
PARLONS-EN. Il y a 29 jours, nous annoncions que des délégations de hauts responsables congolais multiplieraient les déplacements en Occident, beaucoup plus pour rechercher l’argent frais avant que leur incompétence et égo ne les confondent, que pour renforcer la coopération. Les faits nous donnent raison : le 23 juin une délégation composée du premier ministre Anatole Collinet Makosso (ACM), de l’adjoint Jean-Jacques Bouya(JJB), de Christel Denis Sassou Nguesso et d’Onanga, embarquent non seulement pour Vienne en vue de prendre part au Dialogue stratégique de l’OPEP, mais aussi pour d’autres destinations. Le 25 juin M. Sassou rappelle urgemment ses incompétents alors qu’à Brazzaville, Aimé Wilfried Bininga, Rosaire Ibara et Cie sont éclaboussés dans les affaires administratives et financières.
A Vienne, les membres de la délégation poursuivent officiellement leur participation au dialogue stratégique de l’OPEP, rencontrent les banquiers du Moyen-Orient et filent pour d’autres horizons. A Brazzaville, le climat, précédé de la démission de Jean Dominique Okemba, est tout autre. Les tensions montent. Les téléphones chauffent. Les infos remontent jusqu’au palais présidentiel. Le lendemain, l’ordre tombe : “retour immédiat des quatre mousquetaires”.
Un calendrier politique et financier sous haute tension
Dans les régimes militarisés de la CEMAC, le mois de juillet constitue traditionnellement la période des promotions et nominations au sein des forces armées. Tout retard dans les tableaux d’avancement des officiers appelés à succéder à plusieurs hauts responsables militaires fragilise inévitablement l’équilibre institutionnel sur lequel repose M. Sassou.
À cette pression politique s’ajoute une situation économique particulièrement préoccupante. Les premières échéances de remboursement de près de 2,5 milliards de dollars doivent intervenir dès septembre 2026. La dette publique demeure proche de 92,5 % du PIB, tandis que le déficit primaire hors hydrocarbures avoisine 9 %. Les réformes fiscales restent inachevées et les interrogations persistent sur l’ampleur réelle de la dette dite « cachée et intérieure où les opérateurs économiques peinent à recouvrir leurs créances ». ACM n’a plus menti comme d’habitude. Il a reconnu la tension de trésorerie lors de la présentation de son Programme d’accélération de la gouvernance (PAG) le 22 juin au parlement. C’est, certainement, ce qui justifie la concentration des ministres dans la mission de Vienne, et la présence massive de ces derniers à l’audience auprès du secrétaire général de l’OPEP, Haitham Al Ghais. au mépris des exigences protocolaires. Sans doute, peut-on y voir une volonté d’être sur tous les fronts : rencontres, mobilisations et montages financiers.
La présence de Christel Denis Sassou Nguesso, chargé du partenariat public-privé (PPP), alimente également les interrogations. Son portefeuille ministériel joue précisément un rôle dans la structuration juridique des garanties susceptibles d’être offertes aux partenaires financiers. La distinction entre la vitrine diplomatique offerte par Vienne et d’éventuelles négociations conduites dans d’autres juridictions financières rappellerait un schéma classique de dissociation entre la communication officielle et la réalité des opérations financières (plus discrètes).
Le paradoxe du PAG
Le Programme d’accélération de la gouvernance met officiellement en avant la transparence, la bonne gouvernance et une meilleure gestion des finances publiques.
Les projets énergétiques mis en avant pourraient également constituer des actifs susceptibles de servir de garanties dans d’éventuelles opérations de financement adossées aux futurs revenus gaziers. Parallèlement, le recours annoncé aux euro-obligations est présenté comme un instrument destiné à restructurer la dette publique. C’est la conséquence de l’incapacité de l’État à mobiliser rapidement des ressources fiscales suffisantes. Le futur programme avec le FMI attendu dans les prochains mois, qui est pourtant inutile, pourrait par ailleurs s’accompagner de nouvelles réformes structurelles et de cessions d’actifs publics, accentuant assurément les débats sur la souveraineté économique du Congo.
Dans ce contexte, l’absence du ministre des Finances, Christian Yoka, au sein de cette mission et le manque d’informations communiquées au Parlement, renforcent les interrogations sur les objectifs réels de ce déplacement. Christian Yoka a-t-il été écarté de la mission à cause de sa société qu’il a monté au Maghreb ? Pourquoi alors condamner Armel Dongou Zidane quand le ministre des Finances fait la même chose que lui ? M. Sassou a sans doute réalisé, et très vite, l’inutilité de cette mission et l’a interrompue le 25 juin. Un Conseil des ministres extraordinaire est convoqué ce mardi 30 juin à Oyo pour un recadrage. Pendant que cette délégation rentre tête baissée au Congo, trois autres dossiers explosent simultanément à Brazzaville. La mission étant écourtée, la bienséance voudrait que la différence soit remise dans les caisses. Ne pas le faire est un détournement et nous exposerons au grand jour ces mafieux .
Bininga , Ibara et Cie dans la tourmente
Plusieurs ministres font actuellement l’objet de controverses :
Aimé Wilfried Bininga et la secrétaire général de la cour des comptes et discipline budgétaire (CCDB) Nzaou née Moyen Ngnia-Ngama sont notamment accusés d’avoir engagé 125 millions de francs cfa initialement destinés à l’organisation de la session du Conseil supérieur de la magistrature de la CCDB, alors que cette réunion n’a jamais eu lieu : c’est un détournement de crédits budgétaires.
Notre enquête reviendra prochainement sur les dossiers, des ministères de la santé, de la justice et particulièrement celui des finances en plusieurs épisodes.
Ghys Fortune BEMBA DOMBE
Journaliste engagé, fondateur du groupe de médias Talassa.



