Manque d’études ou manque de gouvernance ?Le défi des partenariats au Congo

Notre réaction à la vidéo du ministre Denis Christel Sassou Nguesso

PARLONS-EN. À l’approche de l’élection présidentielle de mars prochain, le débat sur le bilan gouvernemental s’intensifie et met en lumière les forces comme les fragilités de l’action publique.

Si plusieurs ministres ont choisi les plateaux de télévision pour défendre leurs résultats, la sortie remarquée du ministre de la Coopération internationale et de la Promotion du Partenariat public-privé, Denis Christel Sassou Nguesso, a suscité une attention particulière. Un choix singulier dans un contexte où la communication gouvernementale se veut collective et coordonnée.

En évoquant publiquement le manque d’études comme principal frein à l’attraction des investissements, il a ouvert un questionnement plus large : s’agit-il d’un simple constat technique, d’un aveu de difficultés structurelles ou du révélateur d’un problème plus profond dans la gouvernance des projets au Congo ?

Cette prise de parole relance ainsi le débat sur l’expertise nationale, la responsabilité politique et les voies concrètes de renforcement de l’action publique.

Le constat : le manque d’études

Dans cette intervention, le ministre a pointé une difficulté majeure : l’absence ou l’insuffisance d’études solides pour structurer et attirer des investissements et des partenariats.

Pour un ministère dont la mission première est précisément de mobiliser des financements, d’encadrer les partenariats et de sécuriser les projets, l’aveu interpelle.

S’agit-il d’un constat lucide sur les faiblesses structurelles de l’administration ? D’un aveu d’échec après plusieurs années d’exercice ? Ou d’un signal indirect adressé au chef du gouvernement et, au-delà, au sommet de l’État ? La question reste ouverte.

À l’issue de cette tribune, une vidéo montée et diffusée sur les reseaux sociaux a suscité des réactions.

Parmi elles, celle de Marion Michel Madzimba Ehouango, qui a proposé la création, au sein du ministère, d’une structure de validation des projets.

Faut-il créer une structure interne ?

En réaction à cette proposition, nous avons avancé une autre perspective : au lieu de créer une nouvelle structure administrative, pourquoi ne pas faire appel à des cabinets privés spécialisés, capables d’apporter expertise, indépendance et efficacité ? Cette approche n’est pas inédite.

En Allemagne, Angela Merkel a largement fait appel à des cabinets d’expertise externes pour accompagner l’évaluation et la structuration de politiques publiques complexes, avec des résultats reconnus en matière de rigueur et d’efficacité.

Au fil de l’échange avec Marion Michel Madzimba Ehouango, il est apparu que ce type de structure existe – ou a existé – au Congo. Le cas de E3M-Consulting Sarlu, cabinet-conseil en investissement public, spécialisé dans l’analyse du risque-pays et collaborant avec des plateformes financières internationales comme AACD Singapore PTE LTD, en est une illustration.

Une opportunité pour le Congo

Au-delà du débat circonstanciel, une perspective plus large se dessine : celle du développement d’une véritable culture des cabinets d’expertise au Congo.

Le pays compte déjà des cabinets médicaux, des cabinets d’avocats, des cabinets d’architectes.

En revanche, les cabinets d’études stratégiques, d’ingénierie financière, d’évaluation et de validation de projets restent rares ou insuffisamment valorisés.

Pourtant, cette filière pourrait représenter une opportunité concrète pour de nombreux diplômés congolais sans emploi.

Structurer, analyser, évaluer, certifier les projets publics ou mixtes : voilà des compétences qui existent, au pays comme dans la diaspora. Encore faut-il les identifier, les mobiliser et leur faire confiance.

Les vraies questions

Reste une interrogation politique essentielle : le ministre avait-il déjà fait état de cette difficulté auprès du Premier ministre ou du président de la République ?

A-t-il exploré les ressources existantes dans les annales des entreprises congolaises ?

A-t-il recherché, de manière systématique, des expertises locales capables de répondre à ce besoin ?

Ou cette sortie médiatique vise-t-elle à justifier des résultats jugés insuffisants après plusieurs années d’exercice ? Quoi qu’il en soit, cette séquence ouvre un débat utile.

Il existe des Congolais capables de produire les études, d’évaluer les risques, de structurer les partenariats dont le pays a besoin.

La question n’est peut-être pas l’absence de compétences, mais leur mobilisation. Il suffit de les chercher. Il suffit de leur faire confiance.

Et il appartient aussi aux Congolais qui sont au pays comme à l’étranger, de faire connaître leurs sociétés, leurs initiatives et leur expertise.

Car la souveraineté économique ne se décrète pas : elle se construit, notamment par la valorisation des compétences nationales.

Par Serge Armand Zanzala

Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika

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