
La vocation première de l’Union des Congolais au Maroc (UCM) est de rassembler tous les congolais autour d’une seule plateforme commune, affirme Gilles SINDILA CARDORELLE, premier président élu de cette nouvelle organisation, l’objectif étant de structurer au mieux la communauté congolaise pour pouvoir répondre efficacement aux différentes problématiques qu’elle rencontre au Maroc. INTERVIEW.
PAGESAFRIK.COM: Vous êtes le président de l’Union des Congolais au Maroc (UCM), une organisation récemment créée à Rabat. Pouvez-vous vous présenter brièvement, ainsi que l’association que vous présidez ?
GSC: Je suis Gilles SINDILA CARDORELLE, congolais résidant au Maroc depuis 2004. J’ai fait mes études ici à Casablanca, en Commerce International, avant de m’orienter vers le digital dès 2008. J’ai ensuite créé une agence de publicité en 2015, avec mes associés, qui a été le point de départ de plusieurs autres projets entrepreneuriaux lancés au cours des dix dernières années.
L’Union des Congolais du Maroc, que je préside, est nouvelle dans ses textes, certes, mais en réalité notre association s’inscrit dans la continuité de tout ce qui a été entrepris au cours des trente dernières années au sein de la communauté congolaise au Maroc. Notre passé associatif est un héritage précieux que nous chérissons et sur lequel nous nous basons aujourd’hui pour aller le plus loin possible.
Quelles sont les motivations principales qui ont conduit à la création de votre association ? Quelles en sont les missions et les objectifs ?
Pour répondre à cette question, il est important de revenir à la genèse de l’UCM, qui en réalité a été amorcée il y a trois ans. En 2022, l’Ambassade du Congo au Maroc a pris l’initiative de réunir tous les « leaders associatifs » de la communauté congolaise au Maroc, pour les encourager à s’unir autour d’une plateforme unique. C’est dans cet élan que j’ai été convié à rejoindre ce qui a par la suite été nommé le Groupe des 22, qui était donc constitué de 22 ressortissants congolais ayant géré ou dirigé des associations communautaires dans le passé. Ayant été Président de l’ACOREM (Association des Congolais Résidant au Maroc) il y a une dizaine d’année, j’ai donc été sollicité à cet effet. Durant 3 ans, nous avons donc principalement travaillé sur l’écriture des textes (statuts et règlement intérieur) de cette future association unique. Le travail a été finalisé en décembre dernier, et un compte rendu avait été transmis à l’Ambassade du Congo en janvier 2025. Suite à cela, un comité Adhoc a été créé avec une seule et unique mission, organiser une Assemblée Générale qui réunirait les Congolais, pour leur présenter ce projet et éventuellement le valider pour procéder ensuite à la constitution du Bureau de l’association, par vote. Cette Assemblée Générale a donc eu lieu le 12 juillet dernier et ce fut une réussite remarquable parce que ce comité adhoc a pu réunir de nombreux congolais venus de différentes villes pour se faire entendre, pour comprendre et surtout, pour élire leurs représentants.
Aujourd’hui, la vocation première de l’UCM est de rassembler tous les congolais autour d’une seule plateforme commune. Ensuite, nous souhaitons structurer au mieux notre communauté, pour pouvoir répondre efficacement aux différentes problématiques que rencontrent nos compatriotes ici au Maroc.
Les différents départements qui constituent notre bureau doivent œuvrer pour assister, informer, orienter et aider nos compatriotes. Le projet quadriennal que j’ai défendu au cours de l’assemblée générale du 12 juillet détaille assez bien les enjeux phares à considérer. La principale difficulté, et nous le savons, c’est qu’aujourd’hui les congolais sont sceptiques lorsqu’ils entendent parler d’une nouvelle association, parce qu’ils estiment qu’à quelques exception près, le passé associatif de notre communauté n’est pas glorieux.
Il est capital de réaliser un recensement de notre communauté
Pouvez-vous nous donner un aperçu des premières actions ou initiatives que vous comptez lancer, ainsi que des projets ou événements majeurs prévus dans un avenir proche ?
