Congo entre miracle, records et mirage : MM. Sassou, Collinet et Yoka s’affranchissent des 20 ans de tutelle de Bouya, Mboulou et Cie sur les finances, la justice et la sécurité (lecture en 5 minutes)

PARLONS-EN. La fin du quinquennat et de l’année approchent. Ce quinquennat et 2025 resteront dans les esprits comme des saisons de tous les records.

Après des alertes sur l’insécurité, les violations des droits, la défaillance de la diplomatie, la gestion peu orthodoxe des finances du Congo, les difficultés continuent à s’accumuler. Ni la levée de 670 millions de dollars opérée par le ministre Christian Yoka (CY) ni même le rechamboulement de l’affaire Moshen Hojeij mené grâce aux bons offices du lobby américain qui a l’oeil sur ce chef du Hezbollah et sur les dignitaires congolais cités dans ladite affaire, moins encore le chantier de gaz lancé par M.Sassou ce 17 novembre à Pointe Noire. Rien de tout cela ne peut baisser drastiquement la courbe de la dette et la gestion publique pour rassurer les Congolais.

Des records sans précédents

Depuis l’existence du Congo, la mort n’a été autant banalisée et la pauvreté célébrée par les tenants du pouvoir. À 120 jours de l’échéance électorale de mars 2025, on devrait compter les victoires, les succès, énumérer les résultats obtenus au cours du quinquennat. À l’évidence, tout est mitigé, les lampes de l’espoir sont résolument éteintes. Cette fin de quinquennat a un goût très amer. Elle porte une signature eschatologique qui se décline en enlèvements, exécutions sommaires, hôpitaux devenus des mouroirs, paupérisation des fonctionnaires et des personnels de l’université, des hôpitaux et des mairies, clochardisation et mort lente des retraités, souffrances infligées aux étudiants sans bourses et des grèves .

Bref, le ciel est toujours nuageux malgré le retour du Congo sur la scène juridico-financière internationale qui rebat les cartes de l’omniprésente tutelle Bouya et Cie.

M. Sassou semble partiellement se dégager de la prise mortelle dans laquelle l’a entraîné le chef de l’axe Bokouélé et se remet en scène pour 2026. Si le sourire est revenu sur les lèvres des gouvernants, la joie de vivre des jours heureux n’habite pas l’esprit des Congolais. Le doute plane sur la destination que vont prendre les 670 millions . Les députés qui devraient contrôler l’action gouvernementale sont abattus. La timide participation à la dernière séance des questions orales au gouvernement où seulement 53 % ont répondu présents est la preuve du désespoir et de la désillusion qui gagnent la représentation nationale. La situation demeure opaque et préoccupante.

Des interrogations

Comment le Congo, économie fortement dépendante des hydrocarbures, a traversé une trajectoire financière marquée par des soubresauts de dette extérieure, des restructurations et un accès limité aux marchés obligataires internationaux a-t-elle pu accéder à un nouveau prêt peu transparent et à des intérêts exorbitants comparé à d’autres pays comme la Côte d’Ivoire qui a pu lever des sommes plus importantes à moins de 6% ? Qu’est ce qui a bien pu être hypothéqué ou gagé pour qu’on en arrive là ? Il est à craindre que nos gisements, le gaz, les minerais et terres rares aient été gagés pour sauver le système. Il est fort probable qu’en dessous, il y ait un recyclage des fonds pillés par les dignitaires ( cavalerie et corruption pour régaler les membres du clan qui portent des obligations hautement spéculatives souscrites ). Doit-on se réjouir de ces taux usuraires de 10% qui rappellent la mafia Zidane soutenu par l’Archer et Élite Capital ?

Selon la Banque mondiale, son ratio dette publique/PIB atteignait encore près de 93,6 % en 2024, avec des pressions importantes sur la liquidité et le refinancement. L’un des jalons antérieurs est l’émission de juin 2007 d’un euro-bond intitulé « Congo 6 % 30/06/29 » d’un montant approximatif de USD 477,79 millions, coupon 6 %, avec une échéance le 30 juin 2029. Ce type d’émission s’inscrivait dans le cadre d’une ouverture de marché souverain en Afrique peu de temps avant la crise obligataire qui devait toucher plusieurs émetteurs africains. Toutefois, l’expérience s’est soldée par des incidents : le Congo a traversé, en 2017, un défaut technique, la dette ayant été jugée risquée et les marchés devenus frileux.

Retour sur ladite émission

L’émission de USD 670 millions, coupon 9,875 %, échéance novembre 2032, remboursable en cinq tranches égales entre novembre 2028 et novembre 2032 bouclée par Christian Yoka (C.Y) lors de sa visite à Paris le 31 octobre marque des ruptures stratégiques :
1) retour sur les marchés internationaux ;
2) un coût d’emprunt élevé (coupon ~9,875 %) reflet de la prime de risque souverain ;
3) un usage ciblé des fonds : non pour de nouveaux projets d’investissement, mais pour rallonger la maturité et réduire la pression de refinancement à court terme, en internalisant une dette intérieure plus coûteuse et risquée ;
4 ) un alignement avec les réformes de gouvernance, de transparence et de gestion de la dette (engagement de publication trimestrielle, dialogue avec les investisseurs) voulu comme signal aux marchés. Il sied de noter qu’il est fréquent de voir que la conjoncture économique mondiale oblige à plus de pragmatisme et moins de dogmatisme pseudo-démocratique. Avec l’appui de Citigroup Corp, l’idylle financière Congo-Chine se complique. Est-ce la fin du chantage financier et politique de Bouya ou un jeu de chaise musicale ?

Stratégie de financement ou détournement des fonds au profit de la campagne présidentielle de M. Sassou ?

Officiellement, le nouvel eurobond, vise quatre objectifs, mais officieusement, il vise à financer la campagne présidentielle de M. Sassou : allonger les maturités et la gestion des risques de refinancement. Dans ce cadre, l’utilisation des produits de l’émission pour refinancer la dette intérieure avec une échéance à court terme (novembre 2025 – février 2026) montre une intention manifeste de réduire le risque de rollover. En substituant une dette à courte maturité par un titre de long terme (2032), le Congo cherche à réduire la vulnérabilité aux chocs de liquidité et à alléger l’échéancier immédiat de remboursement. Cette logique est recommandée dans les rapports de la Banque mondiale et du FMI pour les pays à forte servitude aux recettes volatiles.

Prélude de poursuivre lesdits objectifs et plancher sur : les derniers voyages de M. Sassou, le rebondissement de l’affaire Berebi et la nébuleuse Hojeij dont lequel sont cité, les avocats Tati et Grossman, les bébés noirs ( Florent Ntsiba, Aimé Wilfried Bininga, Antonin Mokoko, Jean Dominique Okemba, Gilbert Ondongo ) et les défunts Clément Mouamba, Gabriel Longombé et Jean Luc Maleka, il est important de dire haut et fort que les élections présidentielles au Congo n’ont pas leurs raisons …

Ghys Fortune BEMBA DOMBE

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