
Le 20 janvier 2024, devant un parterre d’invités de marque, le président Felix-Antoine Tshisekedi prête serment pour din second mandat. À côté de l’Imam musulman et d’une armada des pasteurs des églises de réveil, se met debout le pasteur Roland Dalo pour prier à son tour en faveur de l’investiture spirituelle du président. Sa prière a fait date car exprimait les aspirations profondes du peuple congolais de se voir débarrasser tous les voleurs et prédateurs qui écument les institutions de l’Etat congolais.
Une année et demi plus tard, le constat est amer : la situation socio-économique du congolais moyen empire en lieu et place de s’améliorer. Elle est bien à l’opposé de l’opulence exhibitionniste des détenteurs du pouvoir actuel qui, malgré la grande clameur du peuple, continuent à détourner du trésor public, des sommes colossales en millions de dollars.
D’où la question lancinante : pourquoi la prière du pasteur n’a pas été exaucée? Pourquoi, au lieu du bien-être invoqué, c’est le lot de souffrances indicibles qui s’abattent sur le peuple congolais ?
Eh bien! Il importe de savoir que chaque prière adressée à Dieu en faveur d’un peuple en temps de crise naît d’un REGARD LUCIDE de l’homme de Dieu sur les causes profondes de ce qui ne va pas. Ceci dit, la « fatigue du peuple » invoquée par Roland Dalo a un lien intrinsèque avec l’agir des mandataires de l’Etat et proches collaborateurs du Cher de l’Etat – parmi lesquels se comptent de nombreux disciples de Philadelphie – taxés de voleurs et de fossoyeurs de la chose publique.
Les causes du Mal congolais sont plus profondes et n’épargnent personne, y compris le numéro un de ce pays qui six ans durant s’obstine à s’entourer continuellement des collaborateurs voraces qui dépouillent le peuple de millions de $ au vu et au su de tout le monde. Cela peut être excusable en la première année de tâtonnement du pouvoir mais pas après six ans de règne. Car en ce moment, les antivaleurs décriées ne sont plus conjoncturelles mais plutôt structurelles, constituant la méthode même de gouvernance du régime lui-même.
Ce qui fait cruellement défaut dans les relations entretenues par le pasteur avec le président Tshisekedi dont il est le conseiller spirituel direct, c’est le courage du prophète Nathan envers le Roi David.
En analysant sa prière du 20 janvier 2024, il a pris un demi-courage de « charger » tout le monde en épargnant soigneusement l’architecte du régime en place. Et en considérant sa prédication d’hier dimanche 27 juillet 2025 à l’église Philadelphie, on reste bouche bée quant au STYLE FLATTEUR de ses paroles prononcées devant son fidèle qui se veut le président congolais. Je le cite : « Fin janvier, début février, personne ne pouvait s’imaginer la série de choses que nous avons vues se passer. Certains avaient prédit que, dans quelques jours, ils seraient à Kinshasa. Je te bénis pour ce leader que tu as suscité il y a bientôt six ans et demi (…) tu l’as suscité pour déjouer ce plan ficelé, bien tracé depuis des années, et avec un œil spirituel, nous nous disons, si sa seule mission était ça… ». Il continue avec le même ton dithyrambique : « Il y a quelques mois en arrière, qui pouvait croire que cet accord (Washington) serait signé avec autant d’éclat. L’humain n’est pas derrière ». Il se répand en d’autres flatteries (dont je vous épargne) tout en sachant que ni la signature de l’accord de principes à Doha, ni la signature de celui de Washington n’ont donné un minimum de garantie d’un début de pacification et de sécurité des congolaises et des congolais sur leur propre territoire.
Roland Dalo sait que les M23/AFC ont repris les armes le lendemain même de signature du protocole de Doha. Ses paroles flatteuses en l’endroit du président n’aident pas ce dernier à se remettre en question, à mesurer sa part de responsabilité proche et lointaine dans la débâcle actuelle de la RDC et de là à pouvoir réajuster sa vision stratégique qui conduirait le pays vers le bon port.
Le prophète Nathan, à l’opposé du pasteur Dalo, a osé confronter le puissant roi David à ses propres fautes, notamment son adultère avec Bath-Sheba et son complot pour faire tuer Urie, le mari de Bath-Sheba. Nathan a utilisé une parabole pour amener David à reconnaître son péché. La parabole, racontée en 2 Samuel 12:1-4, décrit un homme riche qui prend la brebis unique d’un homme pauvre pour nourrir un invité, incitant David à condamner l’acte. Nathan a prophétisé les conséquences des actes de David, prédisant des troubles et des conflits au sein de sa famille et de son royaume.
C’est cette posture prophétique qui manque à Roland et à ses disciples qui sont devenus le bouclier de Félix que ce soit au temple de Philadelphie ou dans son cabinet présidentiel dirigé du reste par un très proche de Dalo.
Si sa prière peine à être exaucée, c’est parce qu’il lui manque cruellement l’audace du prophète Jérémie d’être un prophète visionnaire de la présidence de Tshisekedi. Il lui manque en même temps la pédagogie du prophète Nathan d’agir à la fois comme un conseiller spirituel du président, un accusateur courageux de ses dérives et un défenseur de la justice divine en vue de susciter en lui la crainte de l’Eternel ( source de tout pouvoir), le respect de la Justice divine équitable, opposable à tous et la soumission absolue au service du bien-être du peuple qui lui a accordé nolens volens, un second mandat.
Par Germain Nzinga