Congo : la mort de Firmin Ayessa révèle la persistance des rites Andzimba au cœur du pouvoir ( lecture en 3 minutes )

Congo : la mort de Firmin Ayessa révèle la persistance des rites Andzimba au cœur du pouvoir ( lecture en 3 minutes )

PARLONS-EN. La mort de Firmin Ayessa, cadre historique du régime et figure des Andzimba, déclenche un deuil national boudé par beaucoup pour son caractère sélectif. Loin d’une simple nécrologie, cet événement expose les tensions entre l’État moderne et les rites ancestraux qui régissent encore la disparition des puissants. « Ave Caesar Sassou, morituri te salutant », pourrait-on dire : le défunt salue le pouvoir en emportant plusieurs secrets rituels bien qu’il ait pû initier de nombreux jeunes. Journaliste chevronné, ministre d’État à la Fonction publique et député du Parti congolais du Travail (PCT), Ayessa (75 ans) incarnait l’homme-pont postcolonial : formé à la communication et à l’administration occidentale, mais ancré dans les cosmogonies locales des Andzimba, société initiatique dont il était Mwéné (chef rituel). Le décret 2026-86 du 21 février impose drapeaux en berne et deuil national. Mais un autre récit surgit : exposition du corps aux quatre vents, dessiccation lente des tissus, refus de l’embaumement chimique. Ces pratiques, confirmées par des rumeurs persistantes, transforment la mort en processus rituel étiré, vecteur de continuité ontologique pour le pouvoir. La mort d’Ayessa à quelques jours de la présidentielle, comme celle de Guy Brice Parfait kolelas, soulève des interrogations. Cependant, il faut reconnaître qu’au nom de la paix et pour que soient autorisés les obsèques à Makoua, M. Sassou a dû intervenir en envoyant Gilbert Ondongo supplier les sages de la localité,  » d’ouvrir la terre  » qui était  » fermée  » depuis la disparition du fils de maman Angèle parti chercher du gravier et autres collées sur des Andzimbas dirigés par le de cujus.Il est vrai, les sacrifices de sang existent partout, mais dire que M. Sassou en a besoin pour gagner sa présidentielle, cela ne tient pas la route devant ses faire valoir de candidats. Choc des temporalités : État républicain contre cosmogonie Andzimba L’État exige rapidité, hygiène et clôture symbolique. Les Andzimba imposent lenteur et redistribution des forces vitales au plus fort – un rituel de stabilisation métaphysique. Ayessa, qui avait rompu tôt avec la franc-maçonnerie au profit des rites endogènes, illustre cette ambivalence. « Ces sociétés ont leurs propres technologies du sacré », glissent des témoignages. Son corps, rapatrié de nuit par des « agents funéraires » municipaux (soupçonnés Andzimba), devient un enjeu de souveraineté : mise à l’écart d’acteurs incompatibles, débat sur les objets rituels. Qui gouverne la mort des gouvernants ? L’État, la famille ou les initiés ? Un miroir des rivalités élitaires congolaises Cette friction traverse les élites depuis l’indépendance. Saturnin Okabé, Akwa comme Ayessa, fut inhumé dans l’indifférence ; Ayessa, lui, primait l’Andzimba sur les imports européens. À l’approche des échéances politiques sous Denis Sassou Nguesso, sa disparition rappelle les failles et soupçons : d’empoisonnement d’Adouki Lambert, mort d’Auxence Ickonga (1989), d’Alphonse Foungui (2004), du Général Emmanuel Avoukou (2013), de Charles Emile Apesse (2025). Rivalités Oyo-Makoua, éviction d’Athanase Ngassaki pour Jean Baptiste Ondaye (2022), emprisonnement de Jean-Marie Michel Mokoko depuis 2016… Obtenir la caution Andzimba, arrachée par Ayessa contre vents et marées, exige désormais un aggiornamento des axes Bokouélé-Tchikapika. Le Congo de 2026 n’est pas seulement fait de lois et de budgets : il repose sur rites et mémoires profonds. La fin de l’histoire à la Fukuyama ? Pas ici.(À suivre) Ghys Fortuné BEMBA DOMBE