Il y en a tellement. Et nos projets sont à la hauteur des attentes de notre communauté. Nous avons récemment lancé le programme START’UCM, une plateforme de micro-financement communautaire qui permet de supporter des projets entrepreneuriaux émanant de nos adhérents. Nous en sommes à l’étape de pré-selection des candidats et de leurs projets, qui seront ensuite auditionnés par un jury. Nous avons également mis en place une cellule d’assistance administrative et d’orientation pour nos adhérents, dans le cadre de leurs démarches auprès de nos autorités consulaires ou des autorités marocaines. Il est également capital de réaliser un recensement de notre communauté, pour pouvoir accompagner nos adhérents beaucoup plus efficacement. Le démarrage de la campagne de recensement est en principe prévu pour le mois de septembre.
Nous travaillons également sur une convention de partenariat avec plusieurs écoles marocaines qui, lorsqu’elle aura abouti, permettra d’offrir de multiples avantages aux étudiants congolais au Maroc. Nous sommes en train de créer un fonds de solidarité pour nous permettre de soutenir nos compatriotes qui rencontreraient des difficultés majeures. Nous mettons également en place une assistance juridique pour tous nos adhérents, en collaboration avec un cabinet local, parce que nombreux de nos compatriotes ont régulièrement besoin d’accompagnement sur ce volet. Nous avons également conclu un accord avec un organisme opérant dans les assurances santé, pour proposer une formule très intéressante à nos adhérents, qui leur permettrait de se faire soigner en étant pris en charge intégralement. Les projets sont nombreux et chaque département est au four et au moulin, parce que nous voulons des résultats et les problématiques n’attendent pas. Bien évidemment, il y a des priorités. Nous prévoyons par exemple des descentes communautaires qui auront lieu les 16 et 17 août. Nous souhaitons aller à la rencontre de tous les congolais du Royaume, dans leurs villes, pour les écouter. L’objectif de cette démarche, est de comprendre les problématiques que rencontrent nos compatriotes, pour ensuite mettre sur pied solutions qui nous permettrons d’aider, si ce n’est d’y remédier. Nous ne pouvons pas prétendre représenter les congolais si nous ne les écoutons pas. Cette démarche est donc extrêmement importante pour nous, et ce sera d’ailleurs l’occasion pour nous d’évoquer la vision de l’UCM, ses intentions, ses objectifs, son approche à moyen terme.
Vous avez récemment rencontré l’ambassadeur de la République du Congo au Maroc. Quels ont été les sujets abordés lors de cette rencontre ? Et quelles sont vos attentes vis-à-vis de l’ambassade dans le cadre de vos activités ?
Ce fut un échange très fructueux. Dans un premier temps, l’idée était déjà de présenter le bureau de l’association, mais il y avait naturellement des sujets cruciaux à aborder. Notamment la question relative aux retards dans la délivrance des passeports. Certains de nos compatriotes sont dans des situations critiques, dans l’impossibilité de renouveler leur titre de séjour. Nous avons également évoqué les canaux et process de collaboration entre l’UCM et l’Ambassade, pour que l’on soit réactif et efficaces face à chaque situation. Le sujet des retards de bourse aussi é té abordé, entre autres. Nous avons publié un communiqué relatant les différents points évoqués. L’Ambassade n’a qu’une attente principale, c’est de pouvoir avoir une collaboration étroite avec l’UCM. Nos autorités consulaires ont besoin de l’association pour servir de pont, d’une certaine manière, avec la communauté. L’UCM peut être un point de relai pour les communiqués de l’ambassade, mais aussi pour aider à orienter nos compatriotes pour leurs démarches consulaires. De notre côté, ce que nous espérons, c’est que l’ambassade nous aide à assister nos compatriotes. Actuellement par exemple, nous devons trouver une solution pour nos compatriotes qui se retrouvent en situation irrégulière parce qu’ils n’ont pas de passeport. Ne nous voilons pas la face, la préoccupation première aujourd’hui est la question des passeports. Nous essayons de mettre la pression du mieux que nous pouvons, pour que l’ambassade à son tour relance les services concernés au pays, afin que cela soit résolu et traité le plus tôt possible. Mais globalement, nous aurons souvent besoin du soutien de l’ambassade pour nos activités majeures.
Les projets qui contribueront à valoriser notre communauté, trouveront toujours un écho positif auprès de l’UCM.
Une collaboration avec les autres associations congolaises déjà actives au Maroc est-elle envisagée pour des projets communs ou des actions collectives ?
