Festival de la Ḥaḍra féminine à Essaouira : Du souvenir rituel à la perspective de la reconnaissance symbolique de la voix féminine

Essaouira, pour sa dixième édition, est l’hôte du Festival de la Ḥaḍra féminine et de la musique du ḥāl. Cet événement est orchestré par l’Association des Ḥaḍrāt d’Essaouira et dirigé par l’artiste Latifa Boumazough. Ce festival se définit comme une démarche culturelle qui transcende la notion d’événement artistique éphémère pour s’aligner sur un projet symbolique cherchant à questionner la position de la ḥaḍra féminine dans l’architecture profonde du patrimoine soufi marocain. Il ne se limite pas à faire référence à la mémoire spirituelle, mais vise à la réinterpréter et à la libérer de l’isolement historique qui a longtemps marqué les manifestations féminines, restées cantonnées à l’expression orale et aux lieux rituels fermés. Cette version repose sur une conscience critique affirmant que la ḥaḍra féminine n’est pas simplement un prolongement festif de l’expérience soufie masculine ni un aspect folklorique subalterne. Elle représente un système esthétique et cognitif indépendant, qui a participé à l’édification de l’imaginaire spirituel marocain et à la formulation d’une relation unique entre le corps et le dhikr, la voix et l’extase, le temps rituel et la mémoire collective. Dans ce sens, le festival vise à réhabiliter la voix féminine en tant que symbole de la production de sens soufi, et non comme un simple vecteur performatif dans une structure préconçue. Le 19 décembre 2025, le festival commence avec un défilé d’ouverture sur la place Al-Menzah, marquant symboliquement la transition de l’espace rituel fermé à l’espace public ouvert. La ḥaḍra féminine est réintégrée dans le décor urbain non pas en tant que spectacle, mais comme un discours corporel et vocal qui interagit avec la ville, ses résidents et ses visiteurs. Cette décision reflète un désir délibéré d’intégrer la mémoire spirituelle féminine dans le quotidien et de rétablir la connexion entre le rituel et l’espace public. Dans la soirée, le festival se déroulera au Centre culturel d’Essaouira, où les discours de la direction du festival et des délégués de la région Marrakech-Safi, de la Direction provinciale du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication – département de la Culture, ainsi que de la Commune d’Essaouira seront prononcés. Cette présence officielle revêt un grand symbolisme, démontrant la progression de la ḥaḍra féminine de la périphérie vers une reconnaissance institutionnelle, du souvenir discret à l’engagement culturel structuré. Cela se déroule dans un cadre national et international où l’importance de préserver le patrimoine immatériel est de plus en plus reconnue. La dimension artistique s’initie avec des prestations spirituelles et musicales qui illustrent la diversité de la ḥaḍra féminine marocaine. Y participent la troupe OuladChṭa d’art hassani (Tata), la troupe des Ḥaḍrāt d’Essaouira, qui représente la ville accueillante, ainsi que la troupe Aïcha Addoukkalia de Salé. Ces participations mettent en évidence l’unité de la tradition soufie à travers une diversité d’expressions locales, où rythmes, gestes et chants s’unissent pour créer une expérience extatique collective, transcendant les frontières géographiques tout en conservant les particularités culturelles. Le 20 décembre 2025, lors du second jour, le festival se tourne vers une exploration intellectuelle et cognitive de l’expérience soufie au féminin grâce à une discussion organisée à la Maison de la Mémoire. Le sujet « La femme dans l’expérience soufie » y est débattu sous la conduite du Dr Noureddine Danyaji. Cette rencontre représente une opportunité de réflexion commune sur le rôle des femmes dans le soufisme, leur apport à la création de sens spirituel, au développement des symboles et à l’établissement des valeurs éthiques et esthétiques au sein de la culture marocaine. Le programme propose aussi une présentation scientifique intitulée « La ḥaḍra féminine dans la culture hassanie : la danse de la Guedra comme modèle », mise en scène par l’expert et critique Brahim El Haissen, avec une préface du critique et artiste Chafik Ezzouguari. Cette présentation examine la ḥaḍra en tant que système anthropologique élaboré, où le corps, le rituel et la mémoire collective se rejoignent, dans une interaction dialectique qui transforme le mouvement en une expression de dhikr et le rythme en un instrument d’appel à l’absence et d’intensification de la présence spirituelle. La même occasion est ponctuée par la présentation du recueil « Mysticité et plasticité » (en français) de la poétesse et artiste visuelle Loubaba Laalej, accompagnée d’une lecture d’extraits en arabe, réalisée par le traducteur et critique Dr Abdellah Cheikh. Cela crée un espace de conversation entre la poésie, les arts visuels et l’expérience soufie, où l’œuvre d’art devient un champ d’expansion pour la méditation spirituelle, le langage visuel une extension du dhikr et le poème un point de rencontre entre le tangible et l’intangible. Le festival se termine le soir même au Centre culturel d’Essaouira avec des présentations artistiques réalisées par la troupe Banat Al-Ḥaḍrāt d’Essaouira, la troupe Banat Benouassate de Marrakech et la troupe HindEnnaira d’Essaouira. Ce constat atteste que la ḥaḍra féminine n’est pas seulement une relique du passé, mais une tradition vivante de mémoire, un lieu de renaissance spirituelle et un lien culturel entre patrimoine et modernité, redonnant à la femme son rôle symbolique et intellectuel dans la conservation de la mémoire soufie marocaine à l’époque actuelle.
MOGA Festival consacré “Meilleur Événement International » à Heavent Paris 2025

MOGA Festival vient d’être récompensé à HEAVENT Paris, plus grand salon européen de l’événementiel, en recevant le prix du Meilleur Événement International (moins de 15 000 personnes). Cette distinction souligne le succès d’un concept unique né à Essaouira en 2016 et développé depuis 2021 à la Costa da Caparica, au Portugal. À travers son ADN mêlant musique électronique, culture locale et art de vivre, MOGA s’impose aujourd’hui comme une référence sur la scène internationale des festivals à taille humaine. Au-delà de la performance artistique et organisationnelle, ce prix consacre une vision : celle d’un Maroc moderne, créatif et ouvert sur le monde, capable de faire rayonner ses destinations à travers des expériences culturelles innovantes et durables. « Remporter le prix du Meilleur Festival International aux Heavent Paris Awards est une reconnaissance de ce que représente MOGA : une communauté, une énergie, une manière de se connecter au-delà du dancefloor, souligne Matthieu Corosine, co-fondateur du MOGA Festival. De Essaouira à Caparica, MOGA est devenu bien plus qu’un festival : un esprit partagé qui unit les gens à travers la musique, la créativité et l’ouverture. Ce prix appartient à notre équipe, à nos partenaires, à nos artistes et à notre Tribe – toutes celles et ceux qui font vivre l’esprit MOGA chaque année. » Cette reconnaissance renforce la crédibilité et la visibilité du MOGA sur la scène internationale, tout en valorisant le rôle des partenaires institutionnels et privés qui accompagnent son développement : la Ville d’Essaouira, la Câmara Municipal de Almada, l’Office National Marocain du Tourisme, ainsi que l’ensemble des marques et acteurs locaux impliqués dans cette réussite. MOGA Festival continuera en 2026 à développer son concept sur de nouvelles destinations, en conservant l’esprit qui a fait son succès : une rencontre entre musique, culture, voyage et communauté. A propos de HEAVENT Paris : Événement organisé depuis 2001, Heavent Paris est le plus grand salon de l’événementiel en Europe. Il réunit chaque année plus de 20 000 professionnels et près de 450 exposants au Paris Expo – Porte de Versailles. Dans ce cadre, les Heavent Awards, véritable point de référence du secteur, récompensent chaque année les projets les plus innovants. Ces prix sont sélectionnés par un jury d’experts et mettent en avant les initiatives qui façonnent l’avenir de l’événementiel.
Arts plastiques : Mohamed Amine Najim expose son « Mir War» à Essaouira

ARTS. « Mir War» est le thème de l’exposition de l’artiste peintre Mohamed Amine Najim qu’abritent actuellement les cimaises de la galerie du BorjBab Marrakech d’Essaouira. Prévue jusqu’au 10 septembre 2025, cette exposition, dont le vernissage a eu lieu le 20 août, donne à voir et à apprécier les œuvres récentes de ce plasticien et médecin au talent confirmé. Fragments, jeux de miroirs, reflets… Tout cela se bouscule sur la toile en voisinages inattendus, suscitant chez le spectateur la surprise et le questionnement. Entre l’art et la médecine, il n’y a qu’un seul pas de danse. Tant qu’à faire! Voilà ce que l’on retient du parcours esthétique de l’artiste-peintre et médecin Mohamed Amine Najim. Son exposition «Mir War» découle de cette expérience entamée depuis plus de six ans visant la définition, la jonction entre l’absence et la présence, le vide et le plein, le visible et l’invisible. C’est ce que le public aura l’occasion de découvrir jusqu’au 10 septembre 2025 à la galerie BorjBab Marrakech d’Essaouira. Les œuvres de ce plasticien s’annoncent comme une nouvelle fenêtre de l’art contemporain marocain. S’appuyant sur plusieurs techniques, il réagit à la couleur et à la forme avec hardiesse et de façon décisive, dans une plénitude artistique qui réfléchit sa personnalité avec brio au fil de ses créations… Contempler ses tableaux permet de découvrir d’abord les motifs les plus divers comme des gouverneurs symboliques. Ensuite, des effets prismatiques émanent de la couleur, les contrastes des motifs confrontés de manière grotesque s’assemblent dans le scintillement et l’éclat du tourbillon. S’entremêlent ainsi rigueur scientifique et liberté lyrique doublée de poéticité pour créer un univers plastique où le verre, la couleur et la lumière sont de véritables sources d’imagination et dégagent des émotions intenses. «À l’instar de ses compositions au sein desquelles s’interpellent, se fragmentent, se reflètent des miroirs éclatés en autant de psychés reflétant des éclaboussures d’histoire qui, chacune, se font écho dans des clichés sans fin. Le miroir devient multiple et nous entraîne dans les dédales de ses compositions que l’artiste aurait, sans aucun doute, pu réaliser sur le mode abstrait, entraînant chacun de nous dans une sorte de vortex déstabilisant», indique l’écrivain et journaliste José Lenzini à propos de l’univers plastique de Mohamed Amine Najim. Selon lui, ce médecin poète n’a pas voulu céder aux sirènes de Psyché et aux noyades suffisantes. «Non ! Ses tableaux sont des représentations de notre quotidien, de celui que nous pouvons découvrir alentour, au sortir de l’exposition… Sans ces éclats de verre dessinant une troisième dimension… Celle-là même dans laquelle chacune de nous s’aveuglerait de cette obscurité, un moment illuminé, du fond de notre caverne au sein de laquelle nous parvient alors une lumière intense», poursuit-il. La superbe peinture du plasticien Mohamed Amine Najim, de caractère universel, ne saurait se limiter à ce regard récurrent sur les seuls environs de la peinture marocaine, maghrébine, arabe ou africaine. Ils ne sont que le point de départ d’une errance dans laquelle cet artiste et médecin nous entraîne avec lui. Le regard vacille sans cesse, émerveillé entre ses toiles où chacune, d’une seconde à l’autre, suscite une vision nouvelle. Bio-express : Mohamed Amine Najim est né le 11 août 1996 à Essaouira, au cœur du quartier populaire de la Sqala, dans une famille modeste composée d’un père fonctionnaire, d’une mère au foyer et d’une sœur aînée.Il passe l’ensemble de sa scolarité, de la maternelle au lycée, dans l’enseignement public, où il se distingue par un parcours remarquable et brillant, couronné en 2014 par l’obtention d’un baccalauréat en sciences mathématiques. Animé d’une double passion pour les mathématiques et la physique, il choisit de s’engager dans des études de médecine. Huit années d’apprentissage exigeant le conduisent, en 2022, à obtenir son doctorat en médecine. Son véritable amour pour les arts plastiques s’éveille très tôt et s’enrichit au fil des années par des incursions dans l’écriture, la poésie et le « zajal ». Cette sensibilité, à la fois scientifique et artistique, forge en lui un langage créatif singulier, où la précision du geste médical rejoint la délicatesse du travail verrier. Son art, façonné de patience et de persévérance, devient le miroir de sa personnalité.
Maroc. Essaouira et la progression des dunes : une problématique environnementale à multiples facettes

L’accumulation graduelle des sables à Essaouira, précédemment perçue comme un phénomène marginal d’ordre naturel, a évolué pour devenir un enjeu significatif sur les plans écologique, urbain et socio-économique. Ce phénomène, stimulé par une intensification des vents, l’escalade des déséquilibres climatiques et une gestion territoriale insuffisante, suscite actuellement de vives préoccupations concernant la capacité de cette cité historique à résister. C’est une dynamique environnementale géo-réconfortante à signaler. Essaouira, cité côtière inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, est depuis de nombreuses années affectée par un processus d’ensablement rapide. Cette dynamique est le fruit de l’interaction entre les vents prédominants, en particulier le Charki, et la migration spontanée des dunes côtières qui, sans systèmes de stabilisation, avancent vers les zones bâties. Selon le professeur chercheur, Moncef Abdelhak, ce déplacement de sable n’est pas un incident isolé. Cela s’inscrit dans une situation de perturbations climatiques mondiales caractérisées par une augmentation des températures, une diminution des précipitations et une détérioration graduelle du manteau végétal qui, auparavant, jouait un rôle de tampon dans la stabilisation des sols. L’assèchement du sol sablonneux, allié à la pression humaine exercée sur les écosystèmes littoraux, amplifie cette sensibilité. En effet, il y a de nombreux impacts sur la structure urbaine et le niveau de vie. «On observe des conséquences palpables de cette crise : réfection des routes, entrave aux accès commerciaux, dénaturation des espaces publics, obstruction des systèmes d’évacuation des eaux de pluie. Ces bouleversements modifient considérablement les dynamiques socio-économiques locales, notamment dans les domaines du commerce local et du tourisme, deux éléments fondamentaux», indique Moncef Abdelhak. De plus, la détérioration des services urbains, l’augmentation des opérations de dégagement coûteuses et inefficaces, ainsi que la défaillance des espaces publics affectent les conditions de vie des résidents. Cette situation favorise un sentiment d’abandon ressenti par les résidents et entraîne une érosion graduelle de la confiance accordée aux autorités publiques. Quid de la gouvernance environnementale ? Selon lui, le manque d’une stratégie environnementale intégrée dans la gestion de la ville d’Essaouira a grandement contribué à l’intensification de cette crise. Bien que des plans de nettoyage ou d’intervention occasionnelle aient été mis en place, ils restent largement inadéquats face à la nature systémique du problème.Le manque de proactivité dans la gouvernance sectorielle se manifeste par des retards dans les domaines de la planification écologique, de l’aménagement du territoire et de la restauration des écosystèmes de dunes. Pour réaliser un diagnostic territorial intégral ou pour examiner les solutions d’adaptation les plus efficaces, aucune étude d’impact environnemental complète n’a été mise en œuvre. Par ailleurs, les procédures de collaboration entre les acteurs publics, la communauté scientifique, la société civile et le secteur privé sont encore à leurs débuts, ce qui freine l’apparition d’une réponse coordonnée et multidimensionnelle. Des voies vers une résilience urbaine durable ? Devant ce contexte critique, le professeur chercheur pense qu’il est essentiel d’adopter une démarche systématique et multidisciplinaire. Les experts en aménagement et écologie identifient plusieurs options d’intervention. Il s’agit d’abord de la Stabilisation des dunes par la mise en œuvre des méthodes éprouvées telles que la fixation par végétalisation autochtone (cultivation d’espèces halophiles résistantes au vent), l’installation de filets anti-vent ou de ganivelles, ainsi que la réhabilitation des bordures boisées. Ensuite, la valorisation des zones tamponnées côtières. Cela passe essentiellement par la restauration des écosystèmes littoraux (zones humides, lagunes, cordons de dunes) afin de rétablir leur rôle de rempart naturel contre l’ensablement. Puis, il est question d’assurer un suivi et modélisation. Et ce à travers notamment l’établissement de systèmes de suivi par satellite et topographie qui permettent d’évaluer la progression des masses de sable et de simuler les scénarios d’intervention. Enfin, vient l’engagement communautaire qui nécessite l’élaboration de programmes de sensibilisation à l’échelon local, en partenariat avec les établissements scolaires, les coopératives et les organisations écologiques, dans le but de promouvoir une écocitoyenneté dynamique. Ajouter à cela, le développement institutionnel à travers la mise en place d’une équipe d’alerte environnementale constante, accompagnée d’un plan d’action explicite pour les municipalités, comportant des normes d’évaluation régulière. A.A Essaouira, un héritage écologique à préserver Le cas d’Essaouira met en lumière de manière aiguë les tensions entre l’expansion urbaine, la sauvegarde du patrimoine et les transformations environnementales. Sans une prise de conscience et une action collective immédiates, il y a un fort risque que cette ville, qui est hautement symbolique en raison de son patrimoine culturel et de sa localisation stratégique, subisse des perturbations irréversibles dans ses équilibres écologiques et sociaux. « La préservation d’Essaouira contre l’ensablement ne se limite pas à la protection d’un lieu touristique, elle vise également à conserver un équilibre entre l’homme, l’histoire et la nature. La réponse à ce défi doit correspondre à ce que représente la ville des alizés : un héritage vivant cherchant l’équilibre», conclut Moncef Abdelhak.
Neila Tazi : « Le Festival Gnaoua défend une singularité marocaine qui assume fièrement sa profondeur africaine »

MAROC. Dans un monde où les repères culturels s’uniformisent, le Festival Gnaoua et Musiques du monde, qui en est à sa 26ème édition, « défend une singularité marocaine qui assume fièrement sa profondeur africaine », affirme sa productrice Neila Tazi. Le secret du Festival, qui se tient du 19 au 21 juin courant à Essaouira au Maroc, « réside dans sa capacité à concilier fidélité et transformation », a-t-elle confié dans un entretien accordé à l’agence marocaine MAP. Il faut dire que, depuis sa création, ce grand rendez-vous cultive un équilibre entre la préservation rigoureuse d’un art ancestral, celui des Maâlems Gnaoua, et l’ouverture à des musiques et influences venues d’ailleurs. « Ce positionnement, à la fois enraciné et universel, permet au festival de parler à toutes les générations, à tous les publics », poursuivit Neila Tazi soulignant que c’est cette cohérence dans la vision, nourrie d’un engagement culturel et politique fort, qui explique la longévité du festival. Martin Kam
Maroc/Exposition. Hommage posthume à Abdelkader Bentajer et Ali Didouh à la galerie La Kasbah d’Essaouira

Les cimaises de la galerie La Kasbah d’Essaouira abritent actuellement les œuvres remarquables de deux artistes pionniers dans le domaine de l’art au Maroc: Abdelkader Bentajer (1949-2023) et Ali Didouh (1932-2002). Cette exposition remémorative s’inscrit dans le cadre du cycle «Les Immortels d’Essaouira », qui se veut un hommage posthume à ces deux peintres. C’est une manière aussi de célébrer leur héritage, mais également de mettre en avant leurs créations caractérisées par une forte dimension onirique et une grande éloquence. Abdelkader Bentajar, natif de la région de Marrakech, a été séduit par la cité d’Essaouira, cette ville de lumière suspendue entre ciel et terre, au point que, dans ses œuvres, il épouse les couleurs traditionnelles de la ville : le bleu et le blanc, chers aux cœurs des habitants et amoureux de la cité bleue. Pour lui, la couleur bleue est la plus belle, car le ciel bleu est le seul ami et le compagnon fidèle des êtres du commencement jusqu’à la fin. « Les compositions élaborées regorgent d’éléments semblables oucontrastants, disposés en une symétrie presque ésotérique, révélant une pureté visuelle. Les couleurs et les figures, exécutées avec une rigueur technique, incarnent une vivacité qui surpasse la simple esthétique. Le réalisme des références guide notre regard, tandis que le symbolisme des thèmes et des concepts éveille en nous des résonances admirables. Enfin, le trait, empreint d’une imagination fertile, nous ouvre les portes d’une fascination où l’inconnu devient palpable. Ici, l’attente logique est doublée par une révélation inattendue : les éléments réalistes, loin d’être figés dans leur matérialité, sont sublimés par ce que l’on pourrait nommer le « rêve mogadorien», souligne l’écrivain et critique d’artM’barekHousni. Quant au deuxième artiste impliqué dans cette belle aventure, cette exposition à la Galerie La Kasbah d’Essaouira, à savoir Ali Didouh, il adopte dans ses créations artistiques une approche minimaliste qui lui permet de saisir la nature même de ses sujets et de transmettre une profondeur émotionnelle à travers sa peinture. Se concentrant sur l’essentiel, il crée des œuvres qui trouvent une résonance particulière chez le spectateur. Pour l’écrivain et critique d’art M’barekHousni., l’œuvre d’Ali Didouh ne s’éparpille pas en mille détails. «Elle se concentre sur l’essentiel: peindre des êtres, hommes (et animaux, plantes), dont les regards, qu’ils soient de face ou de profil, captivent et envoûtent. Les yeux, omniprésents et magnifiés par leur taille, exercent une véritable emprise sur le spectateur. Ils sont lourds de sens et de présence, conservant, malgré la simplicité du traitement artistique, leur courbe naturelle et leur essence même. Les visages, les corps, les pattes : chaque trait est un hommage à la forme, un ancrage dans le réel qui, paradoxalement, nous entraîne loin dans les méandres de la contemplation intérieure», indique-t-il. C’est précisément cette simplicité et cette intensité émotionnelle qui caractérisent le travail d’Ali Didouh et en font une figure marquante dans le paysage artistique marocain. Ses œuvres, selon M’BarekHousni, sont «des baies ouvertes sur des mondes poétiques, où l’imagination, d’une inventivité foisonnante, règne en maître. L’homme-bébé, la plante dont les racines jaillissent d’une coquille, l’âne aux sabots rouges sont autant de figures allégoriques, chacune porteuse d’une vision qui transcende le quotidien pour toucher à l’universel. C’est une poétique de l’étrange, où chaque créature devient le miroir d’une humanité profonde et d’une nature réinventée». Soulignons enfin que cette exposition/hommage est l’occasion pour les passionnés d’art de voyager librement, direction: les deux univers picturaux foisonnants d’Abdelkader Bentajer (1949-2023) et d’Ali Didouh. «Nous reconnaissons par l’appellation « Les immortels, artistes plasticiens de Mogador », les créateurs dont les traces artistiques, malgré leur décès, sont toujours parmi nous et assurent l’éternité des messages de leur création. Ils les ont laissées pour nous, pour toute l’humanité. Pour lecture et analyse, nous avons soumis ce projet à M’barekHousni, écrivain et critique d’art et Ahmed Harrouz, artiste chercheur. Tous deux également passionnés par cette initiative.Ainsi nous célébrons l’acquis de ce trésor artistique et rendons hommage à la mémoire de ces immortels artistes de Mogador en coordination avec Dr. Abdellah Cheikh, critique d’art et professeur chercheur», affirme Kabir Attar, fondateur et directeur de la Galerie la Kasbah.
Exposition remémorative à la Galerie la Kasbah : Un vibrant hommage à Benhila Regraguira et à Fatna Gbouri à Essaouira

ARTS. Les cimaises de la galerie la Kasbah sont ornementées actuellement par les œuvres de deux plasticiennes, pionnières de l’art au Maroc, BenhilaRegraguia (1940-2009) et FatnaGbouri (1924- 2012). Cette exposition remémorative sinscrit dans le cadre du cycle « Les immortels d’Essaouira». Il s’agit d’un vibrant hommage posthume à ces deux artistes-peintres, symboles d’une scène artistique souirie authentique, et une manière de célébrer et revaloriser leurs répertoires d’un onirisme et d’une éloquence prononcés. BenhilaRegraguia, un grand nom de l’art au Maroc, a laissé un héritage durable de 1940 à 2009. Et FatnaGbouri, active de 1924 à 2012, est une figure de proue de la scène des arts plastiques au Maroc.Rendre hommage aux deux plasticiennes c’est aussi célébrer leurs parcours créatifs extraordinaires. D’où l’idée d’organiser cette exposition remémorative dédiée aux deux artistes-peintres à la Galerie La Kasbah d’Essaouira dans le cadre du cycle « Les Immortels d’Essaouira». Selon Kabir Attar, le directeur et président fondateur de cette galerie, il s’agit de deux figures emblématiques de l’art plastique tant au Maroc qu’à l’international, qui ont exprimé une fidélité indéfectible envers la ville d’Essaouira et ont significativement contribué à l’ouverture culturelle de cette destination aux diverses influences civilisatrices. BenhilaRegraguia est renommée pour sa générosité dans l’expression plastique personnalisée et son esprit d’équipe, tandis que FatnaGbouri se distingue par sa présence constante et son engagement sur la scène culturelle dynamique d’Essaouira en compagnie de ses deux fils, le regretté plasticien Ahmed Majidaoui et le plasticien contemporain Abdelhamid Majidaoui. Cette exposition commémorative se veut un hommage vivant et vibrant à leur mémoire, tout en œuvrant à la revalorisation de leurs œuvres plastiques inoubliables. D’abord, RegraguiaBenhila, née à Essaouira en 1940, est une artiste qui a su déjouer les desseins du destin en troquant ses peaux de mouton contre des pinceaux, en se hissant d’une condition plus que modeste à celle plus prestigieuse d’une artiste qui maîtrise l’univers de la création. «La peinture de Benhila est d’une générosité exubérante. D’une grande fraîcheur. La fraîcheur du ciel et de la mer. Elle peint l’aube à la fois étrange et belle lorsque les brouillards de la nuit font danser la lumière du jour. C’est le monde qui renaît au bout du rêve. Elle peint le ciel de la fertilité quand le jour enfante la nuit», souligne l’écrivain, journaliste et ethnomusicologue Abdelkader Mana. Ensuite, FatnaGbouri, née en 1924 à TnineGharbia (province de Safi) et commence à peindre en 1982 à l’âge de 58 ans. Au même titre que ChaibiaTalal, cette plasticienne est une des pionnières féminines de la peinture marocaine. Selon le critique d’art Olivier Rachet: «Son trait est spontané, proche en cela de l’art brut, et semble avoir pour vocation de partager l’émerveillement de tous les sens». L’univers de cette artiste-peintre célèbre les scènes rurales de mariages, de naissances, de célébrations et bien plus encore, qu’elle a pu observer et vivre dans son quotidien. L’artiste prend soin de surprendre par un choix de couleurs éclectiques et vives sans pour autant dénaturer la beauté des moments immortalisés. «Les couleurs chantent sur la toile, et la prédilection pour les tonalités primaires posées en aplat compose une partition graphique dont on perçoit aussi les échos.», poursuit le critique d’art français. Soulignons enfin que cette exposition remémorative des BenhilaRegraguia et FatnaGbouri est l’occasion de découvrir ou redécouvrir le génie des deux plasticiennes légendaires, pionnières de la scène des arts plastiques au Maroc. Un vrai régal pour les visiteurs de la Galerie la Kasbah d’Essaouira avec un bouquet rétrospectif savoureux et planant.
Maroc. L’Association de la Place des Artistes d’Essaouira tient son assemblée générale constitutive

Une nouvelle association culturelle et artistique verra le jour à Essaouira. Il s’agit de l’Association de la Place des Artistes d’Essaouira qui tiendra son Assemblée générale constitutive à la Maison de Jeunes d’Essaouira le 6 février 2025 à partir de 18h. Ce nouveau-né viendra à point nommé renforcer le tissu associatif culturel et artistique de la ville ainsi que rendre hommage aux symboles de cette Place, faisant partie intégrante du patrimoine immatériel de la Cité des Alizés. De Boujemaa Lakhdar, figure emblématique de l’art contemporain à Tayeb Seddiki, le célèbre dramaturge, metteur en scène, calligraphe et écrivain, en passant par le maâlemgnaoui et membre du mythique groupe Nass El GhiwaneAbderrahmane Paco et la chanteuse du groupe légendaire Lemchaheb Saadia Pirou, le grand artiste-peintre Hassan Cheikh ainsi que les grands souirisSeddik Seddiki et Abdelkader Bentajer, entre autres. La Place des Artistes d’Essaouira a toujours été la Mecque de toutes les expressions artistiques et fait partie de la mémoire de la ville et du paysage culturel et artistique national. Aujourd’hui, cet endroit mérite une reconnaissance et un hommage vibrants. Dans cet esprit, l’Association de la Place des Artistes est née. Selon un communiqué du comité préparatoire, cet événement fondateur vise à réhabiliter, fortifier et valoriser cet espace culturel et artistique afin d’être à la hauteur de ses objectifs escomptés.Il s’agit de promouvoir et faire circuler la production créative des bénéficiaires des galeries et de leurs réseaux, contribuer au rayonnement culturel local, national et international en organisant des activités événementielles et promotionnelles, mettre en avant la communication transartistique et transculturelle, et établir des partenariats avec tous les acteurs concernés au niveau local, national et international. Bon vent à cette nouvelle Association! C’est vraiment tout le mal que l’on souhaite à ses membres fondateurs.