Congo : luttes de pouvoir qui secouent le PCT, la Grande Loge du Congo et les Télécoms ( lecture en 5 min )

Congo : luttes de pouvoir qui secouent le PCT, la Grande Loge du Congo et les Télécoms ( lecture en 5 min )

PARLONS-EN. Depuis le 18 octobre 2025 à l’est de Brazzaville, des remaniements spectaculaires agitent les cercles influents du pouvoir, du parti au pouvoir aux loges maçonniques et au secteur numérique (NTIC), signe d’une redistribution des cartes sous l’égide de Denis Sassou Nguesso. Après le 6e congrès de fin 2025, il y a eu remaniement choc au Parti congolais du travail (PCT) où le secrétariat permanent a été serieusement renouvelé : sur 15 membres, seuls Parfait Iloki et Pauline Issongo ont été conservés, tandis que des commissions ont été créées mais peinent à décoller faute de missions claires. Gilbert Ondongo, Jean-Jacques Bouya et Christel Denis Sassou Nguesso, qui visaient le contrôle, ont été évincés par une décision ferme de M. Sassou. Normalement, les membres de ces commissions devront choisir entre fonction gouvernementale et rôle de contrôle, évitant les conflits d’intérêts. Confusion à la grande loge du Congo (GLC) À la GLC, la disparition récente de figures tutélaires comme Jean Lounana Kouta, Sébastien Souza Sayeto et Serge Mombouli a créé un vide rituel, favorisant des dérives comme les « conversions de décors » accélérées et une politisation des rites. JDO, Député Grand Maître, serait accusé d’avoir caporalisé l’obédience au profit d’alliances politiques, minant la régularité maçonnique. La disparition desdites figures ressemble à une décapitation mémorielle qui a ouvert un vide où le fil de la transmission (la « chaîne d’union » réelle, pas seulement cérémonielle) s’est distendu. Le diagnostic est double. D’une part, la diaspora des élites maçonniques congolaises (dont Mombouli était un symbole, entre New York et Brazzaville) a irrigué la GLC par des circulations doctrinales, des arbitrages, une exposition aux standards internationaux de régularité. D’autre part, à l’intérieur, l’érosion du magistère des anciens a laissé la place à une modernisation opportuniste : montée en puissance d’un Rite d’York « utilitaire », conversion de décors au gré des alliances et des protections, glissement d’une grammaire initiatique vers une grammaire de carrière. Là où les Rites imposaient une ascèse, une économie du temps, une discipline de l’emblème, on a vu fleurir des parcours accélérés, des équivalences bricolées, des « multi-appartenances » qui ont dilué le sens. L’unité symbolique de la GLC n’était plus garantie par la compatibilité des rites mais par la pragmatique des réseaux. Pourtant, la maçonnerie est un ordre et non un club d’anciens élèves ni une confrérie de notables : Sans régularité, il reste l’organisation ; sans mémoire, il reste l’appareil. La crise rituelle n’était donc pas un sous-chapitre : elle était le chapitre. Et le Convent 2025 qui annonçait chaotique a vu M. Sassou élever, contre toutes attentes, Alexis Vincent Gomez (AVG), Pro Grand Maître, au grand dam de JDO, Ouosso et leurs affidés. Nos enquêtes révèlent, que, dans l’architecture d’une obédience, la fonction de Député Grand Maître est un organe de continuité. Or, à la GLC, cette fonction a été progressivement recentrée sur une logique d’efficience politique : intégrer, pacifier, fidéliser avec deux dérives qui ont brisé l’édifice :1) la « conversion de décors ». La multiplication de cas comme des gens passées d’AP à M en 6 mois !) où ils changeaient de rite comme l’on change d’habit (sans respecter les filières, les temps d’épreuve, les correspondances doctrinales ) on désacralise l’office. Ce n’est pas l’inter-ritualité qui était en cause (elle peut être féconde) : le décor serait devenu une monnaie, et le rite, un accessoire. Dans le lexique maçonnique, on parle de profanation par confusion des signes. 2) la caporalisation rituelle par le politique. Lorsque l’arbitrage des conflits a surgit, au lieu d’obéir aux Constitutions et aux usages (commissions doctrinales, conférences de Grands Officiers, recours aux obédiences sœurs), c’est la logique de la sécurité qui a prévalu. On le voit dans les bifurcations biographiques : de jeunes frères « nés au Rite d’York » ont propulsés à des charges incompatibles; des équivalences « de circonstance » ont écrasé des années d’apprentissage sous le sceau d’une urgence d’affichage. Dès lors, la position de JDO devenait difficile d’être à la fois le garant des rites et le guichetier des convergences. On a voulu faire de la crise à la GLC une affaire d’hommes (décès éminents, fragilités, rivalités), ou une affaire de politique (équilibres, proximités, clientèles). En réalité, la crise serait rituelle : la régularité au sens maçonnique a été moins surveillée au moment où l’emprise du politique sur l’Ordre s’intensifiait. Ces « poignards tirés » préfigurent-elles un ministère de la Sécurité et de l’Ordre public opposant JDO à Philippe Obara, ex-Sérénissime Grand Maître du GOLAC ? Moralité : si des dignitaires trichent avec leur spiritualité et emmènent leurs divergences au sommet de l’État, alors ils ne peuvent qu’entrainer le Congo dans l’abîme. Ils doivent donc être remplacé par d’autres compétences .Nous reviendrons mardi avec la Bataille rangée entre les tiers aux télécoms. Ghys Fortune BEMBA DOMBE