Évidemment, comme je le disais tantôt, la vocation première de l’UCM est de rassembler. D’ailleurs, nous avons identifié plusieurs associations existant dans des quartiers, et nous leur avons bien expliqué que nous ne venons pas pour les contrôler, et encore moins pour les faire disparaitre. Bien au contraire, nous venons pour les aider. Nous serons le pont entre toutes les communautés congolaise au Maroc et nous sommes disposés à aider et accompagner les autres associations, qu’elles soient locales, régionales ou autre. Nous avons été agréablement surpris de voir qu’il y a des groupes de congolais bien organisés dans certains quartiers, que ce soit pour des mutuelles, ou pour des loisirs de groupe. Et nous encourageons cela. Nous venons pour leur prêter main forte. Et tous les projets qui contribueront à unir ou valoriser notre communauté, trouveront toujours un écho positif auprès de l’UCM. Il faut que ce soit clair pour tout le monde, l’UCM appartient à tous les congolais du Maroc. Cette association a été créée pour rassembler tout le monde, sans exception.
Quel regard portez-vous sur l’intégration des Congolais dans la société marocaine ?
Je pense qu’il y a eu une profonde mutation. Au sein de notre communauté, avant, les étudiants étaient largement majoritaires. Aujourd’hui, de nombreux congolais au Maroc sont salariés, entrepreneurs, auto-entrepreneurs, artistes, sportifs, etc. Et nous le voyons directement sur nos adhésions. Le visage de la communauté congolaise au Maroc a beaucoup évolué. Nous devons donc nous adapter en conséquence. J’ai été agréablement surpris de constater que même au niveau de l’association, lorsque nous avons besoin de trouver un prestataire quelconque, nous arrivons à identifier un congolais capable de répondre à notre besoin. Je vous prends des exemples concrets, la personne en charge de la comptabilité et fiscalité de l’UCM est un congolais qui dispose de son cabinet ici au Maroc. Nous recherchions un décorateur professionnel pour un événement, nous avons identifié une de nos compatriotes qui dirige une agence de décoration événementielle ici à Casablanca. Nous avions besoin d’intégrer des médecins dans notre département social, nous en avons identifié plusieurs qui sont congolais et travaillent ici. Aujourd’hui les congolais sont bien intégrés, surtout professionnellement. Avant, le seul débouché était le centre d’appel. Aujourd’hui, je rencontre des congolais à tous les niveaux, dans tous les métiers. C’est très encourageant.
L’association doit pouvoir s’auto-financer pour survivre
Quelles sont, selon vous, les principales difficultés rencontrées par vos compatriotes, et comment votre association peut-elle les accompagner ?
Il y a deux familles de problématiques qui reviennent avec insistance, de façon régulière. Premièrement, l’accompagnement administratif. Nous sommes tout le temps sollicités là-dessus, que ce soit pour des démarches consulaires ou pour d’autres types de démarches liées aux autorités préfectorales marocaines. Deuxièmement, il s’agit des situations de crises sociales. Nombreux parmi nos compatriotes se retrouvent régulièrement dans des situations difficiles, et ont besoin d’être orientés, accompagnés, aidés et conseillés. Nous sommes récemment intervenus lorsqu’un compatriote avait été expulsé injustement de chez lui, un autre de nos compatriotes nous a sollicité parce qu’il était victime de harcèlement dans son travail, les situations sont multiples. Nous essayons de réagir du mieux que nous pouvons. Malheureusement, bon nombre de ces situations nécessitent des fonds. Les caisses de l’association sont vides pour le moment. Mais à moyen terme, l’association doit pouvoir s’auto-financer pour survivre. Fort heureusement, notre plan d’action prévoit diverses mécaniques qui permettront d’y remédier. En attendant, les donateurs sont les bienvenus.
Quel message souhaitez-vous adresser aux Congolais du Maroc, mais aussi aux autorités locales et aux partenaires potentiels ?
Qu’il s’agit d’un effort commun. Ne vous interrogez pas seulement sur ce que l’UCM peut faire pour vous, essayez plutôt de vous impliquer aussi, soyez un ambassadeur actif de notre communauté. Nous sommes tous des bénévoles au sein de l’association, nous donnons de notre temps, dans l’intérêt de notre communauté. L’UCM a besoin de toutes les bonnes volontés. Ensemble, nous y arriverons. Pour les autorités locales et les partenaires potentiels, je les remercie d’avance pour leur confiance actuelle et future. Travaillons.
Propos recueillis par Alain Bouithy