Congo-Brazzaville : Une campagne lancée, une nation toujours en débat

Congo-Brazzaville : Une campagne lancée, une nation toujours en débat

Les Congolais restent dans l’attente des consignes des non-participants à l’élection présidentielle. SANS DETOUR. Le 28 février, la République du Congo a officiellement ouvert la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle du 15 mars. Pendant deux semaines, sept candidats sont appelés à convaincre les électeurs. Parmi eux, le président sortant Denis Sassou Nguesso, face à Gavet Elengo Melaine Destin ; Kignoumbi Kia-Mboungou Joseph ; Mafoula Uphrem Dave ; Manangou Vivien Romain ; Mavoungou-Zinga Mabio ; et Nganguia Engambe Anguios. La machine électorale est en marche. Mais la nation, elle, demeure traversée par un débat fondamental : faut-il participer ou non à cette élection ? Un débat persistant en pleine campagne électorale Alors que les candidats déclarés ont choisi d’entrer pleinement dans la compétition électorale, une frange importante de la classe politique observe encore une posture d’attente, voire de réserve stratégique. Le débat entre participation et non-participation demeure ouvert et continue de structurer en profondeur l’espace politique congolais. Mais une question s’impose désormais : ce débat sert-il encore véritablement la cause démocratique, ou risque-t-il de s’enfermer dans une répétition stérile, sans impact réel sur l’issue du processus électoral ? Au cœur de cette attente se trouve le Rassemblement des forces du changement, dirigé par Clément Mierassa. Lors d’une tribune télévisée réunissant l’ensemble de ses responsables, cette plateforme avait annoncé qu’elle rendrait publiques des consignes claires concernant sa position face à l’élection. Par ailleurs, l’un de ses principaux leaders, Jean Jacques Serge Yhombi Opango, président du Rassemblement pour la démocratie et le développement (RDD), a confirmé que ces orientations seraient prochainement formulées. Cette annonce maintient l’attention et alimente l’attente d’une clarification politique susceptible d’influencer le positionnement d’une partie significative de l’opinion. À ce jour, de nombreux Congolais restent suspendus à ces consignes, espérant qu’elles viendront éclairer le débat national et préciser la posture à adopter dans le contexte électoral actuel. Les limites stratégiques de la non-participation Ainsi, si les participants ont marqué un premier pas dans le processus électoral, les non-participants — ou les indécis stratégiques — n’ont pas encore dit leur dernier mot. Le paysage politique demeure en tension, suspendu à des orientations susceptibles d’influencer une frange importante de l’opinion. Parmi ceux qui ont choisi de ne pas prendre part à l’élection figure Modeste Boukadia, président du CDRC, qui appelle à une transition cogérée. Une telle perspective soulève toutefois la question des moyens concrets de sa mise en œuvre. Sans leviers de pression structurés — notamment l’appui des organisations syndicales ou l’adhésion de segments de la force publique — cette option apparaît, à ce stade, difficile à traduire en dynamique politique effective. Une certitude institutionnelle Malgré l’intensité des débats, une évidence s’impose : au terme du processus électoral, un président sera proclamé et exercera le pouvoir pour un mandat de cinq ans. À l’instar de la Constitution, qui s’impose à tous — qu’on l’ait approuvée ou contestée —, le verdict des urnes produira un cadre institutionnel auquel la nation devra se conformer. Il semble peu probable que des acteurs politiques incapables de s’accorder en amont sur une stratégie commune puissent, en aval, constituer un front cohérent et efficace pour contester les résultats. D’autant plus qu’une contestation crédible suppose des preuves tangibles de fraudes ou d’irrégularités. Or, comment réunir de tels éléments lorsqu’on n’a pas pris part au processus, ni déployé de représentants dans les bureaux de vote, ni participé aux mécanismes de contrôle électoral ? Même les stratégies de lobbying évoquées par certains, notamment par Maître Brice Nzamba, risquent de se heurter à des limites pratiques et politiques si elles ne s’appuient pas sur des éléments factuels solides et vérifiables. L’histoire politique récente du pays invite ainsi à la prudence quant à l’hypothèse d’un front post-électoral unifié capable d’inverser ou de bloquer une dynamique institutionnelle déjà enclenchée. Mais au-delà de ces considérations stratégiques, un problème plus fondamental mérite d’être posé. L’angle mort de la campagne : le projet de société La campagne est lancée. Les meetings se multiplient. Les discours s’enchaînent. Pourtant, le débat sur les projets de société demeure étonnamment discret. Le président sortant prône « la continuité de la marche ». Mais quelle marche ? Il existe plusieurs types de marche : la marche nordique, structurée et méthodique ; la marche sportive, rythmée et performante ; la marche d’endurance, collective et disciplinée ; la marche urbaine, culturelle et pédagogique ; ou encore la randonnée, exigeante et orientée vers un objectif clairement défini. Parler de continuité sans préciser la nature, le cap et les indicateurs de cette marche revient à entretenir une ambiguïté stratégique. Continuer, oui — mais vers quoi ? Selon quel modèle de développement ? Avec quelles priorités nationales clairement hiérarchisées ? Quant aux autres candidats, leur discours s’articule principalement autour de la critique du mandat sortant. L’attaque supplée la proposition. La dénonciation tient lieu de programme. L’opposition semble davantage structurée contre un homme que pour une vision alternative structurée. Une responsabilité collective Plus préoccupant encore : l’exigence citoyenne d’un projet de société formalisé ne s’impose pas comme thème central du débat public. Le risque est alors de réduire l’élection à un choix de personnes, d’alliances ou de stratégies, plutôt qu’à un choix de trajectoire nationale. La question fondamentale n’est pas seulement de savoir qui participera, qui appellera au boycott, ou qui donnera des consignes. Elle est de savoir quel projet commun portera la nation au-delà du scrutin. Vers un projet commun institutionnalisé Cette situation offre l’occasion de réitérer une proposition formulée dans l’ouvrage Kongo Ya Sika : Et, si nous créions notre démocratie ? : l’institutionnalisation d’un Dialogue national permanent — ou d’une Conférence nationale souveraine — comme cadre structurant de l’élaboration d’un projet commun de société. Un tel cadre permettrait d’identifier les priorités nationales consensuelles ; de définir des objectifs stratégiques clairs à moyen et long terme ; d’inscrire ces priorités dans une feuille de route que le président élu aurait l’obligation politique et morale d’exécuter. Dans cette perspective, l’élection présidentielle ne serait plus seulement la désignation d’un dirigeant, mais le choix d’un exécutant

