Télécommunications/2Africa. L’Arpce en première ligne (Congo)

Ceux qui ont pris le projet de connexion du Congo au câble sous marin 2Africa pour du bluff en ont été pour leur frais. Avec l’arrivée de ce deuxième câble, propriété du géant américain Facebook rebaptisé Meta, dont le déploiement d’infrastructures de backbone à fibre optique vient d’être lancé à Pointe-Noire, l’optimisme est de saison aussi bien au ministère de tutelle qu’à l’autorité de régulation. Enquête.

Comment permettre au Congo d’être connecté au reste du monde par le biais d’un deuxième câble plus puissant que le câble West Africa Cables system( Wacs), d’une capacité de 14 , 5 terabits/s seulement, mis en service en 2012?

Comment booster l’économie numérique au Congo sans un accès à l’ internet avec un très haut débit? Peut-on offrir de meilleurs services inhérents à la 5G, dont la licence d’exploitation vient d’être accordée à Mtn Congo, sans un très haut débit? Trois questions pour un seul et unique problème: comment permettre au Congo de jouer efficacement son rôle de pays de transit -cette fois-ci en matière de télécommunications- tout en tirant meilleur profit du câble 2AFRICA, propriété de Facebook rebaptisé Meta?

Telle était la bataille menée, en toute discrétion, par le directeur général de L’Arpce, Louis- Marc Ervely Sakala. Le processus est alors veritablement enclenché en mai 2020 pour que la politique du Net, telle développée dans le programme de société du président Denis Sassou Nguesso, se traduise par un véritable boom du net afin de propulser le Congo dans le top 5 des pays africains.

Pour y parvenir, Marc Sakala a dû user de tact et d’opiniâtreté pour convaincre Facebook. Mission quasi impossible. Surtout que

le Congo ne faisait pas partie des pays africains retenus par Facebook dans le cadre du déploiement de son câble 2Africa, 10 fois plus puissant que le câble Wacs.

Le directeur général de L’Arpce, qui bénéficie dans sa démarche, de l’onction du Chef, met alors à contribution son riche carnet d’adresses dans le secteur des télécommunications, pour mener à bien cette mission de haute portée. Pour la petite histoire, l’homme, ingénieur multicartes formé en France, a travaillé chez European Aeronautic and space defense and space, chez Airbus defense , Thales communication…

Ainsi, sans tambour ni trompette, Sakala et son équipe réussissent, au terme d’âpres négociations en mai et juillet 2020 à Dubaï, à arracher le précieux accord avec Facebook, permettant ainsi au Congo de sortir de « son isolement en matière télécommunications », selon les termes d’un expert.

Incroyable mais vrai! Le Congo est relié à 2Africa sans le paiement d’ un seul dollar à Facebook. Quelle aubaine!

Toutefois, le géant américain pose tout de même deux conditions: le concessionnaire congolais ne doit pas être une société à capitaux publics voire mixte. Une exigence de Facebook qui écarte de fait Congo Télécom, l’opérateur historique. Et pour cause,

le benchmark effectué par Facebook sur les différents câbles déployés sur le continent fait ressortir des coûts surfaits. Congo Télécom est donc trahi par son passé… Airtel saisit la balle au bond et se positionne comme concessionnaire. La deuxième condition imposée par Facebook fait obligation à l’Arpce d’assurer la régulation de cet important projet.

Retombées socio-économiques et financières

2 Africa présente des atouts considérables et est le premier câble sous marin conçu pour servir l’Afrique. Il va améliorer la connectivité pour plus 3 milliards de personnes, soit 36% de la population du monde.

Pour les exégètes en matière de télécommunications, son arrivée au Congo positionnera le pays dans le village planétaire. Car, projettent-ils, « 2Africa offrira aux entreprises et aux consommateurs locaux une meilleure expérience et une meilleure connectivité entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen Orient. » Une connectivité conjuguée à une réduction drastique des coûts des data.

Ce câble, d’une capacité normale allant jusqu’à 180tbit/s, soit 10 fois supérieure à celle de l’unique câble Wacs, devrait, en sus du boost du net sur le plan local, positionner le Congo comme « hub » en matière de télécommunications pour les pays voisins( Rdc, RCA, Cameroun, Gabon…).

À en croire les experts, Brazzaville devrait engranger d’importantes recettes issues des taxes de transit. Tout autant que la maintenance du réseau, le long de la première phase du tronçon Pointe-Noire-Brazzaville, offrira des emplois.

Autres retombées, la construction de ce câble, confiée à Congo Câbles, pour un coût des travaux de 20 millions de dollars pour une durée des travaux fixée à 4 mois, augmentera la valeur ajoutée dans le circuit économique national, notamment l’accroissement des ressources fiscales de l’État et l’amélioration du PIB(Produit intérieur brut). Congo Câbles devrait, selon certaines indiscrétions, pour des raisons de sécurité du réseau, s’appuyer sur l’américain Corning, le numéro un mondial en matière de développement de la fibre optique ayant permis une révolution des télécommunications.  » La fourniture et l’installation de 540 km de fibre optique se fera par la technique de soufflage mécanique pour le backbone principal Pointe-Noire-Brazzaville », rassure la direction générale de Congo Câbles.

Last but no least, l’amélioration du taux de pénétration du net et d’interconnectivité sur la population va réduire la fracture numérique.

En rapport avec l’arrivée de 2Africa, l’Arpce est entrain redimentionner ses infrastructures, avec la construction du deuxieme réseau de transport de données backbone, à Matombi, dans le département du Kouilou, ainsi que celle de son Data center dont les travaux sont en cours à son siège interdépartemental à Pointe-Noire. L’ optimisme est donc de saison. 2Africa va permettre au Congo de décoller en matière de télécommunications.

Par A. Ndongo

Journaliste économique et financier, Brazzaville Congo.

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