Congo/UPADS : une opposition de façade au service du pouvoir

Congo/UPADS : une opposition de façade au service du pouvoir

LIBRES PROPOS. L’annonce par l’Union Panafricaine pour la Démocratie Sociale (UPADS) de sa non-participation à l’élection présidentielle de mars 2026 ne constitue en rien une surprise pour les observateurs avertis de la scène politique congolaise. Depuis le scrutin présidentiel de 2021, le positionnement réel de ce parti est devenu de plus en plus lisible. Après avoir longtemps entretenu une ambiguïté politique savamment calculée, l’UPADS, héritière politique de l’ancien président Pascal Lissouba, apparaît aujourd’hui comme un acteur officieux de la majorité présidentielle. Cette posture équivoque, oscillant entre opposition déclarée et soutien tacite au pouvoir en place, est illustrée de manière éloquente par la participation d’un membre de son bureau politique au sein d’un gouvernement dirigé par le Parti Congolais du Travail (PCT). Dans les faits, l’UPADS s’apparente désormais à un PCT bis, contribuant ainsi à une configuration politique où le pouvoir contrôle simultanément la majorité présidentielle et une opposition dite « républicaine », largement inféodée et dépourvue de véritable autonomie politique. Le président de l’UPADS, Pascal Tsaty Mabiala, vient d’acter cette réalité en reconnaissant publiquement l’incapacité de son parti à présenter un candidat, invoquant l’absence de moyens financiers nécessaires, estimés à 25 millions de francs CFA (environ 38 481 euros). Il a par ailleurs annoncé qu’en temps opportun, des consignes de vote seraient données à ses militants. Dès lors, il ne fait guère de doute que l’UPADS appellera à la réélection du président sortant Denis Sassou Nguesso, confirmant ainsi son alignement stratégique avec le pouvoir en place, d’autant plus qu’elle participe déjà à l’action gouvernementale. Or, dans une démocratie véritable, une telle situation ne saurait être acceptable qu’à travers un cadre clairement défini : coalition politique assumée, gouvernement d’union nationale ou exécutif de salut public, fondé sur une feuille de route consensuelle et transparente. Tel n’est manifestement pas le cas aujourd’hui. Les citoyens congolais ne sont plus dupes. Cette collusion entre pouvoir et opposition factice, incarnée par le tandem PCT–UPADS, participe à l’affaiblissement de la démocratie et conduit inévitablement à une impasse politique préjudiciable à la nation. « Le menteur à qui l’on retire son masque ressent la même indignation que si on le défigurait. » Jean Rostand « Quoi qu’on en dise, c’est au visage qu’il faut regarder les hommes, mais il ne faut pas prendre leur masque pour leur visage. » Joseph Joubert Fait à Nantes, le 27 janvier 2026 Evrard NANGHO Le Patriote Engagé