De Gaulle et Sassou Nguesso : la longévité du pouvoir face au jugement de l’Histoire

De Gaulle et Sassou Nguesso : la longévité du pouvoir face au jugement de l’Histoire

Si le général Charles de Gaulle n’avait pas démissionné, les Français lui auraient demandé de rester longtemps. (Denis Sassou Nguesso) PAGE D’HISTOIRE. Dans une interview accordée à un média français, le président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, répondant à une question sur la longévité de son pouvoir, déclara que si le général Charles de Gaulle n’avait pas démissionné, les Français lui auraient demandé de rester longtemps. À cette affirmation peut être associée une réflexion plus universelle : « À l’épreuve de l’éternité, seule demeure la qualité du service rendu. ». Ces deux phrases, mises en parallèle, permettent d’ouvrir une analyse comparative approfondie sur la nature du pouvoir, sa durée, sa légitimité et la manière dont l’Histoire juge les dirigeants. La longévité : symbole de stabilité ou signe d’enracinement ? La longévité au pouvoir fascine. Elle peut apparaître comme un gage de stabilité, d’expérience et de continuité. Mais elle peut aussi susciter des interrogations sur le renouvellement démocratique et la vitalité institutionnelle. Charles de Gaulle est une figure fondatrice de la France moderne. Chef de la France libre durant la Seconde Guerre mondiale, artisan de la souveraineté nationale restaurée, il revient au pouvoir en 1958 dans un contexte de crise profonde liée à la guerre d’Algérie et à l’instabilité gouvernementale de la IVe République. Il fonde la Ve République, dotée d’institutions solides et d’un exécutif fort. Son autorité repose sur une légitimité historique et populaire. Pourtant, en 1969, après l’échec d’un référendum portant sur la réforme du Sénat et la régionalisation, il démissionne immédiatement. Il avait annoncé que le rejet de sa réforme entraînerait son départ. Fidèle à sa parole, il quitte le pouvoir. À l’inverse, Denis Sassou Nguesso incarne une continuité politique exceptionnelle en Afrique centrale. Son parcours est marqué par plusieurs décennies d’exercice du pouvoir, avec une interruption dans les années 1990 suivie d’un retour à la tête de l’État. Son maintien s’inscrit dans un contexte institutionnel où les révisions constitutionnelles ont permis l’extension ou le renouvellement des mandats. La comparaison révèle ainsi deux logiques distinctes : Une longévité volontairement interrompue au nom du principe démocratique (De Gaulle); Une longévité consolidée par l’adaptation des règles constitutionnelles (Sassou Nguesso). Le rapport personnel au pouvoir Au-delà des institutions, la question centrale est celle du rapport intime du dirigeant au pouvoir. Pour De Gaulle, le pouvoir était une mission historique. Il se percevait comme l’incarnation d’un destin national à un moment critique. Une fois la mission accomplie — stabilisation des institutions, indépendance de l’Algérie, redéfinition du rôle international de la France — son maintien dépendait explicitement de la confiance populaire. Son départ en 1969 constitue un acte politique fort : il accepte le verdict du suffrage universel. Cette décision contribue paradoxalement à renforcer sa stature historique. Il ne s’accroche pas ; il s’efface. Dans le cas de Denis Sassou Nguesso, le pouvoir apparaît davantage comme un instrument de continuité étatique. Dans un pays ayant connu des tensions politiques et des conflits, la stabilité peut être présentée comme un argument central de légitimation. Le maintien au sommet de l’État peut alors être perçu comme une garantie de cohésion nationale. Cependant, cette continuité soulève inévitablement la question du pluralisme politique et de l’alternance. Là où De Gaulle a fait du référendum un mécanisme de validation ou de révocation personnelle, le système congolais a évolué par des ajustements constitutionnels permettant la reconduction du président en exercice. La différence tient donc moins à la durée brute qu’à la philosophie du pouvoir. Institutions, référendums et culture politique Les deux trajectoires s’inscrivent dans des contextes historiques et culturels profondément différents. En France, la tradition républicaine, malgré ses crises, s’est consolidée autour d’un principe d’alternance et de limitation implicite du pouvoir personnel. La démission de De Gaulle s’inscrit dans cette culture politique où la responsabilité devant le peuple est primordiale. En République du Congo, l’histoire politique post-indépendance est marquée par des périodes de parti unique, de transitions conflictuelles et de recompositions institutionnelles. La consolidation de l’État a souvent été priorisée face aux défis sécuritaires et économiques. Comparer les deux dirigeants nécessite donc de prendre en compte ces contextes distincts. Il ne s’agit pas de transposer mécaniquement un modèle sur l’autre, mais d’observer comment chacun a exercé son autorité dans son environnement spécifique. Le développement et le « service rendu » La seconde phrase — « À l’épreuve de l’éternité, seule demeure la qualité du service rendu » — introduit la dimension la plus décisive : celle des résultats. De Gaulle laisse derrière lui des institutions toujours en vigueur, une diplomatie indépendante, une vision stratégique de la souveraineté nationale. Son héritage est institutionnel, symbolique et géopolitique. Pour Denis Sassou Nguesso, l’évaluation historique portera principalement sur : Le développement économique du Congo, La gestion des ressources naturelles, L’amélioration des infrastructures, La stabilité politique, Le bien-être des populations. L’Histoire est exigeante. Elle dépasse les justifications immédiates. Elle juge sur la durée et sur l’impact concret. Un dirigeant peut gouverner longtemps sans laisser d’empreinte profonde. À l’inverse, un dirigeant peut gouverner moins longtemps et transformer durablement son pays. La longévité face à l’éternité La déclaration de Denis Sassou Nguesso suggère que De Gaulle aurait pu rester au pouvoir si le peuple l’avait souhaité. Cette hypothèse est plausible. Mais le fait historique demeure : De Gaulle a choisi de partir lorsque le peuple a exprimé son refus. Ce geste constitue peut-être la clé de son héritage. Il illustre une conception du pouvoir où la légitimité n’est jamais acquise définitivement. À l’épreuve de l’éternité, la mémoire collective retient moins la durée que la portée des actes. Elle retient la capacité à construire, à réformer, à unir — mais aussi la capacité à respecter les règles du jeu démocratique. Conclusion : l’Histoire comme arbitre suprême Comparer Charles de Gaulle et Denis Sassou Nguesso à travers ces deux phrases, c’est interroger la nature du leadership politique. Est-ce la durée qui consacre un dirigeant ? Ou est-ce la trace laissée dans les institutions, l’économie et la conscience nationale ? La longévité peut être un

