Culture. Le festival « Images et histoire » s’est ouvert à Brazzaville

Le troisième festival « Images et histoire » s’est ouvert, le 7 mai 2016, dont la clôture est prévue le 14 mai prochain, a été ouvert à l’Institut Français du Congo (IFC) sur le thème : « L’Afrique des explorations et des explorateurs ».

Le festival a été ouvert par Christophe Figuéréo, enseignant à l’école française Saint Exupéry de Brazzaville suivi de la projection d’un film de 1940, notamment la première partie de la fabrication des héros: Pierre Savorgnan de Brazza « Brazza ou l’épopée du Congo » de Léon Poirier.
Ce film s’inscrit dans deux dynamiques complémentaires : celle de la construction d’une légende, elle-même partie intégrante du «roman national» français : la production hagiographique concernant Savorgnan de Brazza sera pléthorique, de son vivant (Brazza se prêtera d’ailleurs volontiers à une mise en scène nourrissant l’imaginaire des lointains et du geste héroïque et faisant de lui « un saint laïc ») et post-mortem (ses funérailles consacrèrent la béatification laïque de ce martyr en cimentant l’unité nationale) ensuite celle d’une production cinématographique qui révèle dans les années 1930 une culture coloniale entremêlant exotisme et construction d’une altérité (parfois négative).
« Inventant » l’indigène. C’est une focale sur ce processus d’héroïsation, ses modalités, ses acteurs et ses étapes à travers le cinéma colonial que nous convie l’étude du film de Léon Poirier. Elle sera arcboutée à une nécessaire contextualisation du personnage et du film : Contexte d’une IIIème République qui cherche à s’enraciner dans le dernier tiers du siècle : la presse française à gros tirage façonnant une communauté nationale autour des héros charismatiques après l’humiliation de la guerre franco-prussienne et la perte de l’Alsace-Lorraine ; l’établissement d’un protectorat sur le Congo ouvrant le champ aux rivalités internationales dans cette partie du monde et rendant nécessaire la convocation d’une conférence à Berlin qui exacerbe les nationalistes et conduit à une « course au clocher » ; Contexte des années 1930 : celui des certitudes cristallisées autour d’une idéologie coloniale que met en œuvre l’exposition de Vincennes de 1931, théâtre des colonies de « la plus grande France ».
C’est dans ces héritages que s’élabore le film de Léon Poirier : le regard réducteur sur l’indigène et son environnement et autant de séquences (le traité avec le Makoko Ilo, la confrontation de ce « conquérant pacifique », « libérateur d’esclaves » et « apôtre de l’humanité et de la civilisation » avec Boula Matari » doté de moyens considérables par le roi Léopold II) contribuent à construire un héros national et une rhétorique glorifiant, volens nolens, l’empire colonial, empire plus que jamais utile au moment où la France entre en guerre contre les puissances de l’axe.
Plusieurs conférences, la fabrication des légendes, les intrications entre explorations et abolition de l’esclavage, entre exploration et colonisation. Dans ce cadre Savorgnan de Brazza et Stanley sont incontournables.

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