
TRIBUNE. Dans la nouvelle République estampillée “rupture”, on n’entend plus le bruit des bottes… mais celui des stylos qui nomment. À la chaîne. À la pelle. À la confiance surtout. Le parti PASTEF Les Patriotes, en pleine mue stratégique, vient d’accoucher d’un bureau politique qui ressemble moins à une architecture institutionnelle qu’à une constellation de fidélités orbitant autour d’un seul soleil : Ousmane Sonko.
Le Conseil national du 19 avril 2026 aura donc servi de salle d’accouchement pour cette nouvelle élite politico-partisane, où les vice-présidents poussent comme des champignons après la pluie électorale. Quatre vice-présidents, rien que ça. À ce rythme, bientôt chaque courant d’air aura son vice-président pour le représenter. Mais qu’on se rassure : ici, on ne parle pas de diversité d’opinions. Non. On parle de diversité… dans la loyauté.
Car le message est clair, limpide, presque cristallin : le temps des camarades turbulents est révolu. Place aux hommes de confiance. Ceux qui ne posent pas trop de questions, mais qui savent hocher la tête avec discipline. La révolution, oui, mais sous contrôle. Le “gardien de la révolution” semble désormais préférer des clés bien rangées à des serrures capricieuses.
Au Secrétariat général, la symphonie continue. Une armée mexicaine de secrétaires généraux adjoints, comme si chaque décision devait passer par une haie d’approbation silencieuse. On empile les titres comme on empile des briques, espérant construire une forteresse politique… ou peut-être un bunker contre les tempêtes à venir.
Et puis viennent les secrétaires nationaux, ces nouveaux chevaliers de la communication, de l’organisation et de la formation. Des postes stratégiques, certes, mais qui ressemblent de plus en plus à des postes de vigie : surveiller, cadrer, canaliser. La parole devient discipline. L’organisation devient contrôle. La formation devient formatage.
Il faut toutefois préciser que cette vague de nominations s’inscrit davantage dans une logique de renforcement que de bouleversement : de nouveaux visages font leur entrée dans le Bureau politique pour consolider le dispositif, tandis que les secrétariats nationaux non concernés demeurent solidement en place, comme pour garantir une continuité dans la mécanique déjà huilée du parti.
Le Mouvement national des cadres patriotes (MONCAP), lui, parachève le tableau : une élite dans l’élite, un club dans le club, une République dans la République. Comme si le parti, déjà au pouvoir, avait besoin d’un pouvoir parallèle pour sécuriser… son propre pouvoir.
Mais au fond, il faut le dire sans détour : Ousmane Sonko joue ici une partition que l’histoire politique rend presque incontournable. Une révolution ne se pilote pas avec des doutes ambulants ni avec des ambitions centrifuges. Elle exige des hommes et des femmes alignés, soudés, presque immunisés contre les tentations de la trahison. Dans un champ politique où les fidélités se négocient parfois au gré des vents, s’entourer de fidèles devient moins un caprice qu’un mécanisme de survie.
Ce choix n’est pas une fermeture, mais une consolidation. Ce n’est pas un repli, mais une mise en ordre. Car avant d’ouvrir les fenêtres, encore faut-il s’assurer que la maison tient debout. Et dans cette architecture en construction, la loyauté devient le ciment, la confiance le mortier, et la discipline la charpente.
Ici, la fidélité n’est pas un défaut démocratique, mais une stratégie de stabilisation. Elle permet d’éviter les fractures précoces, les coups de poignard dans le dos, les alliances nocturnes qui défont au petit matin ce qui a été construit à la lumière du jour. En somme, c’est le prix à payer pour transformer une ferveur populaire en machine politique durable.
La vraie interrogation n’est donc plus de savoir s’il s’entoure de fidèles, mais ce qu’il fera de cette fidélité : en fera-t-il un levier d’efficacité ou un confort d’entre-soi ? Car bien utilisée, la loyauté peut être une force redoutable, mal gérée, elle devient une douce illusion.
Par Malick BA
Journaliste