Manque d’études ou manque de gouvernance ?Le défi des partenariats au Congo

Manque d’études ou manque de gouvernance ?Le défi des partenariats au Congo

Notre réaction à la vidéo du ministre Denis Christel Sassou Nguesso PARLONS-EN. À l’approche de l’élection présidentielle de mars prochain, le débat sur le bilan gouvernemental s’intensifie et met en lumière les forces comme les fragilités de l’action publique. Si plusieurs ministres ont choisi les plateaux de télévision pour défendre leurs résultats, la sortie remarquée du ministre de la Coopération internationale et de la Promotion du Partenariat public-privé, Denis Christel Sassou Nguesso, a suscité une attention particulière. Un choix singulier dans un contexte où la communication gouvernementale se veut collective et coordonnée. En évoquant publiquement le manque d’études comme principal frein à l’attraction des investissements, il a ouvert un questionnement plus large : s’agit-il d’un simple constat technique, d’un aveu de difficultés structurelles ou du révélateur d’un problème plus profond dans la gouvernance des projets au Congo ? Cette prise de parole relance ainsi le débat sur l’expertise nationale, la responsabilité politique et les voies concrètes de renforcement de l’action publique. Le constat : le manque d’études Dans cette intervention, le ministre a pointé une difficulté majeure : l’absence ou l’insuffisance d’études solides pour structurer et attirer des investissements et des partenariats. Pour un ministère dont la mission première est précisément de mobiliser des financements, d’encadrer les partenariats et de sécuriser les projets, l’aveu interpelle. S’agit-il d’un constat lucide sur les faiblesses structurelles de l’administration ? D’un aveu d’échec après plusieurs années d’exercice ? Ou d’un signal indirect adressé au chef du gouvernement et, au-delà, au sommet de l’État ? La question reste ouverte. À l’issue de cette tribune, une vidéo montée et diffusée sur les reseaux sociaux a suscité des réactions. Parmi elles, celle de Marion Michel Madzimba Ehouango, qui a proposé la création, au sein du ministère, d’une structure de validation des projets. Faut-il créer une structure interne ? En réaction à cette proposition, nous avons avancé une autre perspective : au lieu de créer une nouvelle structure administrative, pourquoi ne pas faire appel à des cabinets privés spécialisés, capables d’apporter expertise, indépendance et efficacité ? Cette approche n’est pas inédite. En Allemagne, Angela Merkel a largement fait appel à des cabinets d’expertise externes pour accompagner l’évaluation et la structuration de politiques publiques complexes, avec des résultats reconnus en matière de rigueur et d’efficacité. Au fil de l’échange avec Marion Michel Madzimba Ehouango, il est apparu que ce type de structure existe – ou a existé – au Congo. Le cas de E3M-Consulting Sarlu, cabinet-conseil en investissement public, spécialisé dans l’analyse du risque-pays et collaborant avec des plateformes financières internationales comme AACD Singapore PTE LTD, en est une illustration. Une opportunité pour le Congo Au-delà du débat circonstanciel, une perspective plus large se dessine : celle du développement d’une véritable culture des cabinets d’expertise au Congo. Le pays compte déjà des cabinets médicaux, des cabinets d’avocats, des cabinets d’architectes. En revanche, les cabinets d’études stratégiques, d’ingénierie financière, d’évaluation et de validation de projets restent rares ou insuffisamment valorisés. Pourtant, cette filière pourrait représenter une opportunité concrète pour de nombreux diplômés congolais sans emploi. Structurer, analyser, évaluer, certifier les projets publics ou mixtes : voilà des compétences qui existent, au pays comme dans la diaspora. Encore faut-il les identifier, les mobiliser et leur faire confiance. Les vraies questions Reste une interrogation politique essentielle : le ministre avait-il déjà fait état de cette difficulté auprès du Premier ministre ou du président de la République ? A-t-il exploré les ressources existantes dans les annales des entreprises congolaises ? A-t-il recherché, de manière systématique, des expertises locales capables de répondre à ce besoin ? Ou cette sortie médiatique vise-t-elle à justifier des résultats jugés insuffisants après plusieurs années d’exercice ? Quoi qu’il en soit, cette séquence ouvre un débat utile. Il existe des Congolais capables de produire les études, d’évaluer les risques, de structurer les partenariats dont le pays a besoin. La question n’est peut-être pas l’absence de compétences, mais leur mobilisation. Il suffit de les chercher. Il suffit de leur faire confiance. Et il appartient aussi aux Congolais qui sont au pays comme à l’étranger, de faire connaître leurs sociétés, leurs initiatives et leur expertise. Car la souveraineté économique ne se décrète pas : elle se construit, notamment par la valorisation des compétences nationales. Par Serge Armand Zanzala Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika

Congo-Brazzaville : l’énigme des 815 disparus de la DGSP et les zones d’ombre de l’Opération Zéro Kuluna

Congo-Brazzaville : l’énigme des 815 disparus de la DGSP et les zones d’ombre de l’Opération Zéro Kuluna

PARLONSS-EN. La DGSP aurait été infiltrée par des éléments divers : des mercenaires étrangers (notamment tchadiens, centrafricains et rwandais) chargés d’exécutions extrajudiciaires pour terroriser la population, des individus assimilés à des marabouts pratiquant des rituels macabres, et des personnes soupçonnées de trafic d’organes humains, profitant du chaos et de la disparition des corps. Après l’affaire tragique et toujours non élucidée des disparus du Beach, un nouveau dossier de disparitions massives vient raviver les blessures de la mémoire collective congolaise. Une fois encore, ce sont des familles plongées dans l’angoisse, une société condamnée au silence et un État qui refuse de rendre des comptes. Cette fois-ci, c’est Maître Maurice Massengo Tiasse, avocat bien connu, qui, à travers une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, révèle l’existence de 815 personnes portées disparues dans les geôles de la Direction Générale de la Sécurité Présidentielle (DGSP). Ces révélations posent une question centrale, troublante et inévitable : que s’est-il réellement passé lors de l’Opération Zéro Kuluna, vaste campagne de lutte contre le banditisme urbain menée par la DGSP et officiellement présentée comme une action de sécurisation des populations ? L’Opération Zéro Kuluna : de la lutte contre l’insécurité à la violence systémique Dès l’entrée en scène de la DGSP dans cette opération, de nombreux témoignages concordants ont fait état d’une brutalité extrême : arrestations arbitraires, détentions sans procédure judiciaire, humiliations publiques et, plus grave encore, exécutions sommaires. Ce qui devait être une opération de sécurité s’est rapidement transformé en machine de peur, opérant en dehors de tout cadre légal clair. Le choix même de confier une mission de police urbaine à une unité historiquement conçue pour la protection du régime interroge profondément. Lorsque la sécurité du citoyen est confiée à un appareil de coercition politique, la dérive devient presque inévitable. Infiltrations au sein de la DGSP : rumeurs persistantes et signaux alarmants Très vite, dans certains cercles politiques, militaires et civils, des rumeurs persistantes ont circulé, évoquant une grave infiltration au sein même de la DGSP. Ces rumeurs décrivaient l’existence de plusieurs catégories d’éléments opérant au sein de cette structure : des agents accomplissant normalement leur mission ; des éléments chargés de procéder à des exécutions extrajudiciaires de Congolais, dans le but de terroriser la population et de dissuader toute forme de contestation sociale ou politique ; ces éléments auraient été, selon plusieurs sources concordantes, des mercenaires étrangers — notamment tchadiens, centrafricains et rwandais — ce qui expliquerait l’obligation qui leur aurait été faite de porter des cagoules afin de masquer leur identité et leur origine. des individus assimilés à des marabouts, chargés de recueillir le sang des victimes et de mutiler certains corps à des fins rituelles ; et des individus soupçonnés d’appartenir à des réseaux de trafic d’organes humains, profitant du chaos, de l’opacité et de la disparition des corps. Nous imaginons qu’en demandant clairement au général Serge Oboa, Directeur général de la Sécurité présidentielle, d’exposer ses agents — sûrement