POESIE CONGOLAISE. Splendeur cachée d’Alima Madina, éd. L’Harmattan, Paris, 2013

POESIE CONGOLAISE. Splendeur cachée d’Alima Madina, éd. L’Harmattan, Paris, 2013

L’amour dans tous ses compartiments nous dévoilé par la poétesse Alima Madina qui clame ouvertement sa religion islamique. Une vingtaine de poèmes où se révèle également le penchant de la poétesse pour d’autres sentiments. On y découvre son regard observateur sur la terre de ses ancêtres qu’elle aime de tout son cœur, ainsi que d’autres imaginaires qui surgissent parfois de son inspiration. Alima Madina : la splendeur des amours Dans ce recueil surgit plusieurs fois le mot amour, comme on peut le constater dans quelques vers de certains poèmes : « Je partirai chercher l’amour » (p.4) ; « Pour un brin d’amour : J’ai déliré comme une fée » (p.17) ; « Ce soldat inventait l’amour / En comptant les petits jours » (p.18) ; « Pour que la contorsion de la langue / Ne défrise plus jamais l’amour » (p.23) ; « Voix d’amour pur et profond / Voix du très cher panafricanisme » (p.50).  Mais ce sentiment d’amour multiforme s’exprime implicitement dans d’autres discours comme on peut le constater dans le poème intitulé ‘le pèlerinage d’amour » (p.20) ; l’amour s’avère multidimensionnel dans Splendeur cachée. L’auteure avoue un grand amour pour ses parents ; ainsi l’exprime-t-elle pour un de ses géniteurs quand elle clame dans un rêve à la recherche de l’amour paternel : « Il me faut un jour rechercher L’amour qu’autrefois j’ai trouvé Dans le regard lucide de mon père » (p.14) Mais cet amour envers son père ne peut ne peut valablement avoir un sens sans celui qu’une femme peut manifester pour ses enfants ; d’ailleurs il est rare que les poètes oublient de chanter l’amour maternel, à plus forte raison que les écrivaines résument en elles toutes les dimensions de leur maternité : « Je murmurai parfois : seigneur, À Latif, donne une vie plus gaie Des enfants, une éternelle belle taie » (p.29) Et dans cet amour qui prend naissance dans l’urne famille, Alima Madina n’oublie pas son grand père Tsoh-mouon : « Père de mon père Souris et bénis mon âme La vraie femme de ta vie Celle qui herche toujours La route cachée de l’amour » (p.44) Mais quelque part dans sa poésie, Alima Madina voit son inspiration croiser l’amour idyllique à travers « ce soldat qui invente l’amour derrière les barreaux » : « Pourquoi l’amour embellit-il Souvent drôlement l’objet aimé ? Sa voix enrouée m’attirait Avec force dans ces feux croisés » (p.18) À l’amour des parents qui lui sont chers, et à l’amour-sentiment s’ajout l’image du pays que l’auteur semble bien connaitre. Aussi, se révèle-t-elle comme une fille des Plateaux batékés : « Je ne suis revenue que pour toi J’ai traversé en pleine nuit Mongo-Tandu Laissant au loin mon Ekouori et Pôh » (p.23) Dans sa communion  de poétesse avec la gente féminine, Alima Madina n’oublie pas d’interpeler  ses campagnes du continent pour une prise conscience : « Debout femme d’Afrique. Debout femme de mon pays (…) Ne croise pus les bras, Pile ce miel avec ardeur Sa farine fera le bonheur Des enfants de tous les coins » (p.51) À partir du pays, le regard de la poétesse traverse le présent congolais pour une analepse dans l’histoire du continent en interpelant quelques illustres figures à travers « Les amis de Franklin » : « Matsoua as-tu écouté Francklin ? Ils courent derrière l’ombre de Ben-Barka Tout en motivant Lumumba Traverse ces forêts, toi l’incompris » (p.50). De l’amour à l’horreur dans quelques textes de Splendeur cachée Comme tout être humain, l’idée de la mort n’a pas échappé à Alima Madina, à l’instar de la plupart des créateurs des œuvres de l’esprit. C’est au futur que les poètes vivent en général « la vie de la mort » : « Demain à l’heure du déclin Quand l’aura divine quittera mon être Pour d’autres irrésistibles horizons La terre-mère bondira sur ma dépouille » (p.45) On constate aussi que la poétesse est marquée par la mort des autres : « Je ne suis qu’une sunnite J’ai vu mourir des chiites Des enfants et bien d’autres innocents » (p.36). Et  cette idée de la mort qui hante la poétesse est précédée par une période de tristesse que l’on peut remarquer dans plusieurs textes : « Mon pays m’a ridiculisée (…) Il a éventré toutes les mères J’ai horreur de ma nationalité » (p.38). L’auteure, une femme dans le berceau de l’Islam Dans Splendeur cachée, se découvre paradoxalement une autre splendeur, celle de la religion musulmane qui habite l’auteure. Dans plusieurs poèmes, se dégagent le souffle islamique et sa croyance en Dieu que Madina  n’hésite pas révéler déjà dans l’incipit du premier poème du recueil :  « Oui Dieu m’a donné, merci Il m’a beaucoup donné, m’a-t-on dit » (p.13) Et la religion musulmane que pratique la poétesse est mise en relief par quelques spécificités islamiques : « Le ramadan ne m’écœurait jamais Et je faisais bien mon triste chemin » (p.15). Dans « Les belles mots du Ramadan », on se retrouve dans les réalités de l’Islam à travers cette évocation de la poétesse : « La vie était vraiment belle Lorsque le muezzin faisait l’appel » (p.87). Pour conclure Splendeur cachée, une poésie qui dévoile paradoxalement d’autres splendeurs de l’homme ainsi que son univers social et sociétal. L’auteure essaie de respecter par moment quelques principes élémentaires du classicisme telle la rime dans certains textes. Et son préfacier Mongo-Mboussa  de le constater aussi : « Par-delà son attachement à la rime (…) la poésie de Madima, chaleureuse et douloureuse (…) est condensé de fraternité ». Noël Kodia-Ramata

