Dans le site de Bulengo situé à dix-sept kilomètres de la ville de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, sur la route vers la cité de Saké, théâtre des combats entre les militaires congolais et les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), près d’un millier de cas de violences sexuelles ont déjà été enregistrés par les responsables du site et le comité de surveillance et d’alerte depuis l’arrivée des déplacés dans la zone en début d’année. Depuis l’année dernière, environ 800.000 personnes ont trouvé refuge dans le site de déplacés de Bulengo, au quartier dit du « Lac vert », à la périphérie ouest de la ville de Goma, dont la majorité vient du territoire de Masisi, après avoir fui les combats toujours en cours entre les militaires et les rebelles du M23, qui ont pris le contrôle de nombreux territoires. « Par semaine, il nous arrive d’enregistrer au minimum 60 à 90 cas de viols que les victimes elles-mêmes signalent à notre comité de surveillance dans le site. La majorité des cas que nous enregistrons proviennent des alentours des sites de déplacés lorsque les femmes sont en brousse à la recherche de légumes et de bois de chauffage », a déclaré Biogi Esperance, responsable du comité d’alerte au site de Bulengo. Assise dans une salle de fortune aménagée par les ONG dans le site de Bulengo, une vingtaine de femmes, dont la majorité sont mère et femme au foyer, ont toutes une histoire à raconter concernant leurs bourreaux. « J’ai aussi été violée (…) Ils m’ont violée aussi plusieurs fois (…) Nous sommes nombreuses ici dans le site de Bulengo, d’ailleurs les autres ne veulent juste pas venir parler par peur », peut-on entendre plusieurs femmes lancer dans la salle lors de l’entretien avec Xinhua. « Si l’on parlait, nos maris pourraient nous quitter. Même si l’on parlait, rien ne changerait », a murmuré une victime, d’une voix entrecoupée. Des femmes violées dont l’histoire est connue font également face aux abandons de leurs conjoints qui majoritairement décident de quitter leurs familles pour aller vivre ailleurs par honte. Une situation qui traumatise de plus en plus certaines victimes qui souffrent doublement, selon le dire de Mme Biogi Espérance. Josiane, mère de six enfants, a confié avoir déjà été violée plusieurs fois à ce jour depuis novembre dernier, parfois en route vers la brousse à quelques kilomètres de là pour chercher du bois de chauffage à revendre autour de sa tente, où elle habite avec sa famille. Avec un visage d’amertume et déception, Josiane a souligné que l’une de ses filles âgées de 17 ans avait déjà fait aussi l’objet d’un viol dans les mêmes circonstances au mois de janvier dernier. À en croire des témoignages recueillis auprès de femmes dans la zone, c’est souvent sous la pluie que des filles et femmes sont tombées entre les mains de prédateurs sexuels par manque d’endroits pour s’abriter. « C’est soit par manque d’un abri ou même par manque de quoi manger que la majorité des femmes sont victimes de viol ici dans le site généralement. Les gens ont faim et n’ont rien à donner à leurs familles, et donc sont souvent victimes d’abus sexuels masqués par contrainte », a indiqué à Xinhua un responsable membre du comité de gestion du site de Bulengo. « UN TERRIBLE ENGRENAGE » Avec les combats entre les militaires congolais et les rebelles du M23 se rapprochant des sites de déplacés, les groupes armés omniprésents alimentent les violences sexuelles, une situation par rapport à laquelle plusieurs organisations qui opèrent dans la prise en charge des victimes déplacées ont donné l’alerte. Un grand nombre de victimes interrogées sur place accusent les personnes avec des armes à feu d’être responsables de viol contre les femmes autour du site des déplacés et ailleurs, et plus particulièrement les groupes armés, dont certaines positions de combats sont depuis un moment proches des sites de déplacés situés sur la route entre Goma et Saké. « Il y a même des groupes armés qui trouvent actuellement refuge autour du site des déplacés lorsqu’ils se replient de la zone de combat et c’est pour ça que certaines bombes ennemies arrivent maintenant à toucher même une partie du camp. Des cas de kidnappings sont régulièrement signalés au sein du site et des femmes et jeunes filles mineures hautement exposées face à cette situation », a pour sa part insisté un responsable local anonyme de la société civile du Nord-Kivu. « C’est un terrible engrenage », a-t-il insisté. Fin mars, Peter Chirimwami, gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu a souligné que la province du Nord-Kivu comptait actuellement plus de 2.700.000 déplacés internes qui ont fui les affrontements entre les militaires congolais et les rebelles du M23. « Avec cet afflux massif de déplacés, la situation dans les camps de déplacés autour de Goma devient intenable, car il y a environ dix morts enregistrées par jour dans les camps de déplacées dues aux épidémies et à l’insécurité », a précisé mardi Peter Chirimwami.
Est de la RDC: une quinzaine de morts dans de nouvelles attaques des ADF
Entre 10 et 15 civils ont été tués depuis vendredi dans la région de Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo, dans de nouvelles attaques des rebelles ADF, affiliés au groupe Etat islamique, a-t-on appris dimanche de sources locales. « Il est urgent que les autorités mettent fin à cette barbarie! », a déclaré à l’AFP Pépin Kavota, président de la société civile de Beni, ville du nord de la province du Nord-Kivu particulièrement frappée par les exactions des ADF (« Forces démocratiques alliées »). Selon lui, la plupart des victimes ont été décapitées. Leurs attaques se sont multipliées ces dernières semaines dans cette région ainsi que dans la province voisine d’Ituri. « Ça fait un mois que notre quartier est victime des attaques à répétition des ADF », s’est également indigné Antoine Kambale, chef adjoint du quartier de Sayo, dans la commune de Mulekera, au nord-ouest de Beni. Vendredi, 14 civils ont été tués dans plusieurs endroits du quartier, a précisé M. Kambale, ajoutant qu’une nouvelle attaque en avait visé un autre dans la nuit de samedi à dimanche, faisant encore deux morts – une femme et un policier. Selon lui, les assaillants ont notamment attaqué et incendié une structure sanitaire où ils ont pillé des médicaments, comme cela s’était produit il y a moins de deux semaines dans une autre commune du territoire de Beni, Mangina, où au moins 10 personnes avaient également été tuées. Le colonel Ngongo Mayanga, bourgmestre de Mulekera, a de son côté chiffré à plus de 10 civils tués le bilan de ces nouvelles attaques, en soulignant qu’il était encore provisoire. « Pour l’instant, nous en sommes à l’étape du ramassage des corps », a-t-il dit, ajoutant que « l’armée se déployait en grand nombre pour contrer la menace ». Les ADF, à l’origine des rebelles ougandais majoritairement musulmans, sont implantés depuis le milieu des années 1990 dans l’est de la RDC, où ils ont tué des milliers de civils. Ils ont prêté allégeance en 2019 à l’EI, qui les présente comme sa « province d’Afrique centrale » (Iscap), et sont aussi accusés de récentes attaques sur le sol ougandais. Fin 2021, Kampala et Kinshasa ont lancé contre eux une opération militaire conjointe, baptisée « Shujaa », sans parvenir jusqu’à présent à mettre fin à leurs exactions. AFP