La Convergence Citoyenne appelle au retrait du PCT de l’Internationale socialiste

La Convergence Citoyenne appelle au retrait du PCT de l’Internationale socialiste

Actée en novembre 2025 lors du Conseil mondial de Malte, l’admission du Parti congolais du travail (PCT) comme membre observateur de l’Internationale socialiste suscite une vive polémique parmi les acteurs démocratiques et progressistes, dont la Convergence Citoyenne. Dans une tribune publiée à ce sujet, la formation politique congolaise, par la voix de son Secrétaire général, Marvell Nkouka, appelle au retrait immédiat du PCT de l’Internationale socialiste, dénonçant « une forme de légitimation politique internationale d’un régime autoritaire, en contradiction flagrante avec les principes que cette organisation est censée défendre ». L’intégralité de cette tribune est consultable ci-dessous : « Affaire PCT – Internationale socialiste : une adhésion qui fait polémique En novembre 2025, lors du Conseil mondial tenu à Malte, le Parti congolais du travail (PCT) a été admis comme membre observateur de l’Internationale socialiste. Une décision qui suscite une vive controverse et de profondes inquiétudes au sein des forces démocratiques et progressistes. Pour de nombreux observateurs, cette adhésion apparaît en totale contradiction avec les valeurs historiques de la gauche, fondées sur la démocratie, la justice sociale et le respect des droits humains. Le PCT constitue en effet le pilier central d’un système politique autoritaire qui confisque le pouvoir en République du Congo depuis plus de quarante ans. Sous la direction de Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis près de quarante-trois ans, toute perspective d’alternance démocratique demeure illusoire. Les processus électoraux y sont régulièrement dénoncés comme verrouillés, les libertés publiques sévèrement restreintes et la corruption profondément institutionnalisée. À cela s’ajoutent de nombreuses atteintes aux droits fondamentaux, notamment l’emprisonnement d’opposants politiques, la répression systématique des voix dissidentes et la négation de toute expression démocratique pluraliste. Dans ce contexte, l’intégration du PCT au sein de l’Internationale socialiste est perçue comme une forme de légitimation politique internationale d’un régime autoritaire, en contradiction flagrante avec les principes que cette organisation est censée défendre. Face à cette situation, la Convergence Citoyenne, par la voix de son Secrétaire général, appelle au retrait immédiat du PCT de l’Internationale socialiste, estimant que cette décision porte atteinte à la crédibilité morale et politique du mouvement socialiste international. Au-delà des instances partisanes, cet appel se veut un acte de solidarité avec le peuple congolais, qui continue de lutter pour la démocratie, la liberté et la dignité. Solidarité avec le peuple congolais ».

Congo. Pourquoi Denis Christel Sassou Nguesso a échoué à prendre la tête du PCT ?

Congo. Pourquoi Denis Christel Sassou Nguesso a échoué à prendre la tête du PCT ?

