
La fédération congolaise de cyclisme a remis au coureur Arsène Rufin Bakouétana (Champion), un vélo de course de marque française ‘’Lapierre’’, d’une valeur de trois millions FCFA, pesant cinq kilogrammes, du fait du préjudice que lui avait causé cette fédération, à la veille des onzièmes jeux africains de septembre 2015 à Brazzaville. Starducongo est allé à la rencontre du sportif.
Peut-on avoir une idée de la raison pour laquelle la Fédération Congolaise de Cyclisme vous a fait ce don ?
Arsène Rufin Bakouétana : Ce n’est pas un don ; c’est un contentieux qui date des jeux africains de septembre 2015avec la Fédération Congolaise de Cyclisme, dans la phase de préparation et notre pays qui ces jeux. Le Congo qui les organisait devrait donc prendre ses responsabilités à ce niveau. C’est d’ailleurs ce que toutes les fédérations ont fait. Je puis vous assurer qu’aucune fédération ne s’est lamentée quant à la subvention venant de l’Etat congolais.
S’agissant du cyclisme, cela a bel et bien eu lieu. Cette fédération a présenté un programme d’activités à propos. L’argent a été décaissé et a été versé dans les caisses de cette fédération.
Que se passe-t-il exactement ?
A.R.B : Moi, je me présente en tant que détenteur du titre de champion du Congo que je n’ai pas encore déposé jusqu’à ce jour par manque de compétition de ce genre. J’ai toujours défendu les couleurs de ce pays, tant aux niveaux local qu’international. C’est à ce titre que la fédération m’avait appelé, à deux mois des jeux pour me poser la question de savoir si j’étais prêt à défendre notre pays à ces jeux.J’avais accepté à condition d’avoir un nouveau vélo et les moyens financiers nécessaires pour préparer cette grande compétition. Je souligne que j’ai honte de l’échec surtout lorsqu’il s’agit de défendre les couleurs nationales.
Je rappelle que j’avais perdu mon vélo au cours d’un accident et c’est la raison pour laquelle j’avais demandé un vélo mais la fédération m’avait dit de me débrouiller pour avoir un vélo. Je m’étais donc adressé à une école internationale de cyclisme à Kinshasa. J’avais donc eu un vélo de seconde main en location-vente. Le contrat était que je prenais ce vélo en juin 2015 en versant un acompte et il me fallait épuiser la dette en septembre de cette même année. Je devais verser la somme de 1055 USD tenant compte de la valeur du dollar à cette époque. Voilà comment j’avais fait un acompte de 515 USD équivalent à 500 000 FCFA. Le vélo avait été livré en présence du deuxième vice-président de la fédération, M. André Mialoundama qui avait vu que j’avais importé de la RDC un vélo de course.
Le même jour, ce vélo avait été utilisé pour les entrainements au stade. Tous les amis l’avaient vu. La semaine suivante, nous devrions discuter une phase de qualification définitive à Pointe-Noire.
A quel niveau se trouve la contradiction ?
A.R.B : J’en viens. J’ai travaillé de juin à août jusqu’au moment où un ami me conseille d’arrêter les entraînements parce que mon nom avait été rayé de la liste des compétiteurs. Dire que je m’étais fait violence en envoyant ma petite famille à Ouesso pour me permettre de bien me concentrer sur mon travail. Cette espèce d’évacuation et leurs frais de survivance m’avaient coûté environ 700 000 FCFA. J’avais donc roulé de Brazzaville à Boko et vice versa chaque jour soit 11 heures de temps et une distance de 260 km. Je faisais parfois 9,5 heures lorsque je faisais un travail d’intensité.
Je précise que j’informais le deuxième vice-président chargé des questions techniques et l’équipe d’encadreurs, chaque fois que je sortais. J’avais donc effectué 2 500 km pendant plus de 20 sorties pendant cette phase d’entrainement, selon mon mini-ordinateur qui les enregistrait. Il faut aussi dire que lorsque je devais faire 30 km, il me fallait au moins 30 000 FCFA en poche. Je suis déjà dans la quarantaine. Je ne suis plus un enfant.
Tenant compte de ce que nous n’avons plus d’entraîneur qualifié, j’avais pris un entraineur depuis le Cameroun avec qui je travaillais. Nous avons travaillé via l’Internet.
Quel a été le sort des autres si vous avez, vous, travaillé avec un entraineur camerounais ?
A.R.B : J’ai en effet voulu faire profiter aux autres. J’ai vainement demandé à la fédération de créer les conditions de partage et la cohésion du jeu. L’occasion n’est jamais arrivée malgré les 85 millions qu’elle avait encaissés. Vous ne pouvez pas vous imaginer ce que cela fait, alors que j’effectuais la dernière sortie, j’avais reçu un appel téléphonique d’un ami qui m’avais conseillé d’arrêter les entraînements parce que mon nom avait été rayé de la liste des compétiteurs. J’avoue que le vélo avait fortement pesé à ce moment. J’avais reçu l’information à 10 h et j’étais rentré à Brazzaville à 18h. Le choc.
Votre réaction ?
A.R.B : J’ai laissé passer les jeux. Je suis allé rencontrer le président de la fédération, M. Illoye Bokoko, pour lui dire de me rétablir dans mes droits. Un mois après, je le lui rappelle par le canal du téléphone. Je précise que nous sommes deux victimes de ce coup, Samba Teixeira et moi. Il me rassure d’abord avant de méconnaître les faits.
Nous avons écrit une lettre de relance pour tout lui expliquer et un délai a été fixé de part et d’autre. A l’expiration du délai, nous avons saisi le parquet de Brazzaville qui a convoqué le président de la fédération. Une confrontation avait suivi cette convocation.
Voulez-vous dire que c’est l’une des causes de la débâcle cycliste aux jeux africains ?
A.R.B : Il faut reconnaître qu’il y a eu beaucoup de situations graves que je me refuse de dévoiler ici. Un véritable terrain de détournements de deniers publics. Beaucoup d’argent pour récolter du vent. Le cyclisme a donné les résultats les plus catastrophiques qui soient. C’est la honte nationale. Nos coureurs n’ont pas été capables de suivre le rythme dès les premiers hectomètres. Notre équipe a été rattrapée du dos avant même d’avoir bouclé le circuit de 12 km ; j’ai eu honte de me présenter au départ. Il y a eu des larmes. Certains m’ont pris au collet pour me demander ce que j’avais fait.
Il s’est agi de régler ce contentieux parce que la RDC avait repris son vélo sans remboursement ; le parquet avait décidé qu’on nous remette un vélo de l’Etat congolais et qu’on me reverse une somme de deux millions FCFA comme cela s’était passé avec tous les amis, sans dommages et intérêts.
J’ajoute que la débâcle aux jeux africains n’est pas la faute des coureurs. Il n’y a pas eu de préparation. Nous avons évité les dégâts parce que si nous allons au procès, le procureur se constituerait parti civil et je réclamerais au moins 30 millions FCFA.
En matière de course, le Congo a déjà pris un retard de toute une génération.
Quel est votre secret pour demeurer champion depuis toutes ces années ?
A.R.B : J’ai commencé avec le vélo très jeune. C’est en 1994, je devais être âgé de 17 ou 18 ans et je venais d’être admis à l’université Marien Ngouabi. Je suis en effet champion depuis ma troisième course de la vie et je garde donc cette position jusqu’à ce jour. Mon secret, c’est le travail que j’ai effectué avec des grands champions comme Thibaut avant d’aller poursuivre cette formation auprès de Sumbu en RDC. J’ai aussi pris part à des courses de grands niveaux dans d’autres pays.
Vos ambitions ?
A.R.B : Oui, j’ai des ambitions. J’en appelle d’abord à la magnanimité des gestionnaires de la Fédération Congolaise de Cyclisme pour qu’on ne refuse pas de me remettre mon invitation dans le cas où il la recevrait pour me permettre d’aller terminer ma formation de Commissaire. Il s’agit d’une formation pour devenir Commissaire international comme ceux qui gèrent les tours de France, du Faso ou d’ailleurs.
C’est une fonction en promotion par la fédération internationale de cyclisme. Je souhaiterais la terminer. Elle se fait en trois modules soit un par année.
Je souhaite aussi une équipe forte pour le Congo.
Propos recueillis par Florent Sogni Zaou