
TRIBUNE. Le retour de Donald Trump sur la scène politique américaine marque une rupture nette dans les équilibres internationaux. Son approche unilatérale et transactionnelle des relations internationales contribue à fragiliser l’ordre mondial issu de l’après-Guerre froide. Dans ce contexte, la relation franco-américaine apparaît profondément déséquilibrée, au point que les prises de position répétées et souvent condescendantes de l’actuel président américain Donald Trump à l’égard du chef de l’État français Emmanuel Macron interrogent sur la place réelle de la France dans le concert des nations.
Plus largement, ce sont les Européens, et en particulier la France, qui paient aujourd’hui le prix d’une dépendance stratégique ancienne vis-à-vis de Washington, qu’elle soit militaire, diplomatique, économique ou monétaire. Cette dépendance affecte directement la crédibilité internationale de la France et nourrit un sentiment de déclassement. Une question s’impose alors : qu’est devenue la France héritière du général de Gaulle ?
La pensée et l’action gaulliennes reposaient sur un principe central : l’indépendance nationale comme condition de la souveraineté et de la crédibilité internationale. Si Charles de Gaulle est souvent présenté comme critique à l’égard des États-Unis, il ne fut jamais hostile à l’alliance atlantique en tant que telle. Il considérait Washington comme un allié naturel, mais refusait toute forme de subordination. Sa vision reposait sur une coopération entre puissances souveraines, non sur une relation de dépendance.
C’est dans cet esprit que de Gaulle entreprit de restaurer la capacité d’action autonome de la France. Il affirma dès 1958 la nécessité pour la France de « prendre une place qui lui soit propre » dans le monde occidental, tout en conservant une liberté de manœuvre stratégique. En 1959, il posa le principe fondamental selon lequel « la défense de la France doit être française », avant d’appeler, en 1962, à la construction d’une Europe politiquement indépendante des États-Unis. Cette doctrine permit à la France de retrouver une crédibilité internationale face à l’hégémonie américaine, rompant avec l’image d’un allié affaibli et peu fiable héritée de la IVe République.
Le général de Gaulle contestait la suprématie américaine non par idéologie, mais par lucidité stratégique. Il reconnaissait la puissance des États-Unis et leur rôle sécuritaire face aux tensions avec l’Union soviétique, mais refusait que cette puissance s’impose dans tous les domaines : militaire, nucléaire, économique, monétaire et culturel. Sa critique du rôle central du dollar et son plaidoyer pour un retour à l’étalon-or s’inscrivaient dans cette volonté de limiter les instruments de domination structurelle.
À l’heure du trumpisme, marqué par un nationalisme offensif et un retour assumé à une logique de rapports de force, la France semble avoir perdu cette boussole stratégique. Face aux États-Unis, à la Chine et à la Russie, elle peine à faire entendre une voix autonome. L’Union européenne, fragmentée et dépendante de Washington sur les plans militaire et stratégique, ne constitue pas aujourd’hui un pôle de puissance capable de contrebalancer efficacement les grandes puissances.
Dans ce contexte, un retour à une forme de gaullisme rénové apparaît nécessaire : une troisième voie fondée sur l’indépendance stratégique, le refus de l’alignement automatique et la recherche d’équilibres multipolaires. Cette tradition fut incarnée, à des degrés divers, par des figures telles que Jacques Chirac ou Dominique de Villepin.
Par ailleurs, l’avenir de l’influence française ne peut être pensé sans l’Afrique. Le continent africain est appelé à devenir l’un des centres de gravité majeurs du monde au XXIe siècle, tant sur les plans démographique, économique que géopolitique. Or, l’image et la position de la France en Afrique se sont considérablement dégradées ces dernières années. Les relations héritées du passé, marquées par une asymétrie et une condescendance perçue, ne sont plus viables.
La France doit impérativement repenser sa politique africaine et accompagner les transformations en cours dans une logique de partenariat stratégique équilibré, fondé sur le respect, la réciprocité et les intérêts partagés. L’Organisation internationale de la Francophonie, et plus largement l’espace francophone, peuvent constituer un levier essentiel de projection d’influence, à condition d’être réinvestis politiquement et stratégiquement.
En définitive, la France dispose encore d’atouts majeurs : diplomatie, culture, langue, capacité militaire, réseaux internationaux. Mais leur valorisation suppose une remise en question profonde de ses orientations stratégiques. Le destin de la France est étroitement lié à celui de l’Afrique et à sa capacité à s’affirmer comme une puissance d’équilibre dans un monde de plus en plus fragmenté. C’est à ce prix qu’elle pourra restaurer le respect de ses partenaires comme de ses adversaires.
« Le respect est le lien de l’amitié. » (Proverbe oriental)
« La liberté, c’est le respect des droits de chacun ; l’ordre, c’est le respect des droits de tous. » (Marbeau)
Fait à Châteauroux, le 20 janvier 2026
Evrard NANGHO
Le Patriote engagé
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