infiltrés — qui ont commis des abus au cours de cette opération, et demande des sanctions. Cela aidera à atténuer sa responsabilité dans cette sale affaire, qui est extrêmement grave. Sassou n’a jamais protégé quelqu’un de toute sa vie.»”, le professeur Marion Michel Madzimba Ehouango avait lui aussi eu vent de ces infiltrations. Le fait que ces informations circulaient bien au-delà des milieux populaires démontre qu’il ne s’agissait pas de simples élucubrations, mais de signaux d’alerte ignorés. Et comment ne pas accorder du crédit à ces allégations lorsque circule une vidéo montrant un élément de la DGSP à Mindouli, dans le département du Pool, une hache attachée à la ceinture, se vantant d’avoir écrasé la tête d’un homme qu’il présente comme un “ninja” de Ntumi ? Or, à l’examen des images, la victime apparaît proprement vêtue, sans aucun élément permettant de l’identifier comme un bandit armé. Cette scène soulève une interrogation fondamentale : depuis quand la hache, outil du bûcheron, est-elle devenue une arme militaire ou de maintien de l’ordre ? Rumeurs ou réalités occultées ? Pendant longtemps, ces récits ont été relégués au rang de fantasmes. Pourtant, l’histoire politique du Congo invite à la prudence face à ce déni. Lors de la Conférence nationale souveraine, des accusations similaires avaient déjà été formulées contre Denis Sassou Nguesso, sans jamais donner lieu à des poursuites judiciaires sérieuses. Des témoignages évoquaient qu’il se serait livré à des pratiques extrêmes, allant jusqu’à boire du sang humain, s’en servir pour des ablutions rituelles et manifester une attirance troublante pour la chair humaine. La révélation précise et chiffrée de Maître Maurice Massengo Tiasse, évoquant la disparition de 815 personnes, change radicalement la nature du débat. Il ne s’agit plus de soupçons vagues, mais d’allégations graves et circonstanciées. Responsabilité du commandement : le silence du général Serge Oboa Une question demeure, centrale et lourde de sens : le général Serge Oboa, alors à la tête de la DGSP, était-il informé de ces dérives, ou avait-il perdu le contrôle de certains éléments opérant sous son autorité ? Comment ne pas accorder du crédit à ces soupçons lorsque l’Opération Zéro Kuluna s’est progressivement transformée en une opération de contrôle systématique des bus, visant à identifier de jeunes passagers sur la seule base de tatouages visibles sur leurs corps ? Comment ne pas s’interroger lorsque les maisons de parents de supposés “kulunas” sont saccagées et incendiées, lorsque des jeunes sont enlevés, puis portés disparus sans la moindre procédure judiciaire ? Et surtout, pourquoi le général Serge Oboa a-t-il, lors de la cérémonie de port des galons, interdit aux mères éplorées, à la recherche de leurs enfants disparus, d’exprimer leur douleur dans les lieux publics, pourtant légalement autorisés pour les manifestations ? De quoi avait-il peur ? Quelles vérités ces mères pouvaient-elles révéler en pleurant et en manifestant publiquement, au point qu’il faille les reléguer au silence et à l’invisibilité ? L’éternelle question de l’impunité : Sassou Nguesso encore hors d’atteinte ? Une question s’impose alors, brutale mais légitime : Si, pour l’affaire des disparus du Beach, pour le génocide du

Congo. UDH-Yuki : qu’as-tu fait du testament de ton président fondateur ? Peut-on espérer le changement en s’alliant au PCT ?

Congo. UDH-Yuki : qu’as-tu fait du testament de ton président fondateur ? Peut-on espérer le changement en s’alliant au PCT ?