TRIBUNE. Le sixième congrès du Parti congolais du travail (PCT) a frôlé l’implosion avant d’aboutir à la reconduction de Pierre Moussa, âgé de 85 ans, au poste de secrétaire général pour un mandat de cinq ans, à l’issue d’intenses tractations. Le long suspense ayant entouré la désignation du secrétaire général illustre les profondes guerres de clans qui minent à la fois la famille politique et biologique du chef de l’État. Un temps pressenti comme favori pour diriger le parti, Denis Christel Sassou Nguesso a finalement payé au prix fort le front commun dressé contre lui par les autres clans. Ne faisant pas l’unanimité au sein du PCT, le « Kiki » sort de cet épisode considérablement affaibli. En réalité, Denis Christel Sassou Nguesso souffre cruellement d’un déficit d’hommes de décision : de véritables lieutenants capables de le défendre et de le soutenir, tant sur le plan national qu’international. Son poids politique demeure faible, aussi bien au sein du parti qu’à l’échelle nationale. Ce n’est pas avec des soutiens qualifiés de poids plumes — tels qu’Ibam Ngambili, Romi Oyo, Obam’Andon, entre autres — qu’il pouvait prétendre prendre la tête du PCT et nourrir l’ambition de diriger un jour le Congo. Un général sans troupes ni base politique solide ne peut raisonnablement espérer accéder au sommet de l’État, surtout dans un parti où la conquête du pouvoir suscite tant de convoitises. Le PCT, à l’image du MPLA en Angola, demeure un parti extrêmement puissant et structuré. Dans un tel contexte, une succession dynastique y apparaît quasi impossible. Si le président de la République, le camarade Denis Sassou Nguesso, tentait d’imposer son fils, le parti stalinien risquerait une implosion majeure. Dans les coulisses, les caciques du PCT semblent unanimes pour barrer la route à Mwana Ndeya. Denis Christel Sassou Nguesso est aussi victime de ses propres turpitudes. Les accords controversés avec le Rwanda ont contribué à le fragiliser et à ternir son image. De plus, son éloignement des réalités quotidiennes de ses compatriotes lui est fortement reproché. On ne peut aspirer à diriger le Congo tout en restant distant des Congolais. Kiki n’a pas su tirer profit des précieux conseils de son père, véritable baobab de la politique congolaise. Ce n’est pas un hasard si le président Denis Sassou Nguesso a su s’imposer durablement à la tête du pays. Fin stratège, il observe tout, y compris l’opposition et la diaspora. Il ne sous-estime personne et accorde de l’attention à tous, y compris à ses adversaires, ce qui explique en grande partie sa longévité politique. En se privant de cette expérience, Kiki a tout perdu en voulant naviguer à contre-courant. Le portefeuille de la coopération internationale et du partenariat public-privé aurait dû constituer pour lui une véritable vitrine sur la scène internationale. Hélas, ce sont surtout les affaires qui retiennent l’attention : plaintes aux États-Unis concernant l’acquisition d’un penthouse à Miami, citations répétées de son nom dans le dossier des biens mal acquis en France. Malgré tout, Denis Christel Sassou Nguesso aurait pu se racheter auprès des Congolais grâce à sa fondation Perspectives d’avenir, dédiée à la formation des jeunes. Malheureusement, cette fondation est aujourd’hui à l’arrêt. Dans un contexte de chômage endémique des jeunes, Perspectives d’avenir aurait pu jouer un rôle de rempart en favorisant la formation socio-professionnelle et en créant des passerelles vers le monde du travail. Disposant de plusieurs atouts — son poste ministériel et la présidence de cette fondation — Denis Christel Sassou Nguesso aurait pu devenir incontournable, tant au niveau national qu’international, en offrant à la jeunesse congolaise de réelles perspectives d’avenir, notamment à travers des dispositifs tels que le FIGA. Il aurait ainsi pu bâtir un réseau solide, allant de la diaspora aux cercles du pouvoir comme de l’opposition, réseau qui aurait pu lui servir de tremplin vers le pouvoir le moment venu. In fine, l’homme se retrouve isolé, mal entouré, sans troupes capables de le propulser au sommet. Il enchaîne les revers, et l’espoir de succéder un jour à son père s’amenuise de jour en jour. Si, dans les coulisses, certains évoquent un nouveau changement de la Constitution afin de permettre à Kiki d’être élu président de la République par les parlementaires de la majorité, à l’image de l’Afrique du Sud, cette hypothèse ne séduit guère les Congolais. Pire encore, il est davantage combattu dans son propre camp qu’au sein de l’opposition. Les Congolais restent réfractaires à toute modification constitutionnelle destinée uniquement à satisfaire les ambitions personnelles de Kiki, qui n’a pas su conquérir le cœur de ses compatriotes. « Il est clair qu’un parti occupé à la conquête ou à la conservation du pouvoir gouvernemental ne peut discerner dans ces cris que du bruit. Il réagira différemment selon que ce bruit gêne celui de sa propre propagande ou, au contraire, le grossit. Mais en aucun cas il n’est capable d’une attention tendre et divinatrice pour en discerner la signification. » Simone Weil Fait à Paris, le 2 janvier 2026 Evrard NANGHO Le Patriote Engagé

Congo. UDH-Yuki : qu’as-tu fait du testament de ton président fondateur ? Peut-on espérer le changement en s’alliant au PCT ?

