
TRIBUNE. Le sixième congrès du Parti congolais du travail (PCT) a frôlé l’implosion avant d’aboutir à la reconduction de Pierre Moussa, âgé de 85 ans, au poste de secrétaire général pour un mandat de cinq ans, à l’issue d’intenses tractations.
Le long suspense ayant entouré la désignation du secrétaire général illustre les profondes guerres de clans qui minent à la fois la famille politique et biologique du chef de l’État.
Un temps pressenti comme favori pour diriger le parti, Denis Christel Sassou Nguesso a finalement payé au prix fort le front commun dressé contre lui par les autres clans. Ne faisant pas l’unanimité au sein du PCT, le « Kiki » sort de cet épisode considérablement affaibli.
En réalité, Denis Christel Sassou Nguesso souffre cruellement d’un déficit d’hommes de décision : de véritables lieutenants capables de le défendre et de le soutenir, tant sur le plan national qu’international. Son poids politique demeure faible, aussi bien au sein du parti qu’à l’échelle nationale. Ce n’est pas avec des soutiens qualifiés de poids plumes — tels qu’Ibam Ngambili, Romi Oyo, Obam’Andon, entre autres — qu’il pouvait prétendre prendre la tête du PCT et nourrir l’ambition de diriger un jour le Congo.
Un général sans troupes ni base politique solide ne peut raisonnablement espérer accéder au sommet de l’État, surtout dans un parti où la conquête du pouvoir suscite tant de convoitises.
Le PCT, à l’image du MPLA en Angola, demeure un parti extrêmement puissant et structuré. Dans un tel contexte, une succession dynastique y apparaît quasi impossible. Si le président de la République, le camarade Denis Sassou Nguesso, tentait d’imposer son fils, le parti stalinien risquerait une implosion majeure.
Dans les coulisses, les caciques du PCT semblent unanimes pour barrer la route à Mwana Ndeya. Denis Christel Sassou Nguesso est aussi victime de ses propres turpitudes. Les accords controversés avec le Rwanda ont contribué à le fragiliser et à ternir son image. De plus, son éloignement des réalités quotidiennes de ses compatriotes lui est fortement reproché. On ne peut aspirer à diriger le Congo tout en restant distant des Congolais.
Kiki n’a pas su tirer profit des précieux conseils de son père, véritable baobab de la politique congolaise. Ce n’est pas un hasard si le président Denis Sassou Nguesso a su s’imposer durablement à la tête du pays. Fin stratège, il observe tout, y compris l’opposition et la diaspora. Il ne sous-estime personne et accorde de l’attention à tous, y compris à ses adversaires, ce qui explique en grande partie sa longévité politique. En se privant de cette expérience, Kiki a tout perdu en voulant naviguer à contre-courant.
Le portefeuille de la coopération internationale et du partenariat public-privé aurait dû constituer pour lui une véritable vitrine sur la scène internationale. Hélas, ce sont surtout les affaires qui retiennent l’attention : plaintes aux États-Unis concernant l’acquisition d’un penthouse à Miami, citations répétées de son nom dans le dossier des biens mal acquis en France.
Malgré tout, Denis Christel Sassou Nguesso aurait pu se racheter auprès des Congolais grâce à sa fondation Perspectives d’avenir, dédiée à la formation des jeunes. Malheureusement, cette fondation est aujourd’hui à l’arrêt.
Dans un contexte de chômage endémique des jeunes, Perspectives d’avenir aurait pu jouer un rôle de rempart en favorisant la formation socio-professionnelle et en créant des passerelles vers le monde du travail. Disposant de plusieurs atouts — son poste ministériel et la présidence de cette fondation — Denis Christel Sassou Nguesso aurait pu devenir incontournable, tant au niveau national qu’international, en offrant à la jeunesse congolaise de réelles perspectives d’avenir, notamment à travers des dispositifs tels que le FIGA.
Il aurait ainsi pu bâtir un réseau solide, allant de la diaspora aux cercles du pouvoir comme de l’opposition, réseau qui aurait pu lui servir de tremplin vers le pouvoir le moment venu.
In fine, l’homme se retrouve isolé, mal entouré, sans troupes capables de le propulser au sommet. Il enchaîne les revers, et l’espoir de succéder un jour à son père s’amenuise de jour en jour.
Si, dans les coulisses, certains évoquent un nouveau changement de la Constitution afin de permettre à Kiki d’être élu président de la République par les parlementaires de la majorité, à l’image de l’Afrique du Sud, cette hypothèse ne séduit guère les Congolais. Pire encore, il est davantage combattu dans son propre camp qu’au sein de l’opposition. Les Congolais restent réfractaires à toute modification constitutionnelle destinée uniquement à satisfaire les ambitions personnelles de Kiki, qui n’a pas su conquérir le cœur de ses compatriotes.
« Il est clair qu’un parti occupé à la conquête ou à la conservation du pouvoir gouvernemental ne peut discerner dans ces cris que du bruit. Il réagira différemment selon que ce bruit gêne celui de sa propre propagande ou, au contraire, le grossit. Mais en aucun cas il n’est capable d’une attention tendre et divinatrice pour en discerner la signification. » Simone Weil
Fait à Paris, le 2 janvier 2026
Evrard NANGHO
Le Patriote Engagé