LIBRES PROPOS. Il est des paroles qui ne meurent pas avec celui qui les prononce. Elles survivent parce qu’elles engagent, parce qu’elles obligent, parce qu’elles interpellent les consciences bien au-delà de l’émotion du moment. Le dernier message politique de Guy Brice Parfait Kolélas appartient à cette catégorie rare de paroles historiques. Prononcé sur un lit de mort, dans un contexte de souffrance extrême, ce message n’avait rien d’un discours ordinaire. Il était un testament. « Je me bats contre la mort. Mais cependant, je vous demande de vous lever. Allez-y voter, pour le changement… Il y va de l’avenir de vos enfants. » Ces mots n’étaient ni une plainte, ni une supplique personnelle. Ils étaient un appel solennel à la mobilisation, à la dignité citoyenne, à la rupture politique. Ils visaient d’abord le peuple congolais, mais aussi — et peut-être surtout — sa famille politique : l’Union des démocrates et humanistes – Yuki (UDH-Yuki), fondée le 19 mars 2017 par celui qui en fut le président jusqu’à sa mort en 2021. Aujourd’hui, plus de quatre ans après sa disparition, une question s’impose avec gravité : qu’as-tu fait de ce testament politique ? Un héritage qui engage, pas un symbole à consommer Guy Brice Parfait Kolélas n’a pas créé l’UDH-Yuki pour enrichir le paysage déjà saturé des partis politiques congolais. Il l’a fondée comme un outil de combat démocratique, une force de transformation sociale, une alternative crédible à un système politique verrouillé depuis des décennies par le Parti congolais du travail (PCT). Son dernier message ne laissait aucune ambiguïté. Il parlait de lutte. Il parlait de changement. Il parlait d’avenir. Il parlait des enfants du Congo. En politique, peu de paroles sont aussi claires, aussi dépouillées de calcul, aussi chargées de vérité. Un testament, par définition, ne se négocie pas. Il se respecte ou il se trahit. Une opposition en panne de sens Depuis la mort de son fondateur, l’UDH-Yuki donne l’image d’un parti en errance. Les Congolais assistent, souvent avec amertume, à des divisions internes, à des querelles de leadership, à des repositionnements ambigus et à des choix stratégiques qui interrogent profondément. Là où l’on attendait un parti rassemblé, offensif et porteur d’un projet clair, on observe trop souvent le silence, l’hésitation ou la confusion. Là où l’on espérait une force politique fidèle à l’esprit de combat de son fondateur, on perçoit parfois une organisation préoccupée par sa survie institutionnelle plutôt que par la transformation du pays. Or, pendant ce temps, la crise nationale s’aggrave. Un pays plongé dans une crise multidimensionnelle La République du Congo traverse une crise profonde et multiforme: crise économique, marquée par l’endettement, la pauvreté et le chômage massif des jeunes ; crise sociale, avec la dégradation des services publics, la précarité des fonctionnaires et la désespérance des populations ; crise politique, caractérisée par la confiscation du pouvoir, l’affaiblissement des contre-pouvoirs et la perte de confiance dans les institutions ; crise morale, où la corruption, l’impunité et le clientélisme semblent érigés en mode de gouvernance. Cette situation n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat de décennies de gestion du pays par le PCT, parti au pouvoir, qui concentre l’essentiel des responsabilités dans l’état actuel de la nation. Dès lors, une question devient inévitable. Peut-on espérer le changement en s’alliant au PCT ? Peut-on sérieusement parler de changement, de rupture, d’alternative démocratique, en s’alliant au parti qui a conduit le pays dans cette crise multidimensionnelle ? Peut-on prétendre honorer le testament de Guy Brice Parfait Kolélas en pactisant avec le système qu’il combattait ? Peut-on appeler le peuple à se lever, tout en s’asseyant à la table du pouvoir que l’on dénonçait hier? Ces questions ne sont ni polémiques ni malveillantes. Elles sont politiques, morales et historiques. Elles traduisent l’inquiétude légitime de citoyens qui refusent que l’opposition devienne une simple variable d’ajustement du système en place. L’histoire politique africaine regorge d’exemples de partis d’opposition absorbés, neutralisés ou vidés de leur substance par des alliances dites « stratégiques ». Rarement ces alliances ont profité aux peuples. Elles ont souvent profité aux carrières individuelles. La responsabilité historique de l’UDH-Yuki L’UDH-Yuki se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Elle peut choisir la fidélité au combat fondateur, au prix de l’exigence, de la patience et parfois du sacrifice. Ou elle peut choisir la facilité des compromis, au risque de perdre son âme et la confiance populaire. Être héritier politique ne consiste pas à invoquer une mémoire, mais à prolonger une vision. Guy Brice Parfait Kolélas a payé de sa vie son engagement. Il a combattu jusqu’au dernier souffle. Cette cohérence lui a valu le respect, y compris de ses adversaires. La question n’est donc pas de savoir si l’UDH-Yuki peut survivre politiquement. La vraie question est de savoir si elle veut encore incarner l’espoir du changement. Le peuple observe et jugera Le peuple congolais n’est pas dupe. Il observe. Il compare. Il se souvient. Il sait reconnaître ceux qui se battent pour l’intérêt général et ceux qui se battent pour des arrangements politiques. Le testament de Guy Brice Parfait Kolélas demeure un miroir tendu à ses héritiers politiques. Il reflète leurs choix, leurs renoncements ou leur courage. L’histoire, elle, sera implacable. Car on ne trahit pas impunément un combat mené jusqu’à la mort. Et l’on ne construit pas le changement avec les architectes du statu quo. Serge Armand Zanzala Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika

Congo. Bilan du quinquennat 2021-2025 : quand Denis Sassou Nguesso délègue sa parole et confisque le débat national

Congo. Bilan du quinquennat 2021-2025 : quand Denis Sassou Nguesso délègue sa parole et confisque le débat national