Congo. UDH-Yuki : qu’as-tu fait du testament de ton président fondateur ? Peut-on espérer le changement en s’alliant au PCT ?

LIBRES PROPOS. Il est des paroles qui ne meurent pas avec celui qui les prononce. Elles survivent parce qu’elles engagent, parce qu’elles obligent, parce qu’elles interpellent les consciences bien au-delà de l’émotion du moment. Le dernier message politique de Guy Brice Parfait Kolélas appartient à cette catégorie rare de paroles historiques. Prononcé sur un lit de mort, dans un contexte de souffrance extrême, ce message n’avait rien d’un discours ordinaire. Il était un testament. « Je me bats contre la mort. Mais cependant, je vous demande de vous lever. Allez-y voter, pour le changement… Il y va de l’avenir de vos enfants. » Ces mots n’étaient ni une plainte, ni une supplique personnelle. Ils étaient un appel solennel à la mobilisation, à la dignité citoyenne, à la rupture politique. Ils visaient d’abord le peuple congolais, mais aussi — et peut-être surtout — sa famille politique : l’Union des démocrates et humanistes – Yuki (UDH-Yuki), fondée le 19 mars 2017 par celui qui en fut le président jusqu’à sa mort en 2021. Aujourd’hui, plus de quatre ans après sa disparition, une question s’impose avec gravité : qu’as-tu fait de ce testament politique ? Un héritage qui engage, pas un symbole à consommer Guy Brice Parfait Kolélas n’a pas créé l’UDH-Yuki pour enrichir le paysage déjà saturé des partis politiques congolais. Il l’a fondée comme un outil de combat démocratique, une force de transformation sociale, une alternative crédible à un système politique verrouillé depuis des décennies par le Parti congolais du travail (PCT). Son dernier message ne laissait aucune ambiguïté. Il parlait de lutte. Il parlait de changement. Il parlait d’avenir. Il parlait des enfants du Congo. En politique, peu de paroles sont aussi claires, aussi dépouillées de calcul, aussi chargées de vérité. Un testament, par définition, ne se négocie pas. Il se respecte ou il se trahit. Une opposition en panne de sens Depuis la mort de son fondateur, l’UDH-Yuki donne l’image d’un parti en errance. Les Congolais assistent, souvent avec amertume, à des divisions internes, à des querelles de leadership, à des repositionnements ambigus et à des choix stratégiques qui interrogent profondément. Là où l’on attendait un parti rassemblé, offensif et porteur d’un projet clair, on observe trop souvent le silence, l’hésitation ou la confusion. Là où l’on espérait une force politique fidèle à l’esprit de combat de son fondateur, on perçoit parfois une organisation préoccupée par sa survie institutionnelle plutôt que par la transformation du pays. Or, pendant ce temps, la crise nationale s’aggrave. Un pays plongé dans une crise multidimensionnelle La République du Congo traverse une crise profonde et multiforme: crise économique, marquée par l’endettement, la pauvreté et le chômage massif des jeunes ; crise sociale, avec la dégradation des services publics, la précarité des fonctionnaires et la désespérance des populations ; crise politique, caractérisée par la confiscation du pouvoir, l’affaiblissement des contre-pouvoirs et la perte de confiance dans les institutions ; crise morale, où la corruption, l’impunité et le clientélisme semblent érigés en mode de gouvernance. Cette situation n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat de décennies de gestion du pays par le PCT, parti au pouvoir, qui concentre l’essentiel des responsabilités dans l’état actuel de la nation. Dès lors, une question devient inévitable. Peut-on espérer le changement en s’alliant au PCT ? Peut-on sérieusement parler de changement, de rupture, d’alternative démocratique, en s’alliant au parti qui a conduit le pays dans cette crise multidimensionnelle ? Peut-on prétendre honorer le testament de Guy Brice Parfait Kolélas en pactisant avec le système qu’il combattait ? Peut-on appeler le peuple à se lever, tout en s’asseyant à la table du pouvoir que l’on dénonçait hier? Ces questions ne sont ni polémiques ni malveillantes. Elles sont politiques, morales et historiques. Elles traduisent l’inquiétude légitime de citoyens qui refusent que l’opposition devienne une simple variable d’ajustement du système en place. L’histoire politique africaine regorge d’exemples de partis d’opposition absorbés, neutralisés ou vidés de leur substance par des alliances dites « stratégiques ». Rarement ces alliances ont profité aux peuples. Elles ont souvent profité aux carrières individuelles. La responsabilité historique de l’UDH-Yuki L’UDH-Yuki se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Elle peut choisir la fidélité au combat fondateur, au prix de l’exigence, de la patience et parfois du sacrifice. Ou elle peut choisir la facilité des compromis, au risque de perdre son âme et la confiance populaire. Être héritier politique ne consiste pas à invoquer une mémoire, mais à prolonger une vision. Guy Brice Parfait Kolélas a payé de sa vie son engagement. Il a combattu jusqu’au dernier souffle. Cette cohérence lui a valu le respect, y compris de ses adversaires. La question n’est donc pas de savoir si l’UDH-Yuki peut survivre politiquement. La vraie question est de savoir si elle veut encore incarner l’espoir du changement. Le peuple observe et jugera Le peuple congolais n’est pas dupe. Il observe. Il compare. Il se souvient. Il sait reconnaître ceux qui se battent pour l’intérêt général et ceux qui se battent pour des arrangements politiques. Le testament de Guy Brice Parfait Kolélas demeure un miroir tendu à ses héritiers politiques. Il reflète leurs choix, leurs renoncements ou leur courage. L’histoire, elle, sera implacable. Car on ne trahit pas impunément un combat mené jusqu’à la mort. Et l’on ne construit pas le changement avec les architectes du statu quo. Serge Armand Zanzala Écrivain, chercheur, citoyen engagé, Directeur de La Société Littéraire, Initiateur du projet Kongo Ya Sika

