TCHAD : N’Djamena accueille un Forum de l’eau… pendant que les Tchadiens cherchent encore de l’eau potable.

Le Forum de l’eau ou le sommet des illusions ?

PARLONS-EN. Les 15 et 16 juillet, le Tchad accueille un Forum international de l’eau. Sur le papier, cette initiative est louable. Les délégations régionales et internationales sont invitées à débattre du développement, de la coopération et de la gestion durable des ressources en eau. Mais une question fondamentale s’impose : comment organiser un grand rendez-vous sur l’eau alors que des millions de Tchadiens n’ont toujours pas un accès régulier à l’eau potable ?

Quel message est adressé aux partenaires internationaux lorsqu’un pays peine encore à garantir à sa population deux besoins essentiels : l’eau et l’électricité ?

Il serait incomplet de ne voir que les salles de conférence. Les participants devraient également regarder la réalité que vivent chaque jour les Tchadiens.

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Mahamat Idriss Déby, alias Mahamat Kaka, le pays traverse une profonde crise politique, économique et sociale. Les autorités présentent leur action comme une politique de stabilisation et de développement. À l’inverse, de nombreuses organisations de défense des droits humains, des partis d’opposition et des acteurs de la société civile dénoncent une dégradation de la gouvernance, des libertés publiques et de l’État de droit.

Les manifestations d’octobre 2022 ont été marquées par une répression meurtrière, dont le bilan est de 300 morts. L’opposant Yaya Dillo a été tué lors d’une intervention des forces de sécurité en février 2024, un événement qui a profondément marqué la vie politique tchadienne. Plus récemment, l’arrestation de l’ancien Premier ministre Succès Masra ainsi que celle de plusieurs responsables politiques du GCAP ont suscité de nombreuses critiques de l’opposition et d’organisations de défense des droits humains.

Des journalistes, des militants et des acteurs de la société civile affirment également avoir été victimes d’arrestations arbitraires, d’intimidations ou de disparitions temporaires, alimentant les inquiétudes concernant la liberté de la presse et le respect des libertés fondamentales.

Parallèlement, les conflits intercommunautaires continuent de faire des victimes dans plusieurs provinces, tandis que les populations attendent davantage de sécurité et de protection.

Le véritable problème du Tchad n’est pas le manque de forums, de conférences ou de stratégies. Le véritable problème est l’absence de résultats concrets.

Le Plan National de Développement (PND) « Connexion 2030 » avait été présenté comme le moteur de la transformation du pays. Des financements considérables ont été annoncés. Pourtant, pour de nombreux citoyens, les promesses restent invisibles dans leur quotidien : les robinets sont souvent à sec, les coupures d’électricité persistent, les infrastructures demeurent insuffisantes et les services publics peinent à répondre aux besoins essentiels.

À cela s’ajoute une profonde crise de confiance entre les citoyens et les institutions. Beaucoup dénoncent un manque de transparence dans la gestion des ressources publiques, des soupçons de corruption et une justice qu’ils jugent insuffisamment indépendante.

Cette situation se reflète également dans les évaluations internationales. L’Open Budget Survey 2025 attribue au Tchad une note de 4/100 en transparence budgétaire, l’une des plus faibles au monde, illustrant les défis persistants en matière de gouvernance, de transparence et de redevabilité.

Pendant que les délégations débattront de la gestion de l’eau dans des salles de conférence, de nombreux Tchadiens continueront à chercher de l’eau, à subir les coupures d’électricité et à attendre que les promesses de développement deviennent enfin une réalité.

Le véritable message que devraient entendre les participants à ce forum est simple : aucun développement durable n’est possible sans confiance entre l’État et les citoyens, sans institutions fortes, sans justice crédible, sans transparence dans la gestion des ressources publiques et sans respect des libertés fondamentales.

Le peuple tchadien n’attend pas davantage de conférences ou de cérémonies. Il attend de l’eau potable, de l’électricité, des écoles, des hôpitaux, de la sécurité, des emplois, une justice impartiale et un État qui rende des comptes.

Le plus beau forum sur l’eau ne pourra jamais masquer les défis profonds auxquels le Tchad est confronté.

La meilleure vitrine d’un pays n’est pas une conférence internationale. C’est le bien-être de son peuple.

Le Tchad mérite mieux que des discours. Le Tchad mérite des résultats.

Par Makaila N’guebla

Journaliste

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