Un aveu de faiblesse politique, et peut-être aussi de peur d’affronter les Congolais « Si tu veux cacher quelque chose aux Congolais, mets-le dans un livre. » Dans toute République qui se respecte, la présentation du bilan présidentiel constitue un moment politique majeur. Elle marque l’instant où le chef de l’État accepte de sortir du confort institutionnel pour se soumettre à l’exigence démocratique de la reddition de comptes. C’est un face-à-face symbolique avec le peuple, un exercice de vérité où le président assume ses choix, ses réussites comme ses échecs. Au Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso a choisi de s’extraire de cet exercice fondamental. Un bilan présidentiel sans président Le bilan du quinquennat 2021-2025 n’a pas été présenté par Denis Sassou Nguesso lui-même, mais par son Premier ministre, Anatole Collinet Makosso, à travers un ouvrage intitulé « En toute transparence, le bilan du quinquennat (2021-2026) », présenté le 22 décembre 2025 devant l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en Congrès. Ce simple fait pose déjà un problème politique majeur : comment un président de la République peut-il rendre compte de son mandat sans prendre lui-même la parole devant la nation ? La reddition de comptes est une responsabilité personnelle, indissociable de la fonction présidentielle. Elle ne peut être ni déléguée ni externalisée sans en vider le sens. Plus encore, ce silence présidentiel soulève une question constitutionnelle fondamentale. Si le président de la République se trouve dans un état — physique, mental ou institutionnel — qui l’empêche d’assumer pleinement ses fonctions, la Constitution congolaise définit clairement les règles, les procédures et les voies à suivre. L’empêchement du chef de l’État n’est ni une hypothèse informelle ni un arrangement politique ; il est strictement encadré par le droit constitutionnel afin de préserver la continuité et la clarté de l’État. Or, au lieu de s’inscrire dans ce cadre légal, le pouvoir a préféré inventer un scénario ambigu : un président silencieux, un Premier ministre qui parle en son nom, un livre servant de support politique, et un Parlement acquis d’avance. Cette mise en scène ne correspond à aucune procédure constitutionnelle clairement identifiée. Elle entretient le flou, alimente les interrogations et ouvre la voie à toutes les spéculations, là où la Constitution aurait dû servir de seule boussole. En déléguant cette mission régalienne à son chef de gouvernement, Denis Sassou Nguesso donne l’image d’un pouvoir qui se cache derrière ses institutions, plutôt que de les assumer pleinement et d’en respecter l’esprit. Les voies traditionnelles de la reddition de comptes présidentiels Dans les régimes démocratiques, y compris en Afrique, la présentation du bilan présidentiel emprunte des voies bien établies. Un président de la République s’adresse traditionnellement à son peuple par : une adresse solennelle à la nation, diffusée à la radio et à la télévision ; un discours devant le Parlement, suivi ou non d’un débat contradictoire ; une conférence de presse, permettant aux journalistes d’interroger le chef de l’État ; des tournées nationales, au contact direct des populations ; ou encore un rapport officiel public, largement diffusé et accessible. Ces mécanismes ont un objectif commun : instaurer un minimum de dialogue entre le pouvoir exécutif et les citoyens. Denis Sassou Nguesso a délibérément évité toutes ces voies. Un Congrès transformé en chambre d’adoration La présentation du livre devant les deux chambres réunies en Congrès, dans un Parlement où le président dispose d’une majorité absolue, a davantage ressemblé à une cérémonie de célébration qu’à un exercice institutionnel de contrôle. La scène évoque un service religieux : le pasteur proclame la parole, et l’assemblée répond unanimement « Amen ». Aucun débat réel, aucune contradiction, aucune remise en question du contenu du bilan. Le Parlement, censé incarner la souveraineté populaire, s’est mué en simple chambre d’enregistrement. Le livre comme outil d’évitement politique Le choix du livre comme support de présentation du bilan n’est pas neutre. Une boutade populaire affirme : « Si tu veux cacher quelque chose aux Congolais, mets-le dans un livre. » Derrière l’ironie se cache une réalité sociale préoccupante : la lecture a perdu sa place dans les écoles et dans la société congolaise. La culture du livre s’est effritée, le débat écrit s’est raréfié, et l’on voit aujourd’hui des lecteurs se plaindre de la longueur d’articles ne dépassant pas trois pages dactylographiées. Dans ces conditions, publier un bilan présidentiel sous forme d’ouvrage revient moins à informer qu’à neutraliser l’impact du message. Le livre devient ainsi un outil de dissimulation politique par l’inaccessibilité, non par le secret. Un bilan préfacé par le président lui-même Autre singularité troublante : l’ouvrage est préfacé par Denis Sassou Nguesso lui-même. Cette auto-préface illustre une logique de pouvoir fermée sur elle-même, où le président se juge, se valide et se félicite sans regard extérieur. Dans une démocratie vivante, un bilan est confronté à l’analyse des parlementaires, des experts, de la société civile et des citoyens. Ici, le pouvoir se contente de son propre écho. L’impossibilité du face-à-face avec le peuple Pourquoi éviter la parole directe ? La réponse se trouve dans la réalité sociale du Congo-Brazzaville. Comment s’adresser sereinement à un peuple : privé de salaires réguliers ; privé de pensions de retraite ; privé de bourses d’études ; privé d’eau potable et d’électricité ; privé de soins médicaux accessibles ; privé d’une éducation de qualité ; privé de routes et d’infrastructures de base ? Regarder ce peuple droit dans les yeux suppose un courage politique que le pouvoir semble avoir perdu. Une transparence proclamée mais jamais pratiquée Le titre « En toute transparence » apparaît dès lors comme un slogan vidé de sa substance. La transparence ne se proclame pas dans un livre présenté devant un auditoire acquis ; elle se construit par le débat, la contradiction et l’accès réel à l’information. Conclusion Ce qui s’est joué le 22 décembre 2025 dépasse la simple présentation d’un bilan. C’est le symbole d’un pouvoir qui refuse le face-à-face avec la nation, qui contourne les règles constitutionnelles et qui confond communication politique et gouvernance responsable. Un bilan sans parole présidentielle directe,