Congo. Pendant que le PCT parle de bilan positif, les Congolais vivent l’humiliation

Congo. Pendant que le PCT parle de bilan positif, les Congolais vivent l’humiliation

Misère sociale, hôpitaux à l’abandon, chômage, pauvreté : le discours officiel nie la souffrance réelle du peuple congolais HAUT ET FORT. Dans un pays où des femmes et des hommes ayant travaillé et servi la République se retrouvent aujourd’hui plongés dans la misère faute de salaires et de pensions versés, la situation est humainement et moralement inacceptable. Agents municipaux, enseignants, travailleurs des structures à budget de transferts, ainsi que de nombreux retraités, sont abandonnés après des années de service et peinent à subvenir aux besoins les plus élémentaires. Cette réalité est d’autant plus cruelle en cette période de fêtes de fin d’année. Il est difficile d’imaginer comment ces parents, privés de revenus, pourront célébrer ces moments avec dignité, offrir un minimum à leurs enfants ou simplement partager un repas familial. Pour beaucoup, ces fêtes deviennent un rappel douloureux de l’abandon de l’État. Dans ce contexte, voir le PCT célébrer son congrès avec faste et s’autosatisfaire d’un prétendu « bilan positif » relève non seulement de l’indécence, mais aussi d’une profonde injustice sociale. Face à cette réalité, ces dirigeants continuent de gouverner le pays comme si tout allait bien. Cette posture traduit une déconnexion grave et inquiétante avec les conditions de vie réelles de la population. Il ne s’agit pas d’une simple erreur d’appréciation, mais bien d’un mépris institutionnalisé et d’un cynisme politique assumé, qui sacrifient la dignité des citoyens sur l’autel de l’indifférence, de l’autosatisfaction du pouvoir et de la préservation des privilèges. Peuple du Congo, il est temps de dire non à l’indifférence et à l’injustice. Ensemble, réclamons dignité, salaire juste et services publics pour tous. Votre voix compte, votre lutte est légitime ! J’ai dit !!! Par Paraclet Milos Hemilembolo Secrétaire national chargé des relations internationales de la Convergence Citoyenne