
OPINION. Un coup d’État est un renversement du pouvoir par une personne investie d’une autorité, de façon illégale et souvent brutale. On le distingue d’une révolution en ce que celle-ci est populaire. Le putsch est un coup d’État réalisé par la force des armes.
D’un point de vue historique, et y compris dans l’époque contemporaine, le coup d’État a été l’un des moyens les plus fréquemment utilisés pour accéder au pouvoir.
Une version alternative présente le coup d’État comme : « un acte d’autorité consistant dans une atteinte réfléchie, illégale et brusque, aux règles d’organisation, de fonctionnement ou de compétence des autorités constituées, atteinte dirigée, selon un plan préconçu et pour des raisons diverses, par une personne ou par un groupe de personnes réunis en un parti ou un corps ; dans le but soit de s’emparer du pouvoir, soit d’y défendre ou d’y renforcer sa position, soit d’entraîner une simple modification de l’orientation politique du pays »
Africains, le coup d’Etat est un compte d’exploitation irrationnel .
Le Mali , la Guinée ou le Burkina Faso sont devenues des poches de non droit aux yeux de la communauté financière internationale depuis que des groupes de putchistes, animé soi-disant de bonnes intentions, le patriotisme au bout du fusil, ont déposés des présidents de la république en déconnexion avec leurs peuples. Vox populi, vox Dei disent-ils . Passée l’euphorie populaire, l’heure est aux interrogations sonnantes et trébuchantes.
En arrêtant un président de la république là où un encadrement aurait dû suffire afin de lui permettre, même sur instructions, d’assurer la continuité de l’état aux yeux des banques, des assureurs crédit, des bailleurs, les soi-disant « Comité national pour le salut du peuple » , composés étonnamment que des militaires, ont ôtés au Mali , au Burkina Faso et à la Guinée leurs signatures . Ce qui explique les mesures de sauvegarde de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui avait auparavant fait de même en octobre 2014 quand Blaise Compaoré fut chassé du pouvoir au Burkina Faso, (à ce jour encore, des milliards disparus des banques n’ont pas été recouvrées) ou récemment lors du vide créé en Guinée Bissau pendant la crisepost-électorale.
Au Mali par exemple , l’arrestation du président IBK, de son premier ministre et de celui du ministre des Finances avait provoqué une rupture de la continuité et de la signature de l’Etat, entrainant le gel des comptes de celui-ci.
En d’autres termes, les compensations et divers engagements de l’Etat malien sont redevenus impayés et ont générés des frais qu’il a fallu rembourser. Tous les chèques de l’Etat aux prestataires de divers marchés étaient désormais en incidence de paiement. Cas des subventions de l’Etat au secteur du coton et à d’autres secteurs vitaux. Ces engagements concernaient aussi le coupon des obligations de l’Etat malien aux souscripteurs de l’UEMOA et à l’international.
Le premier pays de la zone à avoir à l’époque formalisé l’annulation des flux financiers était la Côte d’Ivoire par courrier du 19 août 2020 portant le sceau de Adama Coulibaly, ministre de l’Economie et des Finances. Première puissance économique et financière de l’UEMOA, Abidjan pèse pour 40% du PIB de la zone et 50% de la masse monétaire en circulation.
L’on notera que le secteur bancaire ivoirien comporte trois banques ayant un ADN malien avec une part de marché de 8 à 10% soit plus de 1 000 milliards de Franc CFA. Pas besoin d’être clerc pour mesurer le poids des maliens dans l’immobilier locatif en Côte d’Ivoire.
La mesure de restriction a eu des effets temporaires sur plusieurs banques de la région détenant des coupons de l’Etat malien dont elles espèreraient le remboursement à échéance.
Bien que l’on ne soit pas dans le cas de la Côte d’Ivoire de la crise post-électorale de 2010 quand des banques furent nationalisées, beaucoup des pays avaient craint que la crise sécuritaire au Mali doublée maintenant d’un coup d’Etat ne porte les prémices d’une crise financière aigüe.
Pays de cash, donc court-termiste, le grand Mali devait rapidement refermer cette phase compliquée et éviter surtout une transition longue. Chaque jour qui passait à été une interrogation de plus pour les bailleurs de fonds bilatéraux et privés, une angoisse pour les porteurs de coupons de la dette du Mali et un saut dans le vide.
Bien que populaire, car opposé à l’inertie du président IBK, le coup d’Etat a coûté cher et est resté non rentable dans un contexte d’encadrement strict des régulations bancaires au niveau national, régional et international.
Les conséquences des événements ont été très coûteuses pour les opérateurs économiques confrontés aux surestaries de leurs conteneurs et cargaisons stockés à l’époque aux ports de Dakar, Abidjan ou Lomé.
Les surestaries sont des indemnités que l’affréteur doit payer au propriétaire du navire, dans un affrètement au voyage, quand le temps de chargement et/ou déchargement dépasse(nt) le temps de planche prévu dans le contrat de voyage .
Y-avait-t-il un mécanisme d’annulation de ces surestaries par la CEDEAO, l’UEMOA ou au niveau des Etats ?
Les assureurs devraient-ils accepter de couvrir les pertes de marchandises périssables pour cause de coup d’Etat ?Les banques devraient-elles acceptés de différer leurs lettres de crédit ou de rééchelonner leurs prêts à cause de ce contexte déjà accentué par le Covid-19 ?
En pleine campagne cotonnière, la filière coton promise à la vente à plus de 200 FCFA le kilo (seul produit sérieux exportable du Mali en dehors, bien entendu, de l’or) et financée massivement par les banques locales et étrangères avait été menacée à cause de la fermeture des frontières.
Les pricing des lettres de crédit ont dû bondir comme le prédisait le banquier Ali Benahmed, invité de Financial Afrik.
C’est quoi le pricing ? Le pricing ou la tarification dynamique, est, dans le cadre de la politique de prix du mix-marketing, une stratégie de tarification consistant à ajuster les prix aux variations de demande.
Cette pratique se répand rapidement car les entreprises ont accès à des bases de données gigantesques stockables à des coûts réduits, leur permettant de prédire et d’anticiper au mieux les variations de demande.
De même, le département américain, assez chatouilleux sur la circulation du dollar en zone Sahel (en liaison avec les loi anti-terroristes et contre le blanchiment) suit de près la situation poussant, par ses formulaires de conformité envoyés régulièrement aux grandes banques internationales, à relever les taux de confirmation des engagements sur lettres de crédit. Pour sûr, la révolution française n’aurait pas eu lieu en 2020 compte tenu du durcissement des conditions financières internationales. Espérons que les militaires qui ont pris le pouvoir dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest rentrent vite à la caserne avec le sentiment du devoir accompli et l’assurance que leurs doléances seront prises en compte par un gouvernement civil élu et représentatif des aspirations des populations coupé en deux et gangrené par le terrorisme et les affrontements inter-ethniques.
Par Gustave
Influenceur lanceur d’alerte (« FOCUSRDCMONDE »)