Le Congo en paix… sauf avec les salaires, les factures et la vérité

Le Congo en paix… sauf avec les salaires, les factures et la vérité

PARLONS-EN. Au Congo, la paix est proclamée chaque matin comme un bulletin météo : permanente, stable et garantie par le Parti Congolais du Travail (PCT). Une paix officielle, certifiée conforme par les discours, les communiqués et les congrès. Une paix si robuste qu’elle semble capable de survivre à tout : à l’absence prolongée de salaires, à l’effondrement des services publics, à l’asphyxie du secteur privé et même à la disparition progressive de la vérité. Une paix déclarative, militante, incantatoire. Une paix de mots, rarement de vécu. Les salaires impayés : quand les chiffres démentent la paix Dès que l’on quitte les tribunes politiques pour regarder la réalité en face, le décor change. À la mairie de Brazzaville, les agents cumulent quatorze mois de salaires impayés. À Dolisie, cinquante mois. À Mossendjo, quatre-vingts mois, À Nkayi, soixante-dix mois, (…) Des chiffres vertigineux qui devraient provoquer un électrochoc national. Mais au PCT, on applaudit, on sourit, et l’on parle d’un bilan « satisfaisant », comme si l’accumulation d’arriérés n’avait aucune conséquence humaine. L’Université Marien Ngouabi : le savoir sans salaire L’Université Marien Ngouabi, jadis symbole du savoir et de l’avenir, est devenue le laboratoire du mépris social. Les travailleurs y manquent de paix depuis longtemps. Non par goût de la contestation, mais parce que la faim, elle, ne se nourrit pas de discours politiques. Après l’université, les mairies du Congo sont entrées dans la danse. Une danse sociale macabre, sans musique, sans cachet, sans dignité, rappelant que la paix sociale ne se proclame pas : elle se construit. Les mairies en grève et le silence de l’État Face aux grèves, aux cris et aux détresses, l’État oppose le silence. Dans ce Congo officiel, l’absence de réponse est devenue une stratégie de gouvernance. Tant que les revendications n’atteignent pas les salons climatisés, tant que les travailleurs crient sans micro et que les agents ferment sans caméra, la paix est déclarée sauve. Le silence est confondu avec la stabilité, la résignation avec l’adhésion, l’épuisement avec la satisfaction. Le secteur privé étranglé par la dette intérieure Il serait pourtant injuste de croire que seuls les agents publics manquent de paix. Les opérateurs économiques du secteur privé vivent eux aussi une profonde insécurité financière. L’État congolais leur doit des milliards au titre de la dette intérieure. Des entreprises ont livré, exécuté des marchés publics, investi et créé des emplois. En retour : des factures impayées, des promesses reportées, des faillites en chaîne. Une économie réelle sacrifiée pendant que le discours officiel se veut rassurant. Un bilan chanté dans les congrès, absent dans les foyers Malgré ce tableau social et économique alarmant, les cadres du parti au pouvoir sillonnent le pays. Ils descendent dans leurs bases pour préparer le congrès du PCT et réclamer, avec une ferveur quasi religieuse, la candidature de Denis Sassou Nguesso, président sortant et candidat perpétuel. Ils vantent les succès de son mandat, louent la paix retrouvée et célèbrent un bilan qu’aucun salarié impayé, aucun agent municipal en grève, aucun entrepreneur ruiné n’a jamais vu passer. La paix selon le PCT : le règne du silence Dans les réunions politiques, le récit est parfaitement huilé : stabilité institutionnelle, réalisations structurantes, vision stratégique. On cite des routes que personne n’emprunte, des réformes que personne ne ressent, des chiffres que personne ne vérifie. Au Congo officiel, la paix n’a rien à voir avec le bien-être. Elle est définie comme l’absence de contestation audible. Et lorsque certains osent poser des questions, on les accuse de troubler l’ordre public. Les questions que le pouvoir refuse d’entendre Alors posons-les clairement. Qui a parlé de paix ? Est-ce l’agent municipal non payé ? Le travailleur universitaire abandonné ? L’entrepreneur ruiné par un État débiteur ? Certainement pas. Qui a dit que le bilan de Denis Sassou Nguesso est bon ? Ceux qui vivent de l’État sans jamais subir ses retards. Ceux qui confondent longévité au pouvoir et réussite politique. Peut-on gagner une élection sans la paix sociale ? Et surtout, qui a dit que Denis Sassou Nguesso gagnera les élections, alors qu’il n’y a pas de paix sociale à l’université, pas de paix dans les mairies, pas de paix économique dans le secteur privé, et pas de paix morale dans un pays où l’État ne respecte plus ses engagements fondamentaux ? Une victoire électorale ne se proclame pas dans un congrès : elle se construit dans la confiance du peuple. Le mensonge comme méthode de gouvernance Au PCT, le mensonge n’est pas un accident. C’est une méthode de gouvernance. On peut ne pas payer pendant des années, pourvu que l’on parle de paix. On peut accumuler les dettes, pourvu que l’on proclame un bilan positif. On peut échouer socialement, pourvu que l’on réussisse politiquement. Le Congo officiel face au Congo réel Ainsi va le Congo officiel : un pays où l’on prépare des congrès pendant que le peuple survit, où l’on proclame la paix pendant que la réalité crie famine, où l’on annonce des victoires électorales avant même d’avoir rétabli la justice sociale. Une paix sans justice. Un bilan sans vérité. Un pouvoir sans mémoire. Mais à force de confondre silence et adhésion, un jour viendra où même les slogans ne suffiront plus à masquer l’absence de paix réelle. Serge Armand Zanzala Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika