
TRIBUNE. Après la grande émotion collective ayant accompagné la sortie du gouvernement Sama Lukonde, place à l’analyse et à la réflexion froide et dépassionnée. Il va sans dire que l’intérêt de ce nouveau gouvernement ne regarde point la moyenne d’âge de 47 ans ni la nouveauté des visages qui le composent mais plutôt ce que peut bien cacher leur véritable appartenance politique.
Rappelons-nous que si ce gouvernement est (ou devrait être , c’est selon) l’aboutissement des consultations populaires initiées en octobre 2020 dernier, l’objectif principal qui fut à la genèse même de l’Union Sacrée de la Nation ne fut rien d‘autre que la volonté manifeste de DIVORCER avec le FCC, cette plateforme politique que l’auteur de ces lignes a toujours qualifiée d’un avatar de l’AFDL en vue de contrôler le pouvoir politique en RDC et qui n’a cessé de mettre les bâtons dans les roues du quinquennat de Félix Tshisekedi.
Dans ce contexte de viol permanent de souveraineté́ de tout un pays, le divorce annoncé par le Président de la République était donc bien accueilli parce que compris par le commun du mortel congolais comme une table rase de cet ancien système asservissant qui a mis le pays à genoux et, qui pis est, a réussi à déplacer à Kigali le centre de décisions importantes sur le destin du peuple congolais.
A bien reconsidérer la configuration du gouvernement sorti depuis quelques jours, ce système coriace de l’AFDL a réussi à survivre via trois stratagèmes de dissimulation nominale. Il suffit à chaque lecteur d’être attentif à la charge sémantique de dénomination en usage, en l’occurrence : PPRD MOSAÏQUE ou PERSONNALITÉ ou encore sur les profils de certains personnages infiltrés dans certains partis célèbres au pays.
En fouinant dans les archives du Ministère de l’Intérieur congolais, on n’a pu trouver nulle part les traces de l’existence ou d’enregistrement officiel d’un parti politique dénommé PPRD MOSAÏQUE. Je n’ai eu connaissance que de cet arrêté ministériel n°031/2002 du 02/04/2002 portant sur l’enregistrement du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) dont le siège officiel se trouve au Croisement des Avenues Pumbu et Batetela dans la commune de Gombe dans la ville de Kinshasa. Nulle part dans le Journal Officiel de la RDC n’est faite mention de ce parti dénommé PPRD Mosaïque et sous la bannière duquel six ministres ont été récemment nommés dans le gouvernement Sama. Premier constat.
Le second constat regarde cette innovation sur l’étrange catégorisation de certains ministres dans le rang « PERSONNALITÉ » (tout court). Est-ce pour vouloir mentionner qu’ils sont nommés ministres en tant que personnalités indépendantes ou pour ausculter d’autres critères qui échappent à l’entendement du peuple congolais ?
Et admettons qu’ils aient été nommés en tant qu’indépendants, nous avons plein droit d’émettre de sérieux doutes sur cette prétendue indépendance. Nous savons ce qu’en 2006 et 2011, nous a coûté la grande naïveté de voir Joseph Kabila se présenter à la dernière minute de la campagne, non comme candidat de PPRD mais bien curieusement comme candidat « indépendant ».
Depuis 1885 où notre pays était dénommé Etat INDEPENDANT du Congo, j’ai appris à me méfier de l’usage de cette épithète. Et cette méfiance doit être de mise pour une équipe gouvernementale qui a été concoctée avec des motivations hautement politiques et politiciennes. De là à nous interroger : et si l’usage de ce titre s’inscrivait plutôt dans la volonté délibérée de masquer la véritable appartenance politique de ces nominés ? De quelle famille politique ces indépendants seraient-ils réellement membres? Sinon quel deal ces concernés auraient-ils accepté de signer pour avoir droit à ces postes ministériels ? Aurait-on fait usage de cette dénomination pour juste melanger ces vrais indépendants avec des personnalités sujettes à caution?
La troisième catégorie à ce débat concerne les nouveaux ministres auxquels ont fait allusion hier mercredi 14 avril 2021 les députés pétitionnaires partis à la rencontre de Jean-Marc Kabund avec un seul point à l’ordre du jour, à savoir l’évaluation de la mise en place du gouvernement. Au point numéro 3 de leurs revendications, ces députés ont soulevé la problématique des NATIONALITÉS DOUTEUSES de quelques nouveaux ministres. Faute d’être comptés dans la mosaïque Pprd ou dans le rang de simples personnalités politiques indépendantes, les ministres de cette tierce catégorie des « AFDL boys » ont quant à eux, choisi d’infiltrer certains partis politiques populaires en RDC. Ils y sont connus comme militants sans que les dirigeants de ces partis ne se préoccupent trop ni de leur passé douteux ni de leurs accointances très étroites avec le pouvoir de Kigali, cet épicentre déstabilisateur du Congo depuis deux décennies.
Notez que le dénominateur commun entre PPRD MOSAÏQUE, PERSONNALITÉS et INFILTRÉS est bel et bien leur volonté commune de se masquer pour dissimuler leur appartenance à l’idéologie hideuse d’occupation, de domination et d’exploitation du Congo via des forces centrifuges, confligènes et porteuses de morts et de destruction placées au cœur même de l’appareil de l’Etat congolais.
Pour les congolais qui ont encore frais en mémoire le communiqué officiel de PPRD du jeudi 25 mars 2021 signé par Emmanuel Shadary Ramazani et annonçant le refus « catégorique » du PPRD à participer au gouvernement Sama Lukonde, l’on est tout de même étonné du manque total de réaction de la direction de PPRD contre l’usurpation abusive de son nom par des nouveaux ministres de ce gouvernement. Décidément, il y a anguille sous roche.
À l’antipode des statistiques de certains analystes attribuant à l’UDPS et à l’Ensemble pour le Changement la grande part du gâteau des postes de ce gouvernement, la vérité est que c’est l’AFDL métamorphosée en ces trois différentes formes qui a pris le dessus sur tout le reste. Avec, bien entendu, les lourdes conséquences que l’on sait.
Les récentes études sur la guerre au Congo pour ne prendre que celles de Boniface Musavuli ou de Patrick Mbeko nous ont démontré de quelle manière l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) a fait preuve de sa capacité à se métamorphoser au fil des transitions politiques en RDC, en utilisant de nouveaux noms pour pouvoir s’adapter au nouveau climat politique en place au Congo.
Ainsi donc de l’AFDL depuis 1996, il se changera ensuite de peau en RCD, PPRD, CNDP, M23, Majorité présidentielle ; FCC; Coalition FCC- Cach etc. pour pouvoir survivre et sauvegarder en place son système coriace et mortifère. En se drapant sous les couleurs de PPRD Mosaïque, l’Afdl semble refaire peau neuve dans cette configuration new look qui semble bien lui convenir en endossant « trois costumes » congolais pour mieux se masquer.
Beaucoup de mes lecteurs se mettront à m’arroser des injures et, croyez-moi, je ne leur en tiens pas rigueur. Une fois l’émotion passée, je les invite plutôt à me relire sans passion pour comprendre comment le péril est dans la demeure. Vous et moi, nous n’avons qu’une SEULE terre et nous sommes dans l’obligation de défendre son intégrité, quoi qu’il advienne !
Par Germain Nzinga (Chercheur indépendant)