Libre circulation en Afrique : mythe ou avenir possible

TRIBUNE. L’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme stipule : « Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence. » L’espace Schengen incarne le principe posé par cet article, en reconnaissant à toute personne le droit de circuler librement et de choisir sa résidence.

En supprimant les contrôles aux frontières intérieures entre les États membres, ce dernier permet une libre circulation des personnes conforme à ce droit fondamental. Ainsi, il traduit concrètement la liberté de circulation en une réalité juridique et pratique au sein de plusieurs pays européens.

Ce constat amène à s’interroger sur la situation de la libre circulation des personnes en Afrique. Tout comme l’Union européenne a encouragé cette coopération pour renforcer la mobilité, la sécurité commune et l’intégration économique entre ses États membres. L’Afrique dispose également d’une organisation régionale. L’Union africaine, dont l’un des objectifs est de promouvoir les droits de l’homme et le développement à travers le continent, pouvant ainsi contribuer à cette avancée.

La libre circulation en Afrique : un enjeu majeur

Ne serait-ce pas un véritable progrès pour les Africains, de pouvoir voyager librement sur leur propre continent ? Pourquoi est-il si difficile pour les Africains de voyager en Afrique ?

A cette question, le reportage d’AJ+ Français, présenté par Rémi Nsabimana, met en lumière un paradoxe frappant : alors que l’Afrique parle d’intégration et d’émergence, la libre circulation des personnes reste un défi majeur.

Ce constat rejoint celui de la Banque africaine de développement, qui souligne que plus de la
moitié des pays africains exigent encore un visa à leurs ressortissants, alors que les étrangers
non africains bénéficient souvent de conditions d’accès plus favorables. Cette situation nourrit
un sentiment d’étrangeté entre pays frères.

Les obstacles à la mobilité intra-africaine

Au-delà de la question des visas, le reportage rappelle que le coût des transports, l’insécurité
routière et l’absence de réseaux ferroviaires régionaux constituent des freins majeurs à
l’intégration.

Il sied de rappeler que l’agenda 2063 de l’Union africaine a pour objectif de renforcer l’intégration régionale, d’encourager le commerce intra-africain et faciliter la mobilité des citoyens à travers le continent. Dans ce cadre, le protocole adopté en 2018 à Kigali, prévoyait que tout citoyen d’un État membre puisse entrer, circuler librement et résider dans un autre État membre. Cependant, bien que 32 pays aient signé le protocole, seuls 4 pays l’ont ratifié à ce jour, loin des 15 nécessaires pour son entrée en vigueur.

Cet échec a été justifié par des préoccupations liées à la sécurité, à la souveraineté nationale ou encore aux défis logistiques. Des arguments compréhensibles, mais qui ne sauraient justifier de freiner l’intégration et le développement du continent.

Leçons tirées de l’expérience européenne

Au début, certains pays européens étaient également méfiants. Supprimer les contrôles aux
frontières en Europe a suscité une forte méfiance : la France et l’Allemagne de l’Ouest, par
exemple, avaient initialement rejeté une proposition de la Commission européenne allant
dans ce sens. Elles craignaient de perdre leur souveraineté sur la gestion des frontières et
doutaient de la capacité de certains pays du Sud à contrôler efficacement l’immigration en
provenance de l’extérieur de la Communauté économique européenne.
Cela illustre que, bien avant de devenir un symbole d’intégration, l’espace Schengen a d’abord
été freiné par des craintes liées à la sécurité et à la maîtrise des flux migratoires.

Solidarité et confiance

Une plaidoirie en faveur de cette ambition apparaît opportune, car l’Afrique ne saurait se
laisser paralyser par ses appréhensions au risque de compromettre son avenir. La libre
circulation est bien plus qu’un simple projet politique : c’est un levier d’intégration, de
développement et de fierté continentale. Chaque Africain, qu’il soit citoyen ou dirigeant, a un
rôle à jouer pour transformer cette vision en réalité.

Pourtant, la réalité est encore loin de ce rêve. Dans de nombreuses communautés régionales
telles que la CEEAC, l’IGAD, la CDAA, la CEDEAO ou la COMESA, la libre circulation des
personnes et des biens peinent à se concrétiser. Ce n’est pas d’abord un problème
d’infrastructures, mais un déficit de solidarité et de confiance entre États.

Les disparités économiques et politiques, les préoccupations sécuritaires et sanitaires, et
surtout le manque de coordination et d’intégration efficace créent un climat de méfiance. La
peur de « l’étranger voisin », prêt à se retirer au moindre problème, reste un obstacle majeur.
Malgré l’existence de l’Union africaine, l’Afrique demeure fragmentée, et son potentiel de
mobilité intra-continental reste largement sous-exploité.

Mais cette situation n’est pas une fatalité. Elle rappelle à quel point il est urgent de renforcer
la coopération, d’instaurer la confiance et de construire une véritable solidarité africaine. La
libre circulation n’est pas un mythe : elle peut devenir une réalité dès lors que chaque acteur
du continent, citoyen et dirigeant, choisit de s’engager activement pour l’avenir commun.

Par Israel LUKAU
Etudiant en droit – l’Université Catholique du Congo

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