Livre : «Survie», une nouvelle publication d’Alima Madina

Livre : «Survie», une nouvelle publication d’Alima Madina

«Dans ce recueil, l’auteure explore l’espace dans lequel la génération actuelle est en train de vivre. D’un poème à un autre, on ne peut qu’être frappé par l’étendue du répertoire de chant qui, par moments, déconcerte par la succession inattendue des vers d’amour, de nostalgie, de rêve, d’ailleurs, de néant et de thèmes aux allures des signes de l’horizon», lit-on sur la quatrième de couverture du nouveau recueil d’Alima Madina. Préfacé par le célèbre poète congolais, Gabriel Mwéné Okoundji, le nouveau recueil d’Alima Madina est paru aux éditions L’Harmattan Congo-Brazzaville. Il compte trente poèmes qui reposent sur 52 pages. L’auteure l’a dédié à son fils et confident, Nour Halid. Dans sa préface, Gabriel Mwéné Okoundji écrit que «par temps de survie, aucun mortel ne peut répondre avec quiétude aux questions de l’équilibre. Le langage de l’homme livré au chaos se fait d’emblée cri dans le but précis d’éveiller l’écho». Alima Madina, poète confirmée Et d’un. Gabriel Mwéné Okoundji indique dans sa préface titrée «A l’écoute d’une voix congolaise», pas trop du titre du recueil de nouvelles de la même écrivaine, « La voix d’une femme qui espère», qu’Alima Madina qui refuse de porter la veste de poète tout en écrivant des poèmes et en publiant des recueils de poèmes, n’est autre qu’une poète ou mieux, une poétesse. On est donc en droit de se poser la question de savoir qui des deux en arrive à contredire l’autre. Gabriel Mwéné Okoundji ne proclame pas tout le monde, poète. Il l’a fait avec Alima Madina. «Son regard est vaste ; comme tout poète, elle porte en son âme la constance des signes de l’horizon. Ainsi, nous offre-t-elle un chant protéiforme écrit avec des mots qu’elle récolte dans la volonté, au pied même du destin», affirme-t-il, toujours dans sa préface en se basant sur quelques vers : «Je n’attends que la magnifique providence/Pour panser toutes ces blessures de l’existence». Pour Gabriel Mwéné Okoundji, ce livre est l’écriture d’un destin : celui du peuple congolais. Il est dessein d’une parole, celle de l’identité congolaise, à même l’étrangéité d’une société d’un pays. Il ajoute en substance «Car le Congo, la patrie d’Alima Madina, est une terre marquée par la violence née des guerres civiles et des conflits fratricides». Une poète opposée à l’invective «Notre poète n’est pas âme qui se prête à l’invective et à l’accusation, encore moins à la condamnation», souligne Gabriel Mwéné Okoundji qui précise qu’Alima Madina espère simplement que sa mémoire trace une parcelle de ce qu’elle nomme ‘’la vraie paix’’, et qu’elle abrite dans la concordance et la tolérance mutuelle ses ‘’frères de sang’’. Afin que revienne sur la terre congolaise une ‘’humanité sincère’’. «Détourne ton regard des cieux/Fixe droit mes grands yeux/Et dis en toute sincérité/N’y trouves-tu pas l’humanité/Scintillante comme une reine en émoi/En moi, règne une part de toi/O toi mon frère, source de ma joie/En quoi le sang qui en toi coule/Ne fera-t-il pas battre mon pouls ? », peut-on lire dans son poème intitulé Frère de sang à la page 31. Une si belle présentation Le nouveau recueil de poèmes d’Alima Madina est un livre qui frappe l’œil depuis une certaine distance. La couverture présente une image sublime du coucher du soleil sur un fleuve. L’on peut penser que c’est le fleuve Congo qui a inspiré les Tchicaya U Tam’si, Jean Baptiste Tati Loutard, Soni Labou Tansi, Jean Blaise Bilombo Samba et bien d’autres auteurs de renom. Sur la quatrième de couverture s’impose sa photo et une brève biographie. Alima Madina est professeur certifiée des lycées, en service à l’école militaire préparatoire général Leclerc. Elle a déjà publié un premier recueil de poèmes : Splendeur cachée et un recueil de nouvelles : La voix d’une femme qui espère. Survie est le second de poèmes et la troisième production littéraire de cette auteure qui, tel un oiseau, construit patiemment son nid littéraire. Pour ne pas parler de son nid d’oiseau. Elle a reçu en novembre 2013 le prix d’honneur de la francophonie (poésie Unicef en France). Alima Madina n’a pas fini d’enrichir la littérature congolaise. Des manuscrits sont en souffrance dans ses tiroirs.

LITTERATURE. Alima Madina partage sur La voix d’une femme qui espère à l’IFC de Brazzaville

LITTERATURE. Alima Madina partage sur La voix d’une femme qui espère à l’IFC de Brazzaville

Alima Madina, une des plumes féminines du Congo Brazzaville s’est trouvée, le 12 novembre 2015 à Brazzaville, en face d’un public venu très nombreux dans le hall de l’Institut français du Congo (IFC), partager avec elle de son recueil de nouvelles intitulé «La voix d’une femme qui espère», paru aux éditions L’Harmattan en 2014 à Paris en France. Ce recueil de nouvelles qui repose sur 80 pages, comporte cinq nouvelles qui mettent au grand jour des situations où la femme joue un rôle hautement prépondérant. Elle est le protagoniste par excellence de toutes les scènes où l’homme est relégué au second plan comme pour lui faire payer son comportement toujours jugé négatif à l’égard de la femme. Quatre membres du Forum des Gens de Lettres (FGL) ont accompagné l’écrivaine dans cet exercice de présentation du fruit de ses entrailles intellectuelles. Ernest Bompoma Ikiélé a été le modérateur qui, au cours de la cérémonie, a distribué la parole et lu quelques extraits des différents textes pour inciter les lecteurs à acquérir l’œuvre. La parole a ensuite été libérée pour Jessy Loemba qui a eu la lourde et exaltante tâche de présenter les cinq nouvelles et d’en extirper la substance avant de la céder à la critique littéraire du jour, Ninelle Balenda. Dans ces textes, les femmes subissent le complexe de supériorité de l’homme. Dans ce recueil de cinq nouvelles dont la préface porte la signature du professeur Omer Massoumou, Alima Madina renvoie le lecteur, à travers trois de ses nouvelles, aux relations que la religion musulmane, à laquelle appartient l’auteure, entretient avec la condition exécrable de la femme dans la société. Le livre d’Alima Madina est une œuvre qui met le doigt sur la sensibilité féminine. Elle y dénonce les tristesses et les espérances de la femme avec les violences subies par la fille ou la jeune femme qui doit faire face aux exigences tant traditionnelles que de la modernes ; entre l’amour imposé ou le mariage forcé et la haine ou encore les recommandations religieuses. L’écrivaine raconte douloureusement l’histoire de l’accouchement de Lili qui donne naissance à un albinos et qui vit le rejet de la société et de la famille. Cette mise à jour qui produit un effet de panique auprès de la sage-femme principale qui demande au médecin de venir voir l’enfant albinos. Et quand la jeune femme qui vient de donner le jour veut savoir ce qui se passe, la réponse est évasive. Les paroles du médecin sont heureusement rassurantes mais le mal est déjà fait par la sage-femme qui dramatise un fait pourtant banal. « J’ai cru que cette femme a fait un monstre, cet enfant est bien portant, est-ce sa couleur qui t’effraie ? Certainement cette jeune femme est l’épouse d’un bon Blanc.» Alima Madina estime qu’il n’est pas normal que la femme paie pour toutes les fautes de la terre. «Un enfant monstre qui nait dans un ménage, l’homme disparait et c’est l’affaire de la femme, une grossesse non reconnue, c’est la femme qui fait les frais ; mais la femme ne tue jamais les fruits de ses entrailles, elle lui entoure de tous les soins et le fait grandir», a-t-elle confié. «Les pleurs du harem », est l’une des nouvelles dans laquelle une jeune fille sunnite nommée Sadiya, préfère se suicider plutôt que d’accepter de faire la volonté de ses parents qui lui imposent un homme qu’elle n’aime pas. Dans «Les bas-fonds de Mbounda», une jeune femme quitte les siens pour suivre celui qu’elle considère comme l’élu de son cœur mais se retrouve perdue à l’éclatement des hostilités socio-militaires. Elle ne retrouve son époux que sous des tonnes de terre et une croix indiquant le lieu où ses restes sont déposés. Dans «La pygmée heureuse», l’auteure Alima Madina retrace l’histoire d’une jeune femme dont la condition s’améliore pendant que, dans «Pardonne-moi, mon enfant», elle conduit le lecteur dans les labyrinthes de la vie de cette jeune femme abandonnée avec son enfant par son compagnon dix-huit ans plus-tôt et qui n’a pas réussi à oublier. Elle protège son fils contre la présence à ses côtés de ce père lâche en quête d’un repentir. Dans ce recueil de nouvelles, l’auteure promène le lecteur dans des thèmes portant sur l’amour, la haine, le mariage forcé, la polygamie, la vie religieuse, le manque de respect pour l’être humain en général et pour la femme en particulier. La condition de la femme y est fortement évoquée. Alima Madina est professeur de philosophie à l’Ecole militaire préparatoire Général Leclerc. Elle est entrée dans le monde de la littérature par un recueil de poèmes, «Splendeur cachée». Elle a reçu en novembre 2013 un prix d’honneur de la francophonie et affirme que sa foi religieuse et la philosophie qu’elle enseigne cohabite sereinement